2 août 2022

Films vus par moi(s): août 2022

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Pink flamingos (John Waters, 1972) ***
Dans la banlieue de Baltimore, une famille White Trailer Trash est défiée par un couple pervers. Stupéfiant d'anarchie, l'un des chefs-d'oeuvre de la période sacrée de Waters profane la morale, la censure et le bon bon goût en offrant à toute l'équipe des Dreamlanders - menée par Divine, fabuleuse - des dialogues et des actions franchissant toutes les limites. Hilarant et absolument culte, c'est l'un des grands films des 70s. BR UK 

La taverne de la Nouvelle-Orléans / Adventures of Captain Fabian (William Marshall, 1951) *
Vers 1860, une servante métisse manigance son maître à l'épouser. Une vraie curiosité que ce mélodrame en costumes que le titre fait passer pour un film d'aventures - le capitaine Fabian, c'est Errol Flynn en second rôle - car l'histoire est toute centrée autour de Micheline Presle  - Prelle en anglais - et de Vincent Price. Tout le monde surjoue, dont Agnès Moorehead en blackface, sans y croire. L'outrance est plutôt marrante. BR US

La nuée (Just Philippot, 2020) ***
En Auvergne, une aide-soignante reconvertie survit difficilement avec ses deux enfants de l'élevage de criquets comestibles jusqu'au jour où elle découvre l'efficacité du sang dans le développement des insectes. Ce qui pourrait n'être qu'un film horrifique de bestioles se révèle, grâce aux acteurs, à la réalisation et au scénario, un puissant suspense et une métaphore efficace sur la détresse contemporaine du monde agricole. BR FR

10 juillet 2022

Film vus par moi(s): juillet 2022


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Hard (John Huckert, 1998) ***
À L.A., un serial killer gay d'ados prostitués joue au chat et à la souris avec un flic, gay aussi mais dans le placard. Le sujet a priori assez putassier débouche, par l'écriture et la réalisation intelligentes et tendues, sur un excellent thriller qui supplante "Cruising" - auquel on pense forcément - par son regard dénonciateur sur l'homophobie ordinaire dans la société et la police. La violence, même suggérée, reste extrême et a condamné le film à l'oubli. DVD FR

Alice au Pays des Merveilles / Alice in Wonderland (Clide Geronimi & Wilfred Jackson & Hamilton Luske, 1951) **
Une petite anglaise qui s'est endormie se retrouve dans un endroit inconnu à affronter des situations et des personnages insensés. Les séquences inoubliables (la chute dans le puits, la mer de larmes, les fleurs, le chat de Cheshire, la Reine de Coeur...) qui parsèment l'adaptation de Lewis Carroll par Walt Disney réussissent à rattraper le côté décousu et désincarné du film, qui reste tout de même l'un des plus audacieux et originaux du studio. BR FR

Falstaff / Chimes at midnight (Orson Welles, 1965) ***
Hal, le fils du roi d'Angleterre Henri IV, préfère la compagnie de son truculent tuteur Falstaff aux obligations de son rang. La réalité politique mettra à l'épreuve leur amitié. Construit d'après plusieurs pièces de Shakespeare, le personnage de Falstaff - la création d'Orson Welles est formidable - permet au réalisateur-acteur de tisser une fable tragi-comique à la fois dynamique et mélancolique sur l'ingratitude du temps qui passe. Brillant. BR US 

La Belle et la Bête / Panna a Netvor (Juraj Herz, 1978) ***
Une jeune femme habite le château d'une créature mi-humaine mi-animale à tête de rapace. Cette version tchèque du conte est baignée d'une atmosphère funèbre, dans les décors décrépits, les couleurs délavées, la musique à l'orgue et l'iconographie surréaliste morbide typique du cinéma fantastique des pays de l'Est de l'époque. Elle est aussi baignée d'une forte emprise psychanalytique jungienne qui enrichit le thème. DVD FR

