8 mai 2017

Nacho Mucho

L'illustrateur madrilène Nacho Castro s'est fait une spécialité des acteurs hollywoodiens. Dans le genre, c'est pas mal du tout.

Montgomery, Robert, Rock, Steve, Tyrone, Warren, Charlton, Gary, James, Marlon, Frank, Errol : en voilà une douzaine.













2 mai 2017

Films vus par moi(s) : mai 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Alliés / Allied (Robert Zemeckis, 2016) **
En 1942-1943 à Casablanca et à Londres, deux espions en mission tombés amoureux se marient quand il est informé qu'elle serait un agent double au service des nazis. Brad Pitt et Marion Cotillard se glissent dans deux rôles à la Bogart/Bergman dans ce thriller romantique de guerre qui reprend et actualise avec perspicacité tous les codes scénaristiques et techniques des classiques de l'âge d'or hollywoodien. Un exercice de style réussi. BR FR

Evolution (Lucile Hadzihalilovic, 2015) *
Dans un hameau perdu de bord de mer, des sortes d'infirmières font de mystérieux actes de chirurgie sur de jeunes garçons. Avec peu de budget mais un sens aigü de l'image et de l'ambiance, la réalisatrice compose un film plastiquement superbe et plein d'horreurs et de tabous suggérés mais où les questions restent ouvertes, jusqu'à la pose. La maîtrise formelle n'empêche pas de buter sur les ficelles de ce pur film d'art et d'essai. DVD Z2 UK  

Tampopo (Juzo Itami, 1985) **
Au Japon, une restauratrice se fait aider par une petite bande de types à relever la qualité de ses ramens. Un film vraiment original qui construit son histoire simple par l'accumulation de séquences décalées où l'humour absurde fusionne avec la chronique sociale et le sexe. Le tout en pillant les codes du western et des classiques du cinéma japonais. L'obsession des Japonais pour la nourriture y est célébrée avec culot et tendresse. BR UK

La religieuse (Guillaume Nicloux, 2013) *
La jeune Suzanne Simonin, close de force dans un couvent, subit les assauts sadiques d'une mère supérieure et dans un autre, les assauts amoureux d'une autre. Cette adaptation de Diderot prend le parti de la hauteur de vue et de la dénonciation outragée. C'est honorable et d'actualité mais la charge ironique du roman avait du piment, qui manque ici. Pauline Etienne est très bien en novice harcelée, Isabelle Huppert fait son numéro. BR DE

Gibier de potence (Roger Richebé, 1951) ***
Un jeune homme se laisse entraîner dans la pornographie et la prostitution par une proxénète amorale. Une histoire qui inverse les stéréotypes autour d'un scénario tout en suggestions salaces pour dresser un constat de la confusion et des chausses-trappes de l'après-guerre. Georges Marchal est excellent en gigolo victimisé et Arletty magnétique en manipulatrice frigide. Un film très étonnant pour son temps et par ses audaces thématiques. DVD Z2 FR  

Les Invisibles (Sébastien Lifshitz, 2012) ***
Un formidable documentaire autour de quelques homosexuel(le)s de 75 à 85 ans, à la ville et à la campagne, qui parlent de leur vie, de leurs luttes et du temps qui fuit avec lucidité et humour. Voir et écouter cette génération née dans les années 1920-1930 qui a tout connu est une leçon d'humilité et d'humanisme. Ils s'appellent Yann et Pierre, Bernard et Jacques, Pierrot, Thérèse, Christian, Catherine et Elisabeth, Monique, Jacques. Des braves. TV

Opération Anthropoid / Anthropoid (Sean Ellis, 2016) 0
En 1942 à Prague, la préparation et la suite de l'assassinat d'Heydrich par quelques résistants tchèques. Un film purement illustratif qui rappelle l'histoire honnêtement mais manque de vision dans la mise en scène : on s'ennuie pendant la première partie et la seconde vire à la pétarade. Et ces accents slaves des acteurs internationaux (Cillian Murphy, Jamie Dornan, Charlotte Le Bon, Toby Jones...) ! "Walkyrie" (2008) était bien meilleur. BR DE 

Dumbo (Ben Sharpsteen, 1941) ***
Un éléphanteau aux oreilles trop grandes subit l'humiliation avant de prendre son envol. En 64 minutes seulement, Dumbo réussit à faire rire, à s'indigner, à émouvoir et à oser une métaphore subtile sur les complexités du racisme et de la ségrégation : chaque âge peut voir et revoir le film sous un angle différent. Les séquences du montage du cirque et du rêve aux éléphants roses sont parmi les meilleures de Disney. Un inaltérable chef-d'œuvre. BR FR 

The pass (Ben A. Williams, 2016) *
Etalées sur dix ans, trois rencontres à huis clos entre deux footballeurs gays aux prises avec leur carrière et leur sexualité. Adapté d'une pièce, ce film théâtral et bavard est présenté comme un regard sur les conséquences affectives de la placardisation des sportifs de haut niveau. J'y ai surtout vu un alibi de montrer sous toutes les coutures deux bomecs en slip. Leurs rires, leurs défiances et leurs engueulades en deviendraient superflus. DVD Z2 UK 

Le dernier des six (Georges Lacombe, 1941) **
Six amis qui se sont partagés un magot se retrouvent cinq ans plus tard et sont assassinés un à un. On reconnaît la patte de Clouzot au scénario, dont l'enquête à péripéties n'est que prétexte à dessiner des personnages aux dialogues malins. La mise en scène est assez terne, hormis la photo en clair obscur. Avec des scènes de cabaret plutôt décalées et une distribution de choix : Pierre Fresnay, Jean Chevrier, Michèle Alfa, Jean Tissier, Suzy Delair. BR FR

Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire (Yann L'Hénoret, 2017) ***
Diffusé le lendemain de la victoire du Président élu (et donc avant son investiture), un étonnant document en flashback qui donne à voir ce que son titre indique. Ou ce qu'on veut nous en faire voir, toutes les séquences dressant le portrait de l'homme et de son équipe dans la réflexion, l'action et la réaction positivement choisies. En collant au plus près du corps des personnages, l'immersion du spectateur est totale, émotionnelle et physique. TV

Instinct de survie / The shallows (Jaume Collet-Serra, 2016) *
Une surfeuse (Blake Lively, interchangeable) coincée sur un rocher au large d'une plage essaye d'échapper à un requin blanc qui l'a blessée. Toute l'histoire est là, racontée par un scénario et une mise en scène appliqués et sans surprise (sauf une originale scène de méduses) dont on voit toutes les coutures dès le début et dont la résolution est décevante. Mais les films de requins ne demandent pas de grandes exigences, alors on va jusqu'au bout. BR FR

Le sous-marin de l'Apocalypse / Voyage to the bottom of the sea (Irwin Allen, 1961) *
Un sous-marin part en mission éteindre une ceinture de feu atmosphérique avec un tir de missile. Un film de SF totalement débile, aux péripéties et personnages ridicules mais dont le kitsch et l'humour involontaires permettent, une fois passés les bavardages de la première moitié, de le regarder amusé. Les effets spéciaux sont d'époque, le Technicolor claque et il y a Walter Pidgeon, Joan Fontaine, Peter Lorre et Frankie Avalon. BR UK

Deepwater Horizon (Peter Berg, 2016) **
Le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon explose après un accident de forage. La catastrophe est reconstituée à la hollywoodienne (et plutôt bien, en décors et CGI) sur un scénario qui prend le point de vue d'un héroïque ingénieur (Mark Wahlberg). Après l'exposition, la longue séquence des signes précurseurs créé une tension qui ne se relâche qu'à la fin du film, inutilement mélodramatique. Du bon spectacle à suspense. BR DE

The walker (Paul Schrader, 2007) *
Un dandy gay sur le retour, homme de compagnie d'épouses de diplomates, est mêlé à un meurtre. Le formidable film ethnologique que le sujet laissait espérer (la faune de Washington, le portrait d'un accompagnant de luxe) est trahi par l'enquête criminelle, convenue. Dommage parce que toutes les scènes de société et de ragotages sont brillantes. Avec Woody Harrelson (surprenant), Kristin Scott Thomas, Lauren Bacall, Lily Tomlin. BR DE    

Winter's bone (Debra Granik 2010) *
Une fille de 17 ans cherche son père disparu pour éviter la saisie de leur maison. Il y a peu d'action et les gueules sont renfrognées jusqu'à l'ennui dans ce film dont les deux atouts sont d'être les débuts de Jennifer Lawrence (très bien comme toujours) et d'avoir comme décor la tristesse des monts Ozark, une région abandonnée des USA et le domaine des hillbillies. Les images grises font penser aux photos régionalistes des années 30. Lugubre. BR UK

Moonlight (Barry Jenkins, 2016) ***
Trois moments (enfant, ado et adulte) de la vie d'un jeune noir américain gay de Miami et les schémas d'évitement qu'il met en place pour survivre dans un univers difficile. Un film magnifique, thématiquement et plastiquement, qui utilise à merveille l'ellipse pour évoquer sans grands gestes mais tout en finesse l'éveil d'un corps et d'une âme. Toutes les séquences sont belles, portées par des personnages et des acteurs bouleversants. Vraiment fort. BR US

1 mai 2017

Heroes of mine : Danielle

Aujourd'hui Danielle Darrieux a 100 ans. 







1 avril 2017

Films vus par moi(s) : avril 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Dangereuse sous tous rapports / Something wild (Jonathan Demme, 1986) **
Un avocat de Manhattan se fait entraîner dans une virée sur la route par une imprévisible jeune femme. Passant à mi-film de la comédie romantique au thriller, un road movie existentiel sur l'attrait de l'inconnu dont les changements de ton (et de tenues) rythment la progression et où l'Amérique des dinners et des stations services est sublimée par la photo aux couleurs pop. Avec Jeff Daniels, Mélanie Griffith et un Ray Liotta vraiment effrayant. BR FR

The greasy strangler (Jim Hosking, 2016) 0
A L.A., un père et son fils crades et demeurés se partagent les faveurs d'une grosse nana paumée et se transforment en étrangleurs occasionnels et gluants. Il n'y a rien à sauver dans ce film totalement et irrémédiablement nul qui n'existe que pour la provocation gratuite. Des fart jokes aux costumes disco, des prothèses péniennes au jeu outrancier, tout n'est qu'idiotie satisfaite, ersatz pathétique des classiques trash de John Waters. Vu 45'. BR UK   

Travolta et moi (Patricia Mazuy, 1994) **
En 1978 à Châlons-sur-Marne, une fille de boulangers s'entiche d'un camarade intellectuel qui l'a séduite par pari. Les révoltes et les aspirations à l'autre chose de l'adolescence sont au coeur de ce téléfilm Arte dont le sujet banal est surclassé par une mise en scène qui exploite à merveille les travellings, le jeu instinctif de ses jeunes acteurs et un accompagnement musical (Bee Gees, Joe Dassin...) parfaitement intégré à l'action. Internet  

