6 juillet 2019

Films vus par moi(s): juillet 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Le secret des Marrowbone / Marrowbone (Sergio G. Sanchez, 2017) 0
En Oregon maritime en 1969, quatre orphelins s'installent dans une grande maison délabrée où leur passé tragique les poursuit. Un film fantastique à révélation sur des liens familiaux tordus qui pourrait être pas mal si le scénario se prenait moins au sérieux et la mise en scène était plus dynamique. Hélas, je me suis emmerdé et ai lâché au bout d'une heure. Mais le visage étrange d'Anya Taylor-Joy me fascine plus que jamais. BR DE 

Odette, Agent S23 / Odette (Herbert Wilcox, 1950) **
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, une franco-anglaise travaille pour l'intelligence britannique près d'Annecy. L'histoire d'Odette Sansom-Churchill (Anna Neagle) est racontée avec retenue dans ce film de Résistance qui montre très justement le quotidien d'attente et de soupçon des agents alliés en territoire occupé. Le casting est excellent, notamment un jeune Peter Ustinov. La séquence de Ravensbrück surprend pour un film de 1950. BR UK

Dilili à Paris (Michel Ocelot, 2018) ***
En 1900 à Paris, une petite métisse kanake échappée d'un zoo humain permet la découverte d'un traffic de fillettes. Un merveilleux film dont les décors en vues réelles et les personnages en animation créent une atmosphère de réalisme poétique formidablement attractive. La promenade dans le Paris fin-de-siècle, les célébrités qui passent en figurants, le langage châtié de la gamine et le scénario à message féministe : tout m'a emballé. BR FR

L'homme de la plaine / The man from Laramie (Anthony Mann, 1955) ***
Un aventurier est forcé d'affronter le fils violent d'un grand propriétaire terrien du Nouveau-Mexique. Le dernier des cinq formidables westerns de Mann avec James Stewart est une sorte de modèle du genre, où les personnages chahutés par la vie s'attachent et déchirent sous le ciel impassible des paysages infinis. Les dialogues admirables portent l'émotion et les images la violence, sublimés par le Cinemascope et la musique. Un grand film. BR UK

Possum (Matthew Holness, 2018) **
Un quadragénaire livide qui vit dans la masure de son oncle erre avec une sacoche dans les zones délabrées du Norfolk alors que l'enlèvement d'un lycéen fait les news et qu'une araignée à tête humaine le hante. Une plongée en apnée dans la psychose et l'abus autour du personnage sans doute le plus triste de l'histoire du cinéma. Chacun verra toutes les horreurs qu'il veut dans ce film radical et cryptique. Idéal pour un dimanche matin ensoleillé... BR UK

Jusqu'à la garde (Xavier Legrand, 2017) ***
Un garçon de 11 ans subit l'emprise physique et psychologique que son père divorcé impose à son ex-femme. La dynamique de la violence conjugale et les ravages qu'elle engendre chez les enfants est montrée avec franchise dans ce film à la tension parfois suffocante portée par la mise en scène assurée et le jeu intense de Denis Ménochet, Léa Drucker et du petit Thomas Gioria. La pression ne se relâche jamais, jusqu'au final tétanisant. BR FR

1 juin 2019

Films vus par moi(s): juin 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Bienvenue à Marwen / Welcome to Marwen (Robert Zemeckis, 2018) **
Près de New York, un dessinateur amnésique suite à une agression construit et photographie un village de la Seconde Guerre Mondiale qu'il peuple de poupées nazies et alliées. D'après l'histoire vraie de Mark Hogancamp (Steve Carell), un film original et émouvant sur le pouvoir thérapeutique de l'imaginaire. Le cas est évidemment psychiatrique mais le traitement par Zemeckis, entre réel et animation, lui donne la force universelle des contes. BR UK 

Kursk (Thomas Vintenberg, 2018) **
L'accident du sous-marin nucléaire russe. Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth et Max von Sydow donnent des visages aux protagonistes du naufrage et du sauvetage raté qui tinrent le monde en haleine en août 2000. Présenté du point de vue d'un officier à bord, de sa femme et de son jeune fils, le film offre du drame, de l'action, de l'émotion et un réquisitoire contre l'administration russe. Et fait son job mieux qu'attendu. BR FR

L'héritière / The heiress (William Wyler, 1949) ***
A Washington Square vers 1850, un jeune dandy sans le sou séduit une vieille fille fortunée. Le père de celle-ci soupçonne une escroquerie sentimentale. Un chef-d'oeuvre du film de studio qui panache une superbe direction artistique, une mise en scène nuancée, un scénario d'un rare pessimisme et un casting sans ombre : Olivia de Havilland, Montgomery Clift, Ralph Richardson et Myriam Hopkins y sont magnétiques. Brillant. BR UK

Class 1984 / Class of 1984 (Mark Lester, 1982) *
Dans un lycée américain à la dérive, un prof de musique affronte une petite bande de racailles. Le sujet est prometteur et Perry King est excellent en enseignant harcelé mais la réalisation banale, le jeu outrancier et grimaçant des voyous et le style 80's punk des fringues et des coiffures empêche toute possibilité d'entrer dans le film. Les 20 dernières minutes en revenge movie sont pas mal du tout mais arrivent trop tard. Un film culte très surestimé. BR UK

The unthinkable / Den blomstertid nu kommer (Crazy Pictures, 2018) **
Un musicien de Stockholm retourne chez lui à la campagne alors que la Suède est la cible d'une attaque de grande ampleur. Un drame intimiste qui se retourne après 1h en film apocalyptique autour d'un événement destructeur inexpliqué (Daesh? Russie? Aliens?) jusqu'au générique final. Réalisé par un collectif sur un budget serré bien valorisé par le son et les FX, un hybride nordique au message nationaliste inattendu et dérangeant. BR FR

