3 décembre 2020

Films vus par moi(s): décembre 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

La joyeuse divorcée / The gay divorcee (Mark Sandrich, 1934) **
Lors d'une mise-en-scène de flagrant délit d'adultère dans une station balnéaire, une jeune femme retrouve un soupirant qui l'importune. Le deuxième film avec Fred Astaire et Ginger Rogers est une bonne comédie d'identités et de situations parsemée de séquences musicales mémorables (Needle in a Haystack, Night and Day, The Continental) et une des mes préférées : Let's k-nock k-nees (avec Betty Grable et Edward Everett Horton). DVD Z1 US

Minuit dans l'Univers / The Midnight sky (George Clooney, 2020) 0
Isolé en Arctique alors qu'une catastrophe écologique à détruit la vie sur Terre, un scientifique veut alerter une station spatiale en retour d'une planète lointaine de rebrousser chemin. Un film de fin du Monde au contexte existentiel intimiste - il n'y a qu'une poignée de personnages - mais à la structure et grammaire totalement hollywoodiennes. Le mélange ne prend pas et malgré le message climatique sincère, on s'ennuie de tant d'austérité artificielle. Netflix

Tootsie (Sydney Pollack, 1982) **
N'arrivant pas à décrocher de rôles, un comédien new-yorkais (Dustin Hoffman) se travestit en femme, est engagé pour un soap télévisé et s'éprend d'une collègue actrice (Jessica Lange). Une comédie de situation sur le genre qui reprend bien sûr des éléments de Certains l'aiment chaud (1959) mais parle surtout - et vu d'aujourd'hui, c'était pionnier - du harcèlement sexuel dans le showbiz. Le ton n'est pas celui de la farce et c'est étonnant.

Les 5.000 doigts du Dr T / The 5.000 fingers of Dr. T (Roy Rowland, 1953) *
Énervé par son professeur de piano, un garçon rêve d'une usine à apprendre l'instrument contrôlée de façon totalitaire. Complètement atypique pour l'époque, une fantasy pour enfants au budget visiblement limité contourné par l'étendue du plateau et le Technicolor criard. À part le petit Tommy Rettig, tous les acteurs sont fades. Sans doute imperceptible à l'époque, l'aspect ultra-queer est aujourd'hui le plus intéressant du film. BR US

Deux moi (Cédric Klapisch, 2019) ***
A Paris, deux jeunes trentenaires souffrent de solitude et de mal de vivre sans savoir que seul un mur d'immeuble les sépare. Sur un thème proche du formidable classique muet Lonesome (Paul Féjos, 1928), un film mélancolique mais lumineux sur les traumas psychiques qui repose sur le charisme et le jeu d'Ana Girardot et de François Civil, interprètes de deux personnages d'une touchante fragilité. Avec une bien belle dernière scène. BR FR

Crime et châtiment / Crime and punishment (Josef von Sternberg, 1935) **
Un brillant et pauvre jeune homme qui a tué une prêteuse sur gages joue au chat et la souris avec un inspecteur. Le roman de Dosteïevski est adapté à l'essentiel dans cette version dont le petit budget et les simples décors sont compensés par une utilisation du clair-obscur et surtout, par l'interprétation géniale de Peter Lorre en névrosé arrogant au bord de l'hystérie. Edward Arnold est excellent aussi dans rôle de policier manipulateur. BR UK 

Blanche-Neige et les Sept Chevaliers / Skazka o myortvoy tsarevne i semi bogatyryakh (Ivan Ivanov-Vano, 1951) **
Le court-métrage d'animation soviétique d'après le poème de Pouchkine (qui s'appelle Le Conte de la Princesse Morte et des Sept Chevaliers) raconte en 32 minutes l'histoire d'une Blanche-Neige russe où sept cavaliers baraqués remplacent les nains. Parfaitement classique, l'animation est très belle avec de superbes séquences dans la forêt de bouleaux, l'isba des garçons et les questions du Prince au Soleil, à la Lune et au vent. YouTube

Grand Canyon (James Algar, 1958) ***
Un film de 28 minutes sur le Grand Canyon qui remporta en 1958 l'Oscar du meilleur court-métrage de fiction. Pas du tout documentaire mais franchement artistique, c'est une sorte de symphonie naturelle illustrant la "Grand Canyon Suite" de Ferde Grofé (1931). Les images en 70mm et Technicolor sont spectaculaires, exploitant toutes les techniques de pointe de l'époque. Les séquences des rapides et des nuages sont sublimes. BR US (en bonus sur celui de Sleeping Beauty)

La Belle au bois dormant / Sleeping Beauty (Clyde Geronimi, 1959) ***
Au 14e siècle, une méchante fée jette un sort contre une jeune princesse que seul l'amour pourra briser. Le conte de Perrault et de Grimm adapté par Disney est un formidable exercice de style avec ses décors géométrisés et ses couleurs vives inspirés des enluminures médiévales. C'est aussi une suite de morceaux de bravoure qui culmine dans la séquence des ronces et du dragon. Un classique que je revois toujours avec plaisir. BR US

Le Père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982) **
Une nuit de Noël très agitée chez SOS Détresse Amitié. Les situations et les dialogues de ce vrai film-culte restent toujours aussi drôles, portés par un casting imbattable qui connaît chaque rouage de la comédie sur le bout des doigts. Enfin, jusqu'à l'incident du réparateur qui fait dérailler le dernier tiers du scénario et du film en brisant l'unité de ton et de lieu. Mais la première heure est un festival de dynamique comique indémodable. BR FR    

Beyond the Visible. Hilma af Klint (Halina Dyrschka, 2019) ***
Un documentaire qui lève le voile sur l'artiste suédoise Hilma af Klint (1862-1944), oubliée jusqu'il y a quelques années, redécouverte et reconnue aujourd'hui comme la pionnière de l'Abstraction et de l'art spiritualiste. Le film montre que celle qui se considérait "peindre pour le Futur" sera une icône dans quelques décennies et que la réhabilitation des artistes femmes est enclenchée. Une visionnaire inclassable, à plus d'un titre. BR US 

