1 avril 2017

Films vus par moi(s) : avril 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Dangereuse sous tous rapports / Something wild (Jonathan Demme, 1986) **
Un avocat de Manhattan se fait entraîner dans une virée sur la route par une imprévisible jeune femme. Passant à mi-film de la comédie romantique au thriller, un road movie existentiel sur l'attrait de l'inconnu dont les changements de ton (et de tenues) rythment la progression et où l'Amérique des dinners et des stations services est sublimée par la photo aux couleurs pop. Avec Jeff Daniels, Mélanie Griffith et un Ray Liotta vraiment effrayant. BR FR

The greasy strangler (Jim Hosking, 2016) 0
A L.A., un père et son fils crades et demeurés se partagent les faveurs d'une grosse nana paumée et se transforment en étrangleurs occasionnels et gluants. Il n'y a rien à sauver dans ce film totalement et irrémédiablement nul qui n'existe que pour la provocation gratuite. Des fart jokes aux costumes disco, des prothèses péniennes au jeu outrancier, tout n'est qu'idiotie satisfaite, ersatz pathétique des classiques trash de John Waters. Vu 45'. BR UK   

Travolta et moi (Patricia Mazuy, 1994) **
En 1978 à Châlons-sur-Marne, une fille de boulangers s'entiche d'un camarade intellectuel qui l'a séduite par pari. Les révoltes et les aspirations à l'autre chose de l'adolescence sont au coeur de ce téléfilm Arte dont le sujet banal est surclassé par une mise en scène qui exploite à merveille les travellings, le jeu instinctif de ses jeunes acteurs et un accompagnement musical (Bee Gees, Joe Dassin...) parfaitement intégré à l'action. Internet  

Catfight (Onur Tukel, 2016) ***
A New York, deux ex-amies de fac (Sandra Oh et Anne Heche, qui donnent tout) se retrouvent par hasard après vingt ans lors d'un cocktail mondain, l'une invitée, l'autre serveuse. De petites humiliations verbales enclenchent un affrontement physique dévastateur. Le scénario brillant panache humour, émotion, cruauté et violence dans une fable sur la frustration et la rage affective, professionnelle et politique. On rit beaucoup, jaune surtout. BR UK

German concentration camps factual survey (Sidney Bernstein/Imperial War Museums, 1945/2014) ***
Restauré en 2010-2014 à partir du film de 1945 inachevé et jamais montré au public, un éprouvant documentaire de 70' fait d'images tournées en avril 1945 à la libération de plusieurs camps. Certaines scènes ont déjà été vues par ailleurs (Auschwitz) mais la plupart sont inédites, dont la partie sur Bergen-Belsen. Comme son titre l'indique, le film - qui doit être remis dans le contexte de 1945 - ne s'intéresse qu'aux faits, pas à l'interprétation. BR UK

King Cobra (Justin Kelly, 2016) *
En 2005, un jeune acteur de webporno gay déclenche une affaire criminelle. D'après le fait divers autour de Brent Corrigan, un petit film illustratif qui ne va pas plus loin que l'histoire qu'il raconte, par manque de point de vue et d'idées de mise en scène. Christian Slater est excellent en producteur vieillissant de vidéos amateurs et James Franco, une fois de plus tourmenté par l'homosexualité, en fait des tonnes en concurrent du premier. DVD Z2 UK   

Studio 54 - Director's cut (Mark Christopher, 1998) *
Le director's cut 2015, qui retire les scènes ajoutées et réintègres celles retirées par Miramax à l'époque, éclaire la bisexualité du personnage principal, un type du New Jersey embauché comme barman au Studio 54 en 1979. Cette histoire de pauvres jeunes gens exploités par de riches prédateurs méritait une mise en scène flamboyante : on a à la place un fade et plat conte moral, illuminé par l'ambiance et le rythme Disco de la boîte. BR DE     

Quelques minutes après minuit / A monster calls (Juan Antonio Bayona, 2016) *
Malgré tous les avantages qu'il a pour lui (une histoire touchante, un thème fort, des séquences animées splendides, des citations de King Kong...), ce film sur un jeune garçon qu'un arbre vivant aide à surmonter l'angoisse de voir sa mère agoniser n'a pas réussi à m'émouvoir. La faute sans doute à des effets spéciaux trop voyants (surtout la fin) et une mise en scène appliquant trop sagement la recette spielbergienne. Le coeur n'y est pas. BR US

