**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais
Sensation seekers (Lois Weber, 1927) ***
Tiraillés entre la rumeur qui enfle et l'amour, le pasteur d'une communauté bourgeoise et une jeune fortunée affranchie hésitent à s'attacher l'un à l'autre. Un des derniers films d'une pionnière de Hollywood, un mélodrame plein d'énergie sur la résistance aux normes sociales et morales établies et à l'enfermement dans une posture : ici les puritains bigots coincés et la jeunesse aisée oisive. Raymond Bloomer et Billie Dove font un couple séduisant et les ruptures entre les scènes dévotes et de cabaret ont un certain culot. La fin du muet réserve de belles surprises. BR FR Elephant Films
Hanussen (O.W. Fischer & Georg Marischka, 1955) ***
De 1931 à 1933, le triomphe et la chute d'Erik Jan Hanussen, le devin charismatique qui fit courir Berlin avec ses performances de voyance au théâtre de la Scala. Clairvoyant ou charlatan, il séduit les SA de la première heure puis Hitler qu'il enrage vite avec ses prédictions de l'incendie du Reichstag et de la ruine du Reich. Dans un N&B expressionniste, un film allemand de l'après-guerre qui exorcise par le mystère les dérives du passé récent. O.W. Fischer est habité par son rôle et le jeune Klaus Kinski est déjà magnétique. Etrange mais passionnant. DVD FR René Chateau
Rapaces / Patterns (Fielder Cook, 1956) ****
Venu de sa province, un brillant responsable commercial recruté par une boîte new-yorkaise est sélectionné pour remplacer son supérieur vieillissant avec qui il s'est lié d'amitié. Toujours aussi actuel - peut-être même plus - aujourd'hui qu'il y soixante-dix ans, un jeu de massacre écrit par Rod Serling sur la violence et l'amoralité du management débridé. Dialogues chirurgicaux, mise en scène implacable et casting superbe : Van Heflin en humaniste piégé, Everett Sloane en ordure, Ed Begley en bon gentil et Beatrice Straight en épouse ambitieuse. Formidable. BR US Film Masters
Mondo balordo (Roberto Bianchi Montero & Albert T. Viloa, 1964) **
Après le triomphe de Mondo Cane en 1962, le genre du travelogue épicé fut une mine inépuisable de recyclage d'images titillantes ou révoltantes. Celui-ci en est un exemple précoce qui nous entraîne chez les opiomanes et les Témoins de Jehovah, les pépées plantureuses et les travelos intellos, les sorciers africains, les gouines et j'en passe. Comme dans tous les Mondos, il y a du meilleur et du pire. Moi, j'ai beaucoup aimé le nain rockeur et surtout le commentaire politiquement incorrect susurré par la voix suave de Boris Karloff lui-même. BR US Severin Something Weird
Sa femme et sa dactylo / Wife versus secretary (Clarence Brown, 1936) ****
L'épouse d'un chef-d'entreprise de New York a des doutes sur le lien de celui-ci avec sa secrétaire. L'intelligence du scénario qui tourne autour du poison de l'erreur d'interprétation et de la rumeur est sublimé par le casting parfait : Clark Gable impérial de charme entre Myrna Loy et Jean Harlow, sans doute dans son plus beau rôle. Plus le jeune James Stewart. Les dialogues admirables plein de sous-entendus et la précision d'horloge de l'écriture et de la mise en scène en font un film d'une profondeur, d'une justesse et d'une modernité inaltérables. BR US Warner Archive Collection
L'épouse d'un chef-d'entreprise de New York a des doutes sur le lien de celui-ci avec sa secrétaire. L'intelligence du scénario qui tourne autour du poison de l'erreur d'interprétation et de la rumeur est sublimé par le casting parfait : Clark Gable impérial de charme entre Myrna Loy et Jean Harlow, sans doute dans son plus beau rôle. Plus le jeune James Stewart. Les dialogues admirables plein de sous-entendus et la précision d'horloge de l'écriture et de la mise en scène en font un film d'une profondeur, d'une justesse et d'une modernité inaltérables. BR US Warner Archive Collection
Oddity (Damian McCarthy, 2024) *
Accompagnée d'une effrayante statue humaine en bois, une médium aveugle cherche à savoir comment sa soeur mariée à un psychiatre a été assassinée. Un film d'horror assez encensé qui ne vaut pas plus que la somme de ses parties, individuellement bonnes. Mais à trop vouloir ouvrir de portes et de chausses-trappes, on finit par perdre le fil et on se dit à la fin Tout ça pour ça ? Reste une forte ambiance, de bons interprètes et quelques vrais moments de suspense dans la grande maison inquiétante. Puis plus rien après l'avoir vu. BR FR BQHL
Mais ne nous délivrez pas du Mal (Joël Séria, 1971) ****
Camarades d'un pensionnat catholique, deux garces de première - au sens propre : ce sont des petites salopes et elles passent le bac l'an prochain - s'amusent à séduire des hommes et à se dérober au dernier moment. Scandaleux mais moins hier qu'aujourd'hui, un film qui pousse loin la perversité psychotique portée par le jeu fiévreux des jeunes Jeanne Goupil et Catherine Wagener, hilares de leurs provocations du début à la presque fin. La post-synchronisation ajoute à l'étrangeté géniale de ce bijou noir des années 70 qui de nos jours MeToo serait impensable. BR FR Editions Montparnasse
Le voleur de crimes (Nadine Trintignant, 1969) **
Un homme qui s'ennuie dans sa vie banale adresse des lettres anonymes à la presse pour s'accuser à tort du meurtre d'une suicidée. Inspiré par l'affaire Lucien Léger, un thriller psychologique bien plus que d'action dans le Paris à la fois terne et chatoyant de la fin des Sixties. Pourvu d'une bande sonore étonnante et crispante de cantiques psychédéliques chantés, c'est une intéressante plongée dans la psyché brisée d'un paumé, interprété avec brio par Jean-Louis Trintignant habité par le personnage. Dont la silhouette, c'est trop marrant, a des airs de Macron.