Catfight (Onur Tukel, 2016) ***
A New York, deux ex-amies de fac (Sandra Oh et Anne Heche, qui donnent tout) se retrouvent par hasard après vingt ans lors d'un cocktail mondain, l'une invitée, l'autre serveuse. De petites humiliations verbales enclenchent un affrontement physique dévastateur. Le scénario brillant panache humour, émotion, cruauté et violence dans une fable sur la frustration et la rage affective, professionnelle et politique. On rit beaucoup, jaune surtout. BR UK

German concentration camps factual survey (Sidney Bernstein/Imperial War Museums, 1945/2014) ***
Restauré en 2010-2014 à partir du film de 1945 inachevé et jamais montré au public, un éprouvant documentaire de 70' fait d'images tournées en avril 1945 à la libération de plusieurs camps. Certaines scènes ont déjà été vues par ailleurs (Auschwitz) mais la plupart sont inédites, dont la partie sur Bergen-Belsen. Comme son titre l'indique, le film - qui doit être remis dans le contexte de 1945 - ne s'intéresse qu'aux faits, pas à l'interprétation. BR UK

King Cobra (Justin Kelly, 2016) *
En 2005, un jeune acteur de webporno gay déclenche une affaire criminelle. D'après le fait divers autour de Brent Corrigan, un petit film illustratif qui ne va pas plus loin que l'histoire qu'il raconte, par manque de point de vue et d'idées de mise en scène. Christian Slater est excellent en producteur vieillissant de vidéos amateurs et James Franco, une fois de plus tourmenté par l'homosexualité, en fait des tonnes en concurrent du premier. DVD Z2 UK   

Studio 54 - Director's cut (Mark Christopher, 1998) *
Le director's cut 2015, qui retire les scènes ajoutées et réintègres celles retirées par Miramax à l'époque, éclaire la bisexualité du personnage principal, un type du New Jersey embauché comme barman au Studio 54 en 1979. Cette histoire de pauvres jeunes gens exploités par de riches prédateurs méritait une mise en scène flamboyante : on a à la place un fade et plat conte moral, illuminé par l'ambiance et le rythme Disco de la boîte. BR DE     

Quelques minutes après minuit / A monster calls (Juan Antonio Bayona, 2016) *
Malgré tous les avantages qu'il a pour lui (une histoire touchante, un thème fort, des séquences animées splendides, des citations de King Kong...), ce film sur un jeune garçon qu'un arbre vivant aide à surmonter l'angoisse de voir sa mère agoniser n'a pas réussi à m'émouvoir. La faute sans doute à des effets spéciaux trop voyants (surtout la fin) et une mise en scène appliquant trop sagement la recette spielbergienne. Le coeur n'y est pas. BR US

Les premiers les derniers (Bouli Lanners, 2016) **
Deux quinquagénaires taiseux (Albert Dupontel et Bouli Lanners, intenses) cherchent un portable volé dans une région déserte et maussade et croisent des vivants, des morts et un ressuscité. Une fable assez hermétique sur la bienveillance qui transpose tous les codes du western apocalyptique dans une Beauce filmée comme les Grandes Plaines. Si on aime l'ambiance, on aimera le film. Avec Michael Lonsdale et Max von Sydow en guest stars. BR FR

Silence (Martin Scorsese, 2016) *
En 1641, deux jeunes prêtres portugais partent au Japon en rechercher un autre au moment de persécutions chrétiennes. Le sujet intéressant et profond sur la foi en milieu hostile ne résiste pas au scénario répétitif (capture, martyre, capture, martyre), à la longueur douloureuse (plus de 2h30), au choix de la voix off chuchotante - à la Malick - du personnage principal et à la mise en scène terriblement académique. Décevant. BR US

Manifesto (Julian Rosenfeldt, 2015) ***
Une géniale installation vidéo où Cate Blanchett dit 13 manifestes de l'art du XXe s. à travers 13 fictions très cinématographiques de 10 minutes dans lesquelles elle interprète une chorégraphe, une veuve, un SDF, une journaliste TV, une ouvrière, une mère au foyer... L'ensemble est à la fois inventif, hilarant et puissant, donnant vie, sens et actualité à des textes enflammés essentiels mais souvent indigestes. Expo Beaux-Arts de Paris 

The People vs. O.J. Simpson (Scott Alexander & Larry Karaszewski, 2016) ***
Un passionnant téléfilm en 8 épisodes qui retrace le procès Simpson de 1995, ses coups de théâtre et son cirque médiatique. Le point de vue principal, celui de la procureure Marcia Clark (Sarah Paulson, formidable), donne son intensité émotionnelle - et féministe - à cette stupéfiante affaire. On frise parfois le camp (Travolta en Robert Shapiro, les Kardashian...) mais l'efficacité du scénario, de la réalisation et du casting triomphent. BR FR     

20th century women (Mike Mills, 2016) **
En 1979 à Santa Barbara, les liens d'une petite tribu formée par une mère poule, son fils ado et deux jeunes femmes et un mécanicien qu'ils hébergent. Le sentiment du temps et de l'existence qui passent sans avoir l'impression d'y participer sont en trame de cette chronique mélancolique et drôle dont le décalage contrôlé confine un peu à la pose. Une sorte de soap opera indie et féministe. Annette Bening est formidable, Elle Fanning une révélation. BR US

Daddy (Gerald McCullouch & Dan Via, 2015) 0
A Pittsburgh, un gay quinquagénaire a une liaison avec son stagiaire et découvre que celui-ci... le titre donne l'idée. Un petit film indépendant où tout est embarrassant : les dialogues, le jeu des piètres acteurs, la mise en scène, les clichés et le traitement d'un sujet qui méritait mieux. La touche "accéléré" de la télécommande à fonctionné après 30', le maximum de ce que j'ai pu tenir. La pièce d'origine était peut-être meilleure, peut-être. BR US