Mank (David Fincher, 2020) *
À la fin des Années Trente, le scénariste Herman Mankiewicz (Gary Oldman) se débat avec le spleen et l'alcool alors qu'il écrit le scénario de Citizen Kane. Une évocation extrêmement bavarde de Hollywood qui fonctionne par séquences mais pas dans son ensemble, la faute à la construction artificiellement alambiquée truffée de clins d'oeil autosatisfaits au cinéma de l'époque. La photo en monochrome gris est mode, hideusement. Netflix

Cornouaille (Anne Le Ny, 2012) 0
Ayant hérité d'une maison près d'Audierne, une jeune femme y fait face à ses traumas familiaux. La place de leurs morts chez les vivants. J'ai arrêté au bout d'une heure, ennuyé sans redemption par la fausseté de l'ensemble, écriture, dialogues, jeu des acteurs (Vanessa Paradis essaye pourtant, Samuel Le Bihan pas), irruption du fantastique et mésusage du paysage breton. Tout cela m'a semblé tourner en rond pour arriver nulle part. BR FR

Beau travail (Claire Denis, 2000) ***
Sur une base du désert maritime de Djibouti, un adjudant légionnaire est perturbé par l'arrivée d'une nouvelle recrue. Avec un minimum de moyens et de dramaturgie, Claire Denis laisse s'exprimer les corps, les paysages et les couleurs en une chorégraphie visuelle fascinante aux accents de tragédie antique. L'homoérotisme subtil créé une tension silencieuse qui s'incarne dans le jeu de Denis Lavant, Grégoire Colin et Michel Subor. BR UK

La nuit déchirée / Sleepwalkers (Mick Garris, 1992) **
Une mère et son fils, créatures extraterrestres ayant pris apparence humaine, repèrent une lycéenne dont ils veulent aspirer l'énergie vitale. Sur un scénario original de Stephen King, une série B sympathique et généreuse en surprises, entre les chats martyrs et vengeurs, les relations incestueuses des aliens, les morphings de première génération et les monstres. Mädchen Amick est une jeune fille en péril formidable. Un chouette petit film. BR DE

Scandale / Bombshell (Jay Roach, 2019) **
En 2016, deux présentatrices vedettes et une aspirante de Fox News brisent la loi du silence contre le patron harceleur de la chaîne conservatrice. Les origines du scandale Roger Ailes qui annonça le mouvement #MeToo est raconté efficacement, à l'américaine, dans une réalisation classique qui bénéficie du casting de Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie en Barbies blondes qui ne se laissent plus faire. Pour elles et pour le message. BR DE

L'évadé du bagne / I Miserabili (Riccardo Freda, 1948) **
En trois heures et deux parties (Chasse à l'homme et Tempête sur Paris), le roman de Hugo est solidement adapté par le scénario qui va à l'essentiel et la mise en scène dynamique qui surclasse le budget sans doute serré (il y a deux décors  de rues pour Paris). Tous personnages majeurs y sont, pas caricaturaux, Gino Cervi est un Jean Valjean intériorisé plutôt intéressant et Hans Hinrich un Javert aux yeux hantés. Une très bonne version. BR FR 

Le fantôme de la liberté (Luis Buñuel, 1974) **
Des personnages subissent divers incidents dans une suite de moments disjoints... ou pas. L'absurde surréaliste de Buñuel baigne ce film à la logique excentrique des rêves, brillamment structuré par des acteurs qui se passent le relais d'une séquence à l'autre. Interprétable à volonté mais sans solution, l'exercice est fascinant avec ses scènes mémorables de l'hôtel aux fétichistes, la table WC, le tireur de la Tour Montparnasse... BR UK 

Dementia (John Parker, 1953) **
À Los Angeles, un jeune femme névrosée est assaillie par ses traumas sous forme de cauchemars. C'est en tous cas ce que je comprends de ce moyen métrage (56') sans un dialogue mais baigné des modulations aigües d'une voix féminine et d'une superbe photo noir et blanc. Le film est totalement unique dans son temps, mi Film Noir, mi Horror avec partout, le Surréalisme à l'Américaine. Un vrai film culte, le seul de son auteur. BR UK

A rainy day in New York (Woody Allen, 2018) **
Amenée à interviewer un réalisateur, une étudiante en journalisme passe quelques jours à Manhattan avec son petit bourgeois de copain. Un retour au classique pour Woody Allen avec cette comédie romantique dynamique, bavarde et sympathique autour de quelques personnages privilégiés et insécures. Le film entier est porté par Elle Fanning, vraiment excellente en jeune fille enthousiaste et craquante d'ingénuité. BR DE

Été 85 (François Ozon, 2020) 0
Au Tréport en 1985, la liaison d'un garçon de seize ans obsédé par la mort avec un autre un peu plus âgé tourne mal. Les personnages, les péripéties et les conflits dessinés à gros traits donnent au film un artifice qui empêche d'entrer dans l'histoire, par ailleurs hésitante entre romance, thriller et métaphore. On sent qu'Ozon a tenté quelque chose dans le genre balisé du film d'ados gays mais le résultat est d'une confusion totale. BR FR

Bagarres au King Créole / King Creole (Michael Curtiz, 1958) **
A La Nouvelle-Orléans, un jeune homme en conflit avec son père est embauché pour chanter dans une boîte de Bourbon Street. Celui de ses films qu'Elvis préférait est un drame romancé autour du lien père-fils aux chansons bien intégrées, au casting solide (la formidable Carolyn Jones, Dolores Hart, Walter Matthau), à la photographie de Film Noir et à la mise en scène très pro de Curtiz. Elvis est excellent, en action ou en chanson. BR DE

1 novembre 2020

Films vus par moi(s): novembre 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

L'amant double (François Ozon, 2017) 0
Une jeune femme  fragile (Marine Vacth) découvre que son psychothérapeute (Jérémie Renier) a un jumeau, qu'elle rencontre. Un film bancal et au final incompréhensible avec des confusions d'identités, des traumas, du sexe et beaucoup de circonvolutions qui m'ont perdu. Le sujet - la gémellité psychotique - ayant été traité une fois pour toutes avec le génial Faux-semblants de Cronenberg, la comparaison est implacable. BR FR

