2 janvier 2016

Films vus par mois(s) : janvier 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

45 ans / 45 years (Andrew Haigh, 2015) **
Au moment de célébrer leurs 45 ans de mariage, un couple septuagénaire traverse une crise de confiance. Le passé qui ressurgit (au sens propre) affecte Tom Courtenay et Charlotte Rampling dans ce film intimiste et tout en retenue - peut être un peu trop - qui se concentre sur les visages de ses deux acteurs pour évoquer la confusion des émotions. La mise en scène discrète réserve quelques splendides moments (les scènes du grenier). BR UK

Beyond the valley of the dolls (Russ Meyer, 1970) *
Trois filles d'un groupe pop provincial débarquées à L.A. s'immergent dans la vie dissolue des beautiful people. Un film bancal et foireux, à la fois satire, mélo, musical, softcore, postmoderne... et moral, aux personnages outrés dans des situations qui repoussent les tabous de ce qu'un studio (la Fox) pouvait produire à l'époque. Rien ne fonctionne vraiment mais la charge explosive est sympathique et la dernière demi-heure est géniale de délire. BR UK

Backcountry (Adam MacDonald, 2014) *
Un jeune couple parti faire du trekking dans la forêt canadienne est pourchassé par un ours noir. Rien de plus, rien de moins. Quelques scènes - récurrentes - de bruits inquiétants autour de la tente créent une certaine tension mais la linéarité du scénario et une ou deux stupidités comportementales du garçon rabaissent le film au niveau du produit de série. Une lecture intéressante serait d'y voir une satire du machisme. BR Allem

Le triomphe de la volonté / Triumph des Willens (Leni Riefenstahl, 1935) ***
En termes historiques et cinématographiques, ce document sur le congrès du Parti National Socialiste à Nuremberg en 1934 et à la gloire d'Hitler est une oeuvre essentielle qui exploite toutes les possibilités du cinéma d'alors dans une fusion épuisante de montage, de lumière et de son (ces discours hurlés !) qui assaille les sens du spectateur. Le fond de propagande, quand on connaît la suite, est glaçant comme la plongée dans un abîme. BR US

Valley of Love (Guillaume Nicloux, 2015) ***
Isabelle Huppert, toute en contrôle et Gérard Depardieu, tout en intuition, sont fascinants à observer dans ce film inclassable autour d'un couple séparé qui se retrouve dans Death Valley à la demande posthume de leur fils suicidé. Les thèmes du deuil et de l'espérance se panachent avec ceux du vieillissement et du statut de l'acteur jusqu'à un final qui ose le fantastique métaphysique. Un conte original qui appartient à 100% à ses deux stars. BR Fr

Exodus: Gods and Kings (Ridley Scott, 2014) *
Ce n'est pas l'histoire qui pêche car Moïse et L'Exode sont pain bénit pour le lyrisme et la stupeur, et le point de vue est intéressant (Moïse - Christian Bale - comme chef de guérilla) mais c'est le déséquilibre entre la première moitié, pompeusement bavarde et la seconde (à partir des Plaies d'Egypte), dynamique et pleine d'images grandioses en CGI. Le film est par ailleurs vidé de toute émotion, sans doute écrasé sous sa propre échelle. BR Fr  

C'est l'homme (Noël Herpe, 2009) *
Un quadragénaire (joué par le réalisateur) se travestit, descend dans les rues de Paris, se fait enlever par trois types et humilier/martyriser dans un bois et un village. Ce court métrage maudit de 30', interdit dans la plupart des festivals pour son fond "malsain", raconte une histoire forte autour de l'homophobie, de l'esprit de meute et du masochisme mais pâtit de son format, d'un rythme inégal et de l'amateurisme de la plupart de ses acteurs. YouTube

Balade entre les tombes / A walk among the tombstones (Scott Franck, 2014) 0
Liam Neeson, égal à lui-même en ex détective rongé de mélancolie et flingue au poing, cherche dans la nuit de Brooklyn les kidnappeurs et assassins de plusieurs femmes. Ce polar tente de jouer dans la cour de "Seven" et autres thrillers poisseux mais n'arrive pas à décoller faute à un scénario sans surprise et à une auto importance agaçante. C'est frustrant, Neeson en impose mais sa présence est diluée dans la routine du reste. BR Fr 

