3 janvier 2022

Films vus par moi(s): janvier 2022


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Gaudí (José María Argemí, 1960) 0
La vie de Gaudí, de sa sortie de l'école d'architecture à son accident de tramway. Plus centré sur sa personnalité que ses travaux, un biopic plan-plan comme tout qui ne vaut que par le scénario adapté à la morale franquiste : la transition du mondain à l'ascète et le retrait volontaire des passions féminines -  une cocotte et une dévote - sont présentés comme un modèle de sacrifice moral. Pour ses créations, on repassera. YouTube 

Spencer (Pablo Larraín, 2021) *
Trois jours d'enfer de la princesse Diana à Sandringham au Noël 1991. Moins pire que son Jackie de 2016, un autre drame des châteaux, entièrement écrit du point de vue de Diana (Kristen Stewart pour une fois m'a semblé moyennement à l'aise avec le rôle), qui y aborde les rives de la psychose. À part deux scènes libératrices à la fin, le réalisateur ne sert que torture et souffrance, beaucoup pour Lady Di et un peu pour le spectateur. Amazon Prime Video

Le brigand bien-aimé / Jesse James (Henry King, 1939) ***
Dans les années 1870, les frères Frank et Jesse James dévalisent sans violence trains et banques avec leur bande mais le risque pèse sur l'épouse de Jesse. Le conflit personnel l'emporte sur l'action dans cet émouvant western intime en Technicolor. Tyrone Power incarne avec un charme ravageur le bandit passé au statut de légende grâce aux romans et aux films, dont celui-ci fut le prototype. Avec Henry Fonda, Nancy Kelly et Randolph Scott. BR FR 

Avoir vingt ans / Avere vent'anni (Fernando di Leo, 1978) *
Deux jeunes femmes délurées se retrouvent dans une communauté assez amorphe où elles ne trouvent pas leur plaisir. De l'érotisme Seventies, de la comédie et de l'outrance jusqu'à un final de violence extrême... Un film d'exploitation à la chute volontairement choquante, sans doute pour porter un message - sur le machisme et la désillusion ? - plutôt confus. Les deux actrices sont sexy et charismatiques, c'était dans le job description. BR FR

L'amour de Jeanne Ney / Die Liebe der Jeanne Ney (G.W. Pabst, 1927) ***
Après la Révolution russe, une française et l'assassin de son père tombent amoureux. Un mélodrame de la fin du muet dont le scénario un peu bancal est compensé par la mise en scène inventive de Pabst, qui utilise tous les effets possibles pour créer un rythme haletant, et des scènes tournées dans les rues du Paris d'époque. Le casting est formidable, notamment Fritz Rasp en méchant d'anthologie et Brigitte Helm en jeune aveugle.  BR UK

Don't look up (Adam McKay, 2021) ***
Un astronome lambda et son assistante tentent d'alerter la Maison-Blanche qu'une comète géante va détruire la Terre dans six mois. Sur un ton de comédie acerbe, une dénonciation amère de l'attitude révoltante des classes dominantes et de l'aveuglement collectif du monde actuel face aux enjeux universels. Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence excellent dans des rôles à contre-emploi. Un blockbuster d'une intelligence inédite. Netflix 

7 décembre 2021

Films vus par moi(s): décembre 2021


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Les enfants terribles (Jean-Pierre Melville, 1950) **
Un frère et une soeur, adolescents fusionnels, vivent autour de leur chambre-sanctuaire jusqu'au jour où trois tiers entrent dans leur univers autonome. Jean Cocteau a écrit le roman d'origine et prête sa voix-off sentencieuse à ce film inclassable entre réalisme et surréalisme dont les situations et dialogues sont aussi outranciers que le jeu fébrilement halluciné de Nicole Stéphane. Vu comme une fiction sur la psychose, c'est passionnant. BR UK  

Le croque-mort s'en mêle / The comedy of terrors (Jacques Tourneur, 1963) **
Un entrepreneur de pompes funèbres victorien en faillite tente de se refaire une clientèle par l'assassinat. Une comédie gothique écrite par Richard Matheson que le nonsense et l'absurdité élèvent à la farce. Mais c'est le casting de cabotins sur le retour qui étincelle en surjouant : Vincent Price, Boris Karloff, Basil Rathbone et, dans un rôle et un physique globuleux hilarants, Peter Lorre, prodigieux. Un film facétieux sympathique comme tout. BR UK