Cats (Tom Hooper, 2019) 0
A Londres, une tribu de chats recueille une jeune chatte esseulée. Le musical d'Andrew Lloyd Webber - que je n'ai pas vu - passe très mal l'épreuve de l'adaptation avec une mise-en-scène à esbrouffe mais désespérément vide sur des chansons médiocres et des CGI affreux et omniprésents. Le plus intéressant est l'hybridation des chats-humains, visuellement obscène. Et le final avec Judi Dench est vraiment chouette. BR FR 

The Crown, Saison 4 (Peter Morgan, 2020) ***
Les Windsor affrontent les Eighties. L'irruption de Diana et de Thatcher forment les deux conflits de la 4e saison de la formidable série. Découvrir par la fiction les coulisses d'événements dont se souviennent ceux qui en ont l'âge est un délice irrésistible. La famille royale y est un monstre à plusieurs têtes et Diana le révoltant sacrifice. Le casting est immense mais c'est Gillian Anderson qui emporte tout en géniale incarnation de la Dame de Fer. Netflix

Incantations / Hagazussa (Lukas Feigelfeld, 2017) *
Dans les hauts-pâturages autrichiens du 15e siècle, une fille-mère isolée accusée d'être fille de sorcière pète un plomb. Je ne mets pas 0 grâce à la magnifique photographie qui sublime les forêts et les alpages. Aleksandra Cwen est très bien dans un rôle discrètement hystérique mais l'étirement affecté des plans et des silences tourne vite au système et fatigue. Il y avait tout pour un excellent film, les choix hautains ne l'ont pas permis. BR UK

Le doulos (Jean-Pierre Melville, 1962) **
Un informateur de la police tente d'aider un ami truand suite au meurtre que celui-ci a commis. L'ami doute de sa sincérité. Nous aussi puisque le film est un essai sur les apparences et les voies du destin. L'histoire alambiquée m'a un peu perdu et ennuyé dans ses développements mais la mise en scène sèche dans son artifice et la photographie de Film Noir sont admirables. Comme le sont Jean-Paul Belmondo et Serge Reggiani. BR FR

Daniel isn't real (Adam Egypt Mortimer, 2019) *
Un jeune homme qui s'était inventé un ami imaginaire dans l'enfance le voit revenir en force. Pas facile d'aborder la schizophrénie au cinéma. Le film s'y essaye avec les moyens du bord et hésite entre le thriller psychologique et l'horror sans convaincre malgré le bon sujet de départ et des idées intéressantes. Le jeu incertain de Miles Robbins (fils de Tim Robbins et Susan Sarandon) et de Patrick Schwarzenegger n'aide pas. BR UK

Dans les mailles du filet / The system (Michael Winner, 1964) **
Dans une station balnéaire anglaise, un groupe de potes menés par un jeune macho passent l'été à séduire des vacancières pour une nuit. Loin d'être une comédie, un film désabusé sur la tentation et la résistance du passage à l'âge adulte. Mi-studio, mi-extérieurs, il a parfois le feeling de la Nouvelle Vague, notamment dans son traitement des femmes, dévictimisées. Oliver Reed, à 25 ans, est d'un charisme animal stupéfiant. BR UK

Pot-Bouille (Julien Duvivier, 1957) ***
Dans le Paris du Second Empire, le provincial Octave Mouret fait son trou en baisant les femmes de son immeuble. Une formidable adaptation du roman de Zola à la mise-en-scène fluide et dynamique, portée par un casting éblouissant (Gérard Philipe génial, Danielle Darrieux, Dany Carrel, Jane Marken épatante...) et des dialogues brillants de drôlerie caustique. Tout y tourne autour du sexe avec un culot sublimement désinvolte. BR FR

Harpoon (Rob Grant, 2019) 0
Deux amis d'enfance et la copine de l'un d'eux vont faire un tour en mer pour tenter de réparer une violente altercation qu'ils ont eue. Ça empire. Après dix première minutes intrigantes et prometteuses, le film s'effondre dans l'amateurisme du scénario, des dialogues et du jeu des trois acteurs. Voulant tirer sur le cool, quelques catchprases parsèment les aboiements et le gore. J'en ai vu les trois quart en accéléré, sans rédemption. Nul. BR UK

L'Amérique insolite (François Reichenbach, 1960) *
Ces fragments de l'Amérique de 1959 vue par un Français sont enfilés à la suite sans fil directeur, malgré l'introduction de Jean Cocteau qui y voit une prise de liberté. On a le droit aux majorettes, à un rodéo de détenus, à Disneyland, à une parade noire à la Nouvelle-Orléans... Un sujet fort : les délinquants juvéniles. Du cliché qui a fait son effet en 1960. Soixante ans plus tard, c'est les mémères de 50 ans aux étoles de vison qui m'ont plu. BR UK

Atlantique (Mati Diop, 2019) **
A Dakar, les âmes de jeunes ouvriers morts en mer prennent possession de leurs fiancées restées au pays. La drame de l'émigration vu à travers le filtre d'un conte d'amour fantastique ancré dans la réalité de la vie des Sénégalais pauvres. Malgré quelques longueurs, le panachage du réel et de l'irréel fonctionne bien, semé d'images oniriques et de références à "I walked with a Zombie" de Tourneur. Le message passe, en douceur. BR FR

La michetonneuse (Francis Leroi, 1972) ***
Une étudiante qui a rompu avec fac et famille fréquente la faune interlope parisienne. Comme la Justine de Sade dont elle a le prénom, sa passivité est exemplaire dans la dégradation au fil de ses rencontres. Un petit budget malin et tellement de son époque, où les acteurs naturels semblent improviser les dialogues écrits sur des situations au goût d'absurde, d'érotisme et de pamphlet. Mais derrière l'humour, la désespérance. ENR TV

