2 mai 2024

Films vus par moi(s): mai 2024


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

Le train des épouvantes / Dr. Terror's House of Horrors (Freddie Francis, 1965) *
Les cinq passagers de la cabine d'un train se font tirer le tarot et prédire le futur par un inquiétant sixième homme. Un loup-garou, une plante vivante, un dieu vaudou, une main coupée et une vampire : ce sont les malfaisants de ce "portmanteau film" britannique qui offre de beaux moments d'atmosphère et la présence de Peter Cushing, Christopher Lee et Donald Sutherland. Mais le concept-même du film à sketchs n'est pas ma tasse de thé même si les cinq histoires ici sont plutôt bonnes. BR UK

Simple comme Sylvain (Monia Chokri, 2023) **
Une prof de philo de Montréal et l'ouvrier qui rénove son chalet forestier ont un coup de foudre. Un rejeton de Lady Chatterley et des mélos de Douglas Sirk qui emprunte des chemins connus mais trouve sa propre voix - en québécois - avec le charisme sexy de Magalie Lépine-Blondeau et Pierre-Yves Cardinal et les sourires francs qui se figent peu à peu. Si la charge contre les bobos woke est balourde, elle mène naturellement à la résolution de ce film d'amour qui laisse une boule dans la gorge. BR FR

L'enfer des anges (Christian-Jacque, 1939/1941) ***
A Saint-Ouen, une jeune fille échappée d'une maison de redressement et un garçon laissé pour mort par maltraitance s'intègrent à la tribu des adolescents de la zone. Tourné en partie dans les terribles bidonvilles qui entouraient Paris, un film socialement engagé qui demandait l'action du gouvernement face au scandale des mineurs en perdition et à la prédation des salopards. Le casting est épatant - mention au jeune Jean Claudio, Jean Tissier, Lucien Gallas, Dorville et Fréhel - et la réalisation admirable. BR FR (Prévue pour septembre 1939, la sortie du film fut reportée avec la guerre puis Vichy en exigea une fin positive, qui fut tournée et adoucit malheureusement le propos original).

Juliette des esprits / Giulietta degli spiriti (Federico Fellini, 1965) ***
Soupçonnant son mari de la tromper, une petite bourgeoise timorée est entraînée dans l'imaginaire de ses névroses. Perdue entre ses rêves, ses fantasmes et sa réalité, le personnage incarné superbement par Giulietta Massina traverse des séquences d'un baroque en Technicolor échevelé peuplé de créatures féminines outrancières. C'est qu'elle se débat avec son Complexe-Mère, dans ce film mésestimé et pourtant passionnant de Fellini, alors plongé lui-même dans une analyse jungienne. BR US

Paris top secret (Pierre Roustang, 1969) 0
Un night-club dénudé de Pigalle, un sculpteur qui moule les parties intimes de ses modèles féminins, une soirée organisée où des gens esseulés se lancent de la nourriture, un club zoophile, une jeune femme abusée par prédateur au masque de loup... Autant le "Paris secret" de 1965 était étonnant, autant sa suite de 1969 - rendue obsolète par le passage de Mai 68 - est minable, par la vulgarité mysogine des séquences et le commentaire gras et en-dessous de tout de Philippe Bouvard. BR FR    

Vermines (Sébastien Vaniček, 2023) ***
A Noisy-le-Grand, un "jeune" passionné d'entomologie rapporte chez lui une araignée mortelle qui s'échappe et se reproduit. Un formidable film d'horreur qui prouve l'irruption réussie du cinéma français dans le genre. Au-delà des bestioles de cauchemar, c'est le contexte de la cité, avec ses décors, ses codes, et son langage, qui apporte l'originalité et le propos : la méfiance panique face à "la racaille". Le casting est parfait - Théo Christine crève l'écran - et la tension malaisante imparable. DVD Z2 FR 

L'homme qui a surpris tout le monde / Chelovek, kotoryy udivil vsekh (Natasha Merkulova & Aleksey Chupov, 2018) ***
Dans l'extrême-orient russe, un homme condamné par un cancer rencontre une chamane qui lui raconte une fable inspirante. Il l'adapte à son cas, provoquant l'incompréhension puis l'hostilité de sa femme et de ses voisins. Physiquement et psychologiquement cruelle, une histoire de croyance, d'audace et de force de vie dans le décor inhabituel d'un village forestier perdu où le réel et l'invisible s'affrontent autour d'un malade aux abois. Un film marquant, d'une rare puissance émotionnelle. DVD Z2 FR

La fiancée des ténèbres (Serge de Poligny, 1945) **
A Carcassonne, une jeune femme qui descend des Cathares et hantée par la mort est courtisée par un homme marié. L'un des films fantastiques - un genre des plus rares en France - produit pendant l'Occupation distille une poésie morbide qui s'appuie sur l'atmosphère, les décors, la photo en clair-obscur et le jeu somnambulique de Jany Holt. Et derrière la romance noire, de multiples interprétations sont possibles : j'y ai vu pour ma part une métaphore de la dépression. BR FR  

Paris secret (Edouard Logereau, 1965) **
Bizarres les gens et choses qu'on peut trouver dans les recoins du Paris de 1964 ! Un documentaire mis en scène à la mode du mondo pour provoquer l'étonnement, l'hilarité et le dégoût des spectateurs. Des putes et des catcheurs, des roms qui mangent des chauves-souris et des hérissons, des travelos, un goûter à la Freaks... Tout cela vu d'aujourd'hui est complètement incorrect, porté par les commentaires graveleux et phobiques et l'incroyable misogynie. Inutile de dire que c'est fascinant. BR FR 

Le sang à la tête (Gilles Grangier, 1956) ***
A La Rochelle, un ex-ouvrier du port qui en est devenu le propriétaire est cocufié par sa femme avec un margoulin. D'après Simenon, une subtile étude de moeurs et de personnalités où la bourgeoisie et la plèbe se rejoignent dans la jalousie et la moquerie envers celui des leurs qui a réussi. Filmée en grande partie dans les décors naturels de la ville, dialoguée par Audiard, l'histoire se déroule sans effets de manche jusqu'à son dénouement digne et émouvant. Jean Gabin est immense. BR FR

El fantasma del convento / The Phantom of the monastery (Fernando de Fuentes, 1934) **
Un couple et leur ami se retrouvent à passer une nuit dans un monastère isolé et - presque - désert. Evidemment inspiré par les Horrors Universal, britanniques et allemandes de l'époque, un film fantastique mexicain à l'atmosphère d'inquiétude réussie grâce aux décors, à la photo expressionniste et au travail sur le son. L'acteur principal n'est pas terrible du tout mais on le suit quand même avec intérêt dans son exploration des corridors et des cryptes aux secrets plutôt morbides. BR UK  

Mon petit renne / Baby Reindeer (Weronika Tofilska Josephine Bornebusch, 2024) ***
Harcelé par une femme déséquilibrée (Jessica Gunning, déstabilisante), un comédien-barman en galère subit le délitement de sa vie. D'après une histoire arrivée à son auteur et acteur principal (Richard Gadd, habité par lui-même), une mini-série exceptionnelle qui retourne les clichés du thriller à la "Misery" ou "Fatal Attraction" pour s'ouvrir sur les ravages du trauma, de la mésestime de soi et de la folie à deux. Le sujet et son traitement sont fascinants, les seconds rôles aussi. Une réussite totale. Netflix 