Le diabolique Docteur Z / Dans les griffes du maniaque / Miss Muerte (Jess Franco, 1966) *
La fille d'un docteur mort d'humiliation lors d'un congrès se venge de ses collègues avec une pin up réduite à sa merci. Un thriller pop absurde flirtant avec le Surréalisme dont le début est une belle surprise de mise en scène, de photographie et de dialogues signés Jean-Claude Carrière. Après, c'est plus routinier mais l'érotisme (Estella Blain et ses déshabillés) et la direction artistique inventive font que j'ai regardé jusqu'au bout, plutôt amusé. BR FR

Fog / The fog (John Carpenter, 1980) *
En 1980, dans une bourgade de la côte nord californienne, une nappe de brouillard amène des marins noyés criminellement un siècle plus tôt se venger. Si l'histoire de fantômes elle-même est banale, Carpenter prouve encore, après "Halloween", qu'il est un maître de composition et d'atmosphère : certains plans sont saisissants de beauté et d'inquiétude. Pour ça, je suis content d'avoir revu le film près de 40 ans plus tard. BR US 

High life (Claire Denis, 2018) **
Quelques criminels sont envoyés dans un vaisseau spatial s'approcher d'un trou noir. Un médecin (Juliette Binoche) y est aussi, pour des expériences en PMA. Sur un thème ouvert à interprétation, de la SF intimiste où Claire Denis embarque le spectateur dans un voyage intersidéral existentiel à la Tarkovsky, le sang et le sperme en plus. Les séquences avec Robert Pattinson et sa fille sont le meilleur de cet anti blockbuster au ton nihiliste. BR FR

Pierre et Jean (André Cayatte, 1943) ***
Un jeune homme réalise que son frère est le fruit de la liaison de sa mère avec un ami de la famille. D'après Maupassant, un formidable drame de moeurs sans une seule longueur porté par la puissante mise en scène de Cayatte et un excellent casting, des premiers rôles (dont Noël Roquevert) aux figurants. Structuré en deux parties distantes de vingt-cinq ans, le film réussit la prouesse de la crédibilité et de l'émotion. Une belle découverte. BR FR

Lizzie (Craig William Macneill, 2018) *
En 1892 dans le Massachusetts, une jeune bourgeoise tue son père et sa mère à la hache. La personnalité et le parricide de Lizzie Borden ont fait d'elle une icône populaire aux USA. Le film propose des motifs au massacre mais le choix de la de la froideur rendent le tout assez ennuyeux alors que ça aurait pu être un "La Cérémonie" de Chabrol à l'américaine. Chloë Sévigny et Kristen Stewart sont bien mais trop en retenue, comme le reste. BR UK

Bohemian Rhapsody (Bryan Singer, 2018) *
De ses débuts au Live Aid de 1985, le parcours de Freddy Mercury dans Queen et dans sa vie placardisée. Un biopic qui se respecte, avec ce qu'il faut de frissons (les tubes, la flamboyance...) et de conflits (la solitude, l'homosexualité, le sida...). Il n'y a strictement rien d'original mais la personnalité torturée de Mercury (un très bon Rami Malek) et les morceaux musicaux en font un spectacle plutôt efficace. Au suivant... BR FR

Halloween (David Gordon Green, 2018) **
Echappé de son asile psy, Michael Myers revient sur le lieux de ses crimes de quarante ans auparavant. Laurie Strode (Jamie Lee Curtis, très investie dans son rôle iconique) l'attend de pied ferme. Un premier tiers excellent, un dernier plus banal et une mise en scène efficace : cette suite à distance est un thriller horrifique qui tient ses promesses. Il y a des audaces, du suspense et du gore et un discours qui balance entre #MeToo et #NRA. BR FR

Un Peuple et son Roi (Pierre Schoeller, 2018) 0
La Révolution, de la décapitation de la Bastille à celle de Louis XVI. Les scolaires auront de quoi plancher autour des images de la populace en colère et de l'aristocratie affolée mais je n'ai tenu que pendant les 10 premières minutes devant l'avalanche de platitudes, de dialogues sentencieux et de facilités visuelles. Alors je mets un 0 pointé sans presque avoir rien vu du film. Rapide et sévère, comme le Tribunal Révolutionnaire. BR FR

The man who killer Hitler and then the Bigfoot (Robert D. Kryzkowski, 2018) *
Dans les années 80 à la frontière USA/Canada, le FBI demande à un vieil homme qui avait assassiné Hitler quarante ans plus tôt d'aller tuer un Bigfoot porteur d'un virus mortel. Le titre provocateur de série Z cache un film mélancolique sur le souvenir et la réclusion de l'âge. Sam Elliott est excellent dans sa solitude contenue mais le scénario en flashbacks est trop disjoint pour construire une histoire et de l'émotion. Une idée pas consolidée. BR UK 

Cagliostro / Black magic (Gregory Ratoff, 1949) **
Inspiré des "Joseph Balsamo" et "Le Collier de la Reine" de Dumas, un petit film historique qui se serait noyé dans la masse n'était l'implication d'Orson Welles, qui s'empara du rôle principal avec panache et s'appropria la mise en scène, qu'il fit décoller. La seconde partie, avec Marie-Antoinette et son collier, est plus poussive que la première, baroque au possible. Une distrayante série B surclassée par son électron libre amusé et inspiré. BR FR