Daisy Miller (Peter Bogdanovich, 1974) **
Un américain expatrié en Suisse est séduit par une de ses compatriotes en vacances en Europe. Un étrange spectacle que cette adaptation du roman d'Henry James sur le choc des cultures et les brides affectives : Cybill Shepherd - alors compagne du réalisateur - est écrasée par le rôle et son jeu incertain rend le personnage et le film peu attachants. Et pourtant, la dernière partie vous submerge par une mélancolie venue de nulle part. BR FR 

Mais n'te promène donc pas toute nue ! (Léo Joannon, 1936) ***
Un jour de canicule à Paris, un député briguant un ministère se prend le bec avec sa femme qui évolue en petite tenue dans leur appartement à larges fenêtres. L'hilarante pièce anti-parlementaire et proto-féministe en un acte de Feydeau est formidablement adaptée dans ce court de 35' qui fait crépiter les situations et les dialogues à allusion interprétés par Arletty, Oudart, Sinoël et Tissier. Un vrai moment de fraîcheur cinéphile. Web

Conjuring 3 : Sous l'emprise du Diable / The Conjuring 3: The Devil made me do it (Michael Chaves, 2021) 0
En 1981, les époux démonologues Warren affrontent les forces des Ténèbres autour d'un jeune homme possédé. Je n'en sais pas plus - mais je m'en doute - ayant arrêté au bout de 50' devant les clichés - tous ces clins d'oeil à L'Exorciste au début - et la paresse du film. Si les deux premiers Conjuring sont très bons, portés par un vrai savoir faire de l'inquiétude et les acteurs Vera Farmiga et Patrick Wilson, celui-ci est irrécupérable. BR NE

Red rocket (Sean Baker, 2021) **
Revenu au pays après quinze ans de carrière dans le porno à L.A., un combinard survit au milieu des White Trash de la banlieue de Texas City. Photographié avec une esthétique pop qui jure avec le propos et assez répétitif dans ses péripéties, un film d'Americana comi-tragique qui fonctionne par la présence de ses acteurs, la plupart des non-professionnels rassemblés autour des formidables Simon Rex et de la débutante Suzanna Son. BR FR

The mule (Angus Sampson & Tony Mahony, 2014) *
Ayant ingurgité des sachets d'héroïne en Thaïlande pour un ami qu'il ignore être trafiquant, un australien confondu au retour par les douanes est placé sous surveillance policière dans un hôtel jusqu'à ce qu'il chie les sachets de poudre... qu'il dit être du sucre. Il décide de se retenir de déféquer pour ne pas confirmer qu'il s'agit de drogue. Les jours passent, le ventre gonfle et les flics s'énervent. Le film est bourrin, malin et pas chiant lui non plus. DVD Z2 BE

9 juin 2022

Films vus par moi(s): juin 2022


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Parfum de femme / Profumo di donna (Dino Risi, 1974) ***
Un ancien militaire quinquagénaire devenu aveugle par accident se fait accompagner par un appelé dans un voyage entre Gênes, Rome et Naples. Douze ans après "Le Fanfaron" et sur un thème assez proche, un autre chef-d'oeuvre du mélodrame existentiel à l'italienne. Vittorio Gassman, magnétique dans sa présence et son jeu, s'approprie le film, parfaitement secondé par le jeune et tragique Alessandro Momo. BR FR

Monsoon (Hong Khaou, 2019) *
Un trentenaire anglais d'origine vietnamienne - Henry Golding, très bien - dont la famille à émigré en Angleterre après la guerre revient trente ans après à Saïgon pour y disperser les cendres de ses parents. La rencontre sentimentale avec un expatrié noir américain dont le père a combattu de l'autre côté est la seule péripétie de ce film visuellement léché qui se complait dans une mélancolie et une lenteur pesantes. Chichiteux. BR UK