La Gorgone / The Gorgon (Terence Fisher, 1964) *
Vers 1910 en Europe Centrale, des villageois meurent minéralisés aux pleines lunes. Un médecin soupçonne une réincarnation de la Gorgone. Le scénario n'est pas à la hauteur de ce qu'il aurait pu être et le film est plat, ne s'animant que lors des très rares apparitions de la créature et de quelques belles compositions atmosphériques en Technicolor de la Hammer. Peter Cushing, Barbara Shelley et Christopher Lee font leur job, sans plus. BR US 

Clair-obscur / Passing (Rebecca Hall, 2021) **
A New York dans les Twenties, deux anciennes amies de la bourgeoise noire se retrouvent des années plus tard : l'une s'est reconstruite sa vie en se faisant pour blanche. Sur un sujet de mélodrame, un film qui en évite les outrances pour se concentrer sur le portrait de deux femmes semblables séparées par un mensonge. Très stylé dans sa photo N&B et le jeu retenu de Ruth Negga et Tessa Thompson, un woman's picture 100% contemporain. Netflix 

Peter Ibbetson (Henry Hathaway, 1935) ***
Inséparables, un garçon et une fille âgés de huit ans doivent pourtant se quitter. Ils se retrouvent vingt ans plus tard, réactivant leur attachement mutuel. L'amour absolu s'affranchit du temps, de l'espace et de la raison dans ce mélodrame poético-fantastique aux accents jungiens porté par la direction sans aucune mièvrerie de Hathaway et le jeu sensible de Gary Cooper - tout en vulnérabilité - et de Ann Harding. Incandescent. BR FR

La princesse de Montpensier (Bertrand Tavernier, 2010) *
Dans les années 1570, une jeune femme mariée par son père à son cousin Montpensier reste amoureuse de son autre cousin, un Guise. Un film en costumes - inspirés des portraits de Clouet, ils sont très beaux - dont les personnages ne sont pas assez écrits, ni incarnés par les acteurs qui peinent à s'accaparer les dialogues, pour qu'on s'intéresse à leurs émotions un peu vaines. Alors, malgré les paysages magnifiques, on s'ennuie bien. BR FR

Le prince / Il principe (Sebastián Muñoz, 2019) 0
Un nouveau détenu apprend la cohabitation dans une prison du Chili sous la domination protectrice d'un parrain de cellule. Tensions de groupe forcées, homoérotisme gratuit et mise en scène satisfaite : ce film qui veut explorer le territoire du désir gay en milieu carcéral enfonce surtout des portes ouvertes, jusqu'à la fin prévisible de loin. L'acteur qui joue L'Étalon vieillissant est bien mais pas de quoi grimper aux barreaux non plus. BR FR

The power of the dog (Jane Campion, 2021) **
En 1926 dans le Montana, l'équilibre entre deux frères éleveurs est ébranlé quand arrive la nouvelle femme de l'un, accompagnée de son fils androgyne. L'Ouest disparaît en même temps que la masculinité toxique dans ce western un peu long où la tension psychologique s'inscrit dans un décor naturel sublimé par la photographie. Benedict Cumberbatch et le jeune Kodi Smit-McPhee s'affrontent dans un conflit de nerfs et de genre. Netflix 

10 novembre 2021

Films vus par moi(s): novembre 2021

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Lancelot du Lac (Robert Bresson, 1974) *
N'ayant pas trouvé le Graal, les Chevaliers de la Table Ronde reviennent au château d'Artus où, désoeuvrés, ils se préoccupent de l'adultère de Guenièvre avec Lancelot. Le film en armures de Bresson n'a rien de spectaculaire à part la première et la dernière séquence et le choix radical d'austérité, de dialogues désincarnés et de décors simplifiés à l'extrême. Si j'adore ses autres films, celui-ci m'a laissé au bord de la route. BR FR

Désirée (Henry Koster, 1954) **
De 1794 à 1815, l'amitié amoureuse de Désirée Clary et de Napoléon. La grande histoire et la petite fusionnent comme la Fox savait le faire dans ce CinemaScope-Technicolor qui raconte sur le mode intimiste - sauf pour le Sacre de Napoléon, d'après le tableau de David - et du point de vue de celle qui devint reine de Suède les soubresauts de la période. Jean Simmons est excellente et Marlon Brando impérialement bougon. BR FR

