6 octobre 2019

Films vus par moi(s): octobre 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Blanche comme neige (Anne Fontaine, 2018) 0
Une jeune femme (Lou de Laâge, assez passe-partout) ayant réchappé à un assassinat se retrouve dans une maison des Alpes où elle se lie à sept hommes. La transposition du conte (surtout celui de Blanche Neige) dans un contexte contemporain est un exercice périlleux comme le rappelle ce film sans intérêt. L'ennui arrive vite et ni les paysages ni Isabelle Huppert en marâtre n'y font. Je crois que je n'aime pas le cinéma d'Anne Fontaine. BR FR 

Joker (Todd Phillips, 2019) ***
A Gotham City, le basculement d'Arthur Fleck dans la folie et sa création du personnage du Joker. Je ne connais pas l'univers Batman et tant mieux : ce film d'une force anxiogène stupéfiante, porté entièrement par la prestation d'une intensité effrayante de Joaquin Phoenix (qui est de tous les plans) est d'abord une plongée dans la psychose individuelle et collective comme le cinéma n'en avait encore jamais produit. Quel choc, quel constat, quel film ! Ciné

Border / Gräns (Ali Abbasi, 2018) ***
Une douanière suédoise au physique néandertalien et dotée d'un odorat animal rencontre un semblable qui la révèle à elle-même. Cet hybride de fantastique, de romance et de thriller glauque applique avec audace la mythologie nordique au thème universel de l'altérité physique, sociale et sexuelle. Ses deux personnages sont des créations formidables mises en valeur par un scénario et une mise en scène sans cesse surprenants. BR FR   

Le plein de super (Alain Cavalier, 1976) ***
Quatre types proches de la trentaine convoient une Chevrolet de Lille à Nice. Un road-movie d'un dynamisme et d'une fraîcheur étonnants, porté par la liberté du ton et quatre acteurs charismatiques qui ont activement participé au scénario. Les enjeux de la masculinité sont au coeur du sujet, qui navigue avec brio entre humour potache et drame existentiel. On pense aux Valseuses, sorti deux ans plus tôt. C'est du même niveau : excellent. BR FR

Les démons de la liberté / Brute force (Jules Dassin, 1947) **
Les détenus d'une cellule partagée préparent leur évasion. Un film de prison qui se démarque par le réalisme de certaines séquences, l'onirisme d'autres et le style nerveux du scénario et de la mise en scène. Burt Lancaster, dans son deuxième film, a une présence rare et Hume Cronyn excelle en sous-directeur sadique fan de Wagner et de Michel-Ange. Avec d'intéressants caméos en flashbacks d'Ella Raines, Yvonne de Carlo et Ann Blyth. BR UK

Brooklyn village / Little men (Ira Sachs, 2016) **
Deux copains ados subissent la tension entre leurs parents née d'une histoire de loyer. L'impact sur les enfants des décisions des adultes forme la trame de ce film intimiste qui s'attache à ses quelques personnages avec sensibilité. Tout n'est pas dit mais suggéré (la ségrégation sociale et raciale, l'éveil du désir, la gentrification...) et ponctué de belles séquences des garçons arpentant les rues de Brooklyn en vélo et en skate. Lumineux. BR ES

L'ombre du passé / I could go on singing (Ronald Neame, 1963) **
Ayant laissé son compagnon et leur fils pour sa carrière, une chanteuse américaine les retrouve des années après à Londres lors d'une tournée. Un drame parental assez convenu mais dont l'immense intérêt est Judy Garland (son dernier film) qui joue et semble revivre des émotions et des situations proches de sa réalité. C'est très émouvant. Elle chante quatre morceaux dont "By Myself", une extraordinaire séquence. Avec Dirk Bogarde. DVD Z1 US

Le Golem / Der Golem, wie er in die Welt kam (Paul Wegener, 1920) ***
Dans un ghetto juif d'Europe centrale au 16e siècle, un rabbin anime un homme d'argile pour qu'il protège son Peuple, mais la statue s'emballe. Ce film fantastique allemand qui a défini un genre (le film de créatures, on pense évidemment à Frankenstein) a des images mémorables, notamment les superbes décors expressionnistes et la puissante silhouette du Golem. Un classique du cinéma muet au rythme soutenu et au pictorialisme fascinant. BR DE (restauration admirable de Murnau Stiftung)

1 septembre 2019

Films vus par moi(s): septembre 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Douleur et gloire / Dolor y gloria (Pedro Almodovar, 2019) ***
Un réalisateur gay espagnol (Antonio Banderas, formidable) en panne de forme, de moral et de créativité se replonge dans son enfance et tente de remonter la pente. Les souvenirs heureux et douloureux, les succès assumés et les rencontres manquées, la famille de sang et celle de coeur : Almodovar met beaucoup de lui-même dans cette chronique mélancolique sur le temps des sexagénaires. La projection est bouleversante. BR FR

Aux portes de l'Au-delà / From Beyond (Stuart Gordon, 1986) 0
En testant une machine à activer le cerveau, un ingénieur et son assistant font surgir des créatures répugnantes venues d'un monde parallèle. Typiquement Eighties, un film de SF et d'Horror (inspiré de Lovecraft) dont quelques images de corps mutants sont réussies mais dont l'ensemble ne convainc pas, la faute au scénario pas focalisé et à l'amateurisme des acteurs. Les trucages pré-CGI sont sympathiquement dégueulasses. BR FR

Time out / In time (Andrew Niccol, 2011) 0
A la fin du XXIe siècle, le temps a remplacé l'argent : programmé à vivre jusqu'à 25 ans, chacun peut prolonger la durée en gagnant, achetant ou volant des heures ou des années. Ce postulat de base pouvait promettre un film de SF existentiel vraiment original. Hélas, la tournure prise vire à l'action et la romance (entre Justin Timberlake et Amanda Seyfried) sur une esthétique entre Breaking Bad et Matrix. C'est complètement raté. BR FR  