Le désordre et la nuit (Gilles Grangier, 1958) 0
J'aurais aimé aimer ce film de Grangier avec Gabin et Darrieux sur un vieux flic qui s'éprend d'une jeune droguée et escort (Nadja Tiller) dans une boîte des Champs. Mais à part quelques vues nocturnes de Paris, l'artifice de l'écriture, des vices et du studio amidonnent toute la dynamique et on regarde ça comme un ennuyeux musée de cire. Le genre de produit qui faisait hurler les orfraies de la Nouvelle Vague et ici ils n'avaient pas tort. BR FR

Love & friendship (Whit Stillman, 2016) ***
Drôle et mordante, cette adaptation d'une nouvelle de Jane Austen sur une veuve anglaise à l'assaut d'un nom et d'une fortune au tournant des années 1800 est une comédie sociale toute en dialogues dont la spiritualité fait penser à Oscar Wilde. Kate Benckinsale et Chloë Sevigny sont formidables en opportunistes labourant les riches familles provinciales. Un excellent vaudeville en costumes où les femmes mènent la danse. BR FR 

Le prince de Hombourg / Il principe di Homburg (Marco Bellocchio, 1997) ***
Vers 1800, le jeune commandant somnambule d'un bataillon allemand, condamné à mort pour non obéissance, fait face à sa conscience (et à son inconscient). Baignée dans une pénombre rompue par la lune et les torches, cette triomphante adaptation de la pièce de Kleist est un chef-d'œuvre de Romantisme dans ses thèmes et dans sa mise en scène. Andrea di Stefano est parfait en bouleversant soldat tourmenté par le rêve, l'amour et l'honneur. BR FR

Marguerite (Xavier Giannoli, 2015) **
En 1921, une riche et excentrique baronne délaissée par son mari s'essaye à l'opéra malgré sa voix épouvantable. D'une histoire (inspirée par la vraie Florence Foster Jenkins) qui se prêtait à la comédie le réalisateur a fait un drame cruel sur le mensonge, l'exploitation et l'illusion. Catherine Frot donne à son personnage une fragilité et une candeur touchantes et Michel Fau, génial, apporte un grain de folie à un film autrement assez froid. BR FR

Vampires en toute intimité / What we do in the shadows (Jemaine Clement & Taika Waititi, 2014) 0
Le quotidien de quatre (puis cinq) vampires d'époques différentes qui cohabitent dans une vieille demeure de Wellington, Nouvelle-Zélande. Un sujet à potentiel que les auteurs réduisent au jus de navet par excès de coolitude, de potacherie et d'esprit found footage, le genre où les personnages font des clins d'oeil satisfaits à la caméra après chaque pitrerie. Une comédie lamentable donc que j'ai vue en accéléré après 20', c'est dire. BR DE

Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, 2016) **
Pas un documentaire sur le cinéma français mais un voyage subjectif avec Tavernier qui, comme dans tout voyage, choisit ses points de chute : Becker, Renoir, Gabin, Carné, Jaubert, Gréville, Melville, Sautet. Le regard est personnel et intime, celui d'un cinéphile avant tout qui se trouve être aussi réalisateur. On ne sent pas les 3h15 passer et les commentaires font voir tous les extraits de films sous un angle souvent pertinent et imprévu. BR FR

Multiple maniacs (John Waters, 1970) ***
Queer, subversif et potache, l'un des premiers films de John Waters condense déjà tout l'univers du réalisateur (tout au moins le meilleur, jusqu'à "Polyester" en 1981). Divine y crève l'écran en Lady Divine, criminelle et star du Cavalcade of Perversions, dans une série de séquences comico-trash qui offensent la bien-pensance américaine, le catholicisme et le cinéma avec un grand C. Le casting des Dreamlanders est comme un Who's Who dépravé. BR US 

The summit (Nick Ryan, 2012) *
Le 1er août 2008, 11 alpinistes et sherpas mouraient en redescendant du sommet du K2. Ce documentaire (avec quelques séquences reconstituées avec acteurs) revient sur le drame avec, comme tout fait divers de ce genre, ses éléments de rêve, de risque, de malchance, d'héroïsme et de mauvais jugements. Rien d'original donc mais on ne se lasse pas de contempler, depuis le canapé, l'univers sublime et hostile de la haute montagne. BR DE

4 mars 2017

Maurice Maillot remembered

Maurice Maillot (1906-1968) dans le mélodrame sexuel "Remous" (Edmond T. Gréville, 1933).

Un acteur oublié à la beauté classique qui rappelle un peu celle de Gary Cooper à la même époque. Il y incarne un athlète mondain qui provoque le désir d'une jeune mariée frustrée par l'impuissance de son époux. Une sorte de Michèle Morgan au masculin, c'est ce que j'ai pensé en le découvrant dans le film.




3 mars 2017

Films vus par moi(s) : mars 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La sorcière / Belladonna of sadness / Kanashimi no Berradona (Eiichi Yamamoto, 1973) **
Un étonnant film d'animation japonais furieusement sexualisé et féministe, inspiré de "La sorcière" de Michelet, sur une jeune femme qui subit au Moyen Age les assauts des hommes et du démon. Le mélange de psychédélisme, de Pop et d'Art Nouveau (on pense à Klimt et Schiele) créé des images d'une beauté folle qui abusent malheureusement des zooms et travellings sur plans fixes. Mais dès que ça s'anime vraiment, c'est sublime. BR US