Pig (Michael Sarnoski, 2021) **
Un ermite des bois de l'Oregon qui vit de truffes qu'il vend aux restaurants chics de Portland descend en ville lorsque son seul ami, son cochon truffier, est volé. Sur une idée plutôt ridicule, un film inattendu qui traite, au sérieux, de sujets existentiels majeurs : le choix de vie, la place sociale, le deuil... Nicolas Cage, tout en silence et intériorisation, montre l'acteur solide qu'on avait oublié qu'il pouvait être. Etonnamment émouvant. BR UK

Les derniers jours de Pompéi (Marcel L'Herbier, 1948) *
À Pompéi en 79, l'amour contrarié, entre jalousies, philtres magiques et éruption du Vésuve, d'un grec et d'une patricienne. Georges Marchal en jupette et Micheline Presle en grand voile sont assez perdus dans ce film d'antiquité peu inspiré qui prend ses dialogues insipides avec le sérieux ampoulé qui seyait au genre. Il reste les beaux décors et le côté camp des costumes et des attitudes efféminées des personnages masculins. BR FR

ADN (Maïwenn, 2020) **
Le patriarche maghrébin d'une famille parisienne meurt en laissant sa petite-fille désemparée et en quête de sa part d'identité algérienne. Le naturalisme artificiel de Maïwenn fonctionne à merveille dans le principal du film, celui des querelles de groupe, porté par l'excellence des comédiens, Fanny Ardant en mère toxique en tête. Mais en se recentrant sur l'actrice-réalisatrice, la dernière partie est affaiblie par le narcissisme. BR FR

3 octobre 2021

Films vus par moi(s): octobre 2021


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Les chemins de la haute ville / Room at the top (Jack Clayton, 1959) ***
Dans une ville minière anglaise, un jeune homme (Laurence Harvey) de milieu ouvrier veut vite grimper l'échelle sociale en séduisant la fille d'un magnat. Un peu la version britannique d'A Place in the Sun (1951), ce mélodrame cruel est passionnant dans son hybridité : sur une trame classique, il panache studio et décor urbain et laisse Simone Signoret jouer d'une façon étonnamment moderne, ce qui lui a valu l'Oscar 1960. BR UK

Léonard de Vinci / La vita di Leonardo da Vinci (Renato Castellani, 1971) **
Léonard de Vinci, sa vie et son oeuvre, dans cette prestigieuse mini-série italienne en cinq épisodes, coproduction Instituto Luce/RAI/ORTF/TVE. De l'enfance à Vinci à la mort à Amboise, le scénario suit par grandes étapes son parcours (évitant toute référence directe à l'homosexualité) en explorant surtout sa personnalité atypique et son inventivité insatiable. Philippe Leroy est un excellent Leonardo, séduisant et fiévreux. YouTube

Old (M. Night Shyamalan, 2021) ***
Descendus sur une plage isolée d'une île caraïbe, douze touristes y sont piégés par une force qui les fait vieillir à vue d'oeil. Shyalaman sait toujours manier la caméra, l'existentialisme et le suspense à merveille : ici, le décor minimaliste du paradis infernal sert de fond à une fable fascinante - et dérangeante - sur la temporalité de la vie humaine. Un concept assez génial et la forme d'une série B d'horror : que demander de plus ? BR UK  

Thundercrack! (Curt McDowell, 1975) ***
Réfugiés lors d'une tempête dans la maison d'une veuve névrosée, trois filles et trois garçons profitent du branlodrome qu'elle a installé dans la chambre de son fils disparu, puis d'eux-mêmes. Underground, délirant et fait sur un budget de ficelle surclassé par les idées, les dialogues hilarants et la photo en N&B contrasté, un film d'art porno pansexuel de 2h30 qui convoque sous poppers Waters, Bergman et Romero. Du culte, du vrai. BR US  

Freddy 5 : L'enfant du cauchemar / A nightmare on Elm Street: The Dream Child (Stephen Hopkins, 1989) 0
Enceinte, une étudiante rêve que Freddy veut lui enlever son futur enfant. Ou c'est sur la naissance de Freddy. Ou autre chose. Bref, j'ai vu en accéléré cet épisode de la saga des Griffes de la Nuit. C'est nul mais il y a une séquence surprenante où les personnages se poursuivent dans des escaliers à la Escher juste avant que les effets spéciaux mécaniques ne cèdent la place aux CGI. Le premier film était assez bon il me semble. BR DE

L'homme à femmes / Sorelle Materassi (Ferdinando Maria Poggioli, 1944) ***
En Toscane, un gigolo vient s'installer chez ses tantes, deux vieilles filles qui s'entichent de lui au-delà du raisonnable. Le jeune homme cupide et les multiples femmes qui le désirent forment une galerie de personnages qui pourrait orienter le film vers la férocité. Mais le jeu outrancier des actrices, les allusions graveleuses et l'ébullition des sentiments apportent une juste dose d'humour et d'empathie. Un film étonnant, noir et rose. YouTube