Boulevard (Dito Montiel, 2015) *
Le ton de tristesse monocorde du film, qui infuse le décor, la lumière et le jeu des acteurs (sans parler de l'histoire) est un handicap rédhibitoire : on s'ennuie vite de l'errance existentielle de ce sexagénaire marié et fatigué qui s'éprend platoniquement d'un gigolo de trottoir. Robin Williams, dans son dernier rôle, joue un vieux gay dans le placard avec une douleur qui, rétrospectivement, met mal à l'aise. Un film plombé et plombant. BR US

The green inferno (Eli Roth, 2013) **
Des étudiants de Columbia partis faire de l'activisme environnemental en Amazonie sont capturés par une tribu cannibale. Hommage aux classiques italiens du genre, un film aux couleurs criardes qui passe incongrument de l'horreur gore à la potacherie, qui ose montrer des yeux arrachés mais pas un téton et qui suggère des choses confuses sur la génération selfie et le capitalisme. Au final, pris comme une satire, c'est pas mal du tout. BR Fr

Went the day well? (Alberto Calvacanti, 1942) ***
En 1942, les habitants d'un village de la campagne anglaise découvrent que les soldats qu'ils ont accueillis sont une cinquième colonne allemande déguisée et prennent les armes contre eux. Cet excellent film de propagande (un modèle du genre), qui commence dans la légèreté et finit dans la violence, appelait à la vigilance et à la résistance des britanniques au moment de l'expansion du Reich. Avec une première scène très étonnante. BR UK

Au fil de l'épée / The Devil's disciple (Guy Hamilton, 1959) **
Pendant la Guerre d'Indépendance américaine dans la campagne bostonienne, un échange d'identités entre un révolutionnaire et un pasteur leur fait découvrir leur nature profonde. D'après George Bernard Shaw, un film où la comédie se mêle à l'action (et à l'animation) en se jouant des institutions (pouvoir, armée, église). Kirk Douglas, Burt Lancaster et Laurence Olivier se régalent des dialogues vifs et souvent incorrects. BR US

Pitfall (André de Toth, 1948) ***
Un assureur que son quotidien routinier déprime a une aventure avec la copine d'un escroc et y risque sa vie familiale. Sur une structure de Film Noir (sans en être un), un petit chef-d'œuvre qui dresse les portraits complexes de plusieurs personnages pris au piège de leurs frustrations. Dick Powell, Lizabeth Scott, Raymond Burr et Jane Wyatt sont excellents, la mise en scène épatante et le scénario évite avec panache le moralisme attendu. BR US

Mad Men. La saison finale (AMC Matthew Weiner, 2015) ***
Mad Men se termine comme il a commencé il y a 7 saisons, ses personnages traversant leurs aventures professionnelles et affectives sur fond de la mutation sociale des Sixties. Sur un scénario où le suggéré l'emporte sur l'asséné et où on apprend à faire avec les fêlures personnelles. Ecriture, thématiques, mise en scène, direction artistique et casting : tout aura atteint la perfection. Jusqu'à ses cyniques ultimes images. BR Fr

Scarecrows (William Wesley, 1988) 0
Quelques militaires ayant volé un magot se retrouvent aux prises avec des épouvantails vivants psychopathes. Une idée de film d'horreur pas plus bête qu'une autre est irrémédiablement gâchée par l'amateurisme de la mise en scène et des acteurs. C'est dommage parce que les épouvantails dans la nuit sont originaux et réussis et qu'il y avait un petit film bourrin sympathique en puissance. Fast forwardé quand j'ai compris que c'était cuit. BR US

Cold prey / Fritt vilt (Roar Uthaug, 2006) 0
Les cinq jeunes norvégiens partis faire du snowboard et coincés en montagne dans un hôtel abandonné où rode un tueur à piolet sont tellement cons que ce qui leur arrive n'est pas assez. Ce survival nordique à la critique étonnamment plutôt bonne est un ramassis de clichés du genre, d'effets faciles et de situations prévisibles, bénéficiant juste d'un décor (corridors vides et neige) et d'une photo assez soignés. Et il y a eu deux suites... BR Fr