3 avril 2024

Films vus par moi(s): avril 2024

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

L'homme à l'affût / The sniper (Edward Dmytryk, 1952) ***
A San Francisco, la police recherche un tueur qui abat des femmes au fusil. Une oeuvre singulière qui retourne les stéréotypes du Film Noir pour s'orienter vers l'étude psychiatrique d'un meurtrier torturé par ses névroses. Au-delà du thriller dégraissé par sa mise en scène sèche et inspirée, le film porte aussi un message audacieux à l'époque sur le traitement des personnalités malades. Arthur Franz est parfait en criminel aux abois et comme toujours, Marie Windsor est magnétique. BR UK 

Le château de Barbe-Bleue / Bluebeard's Castle / Herzog Blaubarts Burg (Michael Powell, 1963) **
Quasiment jamais vue pour des questions de droits, l'adaptation filmée pour la télé allemande de l'opéra de Belá Bartók a fait l'objet d'une restauration splendide supervisée par Scorsese et Schoonmaker. N'étant pas fan de l'opéra du 20e siècle, ce n'est ni la musique ni les voix de Norman Foster et d'Anna Raquel Satre qui m'ont emballé. Le génie du film, c'est la mise-en-scène de Powell avec ses décors fous et son Technicolor à la Mario Bava. En juste 1h, l'extravagance visuelle est totale. BR UK 

Les Trois Mousquetaires (Bernard Borderie, 1961) **
Une très bonne adaptation un peu oubliée de Dumas, avec des personnages bien incarnés, notamment Gérard Barray en D'Artagnan idéal. Il y a de l'action, des galops, de l'épée, de l'humour, du drame et de l'Eastmancolor. Sorti en deux parties - "Les ferrets de la Reine" et "La vengeance de Milady" - le film file à bride abattue, sans temps mort et avec des dialogues qui claquent. Un seul bémol : Mylène Demongeot, qu'on adore par ailleurs, est trop jeune pour être une Milady convaincante. DVD Z2 DE 

Le Prix du Danger (Yves Boisset, 1983) *
Fuyant pour sa survie, un candidat du reality show Le Prix du Danger en déjoue le scénario, créant la confusion des producteurs et l'explosion de l'audimat. Un film très Années 80 qui dénonce de façon étonnamment prémonitoire les excès de la télé réalité mais qui, comme attendu avec Boisset, n'y va pas avec le dos de la cuillère dans l'outrance et les stéréotypes. Si Gérard Lanvin est formidable dans un rôle ajusté, Michel Piccoli en fait des tonnes dans la caricature et affaiblit l'ensemble. BR FR

Un prince (Pierre Creton, 2023) **
En Normandie rurale, un étudiant jardinier se découvre une famille de sexe et de coeur et vieillit. C'est ce qu'on appelait avant un "film d'art et d'essai", la "proposition" d'une narration de cinéma différente. Ajoutez des voix off décalées, de la gérontophilie gay, du fantastique et vous avez l'idée. Si l'ensemble m'a paru un peu hermétique et forcé, j'ai aimé la poésie, l'ambiance et l'audace des corps âgés. Puis j'ai lu des mots du réalisateur et j'ai aimé ce qu'il a dit et voulu faire. Un film vraiment autre. DVD Z2 FR  

Ricardo et la peinture (Barbet Schroeder, 2023) **
Portrait de l'homme et du peintre Ricardo Cavallo (né en Argentine en 1954) par un ami de quarante ans. Un beau documentaire sur un artiste à la fois concentré et ouvert qui peint chaque jour les rochers côtiers de Saint-Jean-du-Doigt dans le Finistère, où ils s'est installé en 2003. Histoire de création, d'amitié et d'histoire de l'art, le film laisse la parole à Cavallo qui discute de son étonnant travail et de son éthique de vie en toute générosité. En plus, c'est mon pays, alors... Auditorium du Louvre  

Scoop (Philip Martin, 2024) 0
Les préparations et le tournage de l'interview désastreuse du Prince Andrew diffusée par la BBC en novembre 2019. La famille royale britannique étant une source inépuisable de curiosité et de stupeur, un chapitre de plus sur la tribu. Inspiré par The Queen, The Crown et tout ça, le film se laisse regarder parce qu'il est bien joué et que le cinéma trou de serrure a son attrait. Mais, tout étant basé sur la narration, il n'y a aucune trace de mise-en-scène. L'impersonnel du Netflix style. Netflix 

Le bleu du caftan (Maryam Touzani, 2022) *
Dans une médina du Maroc, un couple de couturiers marié depuis vingt-cinq ans s'aime avec distance : lui est homosexuel placardisé et elle l'a pris sur elle en silence. Ils embauchent un apprenti. Mais pas de galipettes dans l'arrière-boutique : le film, au message franchement progressiste et courageux, est d'une retenue telle avec ses regards pleins de sous-entendus, ses gros plans de larmes sans pleurs et ses chuchotements qu'il semble amidonné à l'eau de rose. Les trois acteurs sont excellents. DVD FR 

À nous la liberté ! (René Clair, 1931) *
En s'échappant de prison, deux détenus amis se perdent de vue. Des années après il se retrouvent, l'un  devenu magnat de l'industrie, l'autre vagabond. Malgré l'excellent casting, un intéressant décor moderniste et de belles idées visuelles, un pamphlet anarchico-musico-burlesque qui m'a fatigué par sa trépidation incessante exaltée par le score de fête foraine de Georges Auric et par son message binaire sur l'enfer du capital et le bienfait de la pêche à la ligne. Mais historiquement, c'est passionnant. BR FR

Le capitaine Volkonogov s'est échappé / Capitan Volkonogov bejan (Natalia Merkoulova & Alexei Tchoupov, 2021) ***
Pendant les Grandes Purges staliniennes, un jeune capitaine de la police politique de Leningrad chargé des aveux des raflés s'enfuit pour demander pardon à leurs proches. Sur un sujet - La Grande Terreur de 1937/1938 - presque jamais traité au cinéma, un film d'une force et d'une originalité impressionnante : décors et des costumes parfois volontairement anachroniques, rythme de thriller, jeu fébrile de l'excellent Yury Borissov. Sur un propos terrible, désespérément actuel. BR FR

État second / Fearless (Peter Weir, 1993) ***
Le survivant d'un crash, persuadé d'être vivant et mort à la fois, offre son aide à une jeune femme dépressive, autre rescapée de l'avion. Un film magnifique et bouleversant sur les PTSD - Troubles du stress post-traumatique - autour du cas de sentiment de toute-puissance et de dépression dans le détachement du réel. Jeff Bridges et Rosie Perez sont parfaits de retenue dans des rôles qui auraient pu se prêter au pathos, que l'écriture et le réalisation évitent aussi. BR ES

Geostorm (Dean Devlin, 2017) 0
La Terre, pourtant protégée par un gigantesque parapluie atmosphérique construit par les USA et la Chine, est menacée d'une monstrueuse tempête ultime - un Geostorm - parce que quelqu'un a saboté la machine. Un film catastrophe de plus pour Devlin, cette fois sans Emmerich, qui réchauffe les mêmes ingrédients usés à la corde : destructions colossales, CGI à gogo, nonsense et sauveur américain suprême (Gerard Butler). Le film est de 2017, il semble aujourd'hui d'un temps disparu. BR NE

