1 novembre 2022

Films vus par moi(s): novembre 2022


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais / NS ne sait

Vaudou / I walked with a Zombie (Jacques Tourneur, 1943) ***
Chez des colons d'une île caraïbe, une infirmière réalise que la jeune femme cataleptique dont elle s'occupe est frappée d'un sort vaudou. Chef-d'oeuvre d'horror atmosphérique, l'un de joyaux désespérés des productions Val Lewton fait s'affronter les cultures des occupants et des insulaires, de la raison et de l'irrationnel. Les images aussi inquiétantes que lyriques culminent dans la sublime séquence nocturne dans la sucrière au son des tambours. BR DE  

La machine à explorer le temps / The time machine (George Pal, 1960) ***
Le 31 décembre 1899, un inventeur londonien se propulse dans sa machine à explorer le temps jusqu'en 802 701. Une fois par décennie, je revois ce film qui m'avait tant impressionné enfant. Les Morlocks dans la lueur des allumettes, le sirènes du Sphinx, Weena qui sourit, la Machine Art Nouveau, la virilité de Rod Taylor et les trois livres qu'il a emportés continuent à me transporter. Mais le temps a passé et le sentiment a pris en gravité. BR US

Les sept femmes de Barbe-Rousse / Seven brides for seven brothers (Stanley Donen, 1954) ***
Dans l'Oregon, six frères célibataires s'emparent de six jeunes femmes du village de l'épouse de leur aîné. Inspiré par l'enlèvement des Sabines, un Musical rural dont le propos, dans le contexte contemporain, peut faire grincer des dents. Mais le dynamisme des chansons et des chorégraphies - l'athlétique séquence de la grange est exaltante - emporte tout, comme le Technicolor des décors peints et le casting mené par Howard Keel et Jane Powell. BR US

Licorice pizza (Paul Thomas Anderson, 2021) **
En 1973 à L.A., un collégien de quinze et une stagiaire de vingt-cinq ans sympathisent et s'associent en affaires. Un chronique californienne tendre et généreuse qui déroule comme ça, entre la rencontre et le baiser, des péripéties plutôt absurdes et amusantes à l'intérêt entièrement construit sur la mise en scène - cf. la première séquence, formidable - et la présence à l'écran de ses deux jeunes acteurs, Alana Haim et Cooper Hoffman. BR FR

Alice et le maire (Nicolas Pariser, 2018) **
Las et hésitant à se présenter à l'investiture socialiste à la présidentielle, le maire de Lyon embauche une jeune philosophe pour l'aider à remettre ses idées en place. Sur un sujet qui pourrait être du 17e siècle, l'étude bien contemporaine de la pensée devenue communication en politique. Le film est intelligent et touchant, par sa mise en scène épurée et la justesse de Fabrice Luchini - en retenue - et d'Anaïs Demoustier, toujours parfaite. BR FR

The Crown, Season 5 (Peter Morgan, 2022) **
De l'incendie de Windsor au divorce de Charles et Diana, la decas horribila de la famille royale. Portée par une musique funèbre, la 5e saison est plus sombre que les autres, concentrée sur les conflits intimes de ses quelques personnages choisis. Mais l'idée géniale de panacher moments connus de tous et confidences de trou de serrure fonctionne à plein, même si Imelda Staunton ressemble moins à la Reine d'Angleterre qu'à l'Impératrice de Chine. Netflix

L'équipée sauvage / The wild one (Laslo Benedek, 1953) *
Menée par un séduisant taiseux, une bande de motards en blouson noir chahute une petite ville américaine tranquille. L'importance historique sociétale du film est indéniable, Marlon Brando est vraiment charismatique et certaines images et attitudes sont passées à la postérité. Mais les rebelles à la moto et à la Bud d'hier semblent de bons garçons et leurs méfaits bien désuets 70 ans plus tard. La force d'origine est perdue. BR UK  

Les voyages de Gulliver / The 3 worlds of Gulliver (Jack Sher, 1960) 0
Un médecin naufragé échoue sur une île peuplée de lilliputiens puis une autre de géants. Cette adaptation du roman satirique de Swift, bien trop bavarde pour les enfants et bien trop infantile pour les adultes, ennuiera tout le monde. Les trucages des tailles sont bons mais les effets répétitifs - caméra en plongée ou contre-plongée - et Ray Harryhausen n'anime qu'un malheureux crocodile. Reste la partition de Bernard Herrmann. BR UK

Guy (Alex Lutz, 2018) ***
Un jeune documentariste suit au quotidien un ancien chanteur populaire des années 70-90 qui s'est retiré dans le Var mais tourne encore un peu. Pas du tout un film de nostalgie pop mais une chronique mélancolique sur le temps qui passe, les souvenirs qu'il laisse et les chemins qu'il referme. Alex Lutz est assez incroyable dans le rôle de l'artiste désabusé qui parle à son interlocuteur face caméra. Une élégie qui fait du bien et du mal. DVD Z2 FR