Garde à vue (Claude Miller, 1981) ***
Une nuit de Saint-Sylvestre, la garde à vue d'un notaire de province soupçonné du meurtre de deux fillettes. Michel Serrault, Lino Ventura, Guy Marchand et Romy Schneider dans un rôle ténébreux font étinceller les dialogues cruels et désabusés de Michel Audiard dans ce huis clos qui pourrait être théâtral mais qui est sublimé par la mise en scène d'orfèvre de Miller. Un film qui scrute l'âme de ses personnages avant de les détruire. BR FR  

Le fils de Jean (Philippe Lioret, 2016) *
Prévenu de la mort de son père biologique qu'il ne connaissait pas, un trentenaire parisien se rend à son enterrement au Québec et rencontre ses deux demi-frères. Non-dits et secrets de famille sont au menu de ce film qui porte sa retenue et son coup de théâtre en étendard. Grâce à Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand, parfaits, ça se regarde facilement mais pour s'évaporer aussitôt, aussi sûrement qu'un roman de Marc Levy. BR FR

Ouija : les origines / Ouija, origin of evil (Mike Flanagan, 2016) 0
Après Mattel et Lego, l'empire du jouet Hasbro impose un des ses produits à l'écran. Ici, le plateau divinatoire Ouija qui, maléfique, possède une petite fille pleurant son père mort. Le début n'est pas mal avec son ton de comédie mais la suite s'enlise dans une progression qui se veut horrifique mais accumule des répétitions de situations ni structurées ni intéressantes. La seule surprise : Henry Thomas y cachetonne en prêtre 34 ans après "E.T.". BR DE 

Hombre mirando al sudeste / Man facing southeast (Eliseo Subiela, 1986) *
Le médecin d'une clinique psychiatrique de Buenos Aires s'intéresse à un mystérieux patient qui se dit venu d'ailleurs et agit comme un saint. L'excellent sujet et les bons acteurs (dont Hugo Soto, mort trop jeune) ne sont pas aidés par une mise en scène plate et un abus de saxophone (quel instrument perce-oreille !). Reste le thème sur la différence, la sagesse et la folie et la place de l'Homme dans un monde souvent incompréhensible. BR US 

La mort de Louis XIV (Albert Serra, 2016) ***
Entièrement confinée aux quatre murs de la Chambre du Roi, une oeuvre historique radicale qui invente le genre du film d'agonie. Des chuchotements, des râles, des éclats de voix et la lumière des bougies rendent l'ambiance de l'extinction d'un individu et d'une époque. Les acteurs sont formidables mais c'est Jean-Pierre Léaud, dans un rôle et une prestation incroyables, qui donne à la fois son corps (et son visage) à Louis XIV et au film. Fascinant. DVD Z2 FR

Long weekend (Colin Eggleston, 1978) *
En Australie, un couple en crise part un weekend au bord d'une plage déserte et affronte les dangers de la Nature. La Nature les affronte aussi puisque les deux personnages (aux personnalités imbuvables) la saccagent, faune et flore, par ignorance et bêtise. Un des premiers films à sujet environnemental, ce survival existentiel manque de dynamique. Malgré quelques belles séquences, on s'ennuie alors qu'on ne devrait pas. BR US   

Inferno (Ron Howard, 2016) 0
Après "Da Vinci Code" (2006, moyen) et "Anges et Démons" (2009, bon), Ron Howard réadapte Dan Brown avec cette aventure du symbologiste Robert Langdon (Tom Hanks, désabusé), ici entre Florence et Istambul, en proie aux visions de l'Enfer de Dante et au bioterrorisme. L'un des pires réalisateurs de Hollywood abuse d'un montage épileptique à gerber et de flashes infernaux ridicules pour un film très con et très moche. J'en ai vu 30'. BR DE

Eddie (Boris Rodriguez, 2012) 0
Dans une petite ville du Canada, un prof d'arts plastiques héberge un élève muet et demeuré qui tue comme un zombie par somnambulisme. Ses crimes inspirent sa création. Le scénario paresseux et la mise en scène plate de cette comédie horrifique ruinent l'idée de départ. Sur un sujet proche, "Color me blood red" (Herschell Gordon Lewis, 1965) avait au moins l'outrance et le kitsch. Ici, on s'ennuie comme devant une toile blanche. Sans intérêt. BR US 

Deluge (Felix E. Feist, 1933) **
Le grand-père des films catastrophe. Après la destruction de New York par un tremblement de terre et un tsunami, un homme et une femme sont chassés par une bande de rednecks. La longue séquence de désastre qui ouvre le film, inédite en son temps, reste impressionnante par son utilisation des maquettes et du montage. La suite est plus faible. Mais vu comme une métaphore sur la Crise de 1929 et ses conséquences, c'est très intéressant. BR US

Rester vertical (Alain Guiraudie, 2016) ***
Après le chef-d'oeuvre "L'inconnu du lac" (2013), Guiraudie revient à la fable existentielle. Comparable à rien, sauf à certains Bunuel, cette histoire d'un scénariste paumé qui erre entre la Lozère et Brest en faisant d'improbables rencontres mêle réalisme et symbolisme pour inverser les clichés sur la masculinité, la ruralité et le désir. Le film regorge d'images fortes : une naissance, une sodomie, une mort... Les acteurs sont tous étonnants. BR FR

Divines (Houda Benyamina, 2016) ***
Deux jeunes amies d'une cité qui rêvent d'autre chose se laissent entraîner dans le deal. Porté par l'énergie et le naturel d'Oulaya Amamra et de Deborah Lukumuena, un film qui commence en chronique adolescente (la meilleure part) pour finir en polar et cache derrière son apparent réalisme un cruel conte de fées avec ses princesses, son prince et sa sorcière. La mise en scène inspirée panache avec bonheur l'action, la poésie et l'émotion. BR FR    