Jésus / Boku wa lesu-sama ga kirai (Hiroshi Okuyama, 2018) **
Au Japon, un garçon de 9 ans inscrit dans une école catholique s'attache Jésus en ami imaginaire et sympathise avec l'élève populaire de sa classe. Un petit film qui traduit par touches sensibles l'équilibre fragile des croyances de l'enfance face à la réalité de la vie, ici un deuil. La mise-en-scène du réalisateur de 22 ans isole les personnages dans des décors minimalistes et la neige, comme une épure. C'est plutôt réussi. BR FR

D'où l'on vient / In The Heights (Jon Chu, 2021) 0
Dans le quartier de Washington Heights à New York, un jeune épicier dominicain rêve de retourner au pays. Je n'ai vu que 30' sur 143' de cette adaptation du musical à succès de Broadway : le dégoulinement des bons sentiments, des clichés sur la communauté hispanique, des visages ensoleillés des personnages et de la sucrerie colorée de la photo et de la musique m'auraient fait gerber si j'avais été plus loin. ¡Horripilante! BR UK

Luca (Enrico Casarosa, 2021) **
Transformées en garçons, deux jeunes créatures aquatiques partent incognito à la découverte d'un village de bord de mer. Ce film d'animation Disney-Pixar prend les recettes éprouvées du coming of age movie et les transpose dans le merveilleux décor des Cinque Terre en maintenant un rythme dynamique ponctué de moments d'onirisme. Vu comme une métaphore sur la transidentité, son originalité et son intérêt redoublent. BR UK

La vallée de la peur / Pursued (Raoul Walsh, 1947) ***
Adopté enfant par une veuve, un jeune homme qui fait le cauchemar récurrent de bottes à éperons dorés s'aliène son demi-frère et séduit sa demi-soeur. Un western psychanalytique magistralement mis en scène par Walsh et photographié par James Wong Howe dans un noir et blanc qui sublime tout, notamment le désert du Nouveau-Mexique. Robert Mitchum  débute et crève l'écran, secondé par Teresa Wright et Judith Anderson. BR FR

Adieu les cons (Albert Dupontel) ***
Atteinte d'une maladie terminale, une coiffeuse part à la recherche du fils qu'elle avait eu adolescente et qui lui avait été retiré. Elle se retrouve aidée par un informaticien dépressif et un aveugle. L'humour, la mélancolie et l'absurde s'harmonisent dans ce film dont l'originalité tient à la mise en scène de comédie surréaliste au service d'un sujet existentiel grave : l'incommunicabilité contemporaine. Virginie Efira, bien sûr, est parfaite. BR FR

25 septembre 2021

Films vus par moi(s): septembre 2021

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Le voyage d'Arlo / The good dinosaur (Peter Sohn, 2015) **
Un jeune dinosaure trouillard qui s'est perdu doit affronter ses peurs pour revenir chez lui, avec l'aide d'un petit garçon débrouillard qu'il a rencontré en chemin. Un film d'animation Pixar pour enfants sur le thème de la confiance en soi qui pourrait être trop gentillet s'il n'y avait, pour le plaisir des yeux, le fabuleux travail CGI sur les paysages et les phénomènes de la nature, variés et tous aussi splendides les uns que les autres. BR FR 

Pluie d'enfer / Hard rain (Mikael Salomon, 1998) *
Alors que la pluie inonde une petite ville d'Indiana menacée par un barrage, quelques durs à cuire se flinguent autour d'un butin. Le scénario et les dialogues abrutis ne coulent pas complètement ce film d'action bourrine grâce à l'idée formidable d'avoir situé toutes les péripéties dans la nuit et l'eau qui monte peu à peu : le décor noyé est d'une originalité visuellement stupéfiante. Christian Slater et Morgan Freeman surnagent. BR DE

1 août 2021

Films vus par moi(s) : août 2021


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Ingagi (William S. Campbell, 1930) *
Une équipe de tournage va au Congo belge pour ramener des images d'une région où une tribu accouple des femmes à des gorilles. Un faux documentaire - fait de séquences récupérées d'autres films et du zoo de L.A. - au ton et aux scènes  effroyablement racistes. Au bout d'une heure de massacre d'animaux d'Afrique, le gorille et la fille nue arrivent. Un Pre-Code d'exploitation gratiné - et vite interdit - à prendre avec des pincettes. Web