The last american virgin (Boaz Davidson, 1982) *
Une production Cannon/Golan-Globus (ça met la puce à l'oreille). Un lycéen vendeur de pizza et ses deux copains courent la fille à Los Angeles. Le film a du charme, du à la sympathie des personnages (et des acteurs), plusieurs scènes sont drôles et la vulgarité facile est absente mais le scénario reste dans les voies balisées du film de pucelage, hormis sa dernière partie, inattendue. En tous cas, une vraie time capsule Eighties, BO incluse. BR UK

L'enfant miroir / The reflecting skin (Philip Ridley, 1990) *
Un été dans l'Idaho, un enfant est le témoin de scènes de mort dans son entourage proche. Le scénario qui accumule les moments et personnages morbides et énigmatiques, entièrement vus du point de vue du garçon, ne sait pas trop où il veut conduire le spectateur et le jeu des acteurs (notamment le gamin) est approximatif. Mais les plans des maisons perdues dans l'océan des blés sous le ciel azur sont d'une rare beauté plastique. BR UK

Downton Abbey. The Finale (Julian Fellowes, 2015) **
L'ultime épisode du feuilleton des maîtres et domestiques du domaine de Downton Abbey n'y va pas de main morte : 13 ans (1912-1925, répartis sur 6 saisons) de conflits personnels et collectifs y sont résolus en 90 minutes où chacun trouve son épiphanie. Tout cela semble bien fabriqué et expédié et on aurait aimé quelque développement mais bon, comment résister à une histoire qui finit par un Auld Lang Syne sous les flocons de neige ? BR UK

1 janvier 2016

Marbres

Chairs de marbre à Copenhague : Bonne Année 2016 !







25 décembre 2015

Joyeux Noël !



Divine in Female Trouble (John Waters, 1974) ***

8 décembre 2015

Films vus par moi(s) : décembre 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Goupi Mains Rouges (Jacques Becker, 1942) ***
Une famille d'agriculteurs se déchire et fait corps autour d'une morte et d'un magot caché. Cette galerie de personnages formidablement bien écrits, qui ont tous un surnom liée à une petite manie (Mes Sous, Tisane, Tonkin, Cancan, La Loi, L'Empereur, Dicton...), tourne en huis clos dans une ferme et révèle avec humour et clairvoyance des liens et des rancoeurs universels. Le casting étincelle, mené par Fernand Ledoux et un Robert Le Vigan génial. BR Fr

Susie & les Baker Boys / The Fabulous Baker Boys (Steve Kloves, 1989) 0
Un ennui insurmontable se dégage de ce film dont la première heure (je n'ai pas vu le reste) est toute entière sur le même ton monocorde, entre le personnage désabusé de Jeff Bridges, celui nerveux de Beau Bridges et la langueur feinte de Michelle Pfeiffer. L'histoire de ce duo de frères pianistes qui engage une chanteuse (très médiocre) ne décolle à aucun moment, la musique de piano bar est chiante et la mise en scène routinière. BR Fr 

How I ended this summer / Kak ya provel etim letom (Alexei Popogrebsky, 2010) 0
Dans le Grand Nord russe, une crise de confiance s'installe entre deux météorologistes (un quadragénaire, l'autre dans la vingtaine) confinés près de l'Océan Arctique. Le rude paysage et les deux bons acteurs font que le film se suit mais au final, le sentiment de malhonnêteté l'emporte, à cause des multiples situations et actions volontairement non expliquées qui confinent à la pose artistique. Un film artificiellement énigmatique, roublard. BR UK  

These final hours (Zak Hilditch, 2013) **
Un mec taiseux et une petite fille roulent à travers la région de Perth pour chercher leurs proches respectifs dans les dernières heures avant la fin du Monde. Derrière l'alibi d'un film d'Apocalypse, une ode élégiaque et funèbre aux relations humaines, tissée de clichés autant que de scènes originales et portée par la présence intense des deux acteurs principaux, improbable couple de hasard. Un petit "Melancholia" australien qui fait son effet. BR Allem 

Trois souvenirs de ma jeunesse (Arnaud Desplechin, 2015) 0
Aïe ! J'adore "Rois et reine" et "Un conte de Noël" mais celui-là, patatras. Le début promettait mais en entrant dans l'histoire d'amour de Paul et d'Esther, j'en suis sorti. Personnages insupportables, écriture et dialogues narcissiques, jeu affecté du jeune Quention Dolmaire (sorte de néo Charles Denner, il ira loin quand plus retenu) et chichitteries de mise en scène. La séquence finale avec Amalric est grotesque. Aucune affinité. BR Fr