Praia do Futuro (Karim Aïnouz, 2014) **
Au Brésil, un vigile de plage et un touriste allemand qu'il a sauvé de la noyade entament une liaison avant de partir s'installer à Berlin. Dix ans plus tard, le jeune frère du Brésilien vient retrouver son aîné. Le contexte gay n'est pas tout : l'économie des dialogues et de l'action ajoutée au formalisme mélancolique en font un essai contemplatif et ouvert à l'interprétation sur la construction par l'abandon. Avec de très belles séquences, dont la dernière. DVD Z2 FR

Remous (Edmond T. Greville, 1933) **
Un accident de voiture lors de son voyage de noces rend un jeune mari (Jean Galland) impuissant. Sa femme (Jeanne Boitel) se résigne avant de subir l'attirance d'un beau garçon (Maurice Maillot). Un mélodrame conjugal très Années 30 dont le thème sexuel et la mise en scène inventive chargent chaque plan d'un puissant érotisme. Quelques faiblesses (Françoise Rosay déplacée et une chanson médiocre) en amoindrissent un peu la portée. DVD Z2 FR

The survivalist (Stephen Fingleton, 2015) **
Dans une cabane de forêt de la post-Apocalypse, un trappeur solitaire héberge une femme et sa fille. L'homme (et la femme) est un loup pour l'homme (et la femme) dans ce film d'Irlande du Nord, huis-clos entre ses trois personnages farouches et taiseux. Entre le genre et l'art et l'essai, avec ses saluts à Tarkovski et à Malick, le réalisateur compense son petit budget par une mise en scène concentrée et un ton uniformément gris et nihiliste. BR UK   

5 février 2017

Films vus par moi(s) : février 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Ma vie de courgette (Claude Barras, 2016) **
Suite à la mort de sa mère, un garçon de 9 ans est placé dans un foyer où il rencontre six autres gamins maltraités par la vie. Un film d'animation en stop motion, sensible et attachant comme ses personnages, qui tient plus de la chronique et du billet social que du récit. Les grands yeux expressifs font passer toutes les émotions et la délicatesse de la mise en scène est admirable. Il manque seulement un peu de liant pour être emporté à 100%. BR FR

Big bad wolves (Aharon Keshales & Navot Papushado, 2013) *
Suspecté d'avoir tué une fillette, un prof est kidnappé par le père de celle-ci et un flic qui le torturent pour arracher ses aveux. Et ses ongles. Mélange de thriller, de revenge porn et d'humour noir, ce film israélien est bien réalisé (avec une superbe séquence de générique) mais sa célébration de la loi du talion laisse un goût amer. Comme métaphore de la mentalité israélienne (c'est les réalisateurs qui le disent), c'est aussi intrigant qu'embarrassant. BR FR

Mortelle randonnée (Claude Miller, 1983) **
Un inclassable aux éléments de Film Noir (majoritaires) et de Surréalisme, parsemé de littérature, de psychanalyse et de comédie. Michel Serrault y incarne un détective anonyme (L'Oeil) qui trace en Europe une jeune tueuse en série (Isabelle Adjani) qu'il fantasme comme sa fille disparue. Le fond et la forme épurée font penser à du Hitchcock francisé. Avec une épatante galerie de seconds rôles (Geneviève Page, Sami Frey, Stéphane Audran...). BR FR

Le masque arraché / Sudden fear (David Miller, 1952) ***
Une riche auteure de théâtre épouse un charmeur dont elle découvre qu'il projette de la tuer avec l'aide de sa maîtresse pour hériter de sa fortune. Un excellent thriller, panaché de Woman's Picture et Film Noir, sur un scénario malin qui offre d'efficaces moments de suspense. Jack Palance et Gloria Grahame, les escrocs, réussissent à imposer leur présence face à Joan Crawford qui se livre à un numéro de jeu facial expressionniste de génie. BR US

Mustang (Deniz Gamze Ervügen, 2015) ***
Dans un bourg rural de Turquie, cinq soeurs subissent le poids de la tradition face à leur désir de liberté et d'autonomie. Un film émotionnellement fort, dont le thème sombre (l'obscurantisme) est formidablement contrasté par la photographie solaire et la vitalité contagieuse de ses cinq jeunes et merveilleuses actrices. Les choses sont dites avec une admirable subtilité et le message politique passe sans aucune lourdeur. Vraiment bouleversant. BR FR

Captain Fantastic (Matt Ross, 2016) **
Viggo Mortensen incarne avec intensité un père de famille qui éduque ses six enfants de façon libérale et alternative dans une forêt près de Seattle avant d'être confronté au retour dans la société. Sur un scénario qui pose de bonnes questions sur le rôle et la responsabilité des parents, un film tour à tour étonnant, drôle, tendre et cruel qui pose un regard incisif sur la vie américaine mais souffre d'une dernière séquence peu crédible. BR DEUT

Juste la fin du monde (Xavier Dolan, 2016) *
Un trentenaire (Gaspard Ulliel, excellent) retrouve sa famille qu'il n'a pas vue depuis douze ans pour annoncer qu'il va mourir. D'après la pièce de Jean-Luc Lagarce (1990), un film sur les non-dits et les trop-dits familiaux qui tourne vite aux performances hypertrophiées des visages en gros plans de Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux et Vincent Cassel. Quelques belles scènes mélancoliques parsèment l'hystérie de l'ensemble. BR FR

C.O.G. (Kyle Patrick Alvarez, 2013) **
Pour Children of God. Un étudiant de Yale (Jonathan Groff, très bien dans un rôle étonnament passif) rompt les amarres avec son milieu et se fait embaucher comme cueilleur de pommes dans l'Oregon où il croise des personnages aussi paumés que lui. Plus drame que comédie, un film maladroit dans son rythme littéraire mais intéressant dans son propos qui montre une Amérique schizophrène et menaçante pour ses brebis égarées. BR US