Lourdes (Thierry Demaizière & Alban Teurlai, 2019) ***
La semaine à Lourdes de quelques pèlerins abîmés par la maladie ou l'accident. Un documentaire qui confronte le drame des individus à leur espérance en Marie, qui plane au-dessus de chacun de leurs mots et de leurs gestes. L'humanité du film prend à la gorge, admirablement portée par la photo, le montage et la musique qui en font un vrai film de cinéma. Un bel et digne hommage aux invisibles de la société et à l'Invisible qui les tient. BR FR

Overlord (Julius Avery, 2018) *
En 1944, quelques parachutistes américains largués en Normandie tombent sur un labo souterrain où des Nazis testent des zombies-soldats. Un hybride de guerre et d'horror qui se prend au sérieux, se laisse regarder mais dont les défauts d'écriture (situations, dialogues et rythme) plombent le potentiel. La séquence de naufrage aérien du début est excellente puis l'ennui s'installe doucement. Restent de bons maquillages gore et une belle photo. BR FR

Black Mirror: Bandersnatch (Charlie Brooker & David Slade, 2018) **
En 1984, un jeune programmateur qui conçoit un jeu vidéo devient paranoïaque. Cet épisode de 90' de Black Mirror est le premier film interactif que je vois. Le spectateur peut régulièrement choisir avec sa télécommande l'une ou l'autre des orientations de l'histoire. C'est à la fois fascinant (une nouvelle utilisation du cinéma) et frustrant (l'interactivité empêche l'immersion et l'histoire s'embrouille). Intéressant mais c'est pas mon truc. Netflix (qui s'y autopromeut de façon éhontée mais maline) 

Le convoi des braves / Wagon Master (John Ford, 1950) ***
Deux cowboys guident un convoi de Mormons vers une vallée de l'Utah. Il ne se passe pas grand chose dans ce western qui met en présence des familles mormones, des entraîneuses, des indiens Navajos et quelques crapules mal intentionnées. Les chariots avancent dans les paysages de pierre, les gens discutent et dansent, les chevaux s'abreuvent... Si on accepte le rythme et la légèreté du scénario, on est conquis. Un film à l'humanisme généreux. BR US

Ni dieux ni démons / Gods and monsters (Bill Condon, 1998) **
En 1957 à Los Angeles, le réalisateur gay, vieillissant et reclus de "Frankenstein", James Whale (Ian McKellen), s'éprend de son nouveau jardinier (Brendan Fraser). Un drame intimiste sur le temps qui fuit et les souvenirs qui remontent. Le fossé générationnel, physique et culturel entre les deux hommes porte le conflit sans jamais virer au mélodrame et la musique élégiaque renforce la puissante mélancolie qui se dégage. BR US

Can't stop the music (Nancy Walker, 1980) *
Aidé d'une amie introduite, un jeune musicien tente de monter un groupe de mecs qu'il nomme Village People. Surfant à contretemps sur la vague Disco, doté du pire acteur dans un rôle principal (Steve Guttenberg), de dialogues abyssaux et d'une pudeur incompréhensible, ce navet reste sympathique grâce à quelques numéros gratinés ("YMCA"), un kitsch superlatif, les six Village People en acteurs/chanteurs et Caitlyn Jenner en Bruce d'avant. BR US

L'heure de la sortie (Sébastien Marnier, 2018) *
Dans un collège privé, un prof suppléant (Laurent Lafitte) a des problèmes avec un petit groupe d'élèves surdoués. Une fusion pas convaincante de thriller aux marges de la SF (du genre "Le village des damnés") et de fable environnementale dont le début promet mieux que la suite, au symbolisme lourdaud. Mais le thème de l'inquiétude grandissante des jeunes sur le futur de la planète est intéressante au bon temps de Greta Thunberg. DVD Z2 FR 

Le cirque / The circus (Charles Chaplin, 1928) **
Le petit vagabond est embauché par hasard dans un cirque qu'il dynamise par ses maladresses. Les vingt premières minutes sont du meilleur Chaplin : malin, absurde, hilarant... Mais l'énergie comique retombe avec l'arrivée au cirque car les situations et gags visuels sont moins impactants (car attendus) dans un contexte de cirque que dans un contexte de rue. Malgré des moments géniaux, un Chaplin qui m'a un peu ennuyé en seconde partie. BR FR

Jeanne captive (Philippe Ramos, 2011) *
Du saut de Beaurevoir à la dispersion de ses cendres, les derniers mois de Jeanne d'Arc (Clémence Poésy) en dehors du procès. Il y a des idées magnifiques (le silence de la mer, la fin sur la Seine) dans ce film qui s'attache à des moments méconnus de la vie de Jeanne mais le tournage numérique, les ralentis amateurs, la lumière naturelle qui plonge dans le noir toutes les scènes en geôle et les dialogues médiocres en ruinent le potentiel. DVD Z2 FR  

Heinrich Himmler. The decent one / Der Anständige (Vanessa Lapa, 2014) **
Restées en mains privées jusqu'en 2006, les archives personnelles de Himmler dressent le portrait intime d'une des figures essentielles du Troisième Reich. A partir de photographies et de correspondance privée (surtout avec sa femme et sa fille) lue en voix off, le documentaire fait entrer le spectateur dans les obsessions de mesure, d'ordre et de pureté du Reichsfürher-SS. C'est tétanisant mais historiquement indispensable. DVD Z2 FR

Après nous le déluge / Today we live (Howard Hawks, 1933) 0
En Angleterre en 1916/1917, une jeune femme s'éprend d'un américain alors qu'elle est déjà liée à un autre homme. Les responsabilités du coeur sont le sujet de ce mélodrame de guerre qui panache scènes intimistes et d'aviation sans réussir à intéresser, la faute aux dialogues interminables et à la mise-en-scène passe-partout. Mais il y a les gros plans de Joan Crawford et de Gary Cooper dans leur unique fois ensemble à l'écran et ça, ça vaut le coup. DVD Z2 FR 