5 octobre 2020

Films vus par moi(s): octobre 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

La sagesse de la pieuvre / My octopus teacher (Pippa Ehrlich & James Reed, 2020) **
En Afrique du Sud, après un burnout, un documentariste se ressource en se liant d'amitié avec une pieuvre auprès de laquelle il plonge chaque jour. L'histoire de cet apprivoisement mutuel entre l'homme et le céphalopode est fascinant et étrangement émouvant, la pieuvre étant un véritable personnage dramatique. Je suis un peu réservé sur la narration et le ton assez monotones de Craig Foster mais quelles images sous-marines ! Netflix 

Aimez-moi ce soir / Love me tonight (Rouben Mamoulian, 1932) ***
Un tailleur parisien se fait passer pour un baron et séduit une princesse languissante. Une comédie et un musical d'une inventivité de tous les instants dans la réalisation, les voies de l'humour et les dialogues pleins de sous-entendus sexuels. Maurice Chevalier déploie son habituelle énergie bravache et Jeanette MacDonald son charme irrésistible. La mise-en-scène de la chanson "Isn't it romantic?" est jubilatoire. Le reste aussi. BR US

Carré 35 (Eric Caravaca, 2017) ***
L'acteur Eric Caravaca enquête sur sa soeur Christine, morte à trois ans au Maroc en 1963, avant sa naissance à lui, et effacée de la mémoire familiale par leur mère. Avec des films personnels Super 8, des entretiens avec les proches concernés et des déplacements sur les lieux de l'histoire, un documentaire intimiste en forme de parcours dans les méandres d'un lourd secret de famille. Très fort émotionnellement. DVD Z2 FR

J'ai perdu mon corps (Jérémy Clapin, 2019) NS
A Paris, un jeune homme se débat dans le quotidien tandis qu'une main sectionnée tente une traversée de la ville. L'originalité graphique de cette main qui affronte les dangers au ras du sol m'a plu mais le ton monocorde et désabusé du garçon de l'histoire parallèle m'a vite cassé les pieds. Bref, je suis passé au fast-forward à la 42e minute et n'ai rien vu dans la suite accélérée qui aurait pu me faire revenir. De très belles images, mais... BR FR 

La prière (Cédric Kahn, 2018) **
Dans les Alpes, un toxicomane de vingt-deux ans rejoint une communauté de réhabilitation par le travail et la prière. Un film austère dans son écriture mais généreux dans ses images et son message qui suit la transformation d'un être humain par le combat contre ses ombres et avec l'assistance des autres. Le jeune Anthony Bajon est très vrai dans un rôle à la fois physique et intérieur. Un beau regard sur le Don bien plus que sur la Foi elle-même. BR FR

Le quatrième homme / Kansas City confidential (Phil Karlson, 1952) **
Faussement soupçonné d'un braquage, un livreur en retrouve les véritables auteurs pour se venger. Un petit film noir tout en gros plans et coups de poings que la mise en scène nerveuse structure avec précision. Le casting de gueules (Jack Elam, Neville Brand, Lee Van Cleef) fait des étincelles et John Payne est un anti-héros parfait. Il y a aussi des flics véreux et un début de romance. Un classique dynamique de la Série B. BR FR

Sea fever (Neasa Hardiman, 2019) 0
Un chalutier est immobilisé au large par une créature tentaculaire. A bord, une étudiante en biologie tente de comprendre ce que c'est. Un petit film fantastique irlandais qui navigue dans les eaux du formidable "The Thing" de Carpenter mais s'échoue sur un scénario prévisible, une réalisation amorphe, un monstre et des personnages insignifiants (l'héroïne fait la gueule tout le temps). Même en accéléré, c'est terriblement ennuyant. BR FR 

Matthias & Maxime (Xavier Dolan, 2019) **
Deux amis d'enfance amenés à s'embrasser pour un court-métrage sont déstabilisés par leur attirance mutuelle inavouée. Dolan joue lui-même l'un des deux copains de ce film de sentiments traversé comme d'habitude de moments d'hystérie, de musique et de tendresse. Un peu long et ponctué d'une fin à retournement abruptement plaquée, il fonctionne par morceaux tout en manquant d'unité. Mais le sujet est touchant. BR FR  

Vacances romaines / Roman holiday (William Wyler, 1953) *
Une princesse en voyage officiel à Rome profite d'une échappée anonyme d'un jour dans la ville en compagnie d'un américain qu'elle ignore être un journaliste. J'avais le souvenir d'un film sympathique mais le revoir a été une douche froide, la réalisation poussive et le rythme désaccordé provoquant l'ennui presque dès le début. Reste les vues de Rome et le charme du visage d'Audrey Hepburn. Un classique bien fade. BR US

Un idiot à Paris (Serge Korber, 1967) 0
L'idiot d'un village de l'Allier débarqué à Paris fait des rencontres diverses. L'idiot est Jean Lefebvre, dans le seul rôle principal de sa carrière... Un navet irrécupérable où le casting déclame les insipides bons mots d'un Audiard à bout de souffle et où le rythme patine autour d'une idée uniforme : l'innocence ébahie du simplet. J'avais envie de le voir pour les images de Paris en 1966 (dont les Halles) mais même ça déçoit. Lamentable. BR FR 

La ville sans Juifs / Die Stadt ohne Juden (Hans Karl Breslauer, 1924) **
L'expulsion de tous les Juifs de la ville d'Utopia provoque une crise économique majeure : certains notables demandent leur retour. Considéré perdu, retrouvé au Marché aux Puces de Paris en 2015 et restauré en 2018, un surprenant film muet autrichien dont certaines images sont terriblement prémonitoires (le harcèlement et les déportations) et dont le message progressiste résonne toujours très fort, un siècle plus tard. BR DE

La falaise mystérieuse / The uninvited (Lewis Allen, 1944) 0
Un frère et une soeur achètent un manoir anglais de bord de mer dont la précédente propriétaire, tombée de la falaise, a une fille qui semble possédée. Un ersatz du "Rebecca" (1940) de Hitchcock dont les chuchotements dans le noir, deux courtes scènes d'ectoplasmes et la méchante lesbienne fonctionnent mais dont le reste est creux, factice et soporifique. La tragique Gail Russell est belle, hélas sans savoir jouer. BR FR