La bête aveugle / Mōjū / Blind beast (Yasuzo Masumura, 1969) **
Un sculpteur-masseur aveugle enlève une modèle et l'enferme dans son atelier de nus féminins gigantesques. Un pur film de genre où l'érotisme et le Grand Guignol à la japonaise déploient leurs outrances dans un étonnant décor étonnant de carton-pâte. Toutes les attitudes et tous les dialogues sont convulsifs, sur un mode sado-masochiste qui annonce L'Empire des Sens tout en restant dans la forme de la série B. Bizarroïde. BR UK   

3 mai 2022

Films vus par moi(s): mai 2022

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

La mort de Belle (Edouard Molinaro, 1961) ***
Près de Genève, la vie tranquille d'un professeur de lettres bascule quand la jeune américaine au pair qu'il accueille avec sa femme est assassinée. D'après Simenon, l'étude d'un personnage qui se révèle à lui-même sur un scénario aux intonations freudiennes un peu appuyées mais qui fonctionne parfaitement grâce à Jean Desailly, formidablement touchant, et à la mise en scène discrète et précise. Un film assez désespéré, à la Simenon, vraiment. BR FR

France (Bruno Dumont, 2021) ***
La journaliste star d'une chaîne d'information en continu fait un burn-out. Derrière la satire des médias contemporains, qui est l'aspect le plus convenu du film, l'intrigant portrait d'une femme qui a perdu son âme et erre comme un fantôme dans le monde et sa vie. Le jeu incertain des acteurs, dérangeant au début, se révèle passionnant, avec au premier plan - et toute en gros plans - Léa Seydoux dans une performance somnambulique. BR FR

Une place au soleil / A place in the sun (George Stevens , 1951) ***
Un jeune homme d'origine modeste tombé amoureux d'une riche héritière doit faire avec son encombrante compagne. Montgomery Clift et Elizabeth Taylor forment un des plus beaux couples du cinéma dans ce mélodrame cruel sur la culpabilité et les pièges de l'ascension sociale. L'excellente mise en scène isole le personnage joué - superbement - par Clift dans sa fragilité torturée qui bouscule le stéréotype masculin hollywoodien. BR FR

Dead zone / The Dead Zone  (David Cronenberg, 1983) **
Dans le Maine, un prof accidenté sorti du coma découvre qu'il peut voir l'avenir des autres en leur serrant la main alors qu'un politicien local mène campagne. D'après Stephen King, un bon thriller sur le pouvoir et la responsabilité servi par la mise en scène et le casting, mené par Christopher Walken, assez bouleversant dans le rôle tragique d'un quidam dépassé par son don. Le parfum très Eighties de l'ensemble rappelle un cinéma d"époque disparu. BR DE 

BAC Nord (Cédric Jimenez, 2020) ***
En 2012 à Marseille, trois policiers de la BAC Nord usent de méthodes non conformes pour coincer un réseau de trafiquants de drogue. D'après des événements qui firent du bruit dans les médias, un film policier haletant où l'action et l'intime fusionnent habilement, portés par Gilles Lellouche, François Civil et Karim Keklou qui incarnent les trois flics désabusés par une hiérarchie qui leur délègue le terrain miné. On comprend comment le film a pu être récupéré politiquement. BR FR 

L'homme à la peau de serpent / The fugitive kind (Sidney Lumet, 1960) ***
Dans un bourg du Mississippi, un beau guitariste trouve un petit boulot dans une droguerie tenue par une quinquagénaire frustrée dont le mari se meurt. Cette adaptation de Tennessee Williams possède un peu de l'hystérie habituelle de l'auteur - la sauvageonne par Joanne Woodward - mais étincelle par la confrontation entre Anna Magnani et Marlon Brando, qui joue et est filmé avec une charge sexuelle assez terrassante. Un film bien meilleur que sa réputation. BR US

Tralala (Jean-Marie & Arnaud Larrieux, 2020) 0
Venu à Lourdes sur la trace d'une jeune fille rencontrée à Paris, un chanteur de rues vagabond est pris pour un jeune homme disparu depuis vingt ans et sème le trouble chez ses proches. Mathieu Amalric en crasseux est entouré de Josiane Balasko, Mélanie Thierry, Maïwenn, Denis Lavant... dans cette comédie musicale existentielle dont je n'ai pas pu supporter le filet monocorde des acteurs sans voix poussant la chansonnette. Raté pour moi. BR FR 

