**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais
A different man (Aaron Schimberg, 2024) ***
A New York, un homme seul et renfermé atteint de neurofibromatose défigurante retrouve un visage "normal" après un essai médical. Il est déboussolé quand il rencontre un autre type atteint de la même maladie, mais tout son contraire : entouré et extraverti. A la fois horror, romcom et conte existentiel abyssal, un film doucement puissant sur le malaise d'être confronté à la pulsion de vie. Situé dans le milieu de théâtre - l'altérité et le masque - le message passe, porté par les subtiles interprétations de Sebastian Stan et de l'étonnant Adam Pearson. Différent, vraiment. Netflix
Présumé coupable (Vincent Garenq, 2011) ***
Le calvaire judiciaire d'Alain Marécaux, huissier accusé et incarcéré à tort dans l'affaire pédocriminelle d'Outreau. L'acharnement aveugle du juge Burgaud face à un citoyen accablé ne fait pas du grand cinéma mais le film frappe fort en racontant cette histoire d'injustice épouvantable avec une intensité peu commune. Le choix radical de centrer l'oeil de la caméra sur Marécaux, incarné dans sa chair et son âme brisés par Philippe Torreton qui donne tout immerge le spectateur dans le système infernal, oppressé et révolté. Comme dans Les Dossiers de l'Ecran. BR FR France Télévisions Distribution
Le secret du Chevalier d'Éon (Jacqueline Audry, 1959) ***
Elevée en garçon et devenue un soldat de la garde de Louis XV, une jeune travestie en homme se fait passer pour une femme à la cour de la tsarine Elisabeth, affolant tout le monde. Difficile de résumer ça avec les multiples confusions sur le genre - plus complexes encore que Victor, Victoria - qui font de ce film en costumes un stupéfiant précurseur du non-binarisme. Andrée Debar est le bien joli dragon et Isa Miranda l'impératrice nymphomane. Scandaleusement oubliée, Jacqueline Audry mérite de retrouver sa place dans l'histoire du cinéma queer. DVD FR René Chateau
Day the world ended (Roger Corman, 1955) *
Après l'Apocalypse nucléaire, plusieurs survivants se retrouvent dans un lodge préservé autour duquel rode un mutant irradié. Une série Z de Corman difficile à défendre, le budget étriqué coinçant la production dans une pièce où ça discute trop. Ce qui reste intéressant est la pépée aguicheuse, Mike Connors - le futur Mannix - en méchant, le pompage de La Créature du Lac Noir et comme d'autre film de cette époque, l'inquiétude palpable dans l'Horror des années 50 pour le péril atomique. Sans surprise, Le monstre est ridicule mais c'est un plus, ça va sans dire. BR ES
Et moi j'te dis qu'elle t'a fait d'l'oeil ! (Maurice Gleize, 1950) * (?)
Jalouse de son amant, une bourgeoise se fait passer pour la maitresse du meilleur ami de celui-ci. Le titre annonce tout, débilité et absurdie. Tirée d'une pièce de boulevard, une comédie sans autre ambition que la déconnade à papa sur des pitreries conjugales d'un autre temps. Portes qui claquent et surjouage à tous les étages, il faut le voir - ou pas - pour le croire. Mais il y a un mais : l'inimitable Jean Paredès en folle furieuse hétéro emporté par la manigance. Avec Madeleine Lebeau (celle qui chante La Marseillaise dans Casablanca). Merci René Chateau. DVD FR René Chateau
Circuit fermé / Circuito Chiuso / Closed circuit (Giuliano Montaldo, 1978) ***
Quand un coup de feu tue le spectateur d'un western, toutes les personnes dans le cinéma y sont confinées le temps que la police trouve le coupable. Ce téléfilm pour la RAI superbement réalisé dans le décor claustrophobe de la salle obscure puis rallumée offre une galerie de personnages savoureux, un scénario prenant inspiré par une nouvelle de Ray Bradbury et une belle métaphore sur le cinéma et le pouvoir métaphysique de ses images. Il y a du suspense, de l'humour et matière à réflexion qui ne peut que résonner avec tout cinéphile respectable. BR US Severin
De la Comédie-Française (Martin Darondeau & Bertrand Usclat, 2026) ***
Rien ne va plus en coulisses à trois heures de la première de Macbeth, mettant la jeune metteuse-en-scène au bord de la crise de nerfs. On sourit plus qu'on rit avec ce film rapide et malin qui offre par la comédie un regard original sur l'intra-muros de l'antre français du théâtre. Le casting maison porté par l'excellente Pauline Clément et le scénario-meta aux clins d'oeil complices mais accessibles amuse et apprend sur ce petit monde d'élite qui se moque aimablement de lui-même. Las, je me serais passé de l'apparition de Molière et du dialogue post-générique à la con. Cinéma
Au pays des pêcheurs (Anonyme, France, 1910) **
Le plus ancien film conservé à La Cinémathèque de Bretagne est ce petit documentaire muet de 3'15 colorié à la main sur des épouses de pêcheurs de Penmarc'h attendant leur retour sur les rochers de Saint Guénolé. Tricotant improbablement au bord du dangereux ressac en habit et coiffe bigoudène, se recueillant sur la croix des victimes de la vague de 1870, le film est mis en scène sur un ton mélancolique dans une série de belles images pictorialistes de la mer, des femmes et des marins. Une rareté vue au hasard sur l'excellent site de la Cinémathèque de Bretagne. Internet