The boys in the band (Joe Mantello, 2020) ** 
En 1968 à Manhattan, un trentenaire organise dans son appart une fête d'anniversaire pour un de ses amis. Tous sont gays. Avec l'alcool et un participant inattendu, la soirée tourne au règlement de comptes. La pièce de Matt Crowley (1968) et le film de William Friedkin (1970) nécessitaient-ils ce remake ? Non, sa plus-value n'apparaît que dans le final, moins désespéré. Mais le casting est bon et le texte original toujours percutant. Netflix

Michel-Ange / Il peccato (Andrei Konchalovsky, 2019) *
En 1515, Michel-Ange va chercher un énorme bloc de marbre à Carrare alors qu'il est tiraillé entre ses mécènes Della Rovere et Médicis. Le film est plastiquement formidable : la reconstitution de la Renaissance à Rome est exceptionnelle. Mais le scénario se fixe uniquement sur la personnalité torturée de l'artiste (incarné avec une intensité expressionniste par Alberto Testone) et sur 2h15, la monotonie et l'ennui s'installent. Quel dommage ! AP Ciné

12 septembre 2020

Films vus par moi(s): septembre 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Les grandes familles (Denys de La Patellière, 1958) **
Un magnat de l'industrie, de la finance et de la presse (Jean Gabin, impérial) fait face à son fils (Jean Desailly) qui veut moderniser leur journal à succès. L'essentiel est excellent en charge ravageuse contre la haute-bourgeoisie française sur des dialogues d'Audiard. Le dernier tiers faiblit un peu autour de boursicotages mais reste dynamique grâce au casting, dont Pierre Brasseur et Bernard Blier. Du très bon cinéma de papa. BR FR

La guerre des Mondes / War of the Worlds (Byron Haskin, 1953) ***
A Los Angeles, des scientifiques et des militaires luttent en vain contre les Martiens agressifs qui envahissent la Terre. Le roman de H.G.Wells est formidablement transposé à l'écran avec ce film de SF dont certains éléments sont très datés Fifties mais dont la force de suggestion est étonnante (le bruit de sonar des machines martiennes me terrifie). La mise en scène est très dynamique, le rythme trépide et le Technicolor éclate. BR US  

La déchéance de Miss Drake / The story of Temple Drake (Stephen Roberts, 1933) ***
La petite-fille nymphomane d'un juge est violée par un chef de gang qui la fout ensuite au bordel. D'après Faulkner, un film stupéfiant qui pousse les thèmes sexuels au-delà des bornes tolérables à l'époque et pourrait avoir déclenché la mise en place du Code Hays. La photographie, les décors et l'atmosphère sont admirables, les acteurs aussi : Miriam Hopkins en fille-à-papa piégée et Jack La Rue en alpha-male maniant le flingue et le cigare. BR US

Downton Abbey (Michael Engler, 2019) **
En 1927, le domaine de Downton Abbey se prépare à la visite de George V et de la reine Mary. Quatre ans après la fin de la série, les Crawley et leur personnel dévoué rempilent pour une prolongation qui brasse les péripéties et les personnages autour de l'arc narratif de l'événement. En deux heures, c'est un peu forcé bien sûr mais le charme opère, pour la même raison que la série : la production, les dialogues et le casting. Gourmand comme un toffee. BR FR

Le cabinet des figures de cire / Das Wachsfigurenkabinett (Paul Leni, 1924) **
Un écrivain doit rédiger pour une attraction foraine les notices des histoires de Harun al Raschid, Ivan le Terrible et Jack l'Eventreur. Ses trois récits forment la trame de ce classique du muet porté par les décors expressionnistes et la présence des grands Emil Jannings, Conrad Veidt et Werner Krauss. Visuellement, c'est formidable. Le scénario est un peu faible en revanche mais c'est le lot commun des films porte-manteaux. BR DE

Le choc des mondes / When worlds collide (Rudolph Maté, 1951) ***
Quand un astronome découvre que la planète Bellus et son satellite Zira se dirigent droit vers la Terre, une équipe scientifique construit une fusée pour que quelques humains échappent à l'Apocalypse inévitable. Ce film qui m'avait tant marqué enfant résiste bien au temps et est même devenu d'actualité avec son évocation d'un désastre global, des fake news et des inégalités face à la crise. Un classique dynamique de la SF Fifties. BR AUS

Captive state (Rupert Wyatt, 2019) *
A Chicago, dix ans après que des extraterrestres aient envahi la Terre pour en piller les ressources, un petit réseau de résistants s'active contre l'état-collabo qui a fait alliance avec les aliens. Capitalisme et états autoritaires sont visés dans cette métaphore de SF à petit budget dont le sujet est excellent, l'ambiance poisseuse et les acteurs convaincants mais au scénario qui tourne en rond, provoquant l'ennui. C'est vraiment dommage. BR FR

Making Montgomery Clift (Robert Clift & Hillary Demmon, 2019) **
Un neveu de Montgomery Clift veut rétablir l'image de son oncle, ternie par les révélations à sensation de sa biographe Patricia Bosworth. Grace à des documents familiaux inédits (enregistrements de conversations, films personnels...), le réalisateur dresse le portrait d'un homme bien moins auto-destructeur et tourmenté par son homosexualité que rapporté. Les images et la voix de Monty, avant et après sont accident, sont parlantes. DVD Z1 US

3 août 2020

Films vus par moi(s): août 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Seberg (Benedict Andrews, 2019) 0
A la fin des années Soixante, Jean Seberg est brisée par le FBI à cause de sa proximité avec les Black Panthers. Une tentative de réhabilitation de l'actrice dont la motivation est noble et justifiée mais le résultat filmique avorté, faute à un scénario amorphe, le jeu monocorde de Kristin Stewart et une mise en scène d'une fatigante banalité. Reste la triste histoire d'une jeune femme instable. Amazon Prime Video