La griffe du passé / Out of the past (Jacques Tourneur, 1947) **
Robert Mitchum est ramené aux liaisons dangereuses de son passé de détective dans ce film noir où les motivations criminelles des personnages, escrocs (Kirk Douglas) et femmes fatales (Jane Greer, Rhonda Fleming), sont aussi obscures que les zones d'ombres de la magnifique photo en N&B. La force de film archétypal repose surtout sur son utilisation expressionniste de la lumière, éclatante de sérénité, menaçante de corruption. BR US 

The homesman (Tommy Lee Jones, 2014) ***
En 1855, une pionnière (Hilary Swank) s'adjoint un vagabond (Tommy Lee Jones) pour conduire trois femmes ayant perdu la raison à travers le Nebraska. Un western crépusculaire qui présente la conquête de l'Ouest sous l'angle peu commun de l'isolement et de la folie. Le minimalisme des plans, basé sur l'horizon des plaines, créé un vide où s'inscrivent les personnages superbement écrits. Un voyage dans les ténèbres de l'Ouest. BR Fr

Le labyrinthe du silence / Im Labyrinth des Schweigens (Giulio Ricciarelli, 2014) *
A la fin des années 50 à Francfort, un jeune procureur cherche à traduire en justice d'anciens SS d'Auschwitz (dont Mengele) et réveille un passé refoulé. Le film raconte un moment charnière de la culpabilité et de la mémoire collectives allemandes et c'est très intéressant mais l'absence de toute ambition cinématographique le rabaisse au niveau d'un docudrama. Pédagogique mais pas plus, le produit parfait pour une soirée Thema d'Arte. BR Fr

Lumière ! Le Cinématographe 1895-1905 (Institut Lumière / Thierry Frémaux, 2015) ***
114 films Lumière superbement restaurés composent le programme. Certains sont illustres (La sortie d'usine, L'arrivée du train, L'arroseur, Le repas de bébé...) d'autres méconnus, tournés en France ou ailleurs. Tous signent la naissance du cinéma, documentaire surtout (les meilleurs) ou de fiction pour quelques uns (les plus faibles). Voir la vie qui va il y a 120 ans est magique, les plus petites choses y prennent la carrure de l'épique. BR Fr 

Muriel / Muriel's wedding (P.J. Hogan, 1994) ***
Une jeune femme au physique ingrat qui étouffe dans sa famille de losers de la province australienne et qui rêve d'un beau mariage en écoutant Abba découvre l'estime d'elle-même en s'échappant à Sydney avec une copine. Une comédie plus amère que douce, tendre et cruelle, astucieuse transposition de Cendrillon, portée par Toni Collette qui y débutait dans un rôle formidable. Les ruptures de ton risquées fonctionnent à merveille. BR Fr

Listen to me Marlon (Stevan Riley, 2015) ***
A partir de bandes sonores inédites enregistrées par Brando au soir de sa vie, un documentaire où l'acteur se raconte, de l'enfance à la vieillesse, sur des images de photos, d'extraits de film et d'actualités. Plus que de sa carrière, c'est de sa condition mortelle dont il parle, avec ses engagements et ses défaites, ses anges et ses démons. Le portrait fascinant, et vraiment touchant, d'un être humain qui se trouvait être Marlon Brando. BR Ital  

Hunger Games : La Révolte - 1ère partie / The Hunger Games : Mockingjay - Part 1 (Francis Lawrence, 2014) ***
Après deux épisodes survivalistes, ce troisième volet de l'excellente trilogie s'accorde une pause pour explorer les doutes de l'héroïne Katniss (Jennifer Lawrence, toujours parfaite) face au poids de ses responsabilités devant le régime totalitaire de Panem. La noirceur et la résonance à l'actualité contemporaine sont étonnantes (et passionnantes) dans un film pour ados de ce genre. Magnifique séquence de la chanson "The hanging tree". BR Allem 

Downton Abbey - Saison 6 (Julian Fellowes, 2015) ***
C'est presque la fin de ce feuilleton qui m'aura enchanté pendant 6 ans (l'ultime épisode arrive à Noël). Les histoires croisées de ces maîtres et serviteurs dans leur manoir anglais pourraient continuer ad libitum, j'en reprendrais. L'excellence de l'ensemble (écriture, casting, réalisation) et l'humanité des personnages sont irrésistibles. Comme l'accent so british de Lady Mary (Michelle Dockery). A most wonderful upper class soap. BR UK