3 mars 2024

Films vus par moi(s): mars 2024


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

L'Exorciste du Vatican / The Pope's Exorcist (Julius Avery, 2023) *
L'Exorciste du Vatican est envoyé par le Pape (Franco Nero) dans un château en Espagne pour s'occuper du cas d'un garçon possédé par un démon. Panaché de "L'Exorciste" et du "Da Vinci Code", un thriller d'horror sans grande originalité - les références au classique de Friedkin finissent par être lourdes - mais avec des chouettes décors et qui bénéficie surtout d'un bonus de choix : Russell Crowe, qui s'amuse à se prendre au sérieux en créant un prêtre revenu de tout et sacrément sympathique. BR FR

Lola (Andrew Legge, 2021) *
En 1941, une jeune femme anglaise invente un récepteur qui capte les signaux audio/vidéo du futur. Sa soeur et elle l'utilisent pour informer les britanniques des plans de guerre des Nazis. Sur un thème de toute évidence inspiré par le formidable "It happened here" (Mollo & Brownlow, 1965), un found-footage parsemé d'images d'archives qui aurait pu être vraiment bon - la découverte du Rock et de Bowie - si les deux actrices savaient jouer. Hélas ! Mais tout film de Time Machine reste regardable. BR UK

Strange way of life (Pedro Almodovar, 2023) *
Dans le désert texan, deux anciens tueurs à gages qui ont été brièvement amants vingt cinq ans auparavant se retrouvent. Avec ses cowboys homosexuels et ses conflits, cette sorte de suite uchronique de "Brokeback Mountain" (Ang Lee, 2005) est à la fois originale dans son contexte et déjà vue dans son histoire. Si Ethan Hawke est juste correct, Pedro Pascal est excellent mais la durée de 30' - c'est un court-métrage - ne permet de ne rien développer et on passe à côté du vrai film. DVD Z2 FR

Chien de la casse (Jean-Baptiste Durand, 2023) ***
Dans un village du sud de la France, deux potes inséparables s'éloignent quand l'un a une copine. Sur un ton naturel à l'écriture subtilement controlée, un magnifique film d'amitié porté par les petits riens du quotidien d'ennui et surtout la performance de Raphaël Quénard, dont la personnalité et la locution magnétique irradient. Lui et Anthony Bajon, par l'introversion de son personnage à lui, forment un duo incroyablement attachant. Un chef-d'œuvre pour un premier film, chapeau ! DVD Z2 FR 

Agnès de Rien (Pierre Billon, 1950) **
Délaissée, une jeune épouse se réfugie dans les Dombes, au manoir de sa belle-mère démente. Si l'histoire absurde n'a pas grand intérêt, l'ambiance pluvieuse sinistre, les décors décrépits et le photographie toute en ombres donnent à ce pur film d'atmosphère un aspect Val Lewton étonnant. Danièle Delorme pleurniche comme d'hab mais Ketti Gallian - que je ne connaissais pas - est formidable et Yvonne de Bray impériale en une seule scène. Avec Paul Meurisse et un titre génial. DVD René Chateau

Un marteau pour les sorcières / Kladivo na čarodejnice / Witchhammer (Otakar Vávra, 1969) **
En 1670 en Moldavie, un inquisiteur obtient par la torture les aveux de femmes d'un village accusées de commerce avec le Diable. Un film historique tchèque superbement réalisé qui reste d'une actualité brûlante. La dénonciation par métaphore de la corruption, des mascarades de procès et de l'écrasement des individus par l'URSS d'il y a soixante ans s'applique à nouveau, hélas, aux dictatures actuelles. Quant à celle du traitement des femmes par les religions du livre... Choc et subtil à la fois. BR FR

Un homme comme tant d'autres / Nothing but a man (Michael Roemer, 1964) ***
En Alabama, un ouvrier noir essaye de construire son couple et sa vie dans l'étouffant contexte ségrégationniste. Porté par l'interprétation formidablement juste de ses acteurs (Ivan Dixon, Abbey Lincoln...), un film qui regarde droit dans les yeux les conséquences sociales et affectives de la discrimination raciale. Au-delà du remarquable aspect politique engagé, la réussite plastique et émotionnelle est totale. Longtemps oubliée, c'est d'évidence une oeuvre-clé des Sixties. BR FR

Terrifier (Damien Leone, 2016) 0
Un serial killer costumé en clown s'attaque à deux jeunes femmes un soir d'Halloween. Presque entièrement situé dans un entrepôt décrépit, un film d'horreur qui se réfère dans son style et son ambiance aux classiques du genre des 70s/80s, mais en bien plus gore. Mais comme il n'y a pas de second degré, que les actrices sont incapables et que le scénario est d'un basique inepte, on finit par s'ennuyer ferme. Seul le clown est bien, c'est trop peu et c'est un vrai gâchis. BR UK

Dersou Ouzala / Dersu Uzala (Akira Kurosawa, 1975) ***
En 1902 en Primorie (Extrême-Orient russe), le capitaine Arseniev, en mission de cartographie, rencontre le chasseur autochtone Dersou (Maxime Mounzouk, extraordinaire) qu'il prend comme guide dans la taïga. L'amitié entre deux hommes que tout devrait séparer s'épanouit dans la beauté et la brutalité d'une nature sauvage sublimement filmée et une succession de séquences inoubliables. Un film d'une grandeur d'âme et d'une générosité rares, simplement l'un des plus beaux du monde. Cinéma

Olivia (Jacqueline Audry, 1951) ***
Vers 1890 près de Fontainebleau, une nouvelle arrivante dans pension de jeunes filles s'éprend de la directrice lesbienne. Un film en costumes au décor foisonnant - par Jean d'Aubonne - qui explore le surgissement du désir chez une jeune femme face à la retenue confuse d'une supérieure. L'étonnante modernité vient de l'absence totale de jugement sur les personnages et du jeu impérial d'Edwige Feuillère en reine des abeilles. Avec Simone Simon en "épouse" jalouse. DVD Z2 FR 

Je t'aime Je t'aime (Alain Resnais, 1968) ***
Après une tentative de suicide, un homme est soumis à une expérience de voyage dans le temps : pour une minute, il doit retourner un an jour pour jour en arrière. Et le spectateur est soumis à l'expérience de la fragmentation de la narration, déconstruite en de multiples flashbacks interrompus. Derrière la recherche formelle radicale et pionnière de Resnais, un film infiniment triste sur la prison de la dépression et de la culpabilité. Claude Rich, le cobaye, est d'une sensibilité bouleversante. BR US   

Drifter (Pat Rocco, 1974) **
À L.A., un type à la dérive se prostitue pour des hommes et des femmes tout en cherchant un sens à sa vie. Tourné en 1969 par un pionnier oublié du cinéma gay, ce parent pauvre de "Macadam Cowboy" (1969) sent le navet puis, au fur et à mesure, trouve son histoire, son rythme et son style. Pour devenir un document passionnant sur une époque et son cinéma des marges. Etrangement, la médiocrité de l'acteur (Joed Adair) rend son personnage touchant. Une chouette redécouverte. BR US

Brian and Charles (Jim Archer, 2022) *
Dans la campagne anglaise, un inventeur solitaire allumé construit un robot bric et broc capable de parler, d'apprendre et de ressentir. Un conte au message positif sympathique mais aux conflits complètement attendus. Surtout, le choix radical de faire s'adresser l'inventeur (David Earl, assez exaspérant) au spectateur m'a empêché d'entrer dans l'histoire. Du Kitchen Sink pour notre temps dont le meilleur sont les paysages et la B.O. électronique de Daniel Pemberton. BR UK