Bravados / The bravados (Henry King, 1958) **
Ayant ses raisons, un homme taciturne arrive dans une petite ville de la frontière mexicaine pour assister à la pendaison de quatre bandits qu'il pourchassait. Gregory Peck, les paysages grandioses, la photographie De Luxe et la mise en scène de King sont exceptionnels. Mais la conclusion de ce western de vengeance, moralement plus qu'ambigüe, empêche d'y adhérer totalement. Et au final, ça le rend encore plus intéressant. BR DE

Directrice / The chair (Amanda Peet, 2021) **
Une professeure américaine-asiatique juste nommée directrice du département de littérature anglophone d'une prestigieuse université doit gérer le dérapage d'un collègue qui enflamme les étudiants woke. Le choc des consciences et des générations dans la spirale de la Cancel Culture sert de trame à cette comédie de société qui ne dénonce rien, mais constate. Sandra Oh, comme toujours, est au-delà de tout éloge. Netflix 

Lune de miel / Honeymoon (Michael Powell, 1959) *
En voyage de noces en Espagne, une danseuse classique (Ludmilla Tcherina) qui a laissé sa carrière pour épouser un Australien rencontre un danseur de flamenco. Seuls les numéros dansés font sortir de la torpeur que provoque ce film au scénario inexistant qui hésite entre le travelogue et le Musical. Mais le Technicolor est beau et Antonio, star du flamenco, a du génie : ses petits pas sur la route au début sont merveilleux. BR UK

Sortilèges (Christian-Jaque, 1944) ***
Dans l'hiver des monts d'Auvergne, le cheval noir d'un voyageur assassiné hante un village isolé. L'amour qui triomphe de l'obscurité est un thème cher à Prévert qui a écrit le scénario. Sur sa trame, Christian-Jacque réalise un superbe film d'atmosphère folklorico-fantastique qui utilise à merveille les silhouettes sur la neige, l'étrangeté des superstitions et les angles de caméra inattendus. Avec une formidable scène de danse rurale. DVD Z2 FR

The last black man in San Francisco (Joe Talbot, 2019) ***
Dans un quartier gentrifié de San Francisco, un jeune homme noir squatte avec son meilleur ami une maison néo-victorienne vacante construite par son grand-père. Une métaphore sur le statut des noirs en Amérique qui évoque des douleurs endémiques sur un ton mélancolique, des images élégiaques et des non-dits éloquents. Derrière l'artifice, la sincérité est évidente et ces deux garçons perdus touchent au coeur. Un beau film. BR US

Ma femme est une sorcière / I married a witch (René Clair, 1942) **
Réincarnée, une sorcière du 17e siècle venue avec son père accomplir une malédiction s'éprend de sa victime, le potentiel gouverneur du Massachusetts. Un sympathique classique de la comédie fantastique américaine, construit autour du couple Veronica Lake-Fredric March, de personnages secondaires réussis (Cecil Kellaway, Susan Hayward) et de trucages, comme les fantômes-fumées, chargés d'humour et de poésie. BR US

L'invasion des piranhas / Killer fish (Antonio Margheriti, 1979) **
Au Brésil, des voleurs qui ont caché des pierres précieuses au fond d'un lac ignorent qu'il est infesté de piranhas. La fine équipe étant constituée de Karen Black, James Franciscus, Marisa Berenson, Lee Majors et Margaux Hemingway, tous impeccablement stylés, et qu'il y a en plus des poissons voraces des coups fourrés et une rupture de barrage, ce thriller d'époque - "Piranhas", meilleur, date de 1978 - offre ses petits plaisirs coupables. BR DE

La rage / La rabbia (Pier Paolo Pasolini, 1963/2008) ***
Un montage de bandes d'actualités comme essai ciné-politique. La version de 2008 à partir du texte original de Pasolini reconstitue la vision du réalisateur, dénaturée par la production en 1963. Son cri marxiste contre l'amoralité des puissances capitalistes modernes, même avec certains égarements, reste valide, portée par le commentaire d'une force poétique intemporelle. L'ode centrale à Marilyn Monroe, juste morte, est admirable. DVD Z2 IT   

Iligos (Giannis Dalianidis, 1963) *
Une jeune fille désirée par l'amant de sa mère se perd dans la promiscuité sexuelle avec des garçons de son âge. Un étudiant intègre s'éprend d'elle. Un mélodrame de la jeunesse grecque des Sixties, gonflé du jeu névrotique des acteurs, des rapports outranciers entre les personnages et des signes de la débauche (alcools, night-clubs, soutien-gorges...). Vu à distance, l'effet de scandale a fait place à un camp plutôt amusant. DVD Z2 GR