Café society (Woody Allen, 2016) **
Le parcours professionnel et sentimental d'un jeune homme dans les années 30, entre New York et Hollywood. La lumière dorée teint de crépuscule ce marivaudage mélancolique sur le conflit entre la passion et la raison. Typiquement allenien, le film offre un scénario et une mise en scène classiques, porté par la direction artistique et le casting parfait, dont Jesse Eisenberg et Kristen Stewart au sommet de son charme et de sa photogénie. BR FR 

La belle saison (Catherine Corsini, 2015) ***
En 1971, le coup de foudre entre une jeune agricultrice du Limousin et une activiste féministe qui se rencontrent à Paris. Un séjour ensemble dans la ferme des parents de la première complique les choses. On pense bien sûr à "La vie d'Adèle" mais ce film s'ancre dans un contexte social prononcé qui lui donne son originalité. Izïa Higelin, Cécile de France et Noémie Lvovsky sont formidables de justesse. Avec une fin à la fois radieuse et douce-amère. BR FR

Le petit roi (Julien Duvivier, 1933) ***
Un orphelin, jeune roi souffreteux d'un petit royaume d'Europe centrale, est le jouet de son gouvernement. Un séjour médical sur la Côte d'Azur lui révèle la vie d'enfance. Un film sans pareil dans le cinéma français, mi-conte mi-pamphlet, dont le sujet est de l'ordre du mélodrame mais sublimé par le décor et la photo, superbement travaillés. De chaque plan, le jeune et tragique Robert Lynen joue comme un somnanbule et crève l'écran. DVD FR

Francofonia (Alexander Sokurov, 2015) **
En fusionnant images d'archives et reconstitutions avec acteurs, faits historiques et réflexions philosophiques, Sokurov dresse, à travers un portrait du musée du Louvre et de son directeur sous l'Occupation, le constat du fonds commun, menacé et fragile, que sont l'Art et la Culture. Il y a des maladresses, du kitsch et de la subjectivité mais le point de vue est perspicace et les travellings dans les salles du Louvre sont splendides. BR UK 

Loin de Sunset Boulevard / Daleko ot Sanset Bulvara (Igor Minaiev, 2006) 0
A Moscou dans les années 30, un réalisateur de comédies musicales gay marié à son actrice principale est surveillé par le Kremlin. L'histoire est intéressante, le budget y est et les couleurs semblent sorties d'un Powell/Pressburger mais la mise en scène anémique et le jeu des médiocres acteurs transforment la grandeur en spectacle de patronage et l'ennui s'impose. Un beau potentiel ruiné par l'incompétence du réalisateur. DVD FR

La maison des ténèbres / Don't breathe (Fede Alvarez, 2016) **
A Detroit, trois jeunes qui cambriolent la maison d'un veteran aveugle se retrouvent pris au piège. Un thriller qui panache home invasion et survival et réussit, par sa mise en scène assurée (avec une excellente utilisation de l'ombre et de la lumière), son décor inquiétant bien pensé et ses acteurs crédibles, à créer une vraie tension. Si l'inversion des rôles est moralement douteuse, le suspense fonctionne et pour ce genre de film, c'est le principal. BR DEUT

1 janvier 2017

Films vus par moi(s) : janvier 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Les oubliés / Land of mine / Under sandet (Martin Zandvliet, 2015) *
En 1945, des ados allemands soldats vaincus de la Werhmacht doivent déminer une plage du Danemark sous le contrôle d'un officier danois. Un film germano-danois sur un épisode méconnu de l'immédiate après-guerre dont le scénario va exactement où on l'attend en dosant suspense (les mines) et morale (le traitement des garçons). Le parti pris esthétisant de la photo est discutable mais la fin réussit à faire passer une certaine émotion. BR DEUT

Le météore de la nuit / It came from outer space (Jack Arnold, 1953) **
Sur une histoire de Ray Bradbury, un des classiques de la SF paranoïaque des 50's. Dans le désert d'Arizona, un vaisseau spatial s'écrase et libère des aliens cyclopes et gélatineux qui prennent apparence humaine. L'impression de déjà vu vient du fait que ce film, l'un des premiers de monstres extra-terrestres, a été copié mille fois. Il reste efficace grâce à la réalisation de Jack Arnold qui choisit de souvent filmer du point de vue des créatures. BR 3D UK

Song of Summer (Ken Russell, 1968) * 
Entre 1929 et 1934, un jeune musicien (Christopher Gable) assiste le compositeur Frederick Delius (Max Adrian), aveugle, paralysé et colérique. Austère mais lumineux, ce téléfilm de la BBC était l'oeuvre dont Ken Russell était le plus fier. La création artistique face aux aléas de la vie, l'altruisme au risque du masochisme, le temps qui fuit... des thèmes bergmaniens traités avec tact mais trop de froideur, en laissant l'émotion à distance. BR UK

Society (Brian Yuzna, 1989) *
Un rich kid de Beverly Hills en psychothérapie s'inquiète de l'identité réelle de ses parents et de sa soeur. Alors que la première heure a tout du soap Eighties pour ados (avec vestes épaulées et mullets), la suite tourne au délire horrifique et à la satire marxiste avec une orgie de mutants assez dégueu. A part cette séquence mémorable, le film n'accroche pas, la faute à un scénario trop lâche qui prend son temps pour aller nulle part. BR UK

