**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais
The plague (Charlie Polinger, 2025) ***
Dans un camp de water-polo pour garçons de douze ans, un nouveau venu est confronté au harcèlement d'un des gamins frappé d'une sévère dermatite. Superbement travaillé dans l'image et le son, influencé par Carrie et Full Metal Jacket, un petit bijou entre film d'ados et de body horror qui décrypte par l'allégorie la pulsion d'appartenir et celle de détruire et la dynamique de meute. Le gentil, le méchant et la victime sont incarnés par de jeunes acteurs jouant des personnalités et des comportements complexes, leurs gros plans sont saisissants. Une belle découverte. DVD FR Blaq Out
Below (Jesse McKeown, 2026) 0
Dans un village de Terre-Neuve, une calmare géante qui créé la terreur est pourchassée par un veuf pêcheur, père de trois jeunes adultes. Fan des bons films de monstres, j'ai tenté ce feuilleton Netflix qui, pour les deux épisodes sur six et la fin plus gnangnan tu meurs que j'ai vus, m'a douché par son scénario et déroulé prévisibles, comme conçus sur prompt par une AI. Josh Hartnett est comme toujours sympathique mais la fille - Mackenzie Davis - a un regard hystérique insoutenable. Quand tu penses que la plateforme va devenir le principal financier du cinéma français... Netflix
Grand-Rue / Calle Major (Juan Antonio Bardem, 1956) ****
Dans une petite ville d'Espagne, un type est mis au défi par ses copains de séduire une vieille fille de trente-cinq ans et y parvient. Un conte cruel qui, en bon mélodrame, repousse les limites du raisonnable en exacerbant la crédulité benête de la victime (Betsy Blair, lumineuse) et réussit à évoquer l'atmosphère étriquée, conformiste et bigote de la société de l'époque du film. La fin tendue, aussi magnifique que désespérée, résume tout de ce que le communiste Bardem pensait de la place de la Femme sous Franco. Un mélo subversif qui reste toujours d'actualité. BR ES Resen
Blue Jay (Alex Lehmann, 2016) *
Vingt cinq ans plus tard, un homme et une femme qui se sont aimés au lycée se rencontrent dans un drugstore et passent la soirée ensemble. Entièrement centré sur le dialogue, les gestes et les regards entre elle et lui, ce petit film sur les occasions ratées dans la lignée de Before Sunset semble sympathique au début pour continuer dans la mièvrerie avant de faire arriver un peu d'émotion dans les dix dernières minutes. Sarah Paulson et Mark Duplass essayent de donner corps et âme à leurs personnages, on n'y croit qu'à moitié en attendant que ça finisse. Web
Notre salut (Emmanuel Marre, 2026) ****
De 1940 à 1944, le parcours appliqué d'un homme éteint dans l'administration vichyste. Inspiré par l'histoire de son arrière-grand-père, le réalisateur-scénariste dresse à la fois le portrait d'un homme et d'une époque tristes, dans l'esprit du Conformiste de Bertolucci. Le génie du film est de donner une contemporanéité totale au propos, par la caméra collante, le choix d'un dialogue anachronique parlé comme d'aujourd'hui et deux moments musicaux exaltants. Le casting est d'une justesse qui touche au documentaire, mené par un Swann Arlaud magistral. Cinéma
Les roches rouges (Bruno Dumont, 2026) ***
À Anthéor au coeur de l'été, deux garçons de deux bandes qui plongent des rochers s'affrontent quand l'un tombe amoureux de la copine de l'autre. Le sujet mille fois vu est complètement renouvelé par l'âge des protagonistes - entre cing et six ans - et n'est que prétexte à observer la société de ces enfants entre eux. Toujours à leur hauteur, la caméra colle au plus près du plus petit, un blondinet albinos aux gestes compulsifs sans doute un peu TSA et future racaille. Rayonnant et sombre à la fois, le monde de la jeune enfance n'avait encore jamais été filmé comme ça. Cinéma
Lucrèce Borgia (Christian-Jaque, 1953) **
Amoureux de sa soeur séductrice, César Borgia (Pedro Armendariz, excellent) fait tuer les maris et les amants de celle-ci. Le premier des trois films en costumes - avec Madame du Barry et Nana - de Christian-Jaque avec sa femme Martine Carol est le moins bon à cause de Jeanson qui manque aux dialogues et l'actrice qui s'y montre plus réservée. Cela dit, les séquences sadiques et érotiques qui le parsèment dont une orgie à seins nus étonnent pour l'époque et réjouissent. Et le Technicolor est somptueux. Une répétition pour les deux chefs-d'oeuvre à venir. DRV FR LCJ
Digger (Alejandro Gonzáles Iñarritu, 2026) ***
En forant au Groenland, un pétrolier texan provoque une énorme catastrophe naturelle dont il essaye de s'absoudre. Le pitch ne rend pas justice à cette satire qui tire sur l'irresponsabilité criminelle assumée des géants de la politique, de l'industrie et de la tech. Le brio du scénario et des décors aux multiples tiroirs est assez fascinant - à la Charlie Kaufman - si et seulement si on accepte la règle du jeu. Le jeu de Tom Cruise, lui, est magistral d'outrance, de panache et de culot, du genre à Oscar. Mais derrière la farce, le constat désespérant est bien d'actualité. Cinéma
Le procès Goldman (Cédric Kahn, 23023) ***
En 1976, le procès en cassation de Pierre Goldman, juif anar de gauche accusé d'avoir tué deux pharmaciennes lors d'un cambriolage en 1969. Ecrit d'après les minutes des audiences, le film pourtant entièrement situé dans le palais de justice est d'un rythme et d'un intérêt sans faille, porté par les sujets abordés - la judéité, l'idéologie, la police, le racisme, le témoignage judiciaire, la psychiatrie, le complexe paternel - , la mise en scène immersive et la prestation intense d'Arieh Worthalter, habité par son rôle. Le formidable portrait d'un homme droit à sa manière et dans le mur. BR FR Ad Vitam
La Tragédie de l'Homme / Az Ember Tragédiája / The Tragedy of Man (Marcell Jankovics, 1988-2011) **
De Cro-Magnon aux robots, Adam est conduit par Lucifer dans des moments clés de la Civilisation (occidentale). Adapté du livre culte d'Imre Madách, un film d'animation hongrois réalisé sur vingt ans. Démesuré d'ambition, insupportablement récité d'une voix théâtrale pendant 2h40 - le tsunami de sous-titres m'a vaincu - et grandiloquent dans son message métaphysique, le spectacle est pourtant complet avec les visuels inspirés par l'histoire de l'art des époques traversées sur des chefs-d'oeuvre de la musique classique. On en sort assommé mais content. BR US Deaf Crocodile
D'origine inconnue / Of unknown origin (George P. Cosmatos, 1983) **
Seul chez lui pour finir un dossier urgent, un cadre ambitieux entre en guerre contre un rat qui s'est introduit dans l'immeuble. Sans effets spéciaux mais avec un bon sens du rythme et du montage, un petit film d'horror canadien qui utilise la métaphore de l'invasion animale pour observer l'effondrement social et psychique d'un yuppie des Eighties. Presque entièrement circonscrite dans la maison du type harcelé, la mise en scène joue sur les deux points de vue de l'homme et du rongeur, aussi biens l'un que l'autre. Peter Weller d'avant Robocop est le premier. BR US Shout Factory