1 mai 2019

Films vus par moi(s) : mai 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

The perfection (Richard Shepard, 2018) 0
Deux jeunes femmes violoncellistes s'aiment, se déchirent et se vengent. De qui ? de quoi ? Ah Ah ! Un thriller aux éléments d'horreur qui a pour lui une actrice (Allison Williams) et un premier twist intéressant, mais révélé en un effet roublard piqué à Haneke. Tout le reste est artificiellement fabriqué dans l'objectif assumé d'être le premier film d'esprit #MeToo visant directement Harvey Weinstein. L'ensemble est aussi lourd et clinquant que le gros porc. Netflix

Freak show (Trudie Tyler, 2017) **
Un lycéen gay efféminé et fan d'Oscar Wilde donne une leçon à ses harceleurs. Sur le thème ressassé du droit à la différence et de la connerie de l'esprit de meute, un chouette coming of age movie porté par Alex Lawther, acteur britannique au physique atypique, dont le personnage solitaire donnera sans doute à quelques jeunes spectateurs cibles du film le courage de regarder leurs bourreaux quotidiens droit dans les yeux. BR UK

La splendeur des Amberson / The magnificent Ambersons (Orson Welles, 1942) ***
De 1880 à 1910, la lente chute d'une famille de la haute-bourgeoisie d'Indianapolis. Malgré les coupes et remontages exigés par la RKO, un chef-d'oeuvre qui s'enrichit avec l'âge et l'expérience du spectateur. La mélancolie du temps qui s'enfuit et des possibilités avortées est mise en images et en mots (avec une sublime narration en voix off par Welles) dans une suite de séquences magnifiques. Huston a du le revoir pour son "Gens de Dublin". BR US

Girl (Lukas Dhont, 2018) ***
A Gand, un étudiant danseur de 15 ans entame une transition sexuelle. Dans le rôle complexe d'une fille dans le corps d'un garçon qui se féminise, le jeune Victor Polster (qui fait une prestation exceptionnelle) suggère avec subtilité les bouleversements intérieurs de l'adolescence. Le film est d'une retenue et d'une puissance admirables et donne au père bienveillant une place discrète mais essentielle qui structure l'ensemble. Impressionnant. BR FR  

Becky Sharp (Rouben Mamoulian, 1935) **
A l'approche de Waterloo, une anglaise ambitieuse et culottée se hisse dans la haute société. Cette Madame Sans-Gêne britannique est une comédie de moeurs en costumes portée par l'abattage de Myriam Hopkins, génialement extravertie. Mais la vedette du film est le Technicolor trichrome Kalmus, dont l'irruption fit entrer le cinéma dans l'ère de la couleur. La belle mise en scène de Mamoulian est toute à son service. Un film-charnière historique. BR US 

Wild wild country (Maclan Way & Chapman Way, 2018) ***
Entre 1981 et 1985, la secte du gourou indien Bhagwan s'installe près d'un village tranquille de l'Oregon et sème le chaos. Un documentaire de 6h autour d'un projet fou amenant des conséquences démentes. La progression dramatique est stupéfiante (défiance, manipulation, crime...) et le centrage sur Sheela, l'administratrice de la communauté, permet le portrait d'une personnalité hors-norme. Un formidable thriller sociologique du réel. Netflix

Velvet Buzzsaw (Dan Gilroy, 2019) ***
Découvrant par hasard l'oeuvre secrète d'un homme mort dans son immeuble, une employée de galerie d'art déclenche une réaction en chaîne. Inspiré par l'histoire d'Henry Darger, un thriller fantastique dans un milieu peu utilisé au cinéma, le marché de l'art contemporain, qui s'en amuse et le dénonce dans une métaphore sur la revanche de l'oeuvre d'art sur la combine commerciale. C'est haletant, bien foutu et finement intelligent. Netflix 

Star time (Alexander Cassini, 1992) **
A Los Angeles, avide de gloire et poussé par un type mystérieux, le patient d'une psychiatre commet des crimes à la hache avec un masque de bébé. Un petit film fauché à 3 personnages, vraie série Z, qui file la métaphore sur l'aliénation par les médias et l'obsession de la popularité. La première partie, frappée, est mieux que la seconde, plus conforme au genre du slasher. L'acteur a le nom formidable de Michael St. Gerard. Rien que pour ça. BR US 

Chappie (Neil Bllomkamp, 2015) 0
Dans un futur proche à Johannesburg, un robot-flic abîmé récupéré par des délinquants se met à penser et communiquer comme un humain. Sur un thème de base puissant (le robot humanisé), un ratage total dû a un scénario infantile qui privilégie l'action et la boutade, un acteur nul (Dev Patel) et une musique omniprésente. Le robot existentialiste semble sympathique et bien fait mais comme je n'en ai vu que 30' éveillé, je n'en sais pas plus. BR FR 

Wonder wheel (Woody Allen, 2017) 0
A Coney Island en 1950, un surveillant de plage (Justin Timberlake, très bon) a une liaison avec une femme mariée (Kate Winslet en surjeu) dont la belle-fille l'attire. Sur un scénario, une direction d'acteurs et une mise en scène très théâtraux, un petit film sur la frustration dont on voit vite qu'il est pour Woody Allen une métaphore sur les scandales familiaux dans lesquels il est empêtré. Et de ça, franchement, on n'a pas grand chose à faire. BR FR 

Elvis Presley. The Searcher (Thom Zimny, 2018) ***
Encore un doc sur lui ? Celui-ci, en 3h15 passionnantes, s'attache à Elvis comme artiste, un garçon du Sud doté d'une intelligence de la musique populaire, d'une voix et d'un charisme hors-norme et sans doute trop attaché à sa mère et à Dieu. Le Colonel Parker est le méchant, businessman castrateur d'un génie vulnérable. Priscilla Presley et Bruce Springsteen sont les narrateurs principaux de ce portrait vraiment touchant du King. DVD Z2 UK