Cherchez la femme (Sou Abadi, 2017) **
Devenu islamiste, le frère d'une étudiante de Sciences-Po refuse qu'elle voie son copain. Celui-ci a l'idée de se cacher sous un niqab pour la retrouver, sans imaginer qu'il va séduire le frère. Il y a du "Some like it hot" chez les intégristes musulmans dans cette comédie vraiment drôle sur les idéologies et les apparences. Et par l'humour des situations, l'audace d'un regard léger sur un sujet sérieux. Félix Moati est excellent sous son voile. DVD Z2 FR

Qui tire le premier ? / A time for dying (Budd Boetticher, 1969) **
Un jeune homme et une jeune fille qu'il a sauvée d'un bordel partent à cheval vers le ranch du père du garçon. Le dernier film de Boetticher, produit par Audie Murphy - qui fait une apparition dans une belle scène -, est un western à tout petit budget dont le scénario est incertain et l'acteur principal - Richard Lapp - épouvantable. Et pourtant, il se dégage du film un charme indicible, par son humour maladroit et sa mélancolie. BR UK

Section d'assaut sur le Sittang / Yesterday's enemy (Val Guest, 1959) **
En Birmanie en 1942, le capitaine - Stanley Baker, solide - d'une patrouille britannique qui s'est emparée d'un village expérimente à ses dépends l'amoralité de la guerre. Un film de la Hammer qui ose mettre en miroir et à froid les exactions anglaises et japonaises. Dans le décor d'une jungle de studio luxuriante et dans une cinématographie théâtrale, l'humanité se désagrège, ouvrant sur un nihilisme étonnant pour son temps. BR UK

Chocolat (Roschdy Zem, 2016) *
Au tournant des années 1900 à Paris, l'histoire du duo de cirque Footit et Chocolat, qui créa le couple clown blanc/auguste. Le premier artiste de scène noir en France revient dans la lumière avec ce film qui bénéficie de la présence d'Omar Sy et de James Thierrée, tous deux formidables. Mais qui pâtit d'un d'un scénario et d'une réalisation académiques qui transforment le destin tragique de Chocolat/Rafael en support pédagogique. BR FR

Vampyr (Carl Th. Dreyer, 1932) ***
Descendu dans une auberge campagnarde, un jeune homme fait des rencontres et des expériences morbides. C'est l'atmosphère d'extrême inquiétude et les images génialement évocatrices - la dernière est sublime - qui frappent dans ce film d'horreur autant que d'art et de poésie noire. Tout y est somnanbulique et il faut se laisser porter par les séquences à la dynamique de cauchemar. Aussi, comme tout Dreyer, c'est parfois un peu chiant. BR UK

Les passagers de la nuit (Mikhaël Hers, 2021) **
De 1983 à 1988 à Paris, quelques jours et nuits d'une femme quittée par son époux, de ses deux ados et d'une jeune SDF qu'ils ont accueillie. Les liens d'intimité affective entre les personnages, révélés en une suite de moments impressionnistes, structurent l'histoire dont les péripéties et l'époque pourraient être toutes autres que ça serait la même chose. Charlotte Gainsbourg est parfaite et le décor du quartier Beaugrenelle insolite. BR FR 

Coach to Vienna / Kočár do Vídne (Karel Kachyna, 1966) ***
A la fin de de la Seconde guerre mondiale, une jeune fermière tchèque dont le mari a été exécuté par les allemands doit accompagner dans sa carriole deux soldats de la Wehrmacht jusqu'à la frontière autrichienne. Entièrement situé dans la brume d'une forêt sublimée par des travelings somptueux, un huis-clos à trois personnages sur les complexités morales de la vengeance. Peu est dit, peu se passe et c'est tristement magnifique. BR UK

Les reines du music-hall / Ladies of the chorus (Phil Karlson, 1949) **
Une jeune showgirl courtisée par un riche prétendant fait face à sa mère, showgirl elle aussi, qui craint pour le bonheur de sa fille. Une courte - 58' - comédie musicale qui offre à Marilyn Monroe, 22 ans et radieuse, son premier grand rôle et deux chansons. Elle s'en sort à merveille, laissant même parfois paraître l'aura de la star qu'elle deviendra quelques années plus tard. Une série B à la fois historique et sympathique comme tout. DVD Z2 FR 

Il buco (Michelangelo Frammartino, 2021) **
En 1961 en Calabre, un groupe de spéléologues explore le gouffre du Bifurto, qui se révèlera l'un des plus profonds du monde. Au-dessus, un vieux berger fait paître ses vaches et la nature suit son cours imperturbable. Filmé in situ, le film nous plonge avec les explorateurs dans l'abysse vertical et les pâturages, sans un mot, sans une musique. Les images sont magnifiques et l'expérience, si on la goûte, presque métaphysique. BR UK

The amusement park (George A. Romero, 1973) **
Espérant trouver de la distraction et de la compagnie dans un parc d'attraction, un septuagénaire déchante. Commandé par les services sociaux luthériens pour alerter sur l'invisibilité et la discrimination indigne des personnes âgées, ce moyen métrage de 52' a vite été mis de côté avant sa redécouverte cinquante ans plus tard. C'est du Romero pur jus : mise en scène claustrophobique, horreur sociale, tristesse infinie. Percutant. BR UK