Les hommes de la forêt (Alexandre Litvinov, 1928) *
En Extrême-Orient russe, près du fleuve Oussouri, le quotidien d'une petite tribu autochtone isolée. Un film ethnologique dans la lignée de "Nanouk l'Eskimo" (Flaherty, 1922), où les personnages jouent leur propre rôle. Le documentaire cache un film de propagande, la dernière partie montrant l'irruption de la modernité soviétique dans la vie du groupe. Vladimir Arseniev, auteur de "Dersou Ouzala", est dans les dernières séquences. Fondation Jérôme Seydoux-Pathé

La rivière des massacres / Massacre River (John Rawlins, 1949) 0
Dans un fort du désert du Far West, deux amis de garnison s'embrouillent pour une femme. Il y a bien une rivière mais pas de massacre dans ce western de série Z que j'ai vite regardé en accéléré : la bluette prend toute la place, les indiens sont en bonus pour la scène finale et la mise en scène inexistante. Un film sans intérêt. Sauf un : revoir Guy Madison, le jeune premier le plus mignon de la fin des années 40, dans le rôle principal. DVD Z1 US

3 août 2019

Films vus par moi(s): août 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

L'enfant et la licorne / A kid for two farthings (Carol Reed, 1955) *
A Londres, sur le marché cosmopolite de Petticoat Lane, un jeune garçon pense qu'un chevreau à une corne qu'il a acheté et prend pour une licorne réalisera ses voeux et ceux de ses proches. Un film bancal qui essaye de panacher l'imaginaire du conte et le réalisme de bazar sans convaincre mais qui bénéficie d'un merveilleux Technicolor et de personnages caricaturaux étonnants : la fausse Marilyn (Diana Dors), le culturiste, le tailleur juif... BR UK 

Jenny (Marcel Carné, 1936) **
Une jeune pianiste s'installe chez sa mère (Françoise Rosay) dont elle était éloignée et la découvre taulière d'un bordel de luxe. Le premier film de Carné est un mélodrame filial et de moeurs dont les personnages interlopes (personnages et acteurs) font le sel. Les décors de studio Art Déco cèdent parfois la place à des extérieurs ouvriers annonciateurs des chefs-d'oeuvre du réalisateur et Albert Préjean est d'une modernité toujours surprenante. BR FR 

The Breakfast Club (John Hughes, 1985) **
Cinq jeunes dépareillés passent un samedi de colle ensemble au collège. Un teenage movie en huis-clos théâtral sur l'Angst adolescent dont les préoccupations intemporelles ont permis de parfaitement résister au temps, malgré l'effet flashback des Eighties. Le formidable casting s'empare des incessants dialogues avec brio en révélant les forces et les fêlures des personnages stéréotypés. Un film humaniste qui continue à faire du bien. BR DE

Plein Sud (Luc Béraud, 1981) 0
Un universitaire qui s'ennuie suit à Barcelone une inconnue avec qui il a une liaison torride. Une comédie existentielle qui ne fonctionne pas, la faute à un scénario foireux où l'absurde se combine mal avec la trépidation et la sensualité. Les seins magnifiques de Clio Goldsmith jouent bien mieux qu'elle et Jeanne Moreau et Guy Marchand cachetonnent. Mais Patrick Dewaere, gâché dans ce navet, est magnétique de mélancolie physique. BR FR

Joseph, le roi des rêves / Joseph, King of dreams (Rob LaDuca & Robert C. Ramirez, 2000) *
Vendu en esclavage par ses frères, Joseph se retrouve au service de Pharaon qu'il séduit par son talent d'interprétation des rêves. Produit par DreamWorks suite au succès du "Prince d'Egypte", cette adaptation animée du récit de l'Ancien Testament n'est pas à son niveau mais se laisse regarder grâce à son rythme dynamique et l'homoérotisme étonnant qui se dégage de l'accumulation biblique des corps dénudés des personnages masculins. BR DE 

90s / mid90s (Jonah Hill, 2018) ***
A Los Angeles en 1996, un jeune garçon solitaire lutte à se faire accepter par une petite bande d'adolescents skaters. Imaginant un feel good coming of age, je ne m'attendais pas à être cueilli par la mélancolie tragique qui se dégage de ce grand petit film qui repose entier sur les épaules résistantes aux coups de son jeune acteur Sunny Suljic. La formidable BO transcende l'époque (parfaitement) évoquée vers une universalité bouleversante. BR DE 

L'homme qui rit / The man who laughs (Paul Leni, 1928) ***
Mutilé enfant au visage par des bohémiens, un homme au rictus permanent qui se produit en fêtes foraines subit de multiples injustices. D'après Hugo, l'un des derniers films muets est un mélodrame outrancier aux décors et mouvements de caméra superbement baroques. C'est aussi le rôle d'une vie pour Conrad Veidt, génial en victime grimaçante. Mary Philbin en aveugle est fade mais Olga Baclanova est une vamp irrésistible. Enthousiasmant. BR FR 

Chernobyl (Craig Mazin, 2019) **
L'explosion dans la centrale nucléaire ukrainienne le 26 avril 1986 et son traitement immédiat par les scientifiques, les anonymes et les politiques impliqués. Ce téléfilm HBO semble objectif dans son approche des détails techniques du désastre (les brutales séquences concernant les radiations sont saisissantes) et subjectif dans sa charge contre le pouvoir soviétique. Vivement le point de vue russe. C'est l'anglais de convention qui m'a gêné. BR UK

Us (Jordan Peele, 2019) *
Une famille noire américaine se fait agresser chez elle par quatre mystérieux inconnus qui semblent former son double. Après le formidable "Get out", Peele repart sur un thriller fantastique avec un message. Le problème ici est que le scénario et le message prennent plusieurs directions et rendent le tout incompréhensible. Dommage parce que la première moitié (l'invasion de la maison) est d'une originalité, d'une tension et d'une intelligence excitantes. BR DE

Climax (Gaspard Noé, 2018) ***
Dans une salle des fêtes, une vingtaine de jeunes vogueurs est droguée avec de la sangria manipulée. La péripétie est prétexte à faire basculer le film de danse dynamique de la première partie en une expérience visuelle, sonore et technique assez époustouflante dans la seconde. Le message est indistinct (avertissement contre la drogue en boîte ? métaphore sur l'échec du vivre ensemble ? Trip Pop ?) mais le spectacle est secouant. BR FR