Un violent désir de bonheur (Clément Schneider, 2018) *
Dans l'arrière-pays niçois en 1792, un jeune moine dans un couvent est sensible aux idées de révolutionnaires venus réquisitionner les lieux. Un bon sujet, un excellent titre et de belles images de la campagne solaire dans laquelle les mentalités évoluent, sans violence. Mais la réalisation sage, le jeu approximatif des acteurs et les références contemporaines appuyées donnent au film le sentiment d'un projet d'un étudiant pasolinien.  DVD Z2 FR

2 avril 2022

Films vus par moi(s): avril 2022

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Le mystère Marilyn Monroe : Conversations inédites / The mystery of Marilyn Monroe: The unheard tapes (Emma Cooper, 2022) 0
A partir de ses enregistrements audio d'entretiens avec des témoins des derniers mois de l'actrice, le biographe Anthony Summers - auteur en 1985 de "Goddess / Les vies secrètes de Marilyn Monroe" -  revient sur les causes de sa mort. La démonstration se veut imparable mais les témoins essentiels sont-ils crédibles ? Et cette idée de donner corps aux voix par des acteurs jouant les témoins en play-back ? Quant à la photo putassière de Marilyn morte sur son lit... Bref. Netflix

Au poste (Quentin Dupieux, 2018) 0
Dans un commissariat, la confrontation entre un flic atypique (Benoît Poelvoorde) et son suspect en garde à vue (Grégoire Ludig). Après 30 minutes, c'est en accéléré que j'ai jeté un oeil sur cette comédie claustrophobe - tout ou presque ce passe dans le décor d'un bureau de police, avec un twist à la fin - qui repose entière sur un type d'humour, l'absurde hurluberlu des situations, des dialogues et du jeu, que je ne peux pas saquer. Peine perdue. BR FR

Aline (Valérie Lemercier, 2020) * 
De la campagne québécoise aux néons de Las Vegas, la vie d'Aline Dieu, aka. Céline Dion. L'histoire de la gamine à voix qui conquiert le monde est racontée de façon strictement narrative, sans véritable conflit ni point de vue dans un biopic étonnamment respectueux de la part de Lemercier (d'ailleurs très bien dans le rôle), d'habitude plus mordante. Ce qui se dégage, c'est la tendresse que la réalisatrice porte à son sujet et c'est déjà pas mal. Prime Video  

Bécassine (Pierre Caron, 1940) *
À Clocher-les-Bécasses en Bretagne, une petite bonne entrée au service de la marquise de Grand-Air assiste au manège d'un trio d'escrocs en résidence au manoir. La belle côte de granit de Trégastel sert de décor à cette comédie loufoque qui n'amuse que par sa bêtise et la présence de quelques vieux cabotins (Max Dearly, Alice Tissot et surtout Marguerite Deval). Paulette Dubost en Bécassine n'essaye même pas l'accent breton, c'est con. DVD Z2 FR

Illusions perdues (Xavier Giannoli, 2021) ***
Vers 1820, un provincial (Benjamin Voisin) venu tenter sa chance littéraire à Paris devient rédacteur d'un journal sans foi ni loi et s'imagine se hisser jusqu'à la Cour. Les stratégies et les compromissions des individus et des groupes dans le contexte du capitalisme naissant tissent le scénario dynamique de cette adaptation de Balzac portée par une mise en scène et un casting superbes. Les clins d'oeil au monde actuel sont un peu lourds, mais bon... BR FR 

Apollo 10 1/2 : Les fusées de mon enfance / Apollo 10 1/2: A space age adventure  (Richard Linklater, 2022) *
En 1969 à Houston, un jeune adolescent suit à la télé avec sa famille l'arrivée des premiers hommes sur la Lune en rêvant qu'il fait partie de l'aventure. Un dessin animé en rotoscopie qui joue uniquement - et rien d'autre - sur la nostalgie d'une enfance américaine protégée et heureuse. C'est spielbergien en diable, les madeleines de Proust et l'Americana sont formidablement sympathiques mais c'est tout, le vide est presque intersidéral. Netflix 