5 femmes à abattre/ Caged heat (Jonathan Demme, 1974) ***
Dans un pénitencier pour femmes, cinq détenues trouvent une occasion de s'échapper. Parmi les classiques  des Women in Prison films, celui-ci s'approche de "Caged" (John Cromwell, 1950). C'est de la Sexploitation 70s bien sûr mais la mise-en-scène, l'humour camp et le formidable casting de dures à cuire (Juanita Brown, Erica Gavin, Rainbeaux Smith...) maltraitées par Barbare Steele en directrice handicapée est exaltant. Avec un message féministe bien de son temps. BR FR  

Prey (Dan Trachtenberg, 2022) **
Dans la forêt américaine de 1715, une jeune femme Comanche découvre qu'une créature invisible rôde sur le territoire de sa tribu. Le préquel de Predator (1987) et de ses suites est un pur survival, sans autre enjeu que l'action et l'empowerment de son héroïne à mille lieues de Schwarzenegger. La plus-value est le contexte indien et surtout le décor vraiment splendide des paysages sauvages, au naturel et avec sans doute un peu de CGI. BR BE

4 février 2024

Films vus par moi(s): février 2024


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

Zombi child (Bertrand Bonello, 2019) ***
En 1962 à Haïti, un homme est zombifié pour travailler dans une plantation. En 2017, sa petite-fille intègre à Saint-Denis la Maison d'Education de la Légion d'Honneur où elle dévoile l'histoire à quelques camarades. Interprété par de formidables jeunes actrices, un film passionnant qui interroge le désanimé occidental face à l'irrationnel vivant, ici le vaudou. Circulant dans le temps et l'espace, le scénario n'affirme rien mais donne à réfléchir sur les oeillères du monde blanc. Une superbe découverte. BR FR

Hélène de Troie / Helen of Troy (Robert Wise, 1956) ***
Enfuie avec son amant Paris à Troie, la femme de Ménélas et reine de Sparte déclenche une guerre entre les deux villes. En CinémaScope et Technicolor, L'Illiade de Robert Wise est un flamboyant spectacle porté par des moyens impressionnants et un scénario qui sabre avec intelligence tout en rafraîchissant la mémoire. Si Jacques (Jack) Sernas est un peu terne en Paris, Rosanna Podesta est une Hélène de rêve. Le Cheval aussi. BR US 

Un petit coin aux cieux / Cabin the the sky (Vincent Minneli, 1943) ***
Tué dans une embrouille, un bon à rien se voit offrir un bonus de six mois par un ange et un démon qui luttent à le racheter ou le perdre. Le couple qu'il forme avec sa femme (formidable Ethel Waters, qui porte le film) structure ce merveilleux Musical au casting entièrement noir (Lena Horne, Rex Ingram, Duke Ellington...) qui a scandalisé le Sud des Etats-Unis. Vu aujourd'hui, l'audace est incroyable, amplifiée par la bienveillance, la joie de vivre et l'entrain de l'ensemble. BR US

Dagon / Dagon, la secta del mar (Stuart Gordon, 2001) **
Naufragé près d'un village de pêcheurs, un jeune couple est attaqué par des mutants vouant un culte à Dagon. Lovecraft est l'un des auteurs les plus difficiles à adapter à l'écran -  personne n'a réussi - mais ce film à petit budget s'en sort plutôt bien avec son décor décomposé, son atmosphère humide et sa suggestion de l'horrifique. Il y a des ratés - l'acteur principal est nul - mais l'esprit lovecraftien, si particulier, est bien là. BR FR

Eegah (Arch Hall Sr., 1962) NSP
Dans le désert de Palm Springs, un jeune homme préhistorique de 2,18m s'éprend d'une pépée brune qu'il enlève. Inspiré de King Kong, ce navet fauché est si nul en toutes parts - situations, dialogues, mise en scène et acteurs - que l'ensemble s'en trouve étonnamment réjouissant. Dans le rôle du néandertalien Eegah, le géant acromégale Richard Kiel à ses débuts. Après rasage, c'est lui le plus beau. Un véritable ABC du Z. DVD Z2 FR

Centurians of Rome (John Christopher, 1981) **
Dans la Rome antique, deux travailleurs agricoles sont kidnappés et vendus comme esclaves à Caligula. Un classique du porno gay du tournant des 80s, c'st-à-dire avec un semblant de scénario, de mise-en-scène et du poil au cul. Dans le genre c'est pas mal du tout, comme un Steve Reeves hard. Avec une célèbre couille dans le titre, Star Wars et Tchaikowsky en B.O. et un budget payé sur le casse d'une Brink's. Culte ? Internet

Bajirao Mastani (Sanjay Leela Bhansali, 2015) *
Vers 1735, le chef hindou Bajirao marié à la noble Kashibai prend pour seconde épouse la musulmane Mastani, provoquant la colère de sa mère. D'après un célèbre épisode de l'histoire indienne, un blockbuster épique et conjugal bollywoodien de 2h30 qui m'a vite ennuyé par sa mise en scène à facilités - les interminables ralentis - malgré la beauté des stars et le luxe déployé. Mais deux séquences musicales, la danse des femmes et surtout la danse des hommes, sont géniales. BR FR

Les algues vertes (Pierre Jolivet, 2023) NSP
A Saint-Michel-en-Grève dans les Côtes d'Armor, la pigiste de radio Inès Léraud (Céline Sallette) enquête sur le déni des élus et des agriculteurs dans le scandale des algues vertes tueuses. D'après l'excellente BD écrite par la journaliste elle-même, un film purement informatif - presqu'une docu-fiction - qu'on regarde avec intérêt et un sentiment de dépit. La plus-value cinéma, elle, serait trop injuste à noter. BR FR 

Problemos (Eric Judor, 2017) **
Un couple de Parisiens et leur fille en visite dans une communauté zadiste de l'Ardèche s'y retrouve coincée pour se confiner d'une pandémie qui se déclare dehors. Prémonitoire en 2017 ! Une satire mordante - pas méchamment - des utopistes de l'extrême qui est très drôle et politiquement incorrecte, un peu brouillonne aussi. Le casting, dont Eric Judor et Blanche Gardin, fait des étincelles. DVD Z2 FR

Maurice Tourneur, Tisseur de rêves (Pierre Filmon, 2024) ***
Adapté - par elle-même - du livre de Christine Leteux sur Maurice Tourneur, un documentaire de 65' sur le réalisateur français parti en 1914 aux USA et devenant un des génies du muet avant de revenir en France. Cette période américaine, objet principal du film, révèle de superbes extraits de films sur des partitions sur mesure de Stephen Horne et les voix d'Anne Alvaro et d'Emmanuel Lemire. Un travail admirable !  