L'avenir (Mia Hansen-Love, 2016) ***
Une prof de philo quinquagénaire bourgeoisement installée voit son univers se disloquer. Un film d'une sensibilité de tous les instants sur le passage du temps et l'instinct de survie. La mise en scène met en valeur les idées et les dialogues dans une lumière solaire qui irradie Paris, la Bretagne et le Vercors. Dans un de ses plus beaux rôles, Isabelle Huppert joue la vulnérabilité et la force avec une prestation à fleur de peau, exceptionnelle. BR FR 

Varieté (E.A. Dupont, 1925) ***
Crime passionnel dans un trio de trapézistes. Un mélodrame à l'histoire convenue sublimé par la lumière, les décors, la formidable mobilité de caméra et le jeu moderne et puissant d'Emil Jannings en acrobate trompé. La mise en scène dynamise les séquences d'action (au Wintergarten de Berlin) et d'intimisme. Un des grands films muets de la République de Weimar. Le score chanté des Tiger Lillies est un véritable hold-up sur le film. BR DEUT

Pattaya (Franck Gastambide, 2016) *
J'avais bien ri avec "Les kaïra" (2012) du même réalisateur. Il reprend ici trois gentils simplets du 93 qu'il transporte en Thaïlande comme alibi d'une série de potacheries toutes portées sur le mauvais goût et le politiquement incorrect. Les racailles, les nains, les gros, les asiatiques, les transsexuels sont ridiculisés dans une suite de gags cracras d'une lourdeur calculée. Les quelques éclats de rire ne compensent pas la paresse qui s'en dégage. BR FR 

Les fous du roi / All the King's men (Robert Rossen, 1949) ***
Exalté par le goût du pouvoir et de toute puissance, un juriste de Louisiane se fait élire gouverneur sur des thèmes populistes et s'imagine monter plus haut. Un des grands films politiques américains, porté par la formidable prestation de Broderick Crawford dans le rôle d'un franc-tireur égocentrique sans scrupule ni morale. L'effet miroir avec l'actualité est saisissant, notamment les scènes de discours enflammés contre l'Establishment. BR US

Atlantis, terre engloutie / Atlantis, the lost continent (George Pal, 1961) *
Inoubliable souvenir d'enfance (les hommes-animaux ! le rayon de la Mort !), ce peplum d'aventure fantastique autour d'un pêcheur grec mis en esclavage sur l'île condamnée d'Atlantis bénéficie de son effet nostalgie. Mais le petit budget truqué par d'amusants emprunts à d'autres films (Quo Vadis, la Marabunta...), la transparence de l'acteur principal et la faiblesse du scénario n'en font qu'un film mineur - mais sympathique - d'un dimanche après-midi. BR DEUT

Au bout du conte (Agnès Jaoui, 2013) *
L'histoire d'une jeune femme qui cherche le prince charmant et de ses proches, en une actualisation de situations et de personnages - de la bonne fée au méchant loup - de contes de fées. L'idée est originale et les acteurs sans reproche (Agnès Jaoui est formidable) mais une fois les bases du scénario posées, ça tourne un peu en rond et l'intérêt s'effiloche. Un film sympathique qui aurait eu besoin d'un coup de baguette magique. BR FR

Dans le noir / Lights out (David F. Sandberg, 2016) **
Une petit film d'angoisse horrifique très bien ficelé autour d'une créature humaine démoniaque qui apparaît dans le noir pour tourmenter une jeune femme et son demi-frère. L'effet recherché est le sursaut du spectateur et ça marche, dès la formidable séquence d'ouverture, avec une utilisation magistrale de l'obscurité. On peut voir le sujet comme une métaphore des dégâts que peut causer la maladie mentale au sein d'une famille. BR DEUT

Mademoiselle Swing (Richard Pottier, 1942) *
Un jeune provinciale passionnée de rythmes nouveaux monte à Paris pour se faire un nom au music-hall. Produit pour exploiter le triomphe de la chanson "Mademoiselle Swing" de 1940 (par Irène de Trébert, qui joue ici le rôle titre) une comédie musicale bébête et poussive qui reste un document historique intéressant sur les mouvements Swing et Zazou, mal vus sous l'Occupation à cause de leur excentricité et de leur influence américaine. DVD Z2 FR 

Pétain (Jean Marboeuf, 1993) **
De l'Exode à Sigmaringen, les parcours liés de Pétain et Laval. Les grandes étapes y sont, les personnages majeurs aussi mais tout est précipité pour rentrer dans 2h et le sujet est brossé à gros traits, façon Vichy pour les Nuls. La mise en scène est sans surprise et la musique de trop mais Jacques Dufilho et Jean Yanne surclassent et sauvent le film par leurs interprétations remarquables et fascinantes de Pétain et de Laval. Alors rien que pour eux. DVD Z2 FR

Julieta (Pedro Almodovar, 2016) ***
L'esprit de la Tragédie antique et classique plane sur ce mélodrame qui marque le retour à la pleine forme d'Almodovar après le navet "Les amants passagers" (2013). Par son riche scénario parfaitement articulé et sa mise en scène d'une impressionnante précision, l'histoire et le portrait de cette femme confrontée à des disparitions successives devient un conte universel sur le complexe tissu des liens familiaux et les affres de la culpabilité. BR FR 

Starman (John Carpenter, 1984) *
Une jeune veuve aide un extraterrestre qui a pris les traits de son mari décédé à rejoindre le vaisseau des siens. La formidable idée de départ est exploitée de façon décevante par la linéarité du scénario et le jeu monocorde de Jeff Bridges (ses mouvements saccadés) et de Karen Allen (sa voix éteinte). Dommage parce qu'il y a de superbes scènes comme le début, le chevreuil et le final. Ca aurait pu être un grand film de SF romantique. BR FR