Y'aura-t-il de la neige à Noël ? (Sandrine Veysset, 1996) ***
En Provence, les jours à la ferme d'une femme (Dominique Reymond) et de ses sept enfants sous l'emprise de son compagnon (Daniel Duval). Un très beau film de sensibilité toute féminine sur l'amour maternel inconditionnel. Le quotidien de cette petite tribu avec ses jeux, ses réunions et ses travaux des champs est filmé dans une fusion envoûtante de réalisme et de poésie, illuminé par la spontanéité des sept jeunes acteurs non professionnels. BR Fr  

Black Sea (Kevin Macdonald, 2014) *
Une douzaine de baroudeurs menés par Jude Law (qui cachetonne en s'essayant à un étrange accent) descend en sous-marin remonter l'or de Staline perdu dans un sous-marin nazi échoué au fond de la Mer Noire. Un film d'action aux situations attendues et aux invraisemblances criantes mais dont le décor et la photo soignés et quelques scènes tendues permettent juste de flotter le temps du visionnage. Avant de sombrer dans l'anonymat. BR Fr 

25 novembre 2015

Sayonara

Setsuko Hara (1920-2015)





10 novembre 2015

Heroes of mine : Jacqueline


Jacqueline Susann (1918-1974)

Après avoir enfin compris qu'elle ne réussirait pas à percer comme actrice à Broadway ni à Hollywood (mais ayant connu un certain succès dans la pub TV), Jacqueline Susann se dit qu'elle pouvait broder sur ce qu'elle y avait vu et tapa dans le mille et la fortune à 45 ans avec ses quatre romans mélotrashs qui atteignirent la stratosphère des ventes internationales dans les années 60 et 70 : "Every Night, Josephine!" (1963), "Valley of the Dolls" (1966), "The Love Machine" (1969), "Once is not enough" (1973) et deux romans posthumes un peu plus tard, trop tard : "Dolores" (1976) et "Yargo" (1979).


Jackie & Andy

Parce qu'elle mourut tôt, Jacqueline Susann, terrassée en 1974 par le cancer qu'elle avait combattu douze ans. Sa vie fut d'ailleurs, entre la gloire et la tragédie, les dollars et l'alcool, l'extase et la peur, le meilleur de ses propres romans. Elle épousa un petit agent artistique, Irving Mansfield, qui la poussa à la machine à écrire et son succès à elle fut leur triomphe à eux deux. Leur fils unique était autiste. Le journaliste Jack Martin, qui a bien connu le couple Susann-Mansfield à Los Angeles, a pu dire : "Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui ait adoré la célébrité plus qu'eux : ils s'y roulaient comme des cochons dans la merde".


The Susann-Mansfields at home

Je devais avoir une dizaine d'années, j'avais trouvé "The Love Machine" dans la bibliothèque de mes parents et je l'avais lu en cachette, assez honteux des scènes que je sentais bien ne pas m'être destinées. Ca changeait de Jules Verne. Je n'ai jamais oublié le livre, son titre et sa couverture, mais j'avais détourné le regard de Jacqueline Susann jusqu'à ce que je voie récemment l'adaptation filmée de "Once is not enough" (Guy Green, 1975). J'aime sans réserve les mélotrashs hollywodiens et celui-là, comme tous les autres, ne m'a pas déçu.


Avant la gloire : Hollywood Starlet 

Jacqueline Susann est donc réapparue. Je viens de finir son excellente biographie par Barbara Seaman "Lovely Me : The Life of Jacqueline Susann" (1987) et j'ai maintenant presqu'envie de me mettre à ses cinq romans que je ne connais que de titres et de réputation. Ambition, sexe, visons et comprimés. Et le sixième, "The Love Machine", de le relire peut être. Une fois ne suffit pas.


Jacqueline Susann s'habillait en couleurs violentes et son eye liner a défini les Sixties. Son portrait en statue-cube ci-dessous est le plus connu. Elle ressemblait à l'autre Jacqueline. Ses héroïnes utilisées, abusées, fracturées par les hommes annonçaient l'irruption du Féminisme dans la société américaine. Elle faisait de la politique sans le savoir. En Pucci. Quelqu'un de bon goût, décidément.