Le règne animal (Thomas Caillet, 2023) ***
Dans les Landes, des mutations créent des humanimaux, capturés pour être mis dans des réserves. Un père dont le fils est touché cherche à le protéger. Malgré un petit coup de mou au milieu, un film fantastique "à la française" qui fait la part belle aux sentiments dans l'épreuve et à la réflexion sur la nature du vivant. Les images sont splendides, l'onirisme puissant et Romain Duris et Paul Kircher, bouleversants. BR FR

Les Maîtres de Rome (Constance Colonna-Cesari, 2023) 
Entre 1513 et 1516, Michel-Ange (38 ans), Raphaël (30 ans) et Léonard de Vinci (61 ans) se retrouvent tous les trois à Rome pour travailler au service du pape Léon X. La compétition féroce va révéler leurs personnalités profondes et leur faire produire une série des chefs-d'oeuvre inégalée. Un documentaire de 52' sur une page peu connue de l'histoire de l'art. Je ne critique pas car je l'ai co-écrit. ARTE et arte.tv

Barbie (Greta Gerwig, 2023) *
Prise de questionnements existentiels, Barbie quitte Barbie Land avec Ken et découvre la vraie vie à Los Angeles. Intrigant et amusant pendant le premier quart d'heure, le blockmonster de 2023 assène son salutaire message libérateur et égalitaire avec une lourdeur, une emprise de Mattel et des visuels vite écœurants. Ennuyé, j'ai regardé le film d'un oeil distrait pour me faire l'opinion légitime qu'il n'était pas pour moi. Mais Margot Robbie et la petite séquence du ballet des Ken sont formidables. BR FR

3 janvier 2024

Films vus par moi(s): janvier 2024


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

Maison Margiela Artisanal Collection 2024 Video (John Galliano, 2024) ***
A partir des images du défilé Margiela de la Fashion week parisienne de janvier 2024, Galliano a imaginé un court-métrage de 30' d'une créativité exaltante qui commence par une chanson, continue avec un film et termine avec le défilé lui-même sous le pont Alexandre III. L'atmosphère de bouge, entre Toulouse-Lautrec et Jack l'Eventreur, sied parfaitement aux sublimes costumes portés par les modèles qui évoluent avec un body language fascinant. L'art de la mode à son sommet. YouTube

Lypsinka: Toxic Femininity (Chloë Sevigny, 2024) ***
Un One Wo/Man Show de John Epperson dans son personnage culte et hystérique de Lypsinka qui lip-synch (rejoue en playback) des bandes sonores de Women's Pictures américains et des enregistrements rares de Judy Garland et de Joan Crawford. Chloé Sevigny donne au moyen-métrage une apparence et des effets vidéo qui le rendent étrangement intemporel, autant 1970s que 2020s. C'est un sommet high camp truffé de références aux icônes queer du temps jadis. Et une performance. Internet / thenewgroup.org

Pooky Park (AI, 2023) ***
Une satire géniale de pub TV des années 50 pour un parc d'attraction un peu spécial. En 2'55, ce très court-métrage est à la fois amusant et effrayant dans son histoire et ses scènes surréalistes. Fortement inspiré par The Twilight Zone, il a été entièrement réalisé par intelligence artificielle (ChatGPT pour le scénario, Midjourney pour les images, PikaLabs et Runway pour l'animation). Démontrant les mutations en cours dans l'industrie du cinéma, c'est excitant et terrifiant à la fois. YouTube 

Jeu d'enfant / Child's play (Tom Holland, 1988) **
A Chicago, l'esprit d'un serial killer tué prend possession de Chucky, une grande poupée rousse offerte à un gamin. Un classique de l'horror 80's qui a bien tenu le coup par son mélange d'absurdité, d'humour - la langage ordurier de la poupée infernale - et d'action et par son look 100% d'époque. Le petit garçon cible du jouet joue comme un pied mais il y a Brad Dourif qui prête sa voix à Chucky et les effets spéciaux sont d'avant les CGI. Tout ça est vraiment sympathique. BR US

Acide (Just Philippot, 2023) **
Dans les Hauts-de-France, une adolescente et ses parents séparés fuient vers la Belgique pour échapper à des orages d'acide sulfurique mortels. Sur fond du sujet brûlant des mutations environnementales, un film-catastrophe à la française centré sur ses trois personnages, tous renfrognés et malaimables. C'est l'originalité principale de ce survival désespéré, qui malgré un scénario pas assez ficelé, réserve des images puissantes et une superbe interprétation de Guillaume Canet. BR FR

Le cabanon rose (Jean-Pierre Mocky, 2016) **
Dans un village de la Drôme, les habitués d'un mini bordel disparaissent les uns après les autres. Un assureur nain (Christophe Fluder) et un gendarme local alcoolique enquêtent. Je n'aurai jamais pensé dire un jour que Jean-Marie Bigard est génial mais là, en bourrin bourré, chapeau l'artiste ! Une chouette comédie noire du dernier Mocky aux dialogues et au casting énormes : Bernard Menez, Henri Guibet, Richard Gotainer, Grace de Capitani, François Hadji-Lazaro... BR FR

Parlez-moi d'amour / Che femmina!! E... que dollari! (Geogio Simonelli, 1961) *
A Naples, deux duos d'enquêteurs américains (dont Jacques Sernas et... Raymond Bussières !) cherchent l'héritière inconnue d'une milliardaire new-yorkaise. L'idiotie du scénario est compensée par l'absurdité cocasse des situations, les seconds rôles caricaturaux, l'Eastmancolor, le look 1960 et, bien entendu, la raison d'être du film : Dalida à 27 ans qui chante "Les gitans", "Itsi bitsi, petit bikini", "Romantica", "Milord", "Parlez-moi d'amour" et "'O sole mio". DVD Z2 FR

Pearl (Ti West, 2022) **
Au Texas pendant la grippe espagnole de 1918, une jeune fermière qui rêve d'être danseuse calme ses frustrations par le meurtre. Préquel sur la jeunesse de la vieillarde de "X" (2022), une plongée dans la pathologie mentale entièrement centrée sur la performance  - voix, regard, langage corporel - de l'étonnante Mia Goth, nouvelle reine de l'Horror. On pense à "Carrie", à "Misery" ou à la Dorothy du "Magicien d'Oz" devenue psychotique. Pas mal du tout, dans le genre. BR FR 

Rimini (Ulrich Seidl, 2021) **
Un crooner quinquagénaire allemand (Michael Thomas, formidable) qui se produit l'hiver dans des hôtels pour seniors de Rimini et gigole un peu pour ses fans âgées voit débarquer sa fille adulte dont il ne s'est jamais occupé. Il y a plus de tendresse que d'habitude chez Seidl dans cette comédie pathétique sur un loser prêt à tout pour quelques billets et applaudissements. L'humour froid et provocateur du réalisateur autrichien peut séduire ou dégoûter. C'est l'objectif assumé. DVD Z2 FR

Compartiment n°6 / Hitty nro 6 (Juho Kuosmanen, 2021) **
En 1996, une archéologue finlandaise lesbienne et un ouvrier russe rugueux partagent un compartiment dans un train Moscou-Mourmansk. Le choc des personnalités n'est pas le sujet, qui est celui de la rencontre de deux jeunes gens esseulés qui ont besoin de l'autre, malgré tout. Si la dernière partie à l'arrivée est un peu faible, tout le voyage est captivant, porté par la mise en scène, le décor et les deux acteurs (Seidi Haarla et le charismatique Yuriy Borisov). Un film touchant. BR FR   

Jeanne du Barry (Maïwenn, 2023) **
Personnalité et attitude de la dernière favorite de Louis XV face à l'attachement du roi et à la défiance de la cour. Film historique - visuellement superbe - à la psychologique actualisée à l'époque contemporaine, cette déclaration d'amour de l'autrice-réalisatrice à Mme du Barry et à elle-même pourrait avoir comme sous-titre "Maïwenn à Versailles". Le geste narcissique, outrancier, m'a constamment amusé. La production et le reste du casting sont royaux. BR FR  