RuPaul's Drag Race, Season 12 (VH1, 2020) ***
Treize garçons s'affrontent avec des défis, des playbacks, des costumes, des perruques et du maquillage pour le titre de l'America's Next Drag Superstar. Le formidable show de RuPaul, marqué cette saison par des péripéties liées au Covid et au comportement d'un candidat, devrait être prescrit au public en ces temps bouleversés et étudié dans les lycées : ces drag queens, en se racontant, offrent de la joie et des leçons de vie. Netflix 

Section 44 / A midnight clear (Keith Gordon, 1992) *
L'hiver 1945 dans les Ardennes, une petite escouade de soldats US qui bivouaque près d'un groupe de soldats allemands imagine un stratagème pour une entente cordiale. Le refus intime du combat, sujet peu traité au cinéma, est gâché dans ce film par la mise en scène sans éclat, où les quelques scènes inattendues (un bataille de boules de neige, la toilette d'un cadavre...) semblent artificiellement plaquées. Ethan Hawke est excellent. BR US

4 juillet 2020

Films vus par moi(s): juillet 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Le baiser du vampire / Kiss of the vampire (Don Sharp, 1963) ***
En Bavière, un jeune couple anglais coincé dans un hôtel décrépit est reçu mondainement dans le château familial du notable de la région. Un excellent Hammer, plein d'atmosphère, de flamboyance, d'érotisme subtil et d'idées scénaristiques intelligemment mises en scène. Deux séquences marquantes annoncent "Les Oiseaux" d'Hitchcock (tourné au même moment) et "Eyes Wide Shut" de Kubrick (qui a de toute évidence vu le film). Formidable. BR UK

Une fille facile (Rebecca Zlotowski, 2019) **
A Cannes, une lycéenne de 16 ans reçoit la visite de sa cousine délurée de Paris qui lui fait découvrir le monde de l'Argent de la Côte. L'exploitation mutuelle des riches et des pauvres et la fascination pour l'Autre sont au coeur de cette comédie dramatique où derrière l'été qui irradie se cachent les fêlures existentielles. Dans un rôle pas facile, Zahia Dehar s'empare du film et créé un personnage étonnant, sexy et touchant. Une surprise. BR DE 

Les ballets écarlates (Jean-Pierre Mocky, 2004) NS
A Vienne en Isère, une femme (Patricia Barzyk) dont le jeune fils a disparu traque avec un armurier (Jean-Pierre Mocky) un groupe de notables pédophiles. Le thème de la pédophilie est abordé frontalement dans ce film rageur qui mêle le dégoût à l'hilarité : l'amateurisme atterrant du casting et des dialogues touchent involontairement au comique en défiant le glauque des situations. Interdit de sortie puis placardisé, une curiosité hallucinante. DVD Z2 FR

Fabiola (Alessandro Blasetti, 1949) **
A Rome sous le règne de Maxence, le gaulois Rhual (Henri Vidal) s'éprend de Fabiola (Michèle Morgan), la fille d'un sénateur pro-chrétien. Ce peplum franco-italien de l'après-guerre en deux parties ("Le mirage de Rome" & "Le sang des martyrs") est bien trop bavard et platement mis en scène malgré ses décors spectaculaires et son final dynamique dans l'arène. Le couple d'acteurs, à l'écran et à la ville, fit sensation. C'est vrai qu'ils sont beaux. DVD Z2 FR

La Belle Epoque (Nicolas Bedos, 2019) 0
Grâce à une agence événementielle qui reconstruit le passé avec décors et acteurs, un sexagénaire dépressif choisit de retourner virtuellement en 1974, quand il rencontra sa femme. Le sujet attirant et les bonnes critiques m'ont conduit au supplice : j'ai lâché au bout d'une heure. Fausseté des dialogues, laideur de la direction artistique et jeu exécrable de Guillaume Canet, Fanny Ardant et Doria Tillier. Daniel Auteuil m'a semblé surnager dans le naufrage. BR FR

Paracelse / Paracelsus (G.W. Pabst, 1943) **
En Allemagne pendant une peste en 1530, le médecin-errant Paracelse (Werner Krauss) affronte ses confrères en proposant des traitements chimiques. L'énigmatique scientifique-métaphysicien de la Renaissance incarne la résistance à l'idéologie dans cette biographie historique à la mise en scène opulente qui culmine dans une extraordinaire séquence de danse d'envoûtement, métaphore risquée de la fascination hitlérienne. BR US

Le jeune Ahmed (Luc Dardenne & Jean PIerre Dardenne, 2019) **
En Belgique, un garçon de 13 ans radicalisé par son imam se retrouve en centre de détention après avoir tenté de tuer l'une de ses profs. A travers le parcours individuel d'un adolescent (Idir Ben Addi, qui est de tous les plans), une plongée sans appel dans la dynamique de la détermination et du crime islamistes. Posée mais directe, la mise en scène tient en haleine jusqu'à la scène finale, au moralisme typiquement dardénien (voire bressonien). BR FR

Hiroshima (Hideo Sekigawa, 1953) ***
La destruction d'Hiroshima, du point de vue de quelques jeunes survivants. L'une des premières fictions sur le sujet, utilisant les ruines de la ville, de vastes décors reconstitués et des images d'actualités. Les impressionnantes scènes réalistes de chaos ont pour contrepoint des moments élégiaques et un regard sans tabou sur les traumas des jeunes victimes. Le pessimisme dépité du propos fit que le film fut mis de côté pendant des décennies. BR UK

Gemini man (Ang Lee, 2019) 0
Un tireur d'élite des services secrets US prêt à la retraite est poursuivi par son propre clone rajeuni de vingt-cinq ans. Le scénario, thriller formaté à courses et bastons, n'a aucun intérêt et engloutit le véritable sujet, passionnant celui-là, de la rencontre avec soi-même. Le digital donne en miroir à Will Smith quinquagénaire le visage de ses 25 ans et l'effet est fascinant. Un sujet et une technologie au service de la mauvaise histoire. BR FR 