Les premiers les derniers (Bouli Lanners, 2016) **
Deux quinquagénaires taiseux (Albert Dupontel et Bouli Lanners, intenses) cherchent un portable volé dans une région déserte et maussade et croisent des vivants, des morts et un ressuscité. Une fable assez hermétique sur la bienveillance qui transpose tous les codes du western apocalyptique dans une Beauce filmée comme les Grandes Plaines. Si on aime l'ambiance, on aimera le film. Avec Michael Lonsdale et Max von Sydow en guest stars. BR FR

Silence (Martin Scorsese, 2016) *
En 1641, deux jeunes prêtres portugais partent au Japon en rechercher un autre au moment de persécutions chrétiennes. Le sujet intéressant et profond sur la foi en milieu hostile ne résiste pas au scénario répétitif (capture, martyre, capture, martyre), à la longueur douloureuse (plus de 2h30), au choix de la voix off chuchotante - à la Malick - du personnage principal et à la mise en scène terriblement académique. Décevant. BR US

Manifesto (Julian Rosenfeldt, 2015) ***
Une géniale installation vidéo où Cate Blanchett dit 13 manifestes de l'art du XXe s. à travers 13 fictions très cinématographiques de 10 minutes dans lesquelles elle interprète une chorégraphe, une veuve, un SDF, une journaliste TV, une ouvrière, une mère au foyer... L'ensemble est à la fois inventif, hilarant et puissant, donnant vie, sens et actualité à des textes enflammés essentiels mais souvent indigestes. Expo Beaux-Arts de Paris 

The People vs. O.J. Simpson (Scott Alexander & Larry Karaszewski, 2016) ***
Un passionnant téléfilm en 8 épisodes qui retrace le procès Simpson de 1995, ses coups de théâtre et son cirque médiatique. Le point de vue principal, celui de la procureure Marcia Clark (Sarah Paulson, formidable), donne son intensité émotionnelle - et féministe - à cette stupéfiante affaire. On frise parfois le camp (Travolta en Robert Shapiro, les Kardashian...) mais l'efficacité du scénario, de la réalisation et du casting triomphent. BR FR     

20th century women (Mike Mills, 2016) **
En 1979 à Santa Barbara, les liens d'une petite tribu formée par une mère poule, son fils ado et deux jeunes femmes et un mécanicien qu'ils hébergent. Le sentiment du temps et de l'existence qui passent sans avoir l'impression d'y participer sont en trame de cette chronique mélancolique et drôle dont le décalage contrôlé confine un peu à la pose. Une sorte de soap opera indie et féministe. Annette Bening est formidable, Elle Fanning une révélation. BR US

Daddy (Gerald McCullouch & Dan Via, 2015) 0
A Pittsburgh, un gay quinquagénaire a une liaison avec son stagiaire et découvre que celui-ci... le titre donne l'idée. Un petit film indépendant où tout est embarrassant : les dialogues, le jeu des piètres acteurs, la mise en scène, les clichés et le traitement d'un sujet qui méritait mieux. La touche "accéléré" de la télécommande à fonctionné après 30', le maximum de ce que j'ai pu tenir. La pièce d'origine était peut-être meilleure, peut-être. BR US

Le désordre et la nuit (Gilles Grangier, 1958) 0
J'aurais aimé aimer ce film de Grangier avec Gabin et Darrieux sur un vieux flic qui s'éprend d'une jeune droguée et escort (Nadja Tiller) dans une boîte des Champs. Mais à part quelques vues nocturnes de Paris, l'artifice de l'écriture, des vices et du studio amidonnent toute la dynamique et on regarde ça comme un ennuyeux musée de cire. Le genre de produit qui faisait hurler les orfraies de la Nouvelle Vague et ici ils n'avaient pas tort. BR FR

Love & friendship (Whit Stillman, 2016) ***
Drôle et mordante, cette adaptation d'une nouvelle de Jane Austen sur une veuve anglaise à l'assaut d'un nom et d'une fortune au tournant des années 1800 est une comédie sociale toute en dialogues dont la spiritualité fait penser à Oscar Wilde. Kate Benckinsale et Chloë Sevigny sont formidables en opportunistes labourant les riches familles provinciales. Un excellent vaudeville en costumes où les femmes mènent la danse. BR FR 