Anatomie d'une chute (Justine Triet, 2023) ***
A Grenoble, une écrivaine est jugée pour le meurtre de son mari, tombé d'une fenêtre de leur chalet de montagne. C'est la chute d'un homme autant que celle d'un couple qui sont disséquées dans ce film brillamment écrit, mise en scène et interprété - Sandra Hüller et le jeune Milo Machado-Graner sont époustouflants - qui présente par ailleurs la dynamique d'un procès de façon à la fois pédagogique et haletante. Un sommet du cinéma français contemporain. BR FR

Synchronic (Moorhead & Benson, 2021) 0
A La Nouvelle-Orléans, deux ambulanciers sont confrontés à une drogue de synthèse qui permet de voyager dans le temps. L'un d'eux décide de l'essayer et se trouve une mission à réaliser. Un dérivé de "La machine à explorer le temps" - donc un sujet en or - détruit dans sa seconde partie par la pauvreté de l'enjeu du voyage et l'accumulation absurde des invraisemblances. C'est dommage car ça démarrait plutôt pas mal. H.G. Wells et George Pal peuvent dormir tranquilles. BR FR

4 décembre 2023

Films vus par moi(s): décembre 2023


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

Saltburn (Emerald Fennell, 2023) NSP
En 2006 (sans doute pour éviter que les portables prennent trop de place), un étudiant boursier d'Oxford se lie d'amitié avec un autre, appartenant à l'aristocratie britannique. Je n'ai pas vu plus de 20' - et la dernière scène - du film "dont tout le monde parle", assommé par l'écriture, la définition des personnages, les nudités pour le buzz et la réalisation formatée Style Plateforme. Dans le genre Queer, revoir "Théorème" ou "Le talentueux Mr. Ripley" ? Un pur produit de racolage à mon avis. Prime Video

Sparta (Ulrich Seidl, 2023) **
Un quadragénaire autrichien aux penchants pédophiles ouvre un centre de judo pour jeunes garçons dans un village roumain. Les films de Seidl explorent la part triste de l'humain avec un nihilisme de ton et une froideur dans la mise en scène. Celui-ci n'échappe pas à la règle et explore l'un des plus grands tabous sans aucune scène révoltante mais dans une tension constamment dérangeante où le danger et la violence peuvent survenir à tout moment. Un cinéma des limites. DVD Z2 FR

Les Grandes Manoeuvres (René Clair, 1955) **
Vers 1900, un lieutenant de dragons volage s'éprend d'une divorcée qu'il a séduite par défi entre collègues. Sur une structure narrative et visuelle théâtrales et une photographie couleur magnifique, un marivaudage de conquêtes et de rumeurs à la réalisation soignée mais à l'esprit aujourd'hui assez désuet. Si Michèle Morgan peut agacer avec son personnage maniéré et son ton mélancolique, Gérard Philipe est admirable. Un classique qui m'a plu surtout pour sa beauté plastique. BR FR

Possessor (Brandon Cronenberg, 2020) *
Grâce à un technologie de pointe, une tueuse professionnelle s'implante dans le cerveau d'anonymes, qui effectuent les missions pour elle. Un thriller d'horror technologique, psychologique et organique bien dans les pas du père (David) de son réalisateur, entre épure et gore. Le sujet est très bon mais j'ai été tenu à distance par la froideur de l'ensemble et les zones obscures de la narration. Il reste une histoire, des acteurs et des visuels mais l'engagement est absent. BR UK

Bye Bye Birdie (George Sidney, 1963) ***
En 1963, une teenager d'une ville de l'Ohio est tirée au sort pour être embrassée dans un show TV à succès par l'idole pop Conrad Birdie. Bonbon acidulé aux couleurs Haribo, une time capsule d'Americana et un joyeux Musical truffé d'inventivité visuelle et de chansons dansantes exaltées par la mise en scène dynamique de Sidney. Culture de la célébrité, rapports parents-enfants, Guerre Froide : l'époque y est inscrite, incarnée par l'irruption d'Ann-Margret, sensationnelle. BR US

The Crown, Saison 6 (Peter Morgan & Stephen Daldry, 2023) **
Diana, Margaret, Queen Mum et Elizabeth II par suggestion : les morts des femmes ponctuent la saison finale de The Crown, ouvrant la porte à Charles/Camilla et William/Kate. L'excellence de la production et du casting et le fascinant hybride d'histoire - dont on a été des témoins médiatiques - et de romanesque font qu'on regarde ça comme un soap opera, même si les ficelles narratives et de mise en scène sont devenues familières. Avec une touchante dernière séquence. Netflix

Hercule, Samson et Ulysse / Ercole sfida Sansone (Pietro Francisci, 1963) *
Ayant fait naufrage en Judée, Hercule et Ulysse y rencontrent Samson. Ensemble, ils affrontent les Philistins et Dalila. Un peplum italien tardif un peu poussif qui mêle en Technicolor l'Ancien Testament et la Mythologie Grecque dans un remix à la gloire des culturistes, dont le rouquin Kirk Morris (Hercule). Ça c'est plutôt marrant. En revanche, les résonances avec la situation actuelle entre Israël et Gaza - auxquelles je ne m'attendais pas du tout - m'ont mis étrangement mal à l'aise. DVD US 

The Banshees of Inisherin (Martin McDonagh, 2022) ***
Sur une petite île irlandaise, un habitant décide de rompre les liens avec son meilleur ami, laissant celui-ci désemparé. Au-delà de la métaphore sur la situation des deux Irlandes, une fable inspirée sur l'amitié et ses accidents. Dans le décor cinégénique de la campagne côtière, Colin Farrell - génial de vulnérabilité - et Brendan Gleeson s'affrontent dans ce qui ressemble à une tragédie shakespearienne, situation et personnages. Un film superbe et profondément touchant. BR FR 

Je verrai toujours vos visages (Jeanne Herry, 2023) ***
Soutenus par des médiateurs, des victimes d'agressions dialoguent avec des agresseurs détenus en prison. Une plongée dans les techniques de la Justice Restaurative, un programme méconnu de réparation par la rencontre et la parole. Seul un casting impeccable et une réalisation précise peuvent réussir à jouer les émotions et le naturel d'un film de conversations et de langage corporel sans paraître artificiel. Celui-ci y parvient et c'est vraiment passionnant.  BR FR

Le lycéen (Christophe Honoré, 2022) ***
Dévasté par la mort accidentelle de son père, le désarroi de sa mère et le renfermement de son grand frère, un garçon gay de 17 ans va passer une semaine à Paris. Histoire de chute et de ressaut, de liens familiaux et de quête de soi, un beau film sur la douleur et l'adolescence traité avec sensibilité et porté par Paul Kircher, Juliette Binoche, Vincent Lacoste et Erwan Kepoa Falé. La mélancolie, la sensualité et l'énergie vitale s'y panachent superbement. BR FR