Un drôle de paroissien (Jean-Pierre Mocky, 1963) **
Parce qu'il sont pauvres, le fils d'une famille aristocrate ruinée de la Place des Vosges pille les troncs des églises parisiennes en toute bonne conscience. Bourvil est formidable en escroc dévot, entouré d'acteurs impayables (Jean Poiret, Francis Blanche, Jean Tissier....) dans cette comédie dont la subversion est tempérée par le ton bon enfant. L'Eglise et la Police en prennent pour leur grade mais sur un mode bienveillant. BR FR

Création / Creation (Jon Amiel, 2009) 0
En 1858, entre la religiosité de sa femme et sa douleur d'avoir perdu une fille, Charles Darwin (Paul Bettany) peine à terminer la rédaction de "De l'Origine des Espèces". J'ignorais les difficultés de concentration de Darwin sur son grand ouvrage et c'est un sujet intéressant mais ce pensum le plombe en une interminable succession de scènes dépressives, agrémentées du fantôme de la gamine avec son père. Complètement raté. BR UK 

Mandy (Panos Cosmatos, 2018) *
Un couple vivant dans une maison forestière est agressé par une secte qui enlève la femme. Le mari s'en occupe. Le thème rebattu de la vengeance est prétexte à une démonstration de mise en scène pop et d'effets gores et psychédéliques. Ca fonctionne sur la première heure, moins sur la seconde qui se prend les pieds dans l'outrance et la citation. Mais l'ensemble est plutôt original. Nicolas Cage se dépasse dans la démesure, c'est dire. BR FR  

Masques de cire / Mystery of the wax museum (Michael Curtiz, 1933) **
Un sculpteur défiguré vole des cadavres pour les transformer en figures de cire dans son musée. Ce classique de la vague d'Horror des Thirties bénéficie, à part la mise en scène toujours juste de Curtiz, d'une histoire morbide à souhait, des décors du musée et du labo, d'une excellente scène d'incendie et de Lionel Atwill, Fay Wray et Glenda Farrell en journaliste grande gueule. Et surtout, d'un Technicolor bichrome superbement restauré. BR US

La cité de l'indicible peur (Jean-Pierre Mocky, 1964) ***
Un inspecteur (Bourvil) traque un faux-monnayeur dans une petite ville d'Auvergne au moment où une bête légendaire, la Bargeasque, la terrorise. Géniale et hilarante du début à la fin, une comédie policière qui est surtout un festival de personnages extravagants embarqués dans des situations absurdes. Le casting hors-pair (Jean Poiret, Francis Blanche, Jean-Louis Barrault, Victor Francen...) est dirigé de main de maître. Un chef-d'oeuvre. BR FR

Capitaine Kronos : tueur de vampires / Captain Kronos: Vampire hunter (Brian Clemens, 1974) **
Dans l'Angleterre rurale de 1820, un ex-soldat et son acolyte traquent des vampires qui sucent la jeunesse de leurs victimes. L'un des derniers films de la Hammer historique renouvelle avec originalité le mythe du vampire en en faisant des vieillards en quête de leur beauté fanée. Kronos (Horst Janson) est assez Seventies, il y a des bagarres au sabre, Caroline Munro en pépée plantureuse et des momies fripées. Une fin de race assez sympathique. BR US 

Invisible man / The invisible man (Leigh Whannell, 2020) *** 
Une jeune femme abusée quitte son compagnon qui la retrouve et la harcèle, rendu invisible par une combinaison high-tech. Le personnage classique de l'Homme Invisible est ingénieusement transposé dans le contemporain avec ce thriller très efficace au suspense suffocant (la mise en scène utilise le vide à merveille) et au thème de société brûlant (#MeToo et les violences aux femmes). Elisabeth Moss est encore exceptionnelle. BR UK

7 juin 2020

Films vus par moi(s): juin 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Le démon est mauvais joueur / Return from the ashes (J. Lee Thompson, 1965) 0
Revenue de Dachau, une femme réalise que son gigolo de mari l'avait épousée pour son argent et qu'il a une liaison avec sa belle-fille. Un mélo-thriller de mauvais goût qui part de l'Holocauste pour raconter une banale histoire de cupidité et de duplicité. Dans un Paris de studio, Ingrid Thulin joue la revenante sans conviction en donnant la réplique à Maximilian Schell et Samantha Eggar, tous deux catastrophiques. Un interminable navet. BR US 

La rage au coeur / To sleep with anger (Charles Burnett, 1990) ***
A Los Angeles, une famille afro-américaine accueille un énigmatique ami lointain dont la présence va briser l'équilibre. Une chronique familiale et de voisinage dont les péripéties classiques sont sublimées par les signes issus de la superstition et du folklore. Cela apporte au film une étrangeté tranquille, fortement symboliste. Le propos n'est pas politique, la communauté étant le terrain mais pas le sujet. Danny Glover est exceptionnel. Belle découverte. BR UK

Coeur de Lilas (Anatole Litvak, 1932) **
A Paris, un inspecteur qui enquête incognito s'éprend d'une prostituée suspectée de meurtre. Un mélodrame qui prend le temps de décrire la faune de la Zone, des hôtels borgnes et des guinguettes et fourmille d'idées de mise en scène qui dynamisent la narration. La casting est formidable : André Luguet, Jean Gabin, Fréhel, Fernandel en débutant et la tragique Marcelle Romée, aux airs de Marlene Dietrich. Et vu ce casting, on y chante. Alors ! DVD Z2 FR

Mutations / The freakmaker / The mutations (Jack Cardiff, 1974) **
A Londres, un professeur de biologie qui tente d'hybrider des humains et des plantes s'adjoint les services d'un employé d'un cirque de monstres. Dans le rôle du savant fou, Donald Pleasance joue, c'est rare, en retenue et laisse toute la place aux vrais handicapés physiques qui reprennent les codes de Freaks (Tod Browning, 1932). Ca donne un film bizarre, entre Pop Seventies et Exploitation, camp et obscénité. Une vraie curiosité, 100% de son époque. BR FR