Sixties Icon. Immortal.

5 novembre 2015

Films vus par moi(s) : novembre 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Dédé (René Guissart, 1935) ***
L'adaptation de l'opérette de Willemetz et Christiné est un bonheur de tous les instants, drôle, irrévérente, sexy, dynamique. Autour d'un magasin de chaussures, chacun prétend être un autre pour obtenir ce qu'il convoite. Le casting étincelle (Claude Dauphin, Albert Préjean, Danielle Darrieux, Ginette Leclerc dans un petit rôle), la mise en scène aussi. Et ces chansons : "Dans la vie faut pas s'en faire", "Pour bien réussir dans la chaussure". DVD Z2 Fr

The stag (John Butler, 2013) **
Cinq copains dublinois, plutôt intellos et sensibles, partent randonner pour enterrer la vie de garçon de l'un d'eux et sont rejoints par le futur beau-frère, un macho lourd et dirigiste. Cette très chouette comédie irlandaise exploite et détourne astucieusement les clichés de la masculinité et de la comédie romantique. On rit beaucoup (le début est excellent) mais l'émotion pointe aussi. Un coming of age doublé d'un feel good movie original et attachant. BR UK 

Le coeur a ses raisons / Lemale et ha'halal / Fill the void (Rama Burshtein, 2012) **
Dans la communauté hassidique de Tel Aviv, une jeune fille de 18 ans est poussée à épouser son beau-frère, veuf de sa soeur. Ce film israélien qui observe sans jugement (à chaque spectateur son point de vue) les traditions familiales et sociales d'un petit groupe d'orthodoxes juifs baigne dans une photographie ouatée où les gros plans de visage disent les tumultes intimes. Un huis clos dépouillé, intense et éducatif sur une société méconnue. BR UK

Toi c'est moi (René Guissart, 1936) 0
Un navet. Adapté d'une opérette sur un échange d'identités aux Antilles (de studio), le film s'épuise d'une négligence totale de mise en scène (seul le crocodile en plastique, digne de Dada, m'a amusé), de rares chansons oubliables réduites à deux couplets ("Sous les palétuviers" surnage avec Pauline Carton) et de dialogues anodins. Pills, Tabet et Claude May on fait tellement mieux la même année avec le formidable "Prends la route". DVD Z2 Fr 

Magic Mike XXL (Gregory Jacobs, 2015) **
La suite du "Magic Mike" de Soderbergh (2012) reprend sa bande de male strippers sur le retour (Channing Tatum & Co) dans un road movie entre Tampa et une convention de stripteasers à Myrtle Beach. La séquence finale (le show lui-même), trop longue et insipide, plombe le film, par ailleurs touchant dans son point de vue sur la fragilité de ces potes baraqués et le désir amusé des femmes. Sympathique et innocemment sexy. BR Fr

Bombshell / Mademoiselle Volcan (Victor Fleming, 1933) ***
Dans cette comédie crépitante, Jean Harlow se joue avec une malice irrésistible du rôle de Lola Burns, une star de Hollywood modelée sur l'actrice elle-même. Si les dialogues frisent l'overdose, la satire de l'industrie du cinéma, les clins d'oeil aux films contemporains et la construction du scénario font mouche. Et bien sûr, on ne peut détacher ses yeux de Harlow (22 ans à l'époque), formidable d'entrain, d'ironie et de glamour platine. DVD Z2 Fr 

L'esclave blanche (Marc Sorkin, 1939) **
Une pimpante parisienne suit à Istanbul son mari, un diplomate turc, et se rebiffe quand elle se retrouve piégée au harem. Un mélo jubilatoirement incorrect, truffé de clichés islamophobes (on y parle de "race musulmane") où les fourbes ottomans sont Saturnin Fabre, Dalio (génial en sultan "Grandeur des Grandeurs"), Sylvie... Viviane Romance est superbe en occidentale révoltée et forme un couple sexy en diable avec John Lodge. TV

Gueule d'ange (Marcel Blistène, 1955) **
Un gigolo (Maurice Ronet) qui vit des femmes riches tombe sous la coupe d'une aventurière cupide et amorale. Du cinéma de papa Fifties pur jus, épicé par la faune qui le peuple (notamment les "clientes" : Dora Doll, France Roche, Rosy Varte...), une dose réjouissante de camp et la présence de Viviane Romance en garce de haut-vol dotée de répliques assassines. Louis Malle a du voir Ronet dans ce rôle avant de lui confier "Le feu follet". DVD Z2 Fr