Les damnés / These are the damned (Joseph Losey, 1961) *
Près d'une station balnéaire anglaise, un américain découvre que des scientifiques élèvent en secret des enfants radioactifs. Cette partie de l'histoire est bien mais il y a aussi un gang de loubards (Oliver Reed à son plus sexy) et une sculptrice et les trois s'emboîtent mal en donnant un film irrémédiablement bancal. La métaphore sur la peur atomique est intéressante dans le contexte de 1961 et la fin d'un nihilisme saisissant. BR DE

La chose d'un autre monde / The thing from another world (Christian Nyby & Howard Hawks, 1951) **
Dans une base arctique, des scientifiques sont menacés par un humanoïde extraterrestre. Rendu obsolète par l'inoubliable remake de John Carpenter en 1982, ce film de SF souffre aujourd'hui de l'aspect visuel de sa créature et de la surabondance de dialogues (dont le rythme naturel est pourtant fascinant pour l'époque) mais reste un jalon dans le cinéma paranoïaque de la Guerre Froide et un modèle de bien des huis-clos d'horreur. BR US  

Sinbad : La légende des sept mers / Sinbad: Legend of the Seven Seas (Tim Johnson & Patrick Gilmore, 2003) *
Avec la compagne de son meilleur ami, Sinbad fait un périlleux voyage pour récupérer le Livre de la paix volé par Eris, la déesse de la Discorde. Malgré quelques scènes étonnantes et spectaculaires (les Sirènes, l'Oiseau des Glaces...), ce film d'animation trop bavard pâtit d'un scénario poussif et d'une méchante assez ennuyeuse. Après les excellents "Le Prince d'Egypte" et "La route d'El Dorado", une déception du studio Dreamworks Animation. BR DE

Poison pen (Paul L. Stein, 1939) **
Des lettres anonymes distillent la haine et la paranoïa dans un village anglais. Quatre ans avant "Le corbeau", ce drame de communauté bénéficie de quelques belles scènes, d'une noirceur étonnante et de la présence de bon acteurs (Flora Robson, Reginald Tate, Ann Todd) mais la mise en scène reste sage et la résolution attendue : le film est un peu pâle à côté du chef-d'oeuvre subversif de Clouzot, qu'il semble préfigurer en plusieurs points. BR UK

Jersey affair / Beast (Michael Pearce, 2017) ***
A Jersey, une jeune femme mal dans sa famille et sa peau a une liaison avec un solitaire qui pourrait être le serial killer qui terrorise l'île. Un excellent thriller psychologique porté par l'assurance de l'écriture et de la mise en scène et le jeu impressionnant de Jessie Buckley dans le rôle intense d'une personnalité étouffée à plusieurs titres. Sa performance est un tour de force dont on ne soupçonne rien au début. Johnny Flynn est très bien aussi. BR UK 

Cartes sur table (Jess Franco, 1966) ***
A Alicante, un ex-espion reprend du service pour démanteler une association criminelle qui créé des robots-humains assassins. Un pastiche de SF et d'espionnage dont le rythme s'essouffle en seconde partie mais qui ne l'empêche pas de rester jubilatoire, grâce à l'absurdité dadaïste du scénario, la photo contrastée, les hilarants dialogues de Jean-Claude Carrière et surtout, le jeu sublimement je m'en foutiste de Lenny Constantine, impérial. BR FR

Taking Tiger Mountain (Tom Huckabee & Ken Smith, 1974/1983) **
Au Pays de Galles, des féministes soumettent un jeune hétéro homophobe à une Inversion Therapy et l'envoient assassiner le maire d'une ville de prostitution. Sur un sujet à la John Waters, un petit Indie réalisé avec les moyens du bord par des potes juste sortis du college. Surréaliste, absurde, sexy et un peu chiant mais plein d'idées visuelles. Au premier rôle, Bill Paxton y commençait sa carrière à 19 ans, en full frontal et au garde à vous. BR US

6 juillet 2019

Films vus par moi(s): juillet 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Scotty and the secret history of Hollywood (Max Tyrnauer, 2018) **
Des 40's aux 70's, Scotty Bowers fut l'entremetteur actif des stars hollywoodiennes gays, lesbiennes et bi, qu'il rapprochait de jeunes gens. Soixante ans après, il raconte. Ce documentaire bien foutu lève le voile sur la vie privée de grands noms de Hollywood et dresse le portrait d'un type charismatique (hier comme aujourd'hui) ayant le sens des affaires et une sexualité non affective dans une culture du secret imposée par les studios. DVD Z1 US   

Big little lies, Saison 2 (Andrea Arnold, 2019) ***
A Carmel, cinq amies (Nicole Kidman, Reese Whiterspoon, Shailene Woodley, Laura Dern et Zoë Kravitz) affrontent la mère inquisitrice et prédatrice du mari décédé de l'une d'elles. On reprend les mêmes et on recommence avec cette fois la présence en deus ex machina de Meryl Streep en grande forme. L'excellence du casting et de l'écriture de cette série HBO sont magnétiques. Un Woman's Picture adapté à notre époque. Apple TV

Le secret des Kennedy / Chappaquiddick (John Curran, 2018) *
Le 18 juillet 1969, le sénateur démocrate Ted Kennedy a un accident de voiture dans lequel la jeune secrétaire Mary Jo Kopechne trouve la mort. Le tragique fait divers qui coûta sa candidature présidentielle au dernier fils Kennedy est raconté en flashbacks et sans éclat dans ce film purement narratif qui défend la thèse du délit par panique. Jason Clarke est très bien dans le rôle de l'héritier maudit. Pour ceux qui s'intéressent au sujet. Apple TV

Le secret des Marrowbone / Marrowbone (Sergio G. Sanchez, 2017) 0
En Oregon maritime en 1969, quatre orphelins s'installent dans une grande maison délabrée où leur passé tragique les poursuit. Un film fantastique à révélation sur des liens familiaux tordus qui pourrait être pas mal si le scénario se prenait moins au sérieux et la mise en scène était plus dynamique. Hélas, je me suis emmerdé et ai lâché au bout d'une heure. Mais le visage étrange d'Anya Taylor-Joy me fascine plus que jamais. BR DE 

Odette, Agent S23 / Odette (Herbert Wilcox, 1950) **
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, une franco-anglaise travaille pour l'intelligence britannique près d'Annecy. L'histoire d'Odette Sansom-Churchill (Anna Neagle) est racontée avec retenue dans ce film de Résistance qui montre très justement le quotidien d'attente et de soupçon des agents alliés en territoire occupé. Le casting est excellent, notamment un jeune Peter Ustinov. La séquence de Ravensbrück surprend pour un film de 1950. BR UK

Dilili à Paris (Michel Ocelot, 2018) ***
En 1900 à Paris, une petite métisse kanake échappée d'un zoo humain permet la découverte d'un traffic de fillettes. Un merveilleux film dont les décors en vues réelles et les personnages en animation créent une atmosphère de réalisme poétique formidablement attractive. La promenade dans le Paris fin-de-siècle, les célébrités qui passent en figurants, le langage châtié de la gamine et le scénario à message féministe : tout m'a emballé. BR FR

L'homme de la plaine / The man from Laramie (Anthony Mann, 1955) ***
Un aventurier est forcé d'affronter le fils violent d'un grand propriétaire terrien du Nouveau-Mexique. Le dernier des cinq formidables westerns de Mann avec James Stewart est une sorte de modèle du genre, où les personnages chahutés par la vie s'attachent et déchirent sous le ciel impassible des paysages infinis. Les dialogues admirables portent l'émotion et les images la violence, sublimés par le Cinemascope et la musique. Un grand film. BR UK

Possum (Matthew Holness, 2018) **
Un quadragénaire livide qui vit dans la masure de son oncle erre avec une sacoche dans les zones délabrées du Norfolk alors que l'enlèvement d'un lycéen fait les news et qu'une araignée à tête humaine le hante. Une plongée en apnée dans la psychose et l'abus autour du personnage sans doute le plus triste de l'histoire du cinéma. Chacun verra toutes les horreurs qu'il veut dans ce film radical et cryptique. Idéal pour un dimanche matin ensoleillé... BR UK

Jusqu'à la garde (Xavier Legrand, 2017) ***
Un garçon de 11 ans subit l'emprise physique et psychologique que son père divorcé impose à son ex-femme. La dynamique de la violence conjugale et les ravages qu'elle engendre chez les enfants est montrée avec franchise dans ce film à la tension parfois suffocante portée par la mise en scène assurée et le jeu intense de Denis Ménochet, Léa Drucker et du petit Thomas Gioria. La pression ne se relâche jamais, jusqu'au final tétanisant. BR FR

1 juin 2019

Films vus par moi(s): juin 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Bienvenue à Marwen / Welcome to Marwen (Robert Zemeckis, 2018) **
Près de New York, un dessinateur amnésique suite à une agression construit et photographie un village de la Seconde Guerre Mondiale qu'il peuple de poupées nazies et alliées. D'après l'histoire vraie de Mark Hogancamp (Steve Carell), un film original et émouvant sur le pouvoir thérapeutique de l'imaginaire. Le cas est évidemment psychiatrique mais le traitement par Zemeckis, entre réel et animation, lui donne la force universelle des contes. BR UK 

Kursk (Thomas Vintenberg, 2018) **
L'accident du sous-marin nucléaire russe. Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth et Max von Sydow donnent des visages aux protagonistes du naufrage et du sauvetage raté qui tinrent le monde en haleine en août 2000. Présenté du point de vue d'un officier à bord, de sa femme et de son jeune fils, le film offre du drame, de l'action, de l'émotion et un réquisitoire contre l'administration russe. Et fait son job mieux qu'attendu. BR FR

L'héritière / The heiress (William Wyler, 1949) ***
A Washington Square vers 1850, un jeune dandy sans le sou séduit une vieille fille fortunée. Le père de celle-ci soupçonne une escroquerie sentimentale. Un chef-d'oeuvre du film de studio qui panache une superbe direction artistique, une mise en scène nuancée, un scénario d'un rare pessimisme et un casting sans ombre : Olivia de Havilland, Montgomery Clift, Ralph Richardson et Myriam Hopkins y sont magnétiques. Brillant. BR UK

Class 1984 / Class of 1984 (Mark Lester, 1982) *
Dans un lycée américain à la dérive, un prof de musique affronte une petite bande de racailles. Le sujet est prometteur et Perry King est excellent en enseignant harcelé mais la réalisation banale, le jeu outrancier et grimaçant des voyous et le style 80's punk des fringues et des coiffures empêche toute possibilité d'entrer dans le film. Les 20 dernières minutes en revenge movie sont pas mal du tout mais arrivent trop tard. Un film culte très surestimé. BR UK

The unthinkable / Den blomstertid nu kommer (Crazy Pictures, 2018) **
Un musicien de Stockholm retourne chez lui à la campagne alors que la Suède est la cible d'une attaque de grande ampleur. Un drame intimiste qui se retourne après 1h en film apocalyptique autour d'un événement destructeur inexpliqué (Daesh? Russie? Aliens?) jusqu'au générique final. Réalisé par un collectif sur un budget serré bien valorisé par le son et les FX, un hybride nordique au message nationaliste inattendu et dérangeant. BR FR

Le diabolique Docteur Z / Dans les griffes du maniaque / Miss Muerte (Jess Franco, 1966) *
La fille d'un docteur mort d'humiliation lors d'un congrès se venge de ses collègues avec une pin up réduite à sa merci. Un thriller pop absurde flirtant avec le Surréalisme dont le début est une belle surprise de mise en scène, de photographie et de dialogues signés Jean-Claude Carrière. Après, c'est plus routinier mais l'érotisme (Estella Blain et ses déshabillés) et la direction artistique inventive font que j'ai regardé jusqu'au bout, plutôt amusé. BR FR

Fog / The fog (John Carpenter, 1980) *
En 1980, dans une bourgade de la côte nord californienne, une nappe de brouillard amène des marins noyés criminellement un siècle plus tôt se venger. Si l'histoire de fantômes elle-même est banale, Carpenter prouve encore, après "Halloween", qu'il est un maître de composition et d'atmosphère : certains plans sont saisissants de beauté et d'inquiétude. Pour ça, je suis content d'avoir revu le film près de 40 ans plus tard. BR US 

High life (Claire Denis, 2018) **
Quelques criminels sont envoyés dans un vaisseau spatial s'approcher d'un trou noir. Un médecin (Juliette Binoche) y est aussi, pour des expériences en PMA. Sur un thème ouvert à interprétation, de la SF intimiste où Claire Denis embarque le spectateur dans un voyage intersidéral existentiel à la Tarkovsky, le sang et le sperme en plus. Les séquences avec Robert Pattinson et sa fille sont le meilleur de cet anti blockbuster au ton nihiliste. BR FR

Pierre et Jean (André Cayatte, 1943) ***
Un jeune homme réalise que son frère est le fruit de la liaison de sa mère avec un ami de la famille. D'après Maupassant, un formidable drame de moeurs sans une seule longueur porté par la puissante mise en scène de Cayatte et un excellent casting, des premiers rôles (dont Noël Roquevert) aux figurants. Structuré en deux parties distantes de vingt-cinq ans, le film réussit la prouesse de la crédibilité et de l'émotion. Une belle découverte. BR FR

Lizzie (Craig William Macneill, 2018) *
En 1892 dans le Massachusetts, une jeune bourgeoise tue son père et sa mère à la hache. La personnalité et le parricide de Lizzie Borden ont fait d'elle une icône populaire aux USA. Le film propose des motifs au massacre mais le choix de la de la froideur rendent le tout assez ennuyeux alors que ça aurait pu être un "La Cérémonie" de Chabrol à l'américaine. Chloë Sévigny et Kristen Stewart sont bien mais trop en retenue, comme le reste. BR UK

Bohemian Rhapsody (Bryan Singer, 2018) *
De ses débuts au Live Aid de 1985, le parcours de Freddy Mercury dans Queen et dans sa vie placardisée. Un biopic qui se respecte, avec ce qu'il faut de frissons (les tubes, la flamboyance...) et de conflits (la solitude, l'homosexualité, le sida...). Il n'y a strictement rien d'original mais la personnalité torturée de Mercury (un très bon Rami Malek) et les morceaux musicaux en font un spectacle plutôt efficace. Au suivant... BR FR

Halloween (David Gordon Green, 2018) **
Echappé de son asile psy, Michael Myers revient sur le lieux de ses crimes de quarante ans auparavant. Laurie Strode (Jamie Lee Curtis, très investie dans son rôle iconique) l'attend de pied ferme. Un premier tiers excellent, un dernier plus banal et une mise en scène efficace : cette suite à distance est un thriller horrifique qui tient ses promesses. Il y a des audaces, du suspense et du gore et un discours qui balance entre #MeToo et #NRA. BR FR

Un Peuple et son Roi (Pierre Schoeller, 2018) 0
La Révolution, de la décapitation de la Bastille à celle de Louis XVI. Les scolaires auront de quoi plancher autour des images de la populace en colère et de l'aristocratie affolée mais je n'ai tenu que pendant les 10 premières minutes devant l'avalanche de platitudes, de dialogues sentencieux et de facilités visuelles. Alors je mets un 0 pointé sans presque avoir rien vu du film. Rapide et sévère, comme le Tribunal Révolutionnaire. BR FR

The man who killer Hitler and then the Bigfoot (Robert D. Kryzkowski, 2018) *
Dans les années 80 à la frontière USA/Canada, le FBI demande à un vieil homme qui avait assassiné Hitler quarante ans plus tôt d'aller tuer un Bigfoot porteur d'un virus mortel. Le titre provocateur de série Z cache un film mélancolique sur le souvenir et la réclusion de l'âge. Sam Elliott est excellent dans sa solitude contenue mais le scénario en flashbacks est trop disjoint pour construire une histoire et de l'émotion. Une idée pas consolidée. BR UK 

Cagliostro / Black magic (Gregory Ratoff, 1949) **
Inspiré des "Joseph Balsamo" et "Le Collier de la Reine" de Dumas, un petit film historique qui se serait noyé dans la masse n'était l'implication d'Orson Welles, qui s'empara du rôle principal avec panache et s'appropria la mise en scène, qu'il fit décoller. La seconde partie, avec Marie-Antoinette et son collier, est plus poussive que la première, baroque au possible. Une distrayante série B surclassée par son électron libre amusé et inspiré. BR FR

1 mai 2019

Films vus par moi(s) : mai 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

The perfection (Richard Shepard, 2018) 0
Deux jeunes femmes violoncellistes s'aiment, se déchirent et se vengent. De qui ? de quoi ? Ah Ah ! Un thriller aux éléments d'horreur qui a pour lui une actrice (Allison Williams) et un premier twist intéressant, mais révélé en un effet roublard piqué à Haneke. Tout le reste est artificiellement fabriqué dans l'objectif assumé d'être le premier film d'esprit #MeToo visant directement Harvey Weinstein. L'ensemble est aussi lourd et clinquant que le gros porc. Netflix

Freak show (Trudie Tyler, 2017) **
Un lycéen gay efféminé et fan d'Oscar Wilde donne une leçon à ses harceleurs. Sur le thème ressassé du droit à la différence et de la connerie de l'esprit de meute, un chouette coming of age movie porté par Alex Lawther, acteur britannique au physique atypique, dont le personnage solitaire donnera sans doute à quelques jeunes spectateurs cibles du film le courage de regarder leurs bourreaux quotidiens droit dans les yeux. BR UK

La splendeur des Amberson / The magnificent Ambersons (Orson Welles, 1942) ***
De 1880 à 1910, la lente chute d'une famille de la haute-bourgeoisie d'Indianapolis. Malgré les coupes et remontages exigés par la RKO, un chef-d'oeuvre qui s'enrichit avec l'âge et l'expérience du spectateur. La mélancolie du temps qui s'enfuit et des possibilités avortées est mise en images et en mots (avec une sublime narration en voix off par Welles) dans une suite de séquences magnifiques. Huston a du le revoir pour son "Gens de Dublin". BR US