Avatar (James Cameron, 2009) **
Sur la planète Pandora exploitée par la Terre, un marine paralysé est dupliqué en un humanoïde autochtone et découvre la culture et la lutte des Na'vis. L'univers artistique de Pandora, jungle fantasmatique baignée du bleu cher à Cameron, et ses créatures restent un formidable étonnement visuel, triomphe des effets spéciaux, mais qui affadit terriblement les scènes militaires. Avec un intéressant message sur la pensée systémique. BR FR (revu en 2D, je me souviens que la 3D en salle ajoutait au spectacle)

La villa (Robert Guédiguian, 2017) ***
Dans la calanque de Méjean à Marseille, une fratrie de trois (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan) se retrouve auprès du père paralysé. Dans une mise en scène sereine, un drame familial qui est aussi et surtout un essai sur le temps qui passe en force et auquel il s'agit de s'adapter, pour soi et pour les autres. Tout le monde doit pouvoir se retrouver là-dedans. Un flashback inattendu au milieu du film est miraculeux. BR FR 

La grande bouffe / La grande abbuffata (Marco Ferreri, 1973) ***
Quatre amis quinquagénaires s'enferment dans une demeure pour bâfrer et invitent la maîtresse de la maternelle d'à côté et quelques putes. Avec le temps, le scandale s'est éteint mais le pouvoir satirique et subversif du film restent intacts, construits sur le comique hénaurme de l'outrance et du dégoût. Piccoli, Mastroianni, Noiret et Tognazzi sont sensationnels, comme Andréa Ferréol dans un rôle inoubliable. Procto-politiquement incorrect. BR DE   

Le chanteur de jazz / The jazz singer (Alan Crosland, 1927) **
Le fils d'un chantre juif part faire carrière à Broadway au dam de ses vieux parents. Le film est resté dans l'histoire comme celui qui fit basculer le cinéma du muet au parlant (c'est en fait un hybride muet-sonore-parlant). C'est aussi un mélodrame filial archétypal ponctué d'excellentes chansons qui rappellent le magnétisme de sa star, Al Jolson. Le revoir aujourd'hui avec ses scènes de blackface est une toute autre histoire. Mais il faut le revoir. BR FR

Histoire de Judas (Rabah Ameur-Zaïmeche, 2015) *
L'amitié de Judas et de Jésus dans leurs derniers mois. Fortement inspiré par "L'Evangile selon Saint-Matthieu" de Pasolini dans son réalisme physique forcené des personnages et des paysages (les Aurès algériens) et très beau dans ses lumières et compositions, ce film contemplatif retourne l'histoire de Judas dans un révisionnisme intéressant mais douteux. Un cinéaste arabe qui bouscule les juifs et les chrétiens, ça peut faire tiquer. DVD Z2 FR

Roubaix, une lumière (Arnaud Desplechin, 2019) **
Autour de Noël à Roubaix, un commissaire local et un jeune inspecteur gèrent le quotidien et enquêtent sur un incendie et un meurtre sordide. Inspiré d'un documentaire de 2008 sur la même affaire, un film d'atmosphère et de personnages perdus dont le misérabilisme est superbement rééquilibré par le travail sur la lumière et la musique. Roschdy Zem, Sara Forestier, Léa Seydoux et Antoine Reinartz sont parfaits. Une tranche de (sale) vie. BR FR

The lure / Corki dancingu (Agnieszka Smoczynska, 2015) **
A Varsovie, deux soeurs sirènes sorties de l'eau et engagées dans un club retrouvent leur nature carnassière. Ce mélange un peu frappé de fantastique, de musical, de comédie et de mélodrame sur fond d'activisme féministe est trop décousu pour l'emporter mais est truffé d'idées et d'images originales. C'est gore et kitsch à la fois et rappelle dans son esprit le "Morse" suédois de 2008. Les numéros musicaux sont foutraquement chouettes.  BR UK

Le chant du loup (Antonin Baudry, 2019) **
Un jeune sous-marinier brestois à l'ouïe sur-developpée écoute les sons des bâtiments militaires dans l'Océan au moment d'une escalade nucléaire. Porté par un score aux accents épiques, un bon thriller en huis-clos qui respecte les codes du film de sous-marin en prenant le temps de s'attacher à son personnage principal (François Civil, toujours bien) et décrire pour les ignorants le protocole d'usage de l'arme atomique. On ne s'ennuie donc pas. BR FR

The Queen (Frank Simon, 1968) ***
Documentaire sur le 1967 Miss All-America Camp Beauty Contest à New York. Deux ans avant Stonewall, une formidable capsule temporelle qui immortalise la naissance de la culture Drag sous les yeux des papes du Pop Art. Menés par l'icône queer Flawless Sabrina, les jeunes participants au concours de beauté se racontent et se préparent avant de monter sur scène. C'est drôle, énergique et touchant en plus d'être un morceau d'histoire. BR US

Un enfant dans la foule (Gérard Blain, 1976) **
Entre l'Occupation et l'après Libération, un jeune adolescent rejeté chez lui trouve un semblant de réconfort auprès d'hommes. Ce film autobiographique de Gérard Blain est influencé par le cinéma de Bresson : écriture austère, séquences disjointes, absence de jugement et jeu désaffecté des acteurs. Un essai très personnel, cruel et lucide, sur la résilience d'un garçon abandonné à lui-même qui résonne un peu comme un exorcisme. YouTube

Goltzius et la Compagnie du Pélican / Goltzius and the Pelican Company (Peter Greenaway, 2012) 0
En 1590, le graveur néerlandais Hendrick Goltzius fait jouer par son équipe six scènes érotiques de l'Ancien Testament pour un potentiel mécène. Le concept et la mise en scène qui hybrident théâtre et cinéma peuvent avoir leurs charmes, comme les acteurs qui montrent leur cul. Mais l'outrance baroque, les obsessions de Greenaway et les commentaires hystériques face caméra finissent par devenir insupportables et j'ai accéléré.  BR UK