Sauvage (Camille Vidal-Naquet, 2018) ***
Dans une ville française, les nuits et les jours d'un garçon de la rue, gay, prostitué et en quête désespérée d'affection. En collant au plus près au visage et au corps de Félix Maritaud (qui fait une prestation incroyable), la caméra n'explique ni ne juge mais esquisse le portrait bouleversant d'un jeune humain en perdition qui est un peu le frère de galère de la vagabonde du "Sans toit ni loi" de Varda. Un film de niche sur un sujet universel. DVD Z2 FR

Amanda (Mikhaël Hers, 2018) **
Lorsque sa soeur est tuée dans un attentat à Paris, un jeune homme prend en charge sa nièce de 7 ans. La stupeur et le poids qui suivirent les tueries de 2015 sont évoqués à travers le parcours émotionnel de victimes collatérales, liées par le sang et le deuil. Tourné sous le soleil estival entre la Mairie du 11e et le Bois de Vincennes, un film sensible de remontée à la surface qui repose sur Vincent Lacoste et la petite Isaure Multrier, parfaits. DVD Z2 FR  

Paris au mois d'août (Pierre Granier-Deferre, 1966) *
A Paris à l'été 1965, un vendeur marié dont la femme et les enfants sont partis en vacances rencontre une cover girl anglaise avec qui il passe quelques jours. Je n'accepte pas que le personnage de Charles Aznavour (formidable comme toujours) puisse avoir un coup de foudre pour celui, hystériquement volubile, de Susan Hampshire. Ca m'a tout foutu en l'air même si les vues de Paris et les dernières secondes du film sont sublimes. BR FR 

The house that Jack built (Lars von Trier, 2018) ***
La confession d'un serial killer des environs de Seattle au tournant des années 80. Un autre chef-d'oeuvre de Lars von Trier, qui pousse plus loin l'introspection de l'artiste dans la civilisation occidentale qu'aucun cinéaste l'a jamais fait. La violence insoutenable des images et des idées, qui explosent de multiples tabous, convoque Dante et Hitler dans un scénario sorti de l'Enfer. Matt Dillon y trouve le rôle de sa longue carrière. Soufflant. BR FR 

7 avril 2019

Films vus par moi(s) : avril 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Marie Madeleine / Mary Magdalene (Garth Davis, 2018) **
Marie quitte son village de Magdala pour suivre Jésus et les Apôtres jusqu'à Jérusalem. Réhabilitée par le Vatican et élevée au rang d'Apôtre des Apôtres en 2016, Marie Madeleine redonne sa place aux femmes dans l'Eglise dans ce film sobre et austère porté par le jeu inspiré de Rooney Mara et Joaquin Phoenix. Judas (Tahar Rahim, très bien aussi) y retrouve aussi toute son humanité. Une oeuvre et un point de vue d'actualité, éminemment politiques. BR FR

The lonely lady (Peter Sasdy, 1983) 0
Une jeune scénariste qui essaye de vendre une histoire à Hollywood se retrouve abusée de partout. D'après Harold Robbins, ce navet mémorable des Eighties est un festival de médiocrité, de camp et de mauvais goût, rehaussé par l'hilarante incompétence de Pia Zadora, star d'un jour. J'avoue que l'absurdité de l'ensemble m'a plu et que le parcours sexuellement humiliant de son héroïne résonne à distance à l'époque de #MeToo. BR US

La sentinelle des maudits / The sentinel (Michael Winner, 1977) 0
A Brooklyn, une mannequin (Christina Raines, nulle) loue un appartement dans un immeuble peuplé d'étranges voisins. Un dérivé de "Rosemary's baby" et autres films sorcello-religieux qui ne décolle jamais, la faute à un scénario et une mise en scène paresseux. Il reste quelques scènes croquignoles de sexe, de gore et de freaks et l'apparition de stars vieillissantes (Ava Gardner, José Ferrer, Eli Wallach, Burgess Meredith...). BR US 

Good time (The Safdie Brothers, 2017) **
Le temps d'une nuit à New York, un petit délinquant tente de sortir de l'hôpital son frère handicapé mental blessé dans un hold up raté. Un film expressionniste rythmé par une bande son electro, les couleurs criardes des néons et les gueules en gros plan des comédiens pros et amateurs. Derrière le thriller, le film dresse un constat terrible de l'enfer des déclassés de l'Amérique. Robert Pattinson prouve quel formidable acteur il est devenu. BR UK 

Le renne blanc / Valkoinen peura / The white reindeer (Erik Blomberg, 1952) **
Dans la taïga finlandaise, une vampire se transforme en renne blanc et se repaît de chasseurs. Un conte fantastique comme le folklore en a tant produit mais qui se démarque par la superbe photo des paysages enneigés de Laponie et la présence magnétique de Mirjami Kuosmanen en sorcière effrayée par sa propre malédiction. Elle dégage une sexualité animale qui permet de lire l'histoire comme un manifeste de libération féministe. BR UK

Les confins du Monde (Guillaume Nicloux, 2018) 0
En 1945 en Indochine, un soldat français survivant d'un massacre et sa section pistent des Viet dans la jungle pluvieuse. Gaspard Ulliel est de tous les plans mais sur un registre unique d'intensité nerveuse dans cette fable soporifique et prétentieuse entre gore, contemplation et sexualité. L'obsession virile y tourne au cliché quand ce n'est pas au ridicule et Gérard Depardieu apparaît en cacheton. J'adore les derniers Nicloux, mais là... DVD Z2 FR