Le prince de Hombourg / Il principe di Homburg (Marco Bellocchio, 1997) ***
Vers 1800, le jeune commandant somnambule d'un bataillon allemand, condamné à mort pour non obéissance, fait face à sa conscience (et à son inconscient). Baignée dans une pénombre rompue par la lune et les torches, cette triomphante adaptation de la pièce de Kleist est un chef-d'œuvre de Romantisme dans ses thèmes et dans sa mise en scène. Andrea di Stefano est parfait en bouleversant soldat tourmenté par le rêve, l'amour et l'honneur. BR FR

Marguerite (Xavier Giannoli, 2015) **
En 1921, une riche et excentrique baronne délaissée par son mari s'essaye à l'opéra malgré sa voix épouvantable. D'une histoire (inspirée par la vraie Florence Foster Jenkins) qui se prêtait à la comédie le réalisateur a fait un drame cruel sur le mensonge, l'exploitation et l'illusion. Catherine Frot donne à son personnage une fragilité et une candeur touchantes et Michel Fau, génial, apporte un grain de folie à un film autrement assez froid. BR FR

Vampires en toute intimité / What we do in the shadows (Jemaine Clement & Taika Waititi, 2014) 0
Le quotidien de quatre (puis cinq) vampires d'époques différentes qui cohabitent dans une vieille demeure de Wellington, Nouvelle-Zélande. Un sujet à potentiel que les auteurs réduisent au jus de navet par excès de coolitude, de potacherie et d'esprit found footage, le genre où les personnages font des clins d'oeil satisfaits à la caméra après chaque pitrerie. Une comédie lamentable donc que j'ai vue en accéléré après 20', c'est dire. BR DE

Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, 2016) **
Pas un documentaire sur le cinéma français mais un voyage subjectif avec Tavernier qui, comme dans tout voyage, choisit ses points de chute : Becker, Renoir, Gabin, Carné, Jaubert, Gréville, Melville, Sautet. Le regard est personnel et intime, celui d'un cinéphile avant tout qui se trouve être aussi réalisateur. On ne sent pas les 3h15 passer et les commentaires font voir tous les extraits de films sous un angle souvent pertinent et imprévu. BR FR

Multiple maniacs (John Waters, 1970) ***
Queer, subversif et potache, l'un des premiers films de John Waters condense déjà tout l'univers du réalisateur (tout au moins le meilleur, jusqu'à "Polyester" en 1981). Divine y crève l'écran en Lady Divine, criminelle et star du Cavalcade of Perversions, dans une série de séquences comico-trash qui offensent la bien-pensance américaine, le catholicisme et le cinéma avec un grand C. Le casting des Dreamlanders est comme un Who's Who dépravé. BR US 

The summit (Nick Ryan, 2012) *
Le 1er août 2008, 11 alpinistes et sherpas mouraient en redescendant du sommet du K2. Ce documentaire (avec quelques séquences reconstituées avec acteurs) revient sur le drame avec, comme tout fait divers de ce genre, ses éléments de rêve, de risque, de malchance, d'héroïsme et de mauvais jugements. Rien d'original donc mais on ne se lasse pas de contempler, depuis le canapé, l'univers sublime et hostile de la haute montagne. BR DE

10 commentaires:

  1. Bonjour Tom,

    Avec un peu de retard sur le 07/04 : très bon anniversaire : -)

    Bien à toi

    RépondreSupprimer
  2. le 7 avril ? Tu as le même jour anniversaire que John Gavin ;) à un jour près... Bon anniversaire Tom Peeping :)

    RépondreSupprimer
  3. Après "Marguerite", à voir : "Florence Foster Jenkins" carrément film biographique avec Meryl Streep dans le rôle de Florence ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un film sur le sujet me suffit je crois :) J'imagine ce que Meryl Streep peut faire avec un personnage comme celui-là.

      Supprimer
  4. Hello Tom, as-tu vu le doc fleuve sur OJ Simpson ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, c'était même mon film du mois il y a quelque temps. Le doc et la mini series sont vraiment complémentaires et les voir à la suite les rendent chacun encore plus passionnants. De la très grande télé.

      Supprimer
  5. Je viens de voir le docu, tu es en train de me dire que je dois replonger dans cette histoire côté fiction... Ok...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, après le doc, la mini series. Ma seule réserve est que Cuba Gooding Jr ne ressemble en rien à O.J. mais son rôle n'est pas majeur. Pour le reste, c'est vraiment excellent et nerveux.

      Supprimer