**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * médiocre / 0 mauvais
John Henry (Mark Henn, 2000) ***
Un ex-esclave herculéen aide des camarades ouvriers à poser des rails de chemin de fer et percer un tunnel. Une intéressante adaptation en court-métrage animé Walt Disney d'un conte folk américain. Étonnamment anachronique pour 2000 - le style et l'esprit de ces 10' semblent tout droit sortis d'un film des 1940s/1950s - et réalisé par l'animateur d'Ariel, Belle, Jasmine et Pocahontas, l'animation est des plus réussies et la fin inattendue. Au filtre du masculinisme galopant d'aujourd'hui, celle-ci prend d'ailleurs une tournure involontairement ironique et savoureuse. YouTube
Les rayons et les ombres (Xavier Giannoli, 2026) ***
Pendant l'Occupation, l'histoire tuberculeuse du patron de presse Jean Luchaire et de sa fille actrice Corinne. Raconté en flashback par la jeune femme brisée après la guerre, un film qui ose un regard froidement empathique - à la Lacombe Lucien - de deux collaborateurs inconséquents conspués et condamnés à raison et à tort dès la Libération. Les 3h15 passent vite grâce à un scénario lugubre bien huilé, à la restitution de l'époque et aux acteurs et ce malgré une réalisation trop académique. L'effet miroir du présent, parfois lourdaud, est vraiment intéressant. Cinéma
Train dreams (Clint Bentley, 2025) 0
La vie d'intermittent d'un bûcheron (Joel Edgerton monolithique) dans les années 1900 dans l'état de Washington. Enfin, c'est surtout ses questionnements sur la vie en général et ses malheurs dans une interminable pleurnicherie à voix chuchotantes. Les images des paysages minutieusement composées sont belles comme des peintures enrobées de musique sirop, l'Existentialisme appuyé en voix off de peur qu'on ne comprenne et le tire-larme à larigot. Le pire du cinéma d'auteur contemporain avec tous ses tics en toc. Abandonné au bout d'1h. Netflix
Un jeune homme de bonne famille (Sébastien Lifshitz, 2026) **
Racontée par lui-même, le retour sur sa vie débridée d'un homme gay de 80 ans des pissotières à Internet, de la Comédie Française au porno. C'est tout un pan de histoire de la société lgbtq des années 1950 à aujourd'hui qu'évoque Claude Loir à travers son histoire singulière faite d'envies et d'occasions toujours assumées. La caméra filme avec tendresse les expressions désarmantes du personnage et le micro capte sa belle voix calme dans un portrait solaire qui laisse de côté les inévitables parts d'ombre. Le beau dessin d'un être qui semble aussi candide que sympa. Arte TV
Je suis frigide... Pourquoi ? (Max Pécas, 1972) **
Violée vierge, Doris monte à Paris pour s'essayer au sexe avec des hommes et des femmes. Se rendant compte qu'elle n'aime pas l'amour, elle consulte. Sandra Jullien est très belle et bien en oie blanche dévergondée dans ce film érotique typique des années 70 avec ses ambitions de scénario et de production et ses scènes de soft-porn au filtre flou. Il y a un peu de Laclos et de Sade dans l'esprit et la direction artistique met le paquet sur la déco Seventies, un régal. La résolution, moralement inacceptable, serait impensable aujourd'hui. Viva Max Pécas. BR FR LCJ
Topaze (Marcel Pagnol, 1951) ****
Renvoyé par sa direction, un instituteur intègre et naïf se retrouve prête-nom pour des escrocs en col blanc. Adapté de sa pièce par l'auteur, une charge sur les corruptions et les magouilles cupides des individus et des institutions privées et publiques, soit tout le monde. La satire est d'une précision clinique, souvent très drôle, toujours très bien vue et plus que jamais d'actualité dans ses dialogues ravageurs. C'est aussi un festival Fernandel qui y déploie tout son talent comique et dramatique en juste comme en roué, entouré d'un casting aux petits oignons. DVD FR CMF-MPC
28 ans plus tard / 28 years later (Danny Boyle, 2025) ***
Entrainé par son père, un garçon de douze ans découvre les zombies sanguinaires qui occupent le territoire au large de leur île refuge. Vingt ans plus tard, un reboot des infectés de 2003 et 2007 qui en conserve le style épileptique des attaques tout en réorientant l'histoire autour d'un coming of age de post-Apocalypse. Malgré la roublardise affichée - hard-rock, Brexit, dernière scène putassière au possible - l'énergie, la violence gore et certaines images fortes - les crânes - en font un spectacle d'une morbidité aussi perturbante que distrayante. Dans le genre, c'est pas mal du tout. BR FR ESCD
Le Schpountz (Marcel Pagnol, 1938) ****
En Provence, un sympathique bénet qui se croit appelé à une carrière de star de cinéma est victime d'une blague professionnelle à laquelle il mord. Une formidable satire du milieu du cinéma et du destin portée par un scénario à la fois cruel, tendre et drôlement malin dans ses méandres. Les dialogues brillants et profonds derrière leur légèreté de surface sont sublimés par un Fernandel au sommet de son art de l'expression et du verbe. Un des grands films français des années Trente. DVD FR CMF-MPC
Adieu poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975) **
A Rouen, un commissaire et son adjoint essayent de faire tomber un candidat à la mairie véreux. Un film typique des années 70 françaises dans l'esprit et le style et c'est ce qui fait son charme parce que l'intrigue faiblarde ne suffirait pas. Mais au-delà du charme, il y a le plaisir inaltérable de voir ensemble Lino Ventura en vieux loup et Patrick Dewaere en jeune chien, deux acteurs aux personnalités et jeux si différents dont l'attelage fonctionne pourtant à merveille. BR FR Rimini Editions
L'homme qui rétrécit (Jan Kounen, 2025) **
Suite à un phénomène inconnu, un homme se met à rétrécir sans fin. Le remake français du livre de Matheson et du film d'Arnold - deux chefs-d'oeuvre - est bien fait mais sans surprise. Il est plus intéressant si on le prend comme une métaphore d'un homme qui vieillit, en l'occurence Jean Dujardin quinquagénaire. J'ai vu la version Director's Cut où Kounen explique en intro qu'elle a été modifiée pour le cinéma parce que le public test ne suivait pas et qu'ils ont été obligés de mettre une voix off pour expliquer les pensées existentielles du personnage. Ça, c'est terrifiant. BR FR Universal
La maison des Bories (Jacques Doniol-Valcroze, 1970) *
Un étudiant allemand venu traduire le travail d'un géologue austère dans sa maison de campagne et la femme du chercheur s'éprennent l'un de l'autre. Si c'était un film des années 1930/1940 le charme du noir et blanc, des stars et de la suggestion aurait fonctionné mais après 1968, une histoire d'amour platonique traitée au roman-photo sur du Mozart comme celle-là semble terriblement anachronique et désuète et emmerde. Les belles images de la campagne de Vaucluse, Mathieu Carrère, Marie Dubois et Maurice Garrel n'y peuvent rien. BR FR Editions Montparnasse