Les mutinés de l'Elseneur (Pierre Chenal, 1935) **
Un écrivain (Jean Murat) embarqué pour un reportage sur un quatre mâts vers l'Australie est mêlé à la mutinerie de marins incompétents. D'après Jack London, un très bon film d'aventures maritimes tourné en partie à bord d'un vrai voilier qui panache action, comédie et drame. Les acteurs à trognes sont formidables, dont André Berley en capitaine irascible et surtout Robert Le Vigan, sublime, dans un rôle d'agitateur excité qui lui va comme un gant. VHS

Les deux sirènes / Mermaids (Richard Benjamin, 1990) **
En 1963, une mère célibataire et ses deux filles s'installent dans une petite ville côtière du Massachusetts. Envisagé du point de vue de l'adolescente (Winona Ryder) en rivalité avec sa mère inconséquente (Cher, excellente), un feel good movie qui évoque avec humour et tendresse les liens mère-fille et la fuite par l'imaginaire. Quelques longueurs et facilités sont vaincues par le charme général. Avec aussi Bob Hoskins et la petite Christina Ricci. BR US 

L'impudique / Hilda Crane (Philip Dunne, 1956) ***
Deux fois divorcée, une jeune new yorkaise retourne chez sa mère dans le Nevada où elle est traitée comme une traînée. Un excellent woman's picture dont les péripéties peuvent sembler dater mais qui parle de façon éloquente de la Femme dans les Fifties et bénéficie d'un casting du tonnerre : Jean Simmons, Guy Madison (toujours un bonheur), Jean-Pierre Aumont et Evelyn Varden en mère monstrueuse. Un mélodrame proto-féministe pur jus. BR US

Detour (Edgar G. Ulmer, 1945) ***
Un pianiste de cabaret qui fait de l'auto-stop vers Los Angeles croise pour son malheur la route d'un cardiaque et d'une mégère. Un joyau fauché du film noir existentialiste sur la cruauté du Destin. La mise en scène sèche et dynamique, les dialogues cyniques qui crépitent, Tom Neal en loser aux yeux de chien battu et Ann Savage en harpie castratrice s'accordent pour créer un chef-d'oeuvre aux personnages, situations et images inoubliables. Génial. BR UK

2 mars 2019

Films vus par moi(s) : mars 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

L'été sans fin / The endless summer (Bruce Brown, 1966) **
Deux surfeurs californiens font un tour du monde à la recherche de bons spots. Le documentaire qui a fait entrer le surf et son mode de vie dans la conscience collective est un travelogue vraiment sympa porté par la voix off de Bruce Brown, pape du cool. Bien sûr, les images de glissades sont répétitives et la condescendance humoristique envers l'Afrique fait sourire jaune mais l'esprit insouciant très "Summer of Love" a un charme fou. BR FR 

Les sévices de Dracula / Twins of Evil (John Hough, 1971) **
Deux jumelles adolescentes recueillies par leur oncle inquisiteur puritain (Peter Cushing) sont séduites par un aristocrate vampire. Un bon film de la Hammer qui panache sorcellerie et vampirisme en appliquant à la lettres les règles d'or de la maison : décors rustico-gothiques, couleurs criardes, action trépidante et sensualité accrocheuse avec décolletés généreux. La mise en scène soignée réserve quelques beaux moments d'atmosphère. BR UK

Le jardin du Diable / Garden of Evil (Henry Hathaway, 1954) *
Quatre aventuriers accompagnent une femme venue chercher de l'aide pour dégager son mari coincé dans une mine d'or. Un western atypique dans ses décors (le Mexique des palmiers, des précipices et des volcans) et son existentialisme. Gary Cooper est parfait en ex-shérif désabusé et les compositions en Cinemascope sont magnifiques. Mais Susan Hayward m'a plombé le film en surjouant comme d'habitude ses répliques et ses poses. BR FR    

Leaving Neverland (Dan Reed, 2019) **
Deux trentenaires (Wade Robson et James Safechuck) racontent les abus sexuels que Michael Jackson leur aurait fait subir dans leur enfance. Un témoignage puissant de 4h dont la valeur n'est pas tant la charge contre The King of Pop que la dénonciation de la force destructive du secret pédophile. Tout ça s'est sans doute bel et bien passé, Michael est mort, les anciens gamins sont brisés et le documentaire panache l'admirable et le putassier. TV 

L'équipage (Anatole Litvak, 1935) **
En 1918, un jeune aspirant aviateur se lie d'amitié avec son supérieur dont la femme (Annabella) est sa maîtresse. D'après Kessel, un mélodrame de conflits amoureux et militaire porté par une solide mise en scène et la présence d'acteurs formidables : Charles Vanel magnétique de virilité blessée, Jean-Pierre Aumont et Jean Murat. Les liens entre les hommes y sont autrement intéressants que le personnage falot de la femme adultère. Ciné

Yoshiwara (Max Ophuls, 1937) **
A Tokyo, un officier (Pierre-Richard Willm) de la marine russe et une geisha du quartier de Yoshiwara s'éprennent l'un de l'autre. D'après un roman de Maurice Dekobra, un mélodrame exotique où le travail stylistique d'Ophuls sur le décor et l'image est formidable mais où la principale attraction - vu aujourd'hui - est l'effarante condescendance coloniale étayée de clichés et le grimage d'acteurs français (Gabriello !) en japonais d'opérette. D'époque. BR FR