Roar (Noel Marshall, 1981) **
Monté sur dix ans et naufrage à sa sortie, un projet cinématographique à la fois insensé et irresponsable. Le réalisateur-comédien, ses deux fils, sa femme Tippi Hedren et la fille de celle-ci, Melanie Griffith, y sont aux prises avec des fauves (lions, tigres, panthères...) dans un ranch sur pilotis. La mise en péril réelle des acteurs et de l'équipe face aux bêtes induit une tension éprouvante. Peut être le plus WTF de tous les films que j'ai vus. BR US  

Les invités de huit heures / Dinner at Eight (George Cukor, 1932) ***
Un Ensemble Piece à la construction théâtrale comme les 30's en raffolaient, cette comédie de moeurs autour d'un dîner annoncé offre à certains des grands acteurs de leur temps (Marie Dressler, John et Lionel Barrymore, Wallace Beery...) des scènes taillées sur mesure. Billie Burke et Jean Harlow (inoubliable en fourreau de satin blanc par Adrian) sont les ressorts comiques d'un scénario au fond par ailleurs étonnamment sombre. DVD Z1 US 

Que viva Eisenstein ! / Eisenstein in Guanajuato (Peter Greenaway, 2015) *
En 1931, Eisenstein qui est au Mexique pour tourner "Que viva Mexico!" y découvre le sexe et la joie de vivre avec son séduisant guide local, Palomino. Cet épisode sans doute majeur de la vie intime du cinéaste russe est vu avec la liberté factuelle et l'artifice baroque de Greenaway dans un exercice qui frise trop souvent l'hystérie (comme dans le jeu d'Elmer Bäck). Une scène de sodomie bavarde mérite de rester dans les annales. DVD Z2 Fr

The pleasure girls (Gerry O'Hara, 1965) *
Le weekend de cinq filles colocataires à Londres en 1965, centré sur leur aventures masculines. La capture du Swinging London, les touches discrètes d'érotisme, deux ou trois audaces dans le portrait des moeurs en libération et la présence du jeune Klaus Kinski sont les intérêts principaux de ce film autrement assez terne et ennuyeux. Sur un sujet très proche, "Les bonnes femmes" (Chabrol, 1960) était autrement réalisé et percutant. BR UK

Safety not guaranteed (Colin Trevorrow, 2012) ***
Un journaliste de Seattle et ses deux stagiaires enquêtent sur un type qui a passé une petite annonce pour trouver quelqu'un pour l'accompagner dans un voyage dans le Temps. Un formidable petit film indépendant dont le postulat de SF cache une comédie romantique originale, drôle et sincèrement touchante aux personnages vraiment bien écrits. Le casting est sans faille et la fin m'a tiré (c'est rare) des larmes inattendues. Un petit bijou. BR US

Le masque de la Mort Rouge / The mask of the Red Death (Roger Corman, 1964) *
Très librement inspiré d'Edgar Poe, un film à voir avant tout pour l'enthousiasmant Popism de ses couleurs tape à l'oeil (décors et costumes) et le jeu sans retenue de Vincent Price en Prince Prospero retranché de la peste avec sa cour dans son château extravagant. Hazel Court n'est pas mal non plus en dame satanique mais Jane Asher est d'une fadeur rare. La réponse US aux succès britanniques de la Hammer, le charme en moins. BR Allem 

Les Perses (Jean Prat, 1961) ***
Cette adaptation d'Eschyle (les Perses apprennent la défaite de leur armée à Salamine) produite par l'ORTF et diffusée le 31/10/61 à 20h30 est restée l'une des plus grandes pages de la télévision française. Quelques comédiens togés et masqués évoluent en rythme dans le décor d'un palais perse en récitant les vers de la tragédie grecque sur une musique grandiose de Jean Prodromidès. Créatif, spectaculaire et génialement intemporel. DVD Z2 Fr

Un Français (Diastème, 2015) **
Des années 80 à aujourd'hui, le parcours personnel d'un néo-fasciste en repentance. Le début fait craindre le pire, avec ses caricatures de l'Extrême-Droite (crânