1 mars 2026

Films vus par moi(s): mars 2026


**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * médiocre / 0 mauvais

Une Parisienne (Michel Boisrond, 1957) *
La fille du Président du Conseil s'entiche du séduisant chef de cabinet de celui-ci, qu'elle rend jaloux avec un roi en visite officielle. Une comédie de moeurs désuète sans autre intérêt que Brigitte Bardot qui s'y montre sous toutes les coutures que la censure de l'époque pouvait tolérer. Il ne tient que grâce à elle dont le maintien, les mouvements, la voix et le phrasé sont irrésistibles. A ses côtés, Henri Vidal essaye peu et Charles Boyer n'y croit pas une minute alors dès que Bardot n'est pas à l'écran, on s'ennuie ferme. Avec cependant une très chouette image finale. BR FR Coin de Mire

Tarzan et sa compagne / Tarzan and his mate (Cedric Gibbons, 1934) ****
Jane et Tarzan rencontrent une expédition en quête de l'ivoire du cimetière des éléphants. Le deuxième titre dans la série des Tarzan avec Johnny Weissmuller est bien le meilleur par son dynamisme, son usage du décor et l'étonnant sadisme de certains moments, au politiquement incorrect à remettre en contexte. Et surtout, il y a le charisme fou du naturel de Maureen O'Sullivan et la présence physique de Weissmuller en pagne. Presque un siècle plus tard, leurs scènes ensemble restent le sommet de l'érotisme au cinéma juste avant l'application du pudibond Code Hays. BR US Warner Archive

Filles sans joie / The weak and the wicked (J. Lee Thompson, 1954) **
Incarcérée à tort, une femme élégante découvre la prison et l'amitié de ses co-détenues. Les films de femmes en prison étant mon péché mignon j'attendais de l'outrance avec garces et matonnes mais j'ai vu un film posé qui traite ses personnages avec respect et bienveillance. Si le récit par vignettes en flashbacks est assez décousu, le tout se laisse voir avec plaisir pour Glynis Johns et la magnétique Diana Dors, toutes deux formidables dans des personnages très différents. A mettre en double-bill avec Femmes en cage/Caged (1950), son total opposé. BR UK StudioCanal

Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais... elle cause (Michel Audiard, 1970) *
Ayant découvert leurs petits secrets, une femme de ménage fait chanter trois de ses clients. Sur un scénario mince comme tout, des dialogues un peu faciles et une réalisation anonyme, un festival d'acteurs en roue libre menés par Annie Girardot qui trouve là la vulgarité calculée de sa seconde partie de carrière. Bernard Blier, Mireille Darc, Sim, Jean-Pierre Darras... c'est plutôt sympathique de les retrouver dans une comédie bébête sans autre ambition que de les rassembler pour faire rire le public pompidolien. Alors rien que pour revoir 1970 d'aujourd'hui. BR FR Gaumont

John Henry (Mark Henn, 2000) ***
Un ex-esclave herculéen aide des camarades ouvriers à poser des rails de chemin de fer et percer un tunnel. Une intéressante adaptation en court-métrage animé Walt Disney d'un conte folk américain. Étonnamment anachronique pour 2000 - le style et l'esprit de ces 10' semblent tout droit sortis d'un film des 1940s/1950s - et réalisé par l'animateur d'Ariel, Belle, Jasmine et Pocahontas, l'animation est des plus réussies et la fin inattendue. Au filtre du masculinisme galopant d'aujourd'hui, celle-ci prend d'ailleurs une tournure involontairement ironique et savoureuse. YouTube 

Les rayons et les ombres (Xavier Giannoli, 2026) ***
Pendant l'Occupation, l'histoire tuberculeuse du patron de presse Jean Luchaire et de sa fille actrice Corinne. Raconté en flashback par la jeune femme brisée après la guerre, un film qui ose un regard froidement empathique - à la Lacombe Lucien - de deux collaborateurs inconséquents conspués et condamnés à raison et à tort dès la Libération. Les 3h15 passent vite grâce à un scénario lugubre bien huilé, à la restitution de l'époque et aux acteurs et ce malgré une réalisation trop académique. L'effet miroir du présent, parfois lourdaud, est vraiment intéressant. Cinéma