1985 (Yen Tan, 2018) ***
En 1985, un jeune new yorkais en train de tomber malade du sida revient au Texas passer un dernier Noël avec ses parents évangelistes et son petit frère, qui ignorent son homosexualité et son statut. Sans sensationnalisme mais dans une progression émotionnelle dévastatrice, un petit film indie en N&B qui dit avec une dignité subtile l'effroi d'une époque. Le casting parfait fait passer les sentiments retenus des personnages avec une force rare. BR US

Tuer n'est pas jouer / I saw what you did (William Castle, 1965) *
Deux adolescentes qui s'amusent de coups de fils anonymes tombent sur un tueur (John Ireland). Un petit film typique des productions opportunistes de Castle dont le début est meilleur que la fin, qui s'embourbe. Une citation de la scène de la douche de Psychose et la présence de Joan Crawford égale à elle-même dans un rôle secondaire en sont le seul intérêt. La jeune Andi Garrett est étonnante de nullité dans le rôle principal. C'en est marrant. BR FR

Les mains qui tuent / Phantom lady (Robert Siodmak, 1944) **
La secrétaire d'un homme accusé du meurtre de sa femme recherche une inconnue qui serait son alibi. Dès que le vrai tueur entre en scène à la moitié du film, celui-ci perd de la force de son début, du pur Film Noir. Après, on est plutôt dans le mélodrame psychologique. Mais les acteurs sont excellents, notamment Ella Raines (belle à tomber), Alan Curtis (très séduisant), Franchot Tone et Elisha Cook Jr dans un numéro assez hystérique. BR FR

The last family / Ostatnia rodzina (Jan P. Matuszynski, 2016) **
De 1977 à 2005 dans un appartement de la banlieue de Varsovie, le destin de la famille du peintre polonais Zdzislaw Beksinski, génie du Surréalisme Noir. Sur un fond aussi désespéré que l'oeuvre de l'artiste, un film étonnant de folie froide et surtout d'humour absurde où le cancer, l'AVC, le suicide et le meurtre rythment en cadence la disparition d'une famille. Les acteurs sont formidables, notamment Dawid Ogrodnik, le fils dépressif. Radical. DVD Z2 FR

Le dépravé / The secret of Dorian Gray / Il dio chiamato Dorian (Massimo Dallamano, 1970) **
L'amoral Dorian Gray conserve sa jeunesse alors que son portrait s'abîme dans son grenier. Cette adaptation du chef-d'oeuvre d'Oscar Wilde en traduit bien l'esprit mais s'intéresse plus au style qu'au sens en déplaçant le décor dans le Swinging London de 1969. C'est un festival fashion avec costumes en velours rose et manteaux de zèbre, portés ou déshabillés par Helmut Berger, aussi beau garçon que piètre acteur. Camp et pop à mort. BR US

Thunder Road (Jim Cummings, 2018) ***
Au Texas, un flic venant de perdre sa mère et engagé dans un divorce avec garde de sa fille pète les plombs. Dans un mélange improbable d'humour absurde et de drame existentiel et en longs plans-séquences, Cummings (une révélation en scénariste, réalisateur et acteur) raconte avec sensibilité la chute d'un homme en dépression. C'est amusant et bouleversant à la fois, à l'image des rires et des pleurs de ce personnage vraiment touchant. BR FR

Sans lendemain (Max Ophuls, 1939) **
Une bourgeoise devenue entraîneuse a l'occasion de se refaire une vie et un honneur. Un mélodrame que le scénario et la mise en scène font échapper à l'outrance que le sujet pouvait offrir : tout est digne et mesuré, ce qui rend le film moins fort. Edwige Feuillère en femme-victime du destin et des hommes, joue le malheur sur un ton pleurnichard très daté et n'est pas crédible en pute, même de luxe. Or, une intéressante modernité se dégage et intrigue. BR FR

Le dernier de la liste / The list of Adrian Messenger (John Huston, 1963) ***
Un ancien de Scotland Yard (George C. Scott) enquête sur un tueur qui élimine les noms d'une liste menant à une famille d'aristocrates. Un thriller absurde, bourré d'humour et de suspense, qu'Huston a de toute évidence fait pour aller à la chasse et s'amuser avec un casting de potes (Kirk Douglas, Tony Curtis, Burt Lancaster, Robert Mitchum, Frank Sinatra...) entièrement grimés et méconnaissables. Le générique final est génial. BR US

2 février 2019

Films vus par moi(s) : février 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Ideal home (Andrew Fleming, 2018) **
Quand son père dealer est mis en prison, un gamin de 10 ans part vivre chez son grand-père et le partenaire de celui-ci. Steve Coogan et Paul Rudd (vraiment un chouette acteur) donnent corps et vérité à ce couple gay qui hérite d'un gamin d'abord peu aimable. La mise en scène est routinière mais l'esprit sympathique et le message à faire blêmir les furieux de La Manif pour Tous est évident mais nécessaire. Rien que pour ça, un bon petit film. BR DE

At Eternity's gate (Julian Schnabel, 2018) *
A Arles et à Auvers, les deux dernières années de Van Gogh. Encore une biographie du peintre, cette fois (le scénario est de Jean-Claude Carrière) centrée sur les sensations physiques et mentales de Vincent lui-même, torturé par sa frustration d'être ignoré. William Dafoe est parfait d'intensité et le film est travaillé mais Van Gogh a-t-il besoin d'un panégyrique de plus ? Le contexte de sa mort évoque une fake news, c'est quand même un peu con. Netflix

Les Saints de Kiko (Manuel Marmier, 2019) **
Sur une plage des Landes, observant de loin les activités sexuelles d'un couple gay, une dessinatrice japonaise réoriente sa vie et sa carrière. Un premier court métrage (25') très réussi qui raconte de façon originale et touchante une libération. Radieux, le paysage, les corps nus et les dessins qui s'animent dans une superbe séquence de fantasme rappelant le beau "La Belladone de la tristesse" (1973) créent une ode sensuelle à la vie. Ciné