Jerk (Gisèle Vienne, 2021) **
Devenu marionnettiste et ventriloque, le complice d'un tueur en série pédophile des années 70 raconte les crimes depuis la prison où il a monté un spectacle. En un plan-séquence de 60' et avec une seule chaise comme accessoire, une performance stupéfiante de physicalité de Jonathan Capdevielle, qui, avec l'aide de cinq marionnettes, de ses cordes vocales et de sa salive, suggère l'abominable et glace les sangs. D'après une pièce. Hard. DVD Z2 FR 

Fille du Diable (Henri Decoin, 1946) *
Ayant pris l'identité d'un accidenté fortuné, un voleur devenu notable du village de celui-ci se fait remarquer par un médecin et une réprouvée. Truffé d'invraisemblances et desservi par un Pierre Fresnay qui ne croit pas à son rôle, un film qui reste intéressant par son atmosphère un peu fantastique, le sourire sardonique de Fernand Ledoux et surtout, la présence intense de la tragique Andrée Clément en jeune fille farouche et révoltée. Pour elle. BR FR 

Lux Aeterna (Gaspar Noé, 2019) **
Sur le plateau d'une production fauchée, le tournage chaotique d'une scène de bûcher de sorcières. Un moyen-métrage de 50' qui panache film de genre, comédie et cinéma expérimental avec un dynamisme exaltant, dû au split-screen, à l'acrobatie des dialogues improvisés - Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg sont formidables - et à l'hystérie généralisée. J'ai beaucoup ri, jusqu'au final en violent stroboscope, aussi intéressant que pénible. BR FR

7 mars 2022

Films vus par moi(s): mars 2022

*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Benedetta (Paul Verhoeven, 2021) **
Dans les années 1620 en Toscane, une religieuse qui a des visions christiques entretient une relation lesbienne avec une novice pendant que la peste ravage le pays. Le première heure poussive fait place à une seconde partie palpitante qui croise les thématiques du désir, du pouvoir et de l'appel dans un conflit superbement écrit et mis en scène. Virginie Efira donne à son personnage une assurance magnétique et Charlotte Rampling en impose. BR FR

Le Journal d'Andy Warhol / The Andy Warhol Diaries (prod. Ryan Murphy, 2022) **
Avec des films d'archives, des témoignages de proches, des reconstitutions par silhouettes et de la voix recréée - plutôt bien - de Warhol qui nous fait plonger dans ses pensées, un portrait intime de l'homme plutôt que de l'artiste, au travail à peine évoqué. Centré sur ses amours avec Jed Johnson et Jon Gould et accompagné d'une musique mélancolique à souhait, le documentaire est une longue élégie au personnage à la fois génial, impossible et paumé. Netflix

Les disparus de Saint-Agil (Christian-Jaque, 1938) **
Dans un pensionnat en 1938, trois camarades planifient un départ en Amérique. Le pouvoir de l'imaginaire des enfants - et leur désillusion ou survie dans l'âge adulte - est le beau sujet de ce film dont la place mythique dans le cinéma de l'époque est excessive. Le scénario décousu et la mise en scène assez plate ne s'élèvent pas au niveau du thème. Mais les trois jeunes acteurs, Erich von Stroheim et Armand Bernard sont formidables. BR FR

Le bal des 41 / El baile de los 41 (David Pablos, 2020) 0
En 1901 à Mexico, le gendre du président délaisse sa jeune épousée et entame une liaison avec un homme avec lequel il fréquente un club exclusif de l'élite homosexuelle du pays. Le scandale de "Los 41 maricones" est un étonnant fait divers et aurait pu faire un excellent film mais à force de scènes inutilement étirées, de longs silences qui se veulent éloquents et d'éclairage mordorés, on se prend à n'en avoir rien à foutre. Netflix