Voulez-vous danser avec moi ? (Michel Boisrond, 1959) **
Une jeune femme dont le mari (Henri Vidal dans son dernier rôle) est soupçonné du meurtre d'une prof de danse enquête dans l'école de celle-ci. Un film policier léger et sympathique comme tout porté par une Brigitte Bardot qui n'a jamais été aussi belle. La faune colorée qui peuple l'histoire - une vamp rousse, des homosexuels et des travestis (dont le plus grossier qu'on puisse imaginer) -, le casting et la gaité générale en font un petit chef-d'oeuvre queer et camp. BR FR

Le Monde après nous / Leave the World behind (Sam Esmail, 2023) *
Retranchées dans une résidence de Long Island, deux familles subissent les effets d'une cyberattaque globale qui désactive les moyens de communication. Sur un sujet prometteur, un film raté qui tente de plonger le spectateur dans la même confusion que ses personnages sur une mise-en scène roublarde et gratuite - montages parallèles, points de vue en surplomb, caméra virevoltante... - typique de la grammaire Netflix. Sur un concept proche, revoir le terrible "Testament" (Lynne Littman, 1983). Netflix 

Seules les bêtes (Dominik Moll, 2019) *
Cinq personnes sont mêlées de près ou de loin à la disparition d'une femme dans la neige des Causses. Un pur film de narration, au scénario choral alambiqué fait d'allers-retours temporels et truffé de coincidences invraisemblables. On comprend vite les ficelles mais l'histoire est assez prenante pour qu'on aille jusqu'au bout. Denis Ménochet excelle comme toujours et la séquence à Abidjan montre un pan de cybercriminalité très intéressant. A regarder comme un téléfilm. BR FR

Miracle à Milan / Miracolo a Milano (Vittorio de Sica & Cesare Zavattini, 1951) ***
Une jeune homme candide fait le bien auprès des habitants du bidonville qu'il habite. Derrière le titre qui présage d'une bondieuserie, une fable humaniste et politique ancrée à gauche sur les espoirs et les luttes des déclassés. Le style Néo-réaliste de l'époque éclate sous l'omniprésence du merveilleux dans le scénario et les images. Francesco Golisano est fascinant dans le rôle du héros malgré né dans un champ de choux-fleurs. Un film d'une richesse et d'une poésie uniques. BR UK

La dernière séance / The last picture show (Peter Bogdanovich, 1971) ***
En 1952 au Texas, les jours d'ennui de deux jeunes hommes dans leur petite ville où rien ne se passe. Avec le cinéma local, le sexe - triste - est le seul refuge pour faire passer le temps dans ce film terriblement mélancolique sur l'écoulement des jours et des vies. Une élégie d'Americana loin des clichés où Timothy Bottoms et Jeff Bridges sont secondés par un casting formidable - avec des réserves pour Cybill Shepherd - qui semble tout droit sorti des Fifties. BR DE

1 novembre 2023

Films vus par moi(s): novembre 2023

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NSP ne sait pas

The Fabelmans (Steven Spielberg, 2022) **
De 1952 à 1965, la jeunesse en famille d'un garçon qui veut devenir réalisateur de cinéma. Spielberg revoit ses débuts dans ce film largement autobiographique construit sur les moments charnière de son parcours d'adolescent. C'est une pure tranche d'Americana typiquement spielbergienne dans sa tendresse pour les personnages, la composition des plans, le montage. Michelle Williams en mère instable porte l'ensemble, illuminé par les petits films du cinéaste en herbe. BR BE

Burning days / Kurak günler (Emin Alper, 2022) ***
Dans une petite ville d'Anatolie, un jeune procureur venu d'Ankara se heurte aux édiles dans une affaire de corruption autour de l'accès à l'eau. L'histoire, construite sur des flashbacks déroutants et qui laisse les pistes d'interprétation ouvertes, est prétexte à dénoncer le renfermement de la Turquie actuelle sur le populisme, le racisme et l'homophobie. Le rythme entre thriller et western, l'excellent casting et la réalisation inspirée rappellent les classiques paranoïaques des années 70. BR FR

L'enfer des zombies / Zombi 2 (Lucio Fulci, 1979) *
Son père ayant disparu, une jeune femme de New York part aux Caraïbes accompagnée d'un journaliste pour tenter de le retrouver mais c'est des zombies affamés qu'ils trouvent. Bénéficiant d'une critique généralement élogieuse, ce film comme presque tous les films d'horror italiens est un navet. Les acteurs sont nuls, les maquillages grossiers et l'histoire sans solidité. Il reste du gore audacieux pour l'époque et surtout un bon usage du CinemaScope. Très moyen. BR UK

La croisière du Navigator / The Navigator (Buster Keaton & Donald Crisp, 1924) ***
Deux jeunes gens gâtés doivent apprendre à se débrouiller quand ils se retrouvent seuls à bord d'un paquebot à la dérive. Les gags de situation s'enchaînent sur un rythme trépidant dans cette comédie qui multiplie les prouesses : la scène de poursuite dans les coursives est un chef-d'oeuvre de précision. Et comme souvent chez Keaton, la femme n'est pas un faire-valoir mais l'égale, dans son action, de l'homme. La partie des "cannibales", en revanche, est bien de son époque... BR FR

Smile (Parker Finn, 2022) **
Après qu'une patiente se soit suicidée devant elle en souriant, une jeune psychiatre sombre dans la psychose, pensant être poursuivie par une entité maléfique. Un bon exemple du nouvel âge d'or du film d'horror qui mixe fantastique et psychiatrie en évoquant la notion de trauma individuel et transgénérationnel. Comme il n'y a aucun second degré, que l'actrice principale (Sosie Bacon, fille de Kevin) est très bien et que le réalisateur connait les ficelles du genre, on ne se fait pas avoir. BR FR

Jody et le faon / The yearling (Clarence Brown, 1946) **
Dans le bayou de Floride vers 1875, un couple qui mène une vie fermière laborieuse laisse son fils de dix ans adopter un faon. Un classique du film familial hollywoodien qui résiste aux bons sentiments pour se centrer sur les épreuves traversées et la mort qui rode. Le tout en décor naturel ou en studio et sur une image Technicolor somptueuse. Si Gregory Peck et Jane Wyman sont parfaits, le jeune Claude Jarman, Jr a un jeu très maniéré, seule réserve pour prétendre au sommet. BR US

Charlie et ses deux nénettes (Joël Séria, 1973) ***
Un quadragénaire à la cool sympathise avec deux copines de vingt ans qu'il emmène vendre des toiles cirées sur les marchés. Serge Sauvion, Jeanne Goupil et Nathalie Drivet forment un trio formidable dans cette comédie qui explore le petit monde des marchés de province avec ses hôtels et ses restos. Le film dégage une atmosphère début des années 70 plus vraie que nature et une grande tendresse pour ses trois personnages principaux. Avec Jean-Pierre Marielle en bonimenteur. BR FR

L'Arche de Noé / Noah's Ark (Michael Curtiz, 1928) ***
Faute, punition et rédemption de l'Humanité pendant la Genèse et la Première Guerre Mondiale. Entrelaçant deux histoires, un film hybride à la fois peplum biblique et mélodrame de guerre, épique et intimiste et muet avec des séquences parlées. La mise en scène est grandiose, notamment pour le Déluge, qui provoqua la noyade de figurants. Erotisés par la caméra, les trois acteurs principaux - George O'Brien, Dolores Costello, Guinn "Big Boy" Williams - sont beaux comme pas permis. Web/Internet Archive