Comment réussir en amour sans se fatiguer ? / Don't make waves (Alexander Mackendrick, 1967) 0
A Malibu, un VRP en piscines fréquente un groupe de beach boys et de gogo girls. Malgré Tony Curtis, Claudia Cardinale, Sharon Tate, les culturistes et l'exhibition généreuse des corps sculpturaux au soleil californien, le scénario et les dialogues inexistants de cette poussive comédie de moeurs sont venus au bout de ma patience. Même le style Sixties échoue à animer ce navet où personne n'est employé à sa valeur. DVD Z1 US   

Les premiers hommes dans la Lune / First men in the Moon (Nathan Juran, 1964) *
En 1899, trois victoriens se retrouvent propulsés sur la Lune où ils rencontrent une colonie de Sélénites. Les décors lunaires en matte painting, les couleurs flamboyantes et les insectoïdes assez fascinants ne parviennent pas à sauver cette adaptation d'HG Wells plombée par les longues 50' d'introduction, l'humour daté et le jeu burlesque exaspérant de Lionel Jeffries en Professeur Cavor. Mais vu gamin, j'aurais sans doute adoré. BR DE

The baby (Ted Post, 1973) **
Une assistante sociale décide de s'occuper d'un trentenaire maintenu à l'état de bébé par sa mère et ses deux soeurs. Un film d'une bizarrerie absolue, à la fois ridicule et malaisant, où aucun contexte n'est donné de l'absurdité des situations. Derrière l'Exploitation toute Seventies, il y a un thriller plutôt bien mené et sans doute un brûlot anti-féministe très politiquement incorrect. Epoque bénie où on pouvait monter des films frappés comme celui-là. BR UK 

They shall not grow old (Peter Jackson, 2018) ***
Travaillant l'image et le son des films de la Première Guerre Mondiale de l'Imperial War Museum, Jackson ressuscite les soldats britanniques dans le conflit. Les couleurs, les bruitages, les doublages et les voix off de vétérans nous immergent dans l'actualité du quotidien de ces hommes jeunes, du départ insouciant au front au retour stupéfié des survivants en passant par l'horreur des tranchées. Une modernisation impressionnante des archives. BR UK 

L'homme qui n'a pas d'étoile / Man without a star (King Vidor, 1955) *
Un cowboy errant travaille pour une propriétaire de bétail au moment de l'apparition des clôtures barbelées, qui le révoltent. Le cadrage de chaque plan est admirable d'équilibre et de signification et l'irruption de la modernité dans les plaines de Far West est intéressant mais l'orientation au comique de trop nombreuses scènes, la tendance au cabotinage de Kirk Douglas et la fadeur de William Campbell en acolyte novice endommagent le film. BR DE

Postcards from London (Steve McLean, 2018) 0
Débarqué de son Essex, un jeune homme (Harris Dickinson) passionné de Caravage rejoint un groupe de quatre prostitués qui se distinguent en parlant après le sexe d'histoire de l'art avec leurs clients cultivés. Le sujet intrigant est plombé par une mise en scène incertaine jouant ses effets sur les couleurs et néons criards dans un artifice à la "Querelle" mais sans la subversion. Ça tourne en rond et on s'ennuie vite, j'ai arrêté après 50'. BR UK

Les fantômes du Titanic / Ghosts of the abyss (James Cameron, 2003) **
En 2001, James Cameron et Bill Paxton (qui est le narrateur) reviennent sur le Titanic pour explorer en capsule avec des projecteurs et des caméras-robots l'épave qui git à 4000m au fond de l'Atlantique. Les extraordinaires images, extérieures et intérieures, du paquebot dévoré par la rouille et les bactéries, sont d'un romantisme noir saisissant. Si les incrustations des passagers sont du Cameron pur jus, une touchante poésie s'en dégage. BR DE

The wolfpack (Crystal Moselle, 2015) **
Documentaire sur l'histoire incroyable de 6 frères retenus enfermés par leur père paranoïaque dans un HLM de Manhattan depuis leur enfance et dont le seul lien avec l'extérieur est la télé, leur mère qui les éduque et leurs films préférés qu'ils rejouent. Jusqu'au jour où l'un ose s'aventurer dehors. Voyeuriste et perturbant, le film est aussi une leçon de résilience dans le portrait de ces garçons admirablement unis dans un contexte de folie pure. BR UK   

Trilogy of terror (Dan Curtis, 1975) **
Un téléfilm de trois sketchs écrits par Richard Matheson dans lesquels Karen Black est une prof introvertie harcelée par un étudiant, deux soeurs haineuses en tout opposées et une femme attaquée par une méchante poupée vaudou. Il y a des twists évidemment et le look Seventies peut faire mal aux yeux mais c'est pop et fun et Karen Black à fond et x 4 est un vrai cadeau pour ses fans. L'histoire avec la poupée justifie le rang de film culte. BR US

The wife (Björn L. Runge, 2017) ***
Apprenant que le mari écrivain va recevoir le prix Nobel de littérature, un vieux couple subit une crise conjugale. Le scénario captivant et les performances intenses de Glenn Close et de Jonathan Pryce transforment ce drame intimiste en une féroce fable féministe sur les arrangements du couple et les secrets de la création. L'écriture, le jeu et la mise en scène créent une tension psychologique qui ne se relâche qu'à la dernière image. BR UK