Train dreams (Clint Bentley, 2025) 0
La vie d'intermittent d'un bûcheron (Joel Edgerton monolithique) dans les années 1900 dans l'état de Washington. Enfin, c'est surtout ses questionnements sur la vie en général et ses malheurs dans une interminable pleurnicherie à voix chuchotantes. Les images des paysages minutieusement composées sont belles comme des peintures enrobées de musique sirop, l'Existentialisme appuyé en voix off de peur qu'on ne comprenne et le tire-larme à larigot. Le pire du cinéma d'auteur contemporain avec tous ses tics en toc. Abandonné au bout d'1h. Netflix 

Un jeune homme de bonne famille (Sébastien Lifshitz, 2026) **
Racontée par lui-même, le retour sur sa vie débridée d'un homme gay de 80 ans des pissotières à Internet, de la Comédie Française au porno. C'est tout un pan de histoire de la société lgbtq des années 1950 à aujourd'hui qu'évoque Claude Loir à travers son histoire singulière faite d'envies et d'occasions toujours assumées. La caméra filme avec tendresse les expressions désarmantes du personnage et le micro capte sa belle voix calme dans un portrait solaire qui laisse de côté les inévitables parts d'ombre. Le beau dessin d'un être qui semble aussi candide que sympa. Arte TV

Je suis frigide... Pourquoi ? (Max Pécas, 1972) **
Violée vierge, Doris monte à Paris pour s'essayer au sexe avec des hommes et des femmes. Se rendant compte qu'elle n'aime pas l'amour, elle consulte. Sandra Jullien est très belle et bien en oie blanche dévergondée dans ce film érotique typique des années 70 avec ses ambitions de scénario et de production et ses scènes de soft-porn au filtre flou. Il y a un peu de Laclos et de Sade dans l'esprit et la direction artistique met le paquet sur la déco Seventies, un régal. La résolution, moralement inacceptable, serait impensable aujourd'hui. Viva Max Pécas. BR FR LCJ

Topaze (Marcel Pagnol, 1951) ****
Renvoyé par sa direction, un instituteur intègre et naïf se retrouve prête-nom pour des escrocs en col blanc. Adapté de sa pièce par l'auteur, une charge sur les corruptions et les magouilles cupides des individus et des institutions privées et publiques, soit tout le monde. La satire est d'une précision clinique, souvent très drôle, toujours très bien vue et plus que jamais d'actualité dans ses dialogues ravageurs. C'est aussi un festival Fernandel qui y déploie tout son talent comique et dramatique en juste comme en roué, entouré d'un casting aux petits oignons. DVD FR CMF-MPC 

28 ans plus tard / 28 years later (Danny Boyle, 2025) ***
Entrainé par son père, un garçon de douze ans découvre les zombies sanguinaires qui occupent le territoire au large de leur île refuge. Vingt ans plus tard, un reboot des infectés de 2003 et 2007 qui en conserve le style épileptique des attaques tout en réorientant l'histoire autour d'un coming of age de post-Apocalypse. Malgré la roublardise affichée - hard-rock, Brexit, dernière scène putassière au possible - l'énergie, la violence gore et certaines images fortes - les crânes - en font un spectacle d'une morbidité aussi perturbante que distrayante. Dans le genre, c'est pas mal du tout. BR FR ESCD 

Le Schpountz (Marcel Pagnol, 1938) ****
En Provence, un sympathique bénet qui se croit appelé à une carrière de star de cinéma est victime d'une blague professionnelle à laquelle il mord. Une formidable satire du milieu du cinéma et du destin portée par un scénario à la fois cruel, tendre et drôlement malin dans ses méandres. Les dialogues brillants et profonds derrière leur légèreté de surface sont sublimés par un Fernandel au sommet de son art de l'expression et du verbe. Un des grands films français des années Trente. DVD FR CMF-MPC   

Adieu poulet (Pierre Granier-Deferre, 1975) **
A Rouen, un commissaire et son adjoint essayent de faire tomber un candidat à la mairie véreux. Un film typique des années 70 françaises dans l'esprit et le style et c'est ce qui fait son charme parce que l'intrigue faiblarde ne suffirait pas. Mais au-delà du charme, il y a le plaisir inaltérable de voir ensemble Lino Ventura en vieux loup et Patrick Dewaere en jeune chien, deux acteurs aux personnalités et jeux si différents dont l'attelage fonctionne pourtant à merveille. BR FR Rimini Editions