Godzilla vs. Kong (Adam Wingard, 2021) 0
King Kong et Godzilla se retrouvent et en décousent à Hong Kong et au centre de la Terre. Mes deux giga-monstres cinématographiques préférés se retrouvent piégés, pas seulement des personnages impensablement falots du film, mais de la bouillie stérile du scénario qui enchaîne sans logique ni affect les démonstrations d'effets numériques en action. Le vrai sujet intéressant - Orient vs. Occident - est ignoré. De la merde, colossale. BR UK

The Tomorrow War (Chris McKay, 2021) *
Un prof de lycée conscrit (Chris Pratt) est envoyé en mission trente ans dans le futur auprès de l'armée en perdition face à des extraterrestres qui ont presque détruit l'Humanité. Le scénario qui associe fin du monde et famille, suraction et sentiment, réchauffement climatique et citations de pop culture, monstres et ruban de Möbius... fait le seul intérêt du film : la recette industrielle du blockbuster y est poussée au cas d'école. Amazon Prime Video

The Theater Bizarre (David Gregory, 2011) *
Une femme entre dans un théâtre peuplé de mannequins animés qui chacun illustrent une histoire horrifique. Un film à sketches de six courts-métrages d'horror centrés sur la psychose et réalisés par des noms connus (Richard Stanley, Tom Savini) et moins. Le ton et les atmosphères sont désunies, du conte à l'horreur, du cheap au soigné, du banal à l'original. Le plus simple est le plus fort : "The accident" de Douglas Buck. BR FR

Beautiful thing (Hettie MacDonald, 1996) ***
Dans une cité de la banlieue de Londres, un lycéen est épris de son camarade de classe et voisin de palier, un garçon taiseux. Les personnages aux blessures personnelles inexpliquées et l'atmosphère générale sont traités avec une vraie sensibilité dans ce classique lgbtq à la fois crédible et radieux qui, revu vingt cinq ans plus tard, me touche toujours autant. Le casting et les chansons de Mama Cass sont inoubliables. BR FR 

3 juillet 2021

Films vus par moi(s): juillet 2021

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

The Nightingale (Jennifer Kent, 2018) ***
En Tasmanie en 1825, une détenue irlandaise dont le mari et le fils ont été tués par un lieutenant anglais part à sa poursuite pour les venger, accompagnée d'un traceur aborigène. Ponctué de scènes d'extrême violence physique, un film rageur sur les crimes commis contre les femmes et les aborigènes par la lie de certains colons britanniques. Un drame à la dynamique de western à la fois terrible, émouvant et résonnant. BR DE

Belle Maman (Gabriel Aghion, 1999) 0
Tout juste marié et père, un type tombe raide dingue de sa belle-mère. Grâce au casting sympathique en totale roue libre mené par une Catherine Deneuve quinquagénaire très séduisante - Vincent Lindon, Mathilde Seigner, Danièle Lebrun, Line Renaud, Stéphane Audran, Idris Elba... - c'est presque regardable. Mais c'est abyssalement mal écrit, joué et réalisé : tout, vraiment tout, sonne faux. Un ratage complet, c'est rare. BR FR
 
Le Soleil se lève aussi / The Sun also rises (Henry King, 1957) **
D'après Hemingway, l'été de cinq amis et rivaux désoeuvrés entre Paris et Pampelune en 1922. On ne croit pas une minute à cette évocation de la Lost Generation et la partie parisienne sonne aussi faux que le jeu de Juliette Gréco mais une fois en Espagne - filmée à Mexico - les scènes de foule et de corrida dynamisent tout. Et surtout le plaisir de voir Tyrone Power et Errol Flynn - pourtant abîmés - enfin réunis, autour d'Ava Gardner, si belle. BR UK

Les yeux de Satan / Child's play (Sidney Lumet, 1972) *
Dans un pensionnat catholique pour garçons, un jeune professeur débutant découvre la haine mutuelle entre deux collègues proches de la retraite. Le titre français imbécile et trompeur n'évoque en rien ce film psychologique très bavard, basé sur une pièce de théâtre, sur le thème de l'emprise mentale. James Mason et Robert Preston s'y affrontent sous l'oeil de Beau Bridges et des ados manipulés. On s'ennuie pas mal, hélas. BR FR