Dans la brume (Daniel Roby, 2018) *
Un tremblement de terre fait surgir une brume mortelle qui recouvre Paris jusqu'au dernier étage des immeubles. Un couple s'y réfugie alors que leur fille malade est dans un caisson étanche en dessous. De la SF française, c'est assez rare pour être intrigué. Malheureusement, après une ouverture réussie et des vues de Paris étonnantes, le film se perd dans un petit survival intimiste truffé de bons sentiments. Romain Duris est très bien. BR FR

Marjorie Prime (Michael Almereyda, 2017) *
La fille d'une octogénaire dont la mémoire s'en va lui offre un hologramme animé et parlant de son mari décédé. Adapté d'une pièce, un film de SF sur des sujets universels (l'âge et le temps qui passe, la présence des morts, la mémoire familiale, la réalité virtuelle...) dont les dialogues incessants et la réalisation statique provoquent vite l'ennui. Quel dommage car Lois Smith est plus que formidable. Geena Davis, Jon Hamm et Tim Robbins aussi. BR UK

3 janvier 2019

Films vus pas moi(s) : janvier 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

En eaux troubles / The Meg (John Turtletaub, 2018) 0
Un groupe de scientifiques marins affronte un requin préhistorique géant, un Mégalodon remonté à la surface. Il ne se passe rien dans cet interminable navet de 2h à part les surgissements attendus de la bête en seconde partie, qui font des clins d'oeil appuyés aux Dents de la mer, évidemment. Le contexte chinois est là pour ratisser le marché asiatique et la machine entière pour vendre du popcorn et du soda. Un produit insincère en tout. BR DE

La classe de neige (Claude Miller, 1997) *
En classe de neige, un garçon de 12 ans fait des cauchemars et invente des histoires sombres dans lesquelles il entraîne un camarade. D'après le roman d'Emmanuel Carrère, l'étude psychologique d'un gamin perturbé (par une situation familiale qu'on voit venir dès le début) fonctionne grâce à la prestation mesurée des enfants mais souffre des scènes de "visions" au symbolisme lourdaud. Un passage pas convaincant du livre à l'écran. BR FR

Ghostland (Pascal Laugier, 2018) 0
Deux soeurs sont détenues et martyrisées par un demeuré obèse et un transsexuel sadique. A part le rapport assez touchant entre les deux filles, un film de violence physique et psychologique boursouflé qui n'offre que du réchauffé entre Massacre à la tronçonneuse et Baby Jane. Du gothique de bazar qui convoque Lovecraft en légitimité et Mylène Farmer en mère de famille de curiosité (le bistouri a fait de son visage celui d'un rongeur). BR FR

Paris 1900 (Nicole Védrès, 1947) ***
Ce film exclusivement constitué d'images d'archives rares montées dans une narration dynamique est le prototype de ce genre de documentaire dont la postérité est immense. La vie culturelle, sociale et politique à Paris entre 1900 et 1914 y ressurgit sur un ton bienveillant et souvent espiègle. Voir Paris vivant à l'aube du 20e siècle, ses rues et ses anonymes et célébrités est excitant et mélancolique : on sait, nous, que c'est la fin d'un monde. DVD Z2 FR 

Aventures fantastiques / Vynalez zkazy / Invention for destruction (Karel Zeman, 1958) **
Un explosif inventé par un savant est détourné par un milliardaire qui veut détruire les nations du Monde. Inspiré d'un roman secondaire de Jules Verne, un film tchèque qui hybride prise de vues réelles, gravures découpées, animation et autres trucages pour créer un univers visuel unique, mélange de Méliès et de SF des pays de l'Est. Dommage que l'histoire soit peu passionnante car les images sont extraordinaires. BR UK

The happy prince (Rupert Everett, 2018) **
De 1897 à 1900, les trois dernières années d'Oscar Wilde, exilé après sa libération de prison. La chute brutale et misérable de l'écrivain prend la forme d'un travelogue entre la Normandie, Paris et Naples où chaque image évoque la détresse, la mélancolie et la rage d'un homme brisé. Rupert Everett s'empare du rôle et du film sans chercher la compassion mais en suggérant le gâchis humain et créatif de son saint martyr. Funèbre. BR UK  

A beautiful day / You were never really here (Lynne Ramsay, 2017) **
A New York, un vétéran victime de stress post-traumatique reconverti en tueur à gages doit secourir un adolescente capturée par un cercle pédophile. Le sujet prêtait à tous les excès mais les choix de mise en scène, s'ils ne lésinent pas sur l'ultra-violence (au marteau), dirigent le film vers l'exercice de style en composition et en atmosphère. Une scène touche au sublime et Joaquin Phoenix, métamorphosé, est d'une rare présence et intensité. BR FR

La forme de l'eau / The shape of water (Guillermo del Toro, 2017) 0
Dans un laboratoire secret des Fifties, une femme de ménage muette et un humanoïde aquatique se rapprochent. La hideur de la lumière verte et jaune, des décors, de la musique, de l'écriture, de la mise en scène à la Amélie Poulain, de l'artificialité putassière... bref de tout m'a fait fuir au bout de 30'. Je ne verrai donc jamais si elle trouve le bonheur avec le monstre (j'en doute). Le genre d'histoire que j'adore terrassée par un réalisateur à gerber. BR FR

Bird box (Susanne Bier, 2018) 0
De mystérieuses présences zombifient et tuent ceux qui les regardent. Qui veut survivre doit donc aller les yeux bandés, comme un petit groupe retranché dans une maison, une mère et deux enfants. On peut lire toutes les allégories et métaphores qu'on veut dans ce thriller fantastique qui ne repose que sur une idée, celle de fermer les yeux. Bonne recommandation pour le spectateur, tellement le scénario de ce film roublard est con. Netflix