L'homme qui rétrécit (Jan Kounen, 2025) **
Suite à un phénomène inconnu, un homme se met à rétrécir sans fin. Le remake français du livre de Matheson et du film d'Arnold - deux chefs-d'oeuvre - est bien fait mais sans surprise. Il est plus intéressant si on le prend comme une métaphore d'un homme qui vieillit, en l'occurence Jean Dujardin quinquagénaire. J'ai vu la version Director's Cut où Kounen explique en intro qu'elle a été modifiée pour le cinéma parce que le public test ne suivait pas et qu'ils ont été obligés de mettre une voix off pour expliquer les pensées existentielles du personnage. Ça, c'est terrifiant. BR FR Universal 

La maison des Bories (Jacques Doniol-Valcroze, 1970) *
Un étudiant allemand venu traduire le travail d'un géologue austère dans sa maison de campagne et la femme du chercheur s'éprennent l'un de l'autre. Si c'était un film des années 1930/1940 le charme du noir et blanc, des stars et de la suggestion aurait fonctionné mais après 1968, une histoire d'amour platonique traitée au roman-photo sur du Mozart comme celle-là semble terriblement anachronique et désuète et emmerde. Les belles images de la campagne de Vaucluse, Mathieu Carrère, Marie Dubois et Maurice Garrel n'y peuvent rien. BR FR Editions Montparnasse 

2 février 2026

Films vus par moi(s): février 2026


**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * médiocre / 0 mauvais

The last winter (Larry Fessenden, 2006) **
Dans le désert arctique d'Alaska, une petite équipe prépare l'installation d'une station de forage pétrolier. Avec un décor et une atmosphère proches de The Thing (Carpenter, 1982), un thriller d'horror à petit budget surclassé par la mise en scène fluide et la force des images. Comme toujours chez le réalisateur l'histoire est prétexte à dénoncer le présent par la fable, ici l'irresponsabilité de l'industrie des énergies fossiles face au changement climatique et au viol des mythes ancestraux. Du cinéma fantastique engagé et terriblement visionnaire. Avec Ron Perlman. BR US Vinegar Syndrome   

La belle de Saïgon / Red dust (Victor Fleming, 1932) ****
Le régisseur d'une plantation de caoutchouc a une liaison avec la femme d'un collègue sous le regard fataliste d'une prostituée amoureuse de lui. Dans une belle jungle d'Indochine de studio, un chef-d'oeuvre du Pre-Code aux situations adultes et aux dialogues plein de savoureux sous-entendus. La tendresse inhabituelle pour tous les personnages apporte au film un supplément d'âme à ce qui n'aurait pu être qu'un véhicule pour ses deux jeunes stars formidablement érotiques : Clark Gable et Jean Harlow. Avec Mary Astor aussi, parfaite comme toujours. BR US Warner Archive 

Substitution / Bring her back (Danny & Michael Philippou, 2025) ***
Après le décès de leur père, un garçon de 17 ans et sa jeune soeur mal voyante sont placés chez une mère d'accueil (Sally Hawkins) traumatisée par la mort de sa propre fille. Après l'excellent "La main" en 2022, les jumeaux Philippou prouvent qu'ils comptent dans l'horror contemporaine avec ce film viscéral sur le deuil parental psychotique qui choque par la jeunesse de ses personnages plongés dans la folie et le gore. Mais dans le genre, c'est une réussite par l'efficacité de la mise-en-scène et la profondeur du fond. L'avertissement est cependant nécessaire. BR FR ESCD   

Je suis le seigneur du château (Régis Wargnier, 1989) **
Un châtelain veuf recrute une gouvernante (Dominique Blanc) pour s'occuper de son fils. Quand elle s'installe avec son propre fils, la défiance et la guerre sont déclarées entre les deux garçons. Un étrange film qui utilise les paysages du Finistère (Monts d'Arée, chaos d'Hulgoat, la forêt dévastée par la tempête de 1987) et une mise en scène d'un lyrisme d'opéra pour créer un conte cruel sur les angoisses et le sadisme compétitif des enfants, comme dans une scène pivot avec les deux gosses. Mais le casting de Jean Rochefort est une erreur presque fatale. BR FR LCJ Editions