Girl (Lukas Dhont, 2018) ***
A Gand, un étudiant danseur de 15 ans entame une transition sexuelle. Dans le rôle complexe d'une fille dans le corps d'un garçon qui se féminise, le jeune Victor Polster (qui fait une prestation exceptionnelle) suggère avec subtilité les bouleversements intérieurs de l'adolescence. Le film est d'une retenue et d'une puissance admirables et donne au père bienveillant une place discrète mais essentielle qui structure l'ensemble. Impressionnant. BR FR  

Becky Sharp (Rouben Mamoulian, 1935) **
A l'approche de Waterloo, une anglaise ambitieuse et culottée se hisse dans la haute société. Cette Madame Sans-Gêne britannique est une comédie de moeurs en costumes portée par l'abattage de Myriam Hopkins, génialement extravertie. Mais la vedette du film est le Technicolor trichrome Kalmus, dont l'irruption fit entrer le cinéma dans l'ère de la couleur. La belle mise en scène de Mamoulian est toute à son service. Un film-charnière historique. BR US 

Wild wild country (Maclan Way & Chapman Way, 2018) ***
Entre 1981 et 1985, la secte du gourou indien Bhagwan s'installe près d'un village tranquille de l'Oregon et sème le chaos. Un documentaire de 6h autour d'un projet fou amenant des conséquences démentes. La progression dramatique est stupéfiante (défiance, manipulation, crime...) et le centrage sur Sheela, l'administratrice de la communauté, permet le portrait d'une personnalité hors-norme. Un formidable thriller sociologique du réel. Netflix

Velvet Buzzsaw (Dan Gilroy, 2019) ***
Découvrant par hasard l'oeuvre secrète d'un homme mort dans son immeuble, une employée de galerie d'art déclenche une réaction en chaîne. Inspiré par l'histoire d'Henry Darger, un thriller fantastique dans un milieu peu utilisé au cinéma, le marché de l'art contemporain, qui s'en amuse et le dénonce dans une métaphore sur la revanche de l'oeuvre d'art sur la combine commerciale. C'est haletant, bien foutu et finement intelligent. Netflix 

Star time (Alexander Cassini, 1992) **
A Los Angeles, avide de gloire et poussé par un type mystérieux, le patient d'une psychiatre commet des crimes à la hache avec un masque de bébé. Un petit film fauché à 3 personnages, vraie série Z, qui file la métaphore sur l'aliénation par les médias et l'obsession de la popularité. La première partie, frappée, est mieux que la seconde, plus conforme au genre du slasher. L'acteur a le nom formidable de Michael St. Gerard. Rien que pour ça. BR US 

Chappie (Neil Bllomkamp, 2015) 0
Dans un futur proche à Johannesburg, un robot-flic abîmé récupéré par des délinquants se met à penser et communiquer comme un humain. Sur un thème de base puissant (le robot humanisé), un ratage total dû a un scénario infantile qui privilégie l'action et la boutade, un acteur nul (Dev Patel) et une musique omniprésente. Le robot existentialiste semble sympathique et bien fait mais comme je n'en ai vu que 30' éveillé, je n'en sais pas plus. BR FR 

Wonder wheel (Woody Allen, 2017) 0
A Coney Island en 1950, un surveillant de plage (Justin Timberlake, très bon) a une liaison avec une femme mariée (Kate Winslet en surjeu) dont la belle-fille l'attire. Sur un scénario, une direction d'acteurs et une mise en scène très théâtraux, un petit film sur la frustration dont on voit vite qu'il est pour Woody Allen une métaphore sur les scandales familiaux dans lesquels il est empêtré. Et de ça, franchement, on n'a pas grand chose à faire. BR FR 

Elvis Presley. The Searcher (Thom Zimny, 2018) ***
Encore un doc sur lui ? Celui-ci, en 3h15 passionnantes, s'attache à Elvis comme artiste, un garçon du Sud doté d'une intelligence de la musique populaire, d'une voix et d'un charisme hors-norme et sans doute trop attaché à sa mère et à Dieu. Le Colonel Parker est le méchant, businessman castrateur d'un génie vulnérable. Priscilla Presley et Bruce Springsteen sont les narrateurs principaux de ce portrait vraiment touchant du King. DVD Z2 UK

Sauvage (Camille Vidal-Naquet, 2018) ***
Dans une ville française, les nuits et les jours d'un garçon de la rue, gay, prostitué et en quête désespérée d'affection. En collant au plus près au visage et au corps de Félix Maritaud (qui fait une prestation incroyable), la caméra n'explique ni ne juge mais esquisse le portrait bouleversant d'un jeune humain en perdition qui est un peu le frère de galère de la vagabonde du "Sans toit ni loi" de Varda. Un film de niche sur un sujet universel. DVD Z2 FR

Amanda (Mikhaël Hers, 2018) **
Lorsque sa soeur est tuée dans un attentat à Paris, un jeune homme prend en charge sa nièce de 7 ans. La stupeur et le poids qui suivirent les tueries de 2015 sont évoqués à travers le parcours émotionnel de victimes collatérales, liées par le sang et le deuil. Tourné sous le soleil estival entre la Mairie du 11e et le Bois de Vincennes, un film sensible de remontée à la surface qui repose sur Vincent Lacoste et la petite Isaure Multrier, parfaits. DVD Z2 FR  

Paris au mois d'août (Pierre Granier-Deferre, 1966) *
A Paris à l'été 1965, un vendeur marié dont la femme et les enfants sont partis en vacances rencontre une cover girl anglaise avec qui il passe quelques jours. Je n'accepte pas que le personnage de Charles Aznavour (formidable comme toujours) puisse avoir un coup de foudre pour celui, hystériquement volubile, de Susan Hampshire. Ca m'a tout foutu en l'air même si les vues de Paris et les dernières secondes du film sont sublimes. BR FR 