5 février 2022

Films vus par moi(s): février 2022


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

The leather boys (Sidney J. Furie, 1964) ***
À Londres, un jeune homme marié à une fille un peu soûlante se lie d'une amitié fusionnelle avec un biker excentrique qu'il attire. Filmé en décors naturels dans un splendide CinemaScope N&B, un kitchen sink anglais à part qui aborde l'attraction homosexuelle avec tendresse, retenue et justesse malgré une avant-dernière scène vraiment pénible aux yeux contemporains. Colin Campbell, Rita Tushingham et Dudley Sutton sont excellents. BR US

Chercheuses d'or de 1933 / Gold diggers of 1933 (Mervyn LeRoy, 1933) **
En pleine Depression, trois amies choristes à Broadway s'activent pour retrouver travail et amour. L'un des grands Musicals Warner des Thirties s'attaque, sur le ton de la comédie, au sujet de la crise économique et sociale de l'époque. Si le milieu du film patine un peu autour d'un argument de boulevard, les quatre séquences chorégraphiées par Busby Berkeley sont géniales, dont bien sûr "We're in the money" et  l'immense "Remember my forgotten man". BR US

Série Noire (Alain Corneau, 1979) ***
Englué dans son quotidien désespérant, un type entrevoit la possibilité d'une nouvelle vie. Dans la grisaille d'une zone décrépite, quelques personages affectivement cassés se comportent comme des animaux pour leur survie incertaine, sur fond de variétoche. Magnétique, Patrick Dewaere fait une performance d'acteur d'une intensité qui touche à la folie, secondé par Marie Trintignant, Myriam Boyer, Bernard Blier. Un sommet du film nihiliste. BR FR

Berlingot et Cie (Fernand Rivers, 1939) *
Deux vendeurs de berlingots - un quasi-couple - dont le stand de fête foraine a été incendié tentent de nouveaux métiers. Une comédie d'une bêtise et d'une paresse impossibles mais qui se laisse regarder grâce au cabotinage outrancier de Fernandel, tout en dents et en yeux hurluberlus, deux chansons pas mal, la présence de Charpin, Fréhel, Suzy Prim et Temerson et le festival de camp que tout ça représente. Du lourd, mais si on aime... DVD Z2 FR 

Poursuites dans la nuit / Nightfall (Jacques Tourneur, 1957) ***
Un vétéran du Pacifique est poursuivi par deux malfrats dont il a découvert par hasard le butin de cambriolage. Un Film Noir d'atmosphère plus que d'action où les rues à néon du Los Angeles nocturne s'équilibrent en flashbacks avec la blancheur des neiges du Wyoming. Tous les personnages courant après quelque chose, fortune ou raison d'être, le film a une forte tonalité existentielle. Puissant et voix cassée, Aldo Ray est un antihéros parfait. BR FR

Comment réussir dans les affaires sans vraiment essayer / How to succeed in business without really trying (David Swift, 1967) ***
Suivant scrupuleusement les conseils d'un livre de coaching, un laveur de vitres se fait embaucher dans une grosse boîte de Manhattan dont il gravit tous les échelons. Une formidable satire de l'univers corporate dont le propos sur le carriérisme n'a pas pris une ride. Les très bonnes chansons chorégraphiées par Bob Fosse s'intègrent superbement au décor Sixties acidulé et Robert Morse, génial, joue de son visage et de son corps avec une plasticité folle. BR US 

Ce vieux rêve qui bouge (Alain Guiraudie, 2001) ***
Un intérimaire - Pierre-Louis Calixte, le seul pro des acteurs - embauché pour démonter une machine-outil dans une usine qui ferme provoque le désir d'un ouvrier en pré-retraite et du contremaître. Dans le décor décrépit, les échanges bourrus et les attitudes maladroites des deux hommes sont adoucis par l'assurance du jeune technicien, qui les révèle à eux-mêmes. En 50', un moyen-métrage qui annonce le travail à venir de Guiraudie. Magnifique. DVD Z2 FR