Un autre homme (Lionel Baier, 2008) **
En Suisse, un garçon qui devient petit journaliste de cinéma sans rien y connaitre à une relation trouble avec la critique d'un grand journal de Lausanne. Un film intime et fluide sur un arriviste par accident qui se fait sa place sans en avoir l'air. Tout repose sur la mise en scène aux effluves de Nouvelle Vague et de l'acteur Robin Harsch dont la caméra explore avec une ambiguïté très sensuelle le corps et l'excitant visage. Le personnage n'est pas sympathique du tout mais on sent bien qu'il ira loin, sorte de Rastignac de canton à la fois hétéro et queer, comme le film. DVD FR Epicentre Films  

Hamnet (Chloé Zhao, 2025) **
Mariés après s'être trouvés physiquement et intellectuellement, William et Agnès Shakespeare s'éloignent l'un de l'autre après la mort de leur jeune fils Hamnet. Un très beau film, trop, sur le deuil dans un couple face à la perte d'un enfant et sur la puissance du don. La reconstitution d'époque, austère et juste, et la présence de la Nature et de ses forces mystérieuses est assez fascinante mais l'émotion bizarrement m'a tenu à distance, sans doute par la pudeur démonstrative du traitement, formaté pour l'Oscar. Oui, Jesse Buckley est extraordinaire en mère dévastée. Cinéma

Fortunat (Alex Joffé, 1960) ***
En 1942, un péquenot de village conduit et installe à Toulouse une grande bourgeoise de Paris et ses deux garçons quand le mari résistant est capturé. L'outrance du fossé entre les deux personnages pourrait être ridicule si le scénario n'était aussi bien ficelé et les acteurs moins impliqués. Mais Bourvil et Michèle Morgan sont magnifiques, Gaby Morlay et Rosy Varte aussi et le jeune Frédéric Mitterrand étonnant de naturel. Avec la guerre et ses drames humains en fond d'écran, le film est à la fois dur et d'une humanité touchante. Une belle découverte, inattendue. DVD FR René Chateau

6 janvier 2026

Films vus par moi(s): janvier 2026


**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * médiocre / 0 mauvais

L'affaire Bojarski (Jean-Paul Salomé, 2026) **
Dans les années 50 et 60, le jeu du chat et de la souris entre un commissaire et un faussaire de billets génialement doué et secret. Autour d'un personnage à la personnalité et à la rigueur fascinantes, un pur film de narration et d'acteurs qui recrée avec brio un étonnant fait divers et son époque. Si la réalisation est passe-partout, ce qui convient finalement bien au sujet, on apprend des choses sur la contrefaçon et Reda Kateb, Bastien Bouillon et Sara Giraudeau sont formidables. Une scène dans un bar d'hôtel entre les deux hommes est un moment magnifique. Cinéma 

L'amant de Lady Chatterley (Marc Allégret, 1954) **
Un riche industriel impuissant demande à sa femme choquée de se faire faire un enfant par un tiers pour avoir un héritier. Elle et leur garde-chasse couchent et s'éprennent l'un de l'autre. La première adaptation du roman sulfureux de Lawrence est un bel exemple de classicisme français des années 50 surclassé par une charge scandaleuse qui reste encore active. Danielle Darrieux est comme toujours parfaite et Erno Crisa sexy mais plus léger. Leurs scènes dont la rencontre sont des moments de tensions sensuelle rare dans le cinéma de l'époque. Pas mal du tout. DBD Z2 FR Solaris

When Evil lurks / Cuando acecha la Maldad (Demián Rugna, 2023) ****
Dans la pampa argentine, deux frères luttent contre une force maléfique qui contamine les habitants. Un éprouvant film de possession qui, chose rare, propose un regard différent par son approche naturaliste du contexte et des événements. Plusieurs scènes épouvantables ramènent sans crier gare au film de genre ce qui pourrait être autrement une chronique sociale ou familiale. Le scénario et la mise en scène au cordeau créent une tension soutenue qui jamais ne se relâche. Une oeuvre singulière qui appartient au meilleur de l'horror contemporaine. BR FR Factoris Films

Wendigo (Larry Fessenden, 2001) **
Suite à un incident avec un cerf, une famille de trois en week-end dans les Catskills est sérieusement embêtée par un chasseur local. Entièrement orienté du point de vue du petit garçon, un film intimiste qui se pare de quelques éléments fantastiques - la légende indienne de la créature humanimale du Wendigo - pour explorer l'incompréhension des enfants face aux comportements des adultes. Fidèle à son esprit et style, Fassenden surclasse son petit budget par le sens du cadre, d'inventifs effets visuels et l'humanité touchante de ses personnages. BR US Vinegar Syndrome