The house that Jack built (Lars von Trier, 2018) ***
La confession d'un serial killer des environs de Seattle au tournant des années 80. Un autre chef-d'oeuvre de Lars von Trier, qui pousse plus loin l'introspection de l'artiste dans la civilisation occidentale qu'aucun cinéaste l'a jamais fait. La violence insoutenable des images et des idées, qui explosent de multiples tabous, convoque Dante et Hitler dans un scénario sorti de l'Enfer. Matt Dillon y trouve le rôle de sa longue carrière. Soufflant. BR FR 

7 avril 2019

Films vus par moi(s) : avril 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Marie Madeleine / Mary Magdalene (Garth Davis, 2018) **
Marie quitte son village de Magdala pour suivre Jésus et les Apôtres jusqu'à Jérusalem. Réhabilitée par le Vatican et élevée au rang d'Apôtre des Apôtres en 2016, Marie Madeleine redonne sa place aux femmes dans l'Eglise dans ce film sobre et austère porté par le jeu inspiré de Rooney Mara et Joaquin Phoenix. Judas (Tahar Rahim, très bien aussi) y retrouve aussi toute son humanité. Une oeuvre et un point de vue d'actualité, éminemment politiques. BR FR

The lonely lady (Peter Sasdy, 1983) 0
Une jeune scénariste qui essaye de vendre une histoire à Hollywood se retrouve abusée de partout. D'après Harold Robbins, ce navet mémorable des Eighties est un festival de médiocrité, de camp et de mauvais goût, rehaussé par l'hilarante incompétence de Pia Zadora, star d'un jour. J'avoue que l'absurdité de l'ensemble m'a plu et que le parcours sexuellement humiliant de son héroïne résonne à distance à l'époque de #MeToo. BR US

La sentinelle des maudits / The sentinel (Michael Winner, 1977) 0
A Brooklyn, une mannequin (Christina Raines, nulle) loue un appartement dans un immeuble peuplé d'étranges voisins. Un dérivé de "Rosemary's baby" et autres films sorcello-religieux qui ne décolle jamais, la faute à un scénario et une mise en scène paresseux. Il reste quelques scènes croquignoles de sexe, de gore et de freaks et l'apparition de stars vieillissantes (Ava Gardner, José Ferrer, Eli Wallach, Burgess Meredith...). BR US 

Good time (The Safdie Brothers, 2017) **
Le temps d'une nuit à New York, un petit délinquant tente de sortir de l'hôpital son frère handicapé mental blessé dans un hold up raté. Un film expressionniste rythmé par une bande son electro, les couleurs criardes des néons et les gueules en gros plan des comédiens pros et amateurs. Derrière le thriller, le film dresse un constat terrible de l'enfer des déclassés de l'Amérique. Robert Pattinson prouve quel formidable acteur il est devenu. BR UK 

Le renne blanc / Valkoinen peura / The white reindeer (Erik Blomberg, 1952) **
Dans la taïga finlandaise, une vampire se transforme en renne blanc et se repaît de chasseurs. Un conte fantastique comme le folklore en a tant produit mais qui se démarque par la superbe photo des paysages enneigés de Laponie et la présence magnétique de Mirjami Kuosmanen en sorcière effrayée par sa propre malédiction. Elle dégage une sexualité animale qui permet de lire l'histoire comme un manifeste de libération féministe. BR UK

Les confins du Monde (Guillaume Nicloux, 2018) 0
En 1945 en Indochine, un soldat français survivant d'un massacre et sa section pistent des Viet dans la jungle pluvieuse. Gaspard Ulliel est de tous les plans mais sur un registre unique d'intensité nerveuse dans cette fable soporifique et prétentieuse entre gore, contemplation et sexualité. L'obsession virile y tourne au cliché quand ce n'est pas au ridicule et Gérard Depardieu apparaît en cacheton. J'adore les derniers Nicloux, mais là... DVD Z2 FR

Les mutinés de l'Elseneur (Pierre Chenal, 1935) **
Un écrivain (Jean Murat) embarqué pour un reportage sur un quatre mâts vers l'Australie est mêlé à la mutinerie de marins incompétents. D'après Jack London, un très bon film d'aventures maritimes tourné en partie à bord d'un vrai voilier qui panache action, comédie et drame. Les acteurs à trognes sont formidables, dont André Berley en capitaine irascible et surtout Robert Le Vigan, sublime, dans un rôle d'agitateur excité qui lui va comme un gant. VHS

Les deux sirènes / Mermaids (Richard Benjamin, 1990) **
En 1963, une mère célibataire et ses deux filles s'installent dans une petite ville côtière du Massachusetts. Envisagé du point de vue de l'adolescente (Winona Ryder) en rivalité avec sa mère inconséquente (Cher, excellente), un feel good movie qui évoque avec humour et tendresse les liens mère-fille et la fuite par l'imaginaire. Quelques longueurs et facilités sont vaincues par le charme général. Avec aussi Bob Hoskins et la petite Christina Ricci. BR US 

L'impudique / Hilda Crane (Philip Dunne, 1956) ***
Deux fois divorcée, une jeune new yorkaise retourne chez sa mère dans le Nevada où elle est traitée comme une traînée. Un excellent woman's picture dont les péripéties peuvent sembler dater mais qui parle de façon éloquente de la Femme dans les Fifties et bénéficie d'un casting du tonnerre : Jean Simmons, Guy Madison (toujours un bonheur), Jean-Pierre Aumont et Evelyn Varden en mère monstrueuse. Un mélodrame proto-féministe pur jus. BR US

Detour (Edgar G. Ulmer, 1945) ***
Un pianiste de cabaret qui fait de l'auto-stop vers Los Angeles croise pour son malheur la route d'un cardiaque et d'une mégère. Un joyau fauché du film noir existentialiste sur la cruauté du Destin. La mise en scène sèche et dynamique, les dialogues cyniques qui crépitent, Tom Neal en loser aux yeux de chien battu et Ann Savage en harpie castratrice s'accordent pour créer un chef-d'oeuvre aux personnages, situations et images inoubliables. Génial. BR UK