Ulysse / Ulisse (Mario Camerini, 1954) ***
De Nausicaa aux Prétendants, quelques étapes obligées du voyage d'Ulysse. Une très bonne adaptation de L'Odyssée, évidemment simplifiée mais qui en conserve l'esprit dans ses grandes lignes. Sans temps mort ni superflu, le Cyclope, les Sirènes et Circé rythment la narration, portée par de bons effets spéciaux et un Technicolor inventif. En couple séparé par les Dieux, Kirk Douglas et Silvana Mangano (Pénélope) sont étonnamment crédibles et touchants. Une belle surprise. BR FR 

Le Dibbouk / Dybuk (Michal Waszyński, 1937) **
En Pologne en 1835, une jeune fille est possédée par l'esprit de son soupirant décédé. Tourné à Varsovie d'après la pièce à succès, le mélodrame fantastique qui est le plus célèbre des films du cinéma yiddish. La beauté des plans et quelques moments superbes - les danses - n'empêchent pas quelque ennui dû à l'enchaînement des scènes de rituels sociaux et religieux hassidiques. Mais chaque image témoigne d'une culture balayée par la guerre et fait du film un document unique. DVD Z2 FR

Sans filtre / Triangle of sadness (Ruben Östlund, 2022) ***
Une croisière de luxe qui ne se passe pas comme prévu redistribue les cartes des rapports de classe entre passagers et équipage. Comme à son habitude, le réalisateur n'y va pas de main morte sur la dénonciation des élites sociales avec cette satire qui tire sur tout ce bouge dans l'ultra-richesse. La charge n'est pas légère mais produit son effet cathartique, comme dans les deux séquences centrales des sentences marxistes et du dîner mal-de-mer. On aime ou on déteste. BR FR   

Le jardin des Finzi-Contini / Il giardino dei Finzi Contini (Vittorio de Sica, 1970) **
Entre 1938 et 1943 à Ferrare, deux familles bourgeoises juives de la ville sont peu à peu piégées par nouvelles lois antisémites fascistes. Au début, l'écrin de la photographie esthétisante et la beauté des jeunes acteurs du film (Dominique Sanda, Fabio Testi, Helmut Berger...) peuvent agacer mais ils se révèlent au final très éloquents dans l'évocation de la fin d'un monde. Sans violence ni mélodrame mais avec une profonde mélancolie, le message résonne. BR FR

Dawson City : Le temps suspendu / Dawson City : Frozen time  (Bill Morrison, 2020) ***
L'histoire de la petite ville aurifère de Dawson dans le Yukon à partir de bobines de films muets retrouvées par hasard en 1978, enterrées dans le permafrost. Un documentaire extraordinaire, superbement construit. Le profond sentiment de mélancolie qui s'en dégage, porté par les images des gens d'un temps disparu et la musique élégiaque qui les accompagne s'accorde à merveille au sujet, qu'il universalise. La fin est l'une des plus belles choses que j'ai vues. BR FR

Une journée particulière / Una giornata particolare (Ettore Scola, 1977) ***
Le 6 mai 1938 à Rome, une mère au foyer et un homosexuel cultivé se rencontrent dans leur immeuble que les autres occupants ont quitté pour aller assister à l'accueil d'Hitler par Mussolini. Sophia Loren et Marcello Mastroianni sont sensationnels dans leurs rôles à contre-emploi de deux âmes seules que tout sépare et que tout va rapprocher. Sur fond de radio des actualités fascistes et par une mise-en-scène magistrale, le film tisse son propos, qui reste plus que jamais d'actualité. BR US

La saignée (Claude Mulot, 1971) **
Témoin d'un meurtre à New York, un français revenu se réfugier chez sa mère en baie de Somme est suivi par un flic et un tueur américains. Le contraste entre le début dans le Manhattan de 1970 et la suite en Picardie maritime est l'une des surprises de ce thriller existentiel à la fois lyrique et sauvage où Bruno Pradal joue un anti-héros bien de son temps aux prises avec la mafia et des locaux assoiffés de vengeance dans un décor improbable. Une belle redécouverte. BR FR

Le vampire de Düsseldorf (Robert Hossein, 1965) *
Au début des années 1930, un tueur en série se lie avec une chanteuse de cabaret tout en poursuivant ses crimes. Librement inspiré - comme "M" de Fritz Lang - de l'histoire de Peter Kürten, un film assez étonnant, pas tant par son scénario plan-plan que par son style hybride. Le traitement académique est bousculé par l'expressionnisme de la photo et le jeu Nouvelle Vague de Marie-France Pisier. Très bon dans le rôle titre, Robert Hossein est tout en solidité fragile. BR FR

Nuovo Olimpo (Ferzan Özpetek, 2023) 0
A Rome, deux garçons se rencontrent dans un cinéma en 1978, tombent amoureux et, séparés par le destin, se retrouvent trente ans plus tard. Tout est fade et tout est faux dans ce pesant mélodrame académique qui étire sur un ton monocorde et sans aucune trouvaille de mise en scène sa narration poussive. La poudre grise sur les cheveux des acteurs pour les vieillir sent le moisi comme la lumière dorée et les ralentis. C'est Almodovar hélas qu'il eût fallu. Netflix

Le grand défi / Ercole, Sansone, Maciste e Ursus, gli invincibili (Giorgio Capitani, 1965) **
Devant prouver qu'il est l'homme le plus fort du Monde devant Omphale, Hercule est mis au défi de battre Samson. Mais Dalila a coupé les cheveux de celui-ci. Le film est l'un des derniers peplums italiens, une sorte de comédie de boulevard parodiant avec ironie les stéréotypes du genre. Les acteurs sont de second grade, l'humour balourd mais les filles sont très belles et le côté bon enfant sympathique comme tout. Avec quatre culturistes pour le prix d'un. DVD Z2 FR  

Pêcheur d'Islande (Jacques de Baroncelli, 1924) ***
En Bretagne, une jeune femme attend le marin-pêcheur dont elle est éprise mais qui rechigne à l'épouser. D'après Pierre Loti, un mélodrame de la terre et de la mer qui met en valeur les paysages de la baie de Paimpol et évoque sans pathos la vie inquiète des familles de marins et la pêche au lointain. L'attirance du frère de l'héroïne pour le même homme ouvre une seconde histoire, toute aussi touchante. Tout en retenue, Sandra Milovanoff et Charles Vanel sont formidables. ARTE TV

Caravage / L'ombra di Caravaggio (Michele Placido, 2022) 0
Entre Rome et Naples, les dernières années de Caravage. Entièrement filmé dans une lumière dorée venant de la gauche, la crasse et la gadoue et uniquement concentré sur les tourments de ses personages torturés, un imbuvable biopic qui s'écrase sous le poids de sa propre importance et de son artifice. Par bonne intuition, je n'en ai vu que 20' puis le reste en fast-forward, avec les apparitions cachetonneuses d'Isabelle Huppert et de Louis Garrel. Revoir Derek Jarman.  BR FR 

Dans la nuit (Charles Vanel, 1929) **
Dans un village de l'Ain, un carrier qui vient de se marier doit porter un masque après un accident qui l'a défiguré. Son épouse prend un amant. Tourné en décors naturels, le seul film de Charles Vanel - qui a aussi le rôle principal - et peut-être le dernier film muet français commence comme un documentaire pour aller vers une sorte de drame fantastique assez étonnant. Quelques longueurs et une résolution décevante sont compensées par la beauté des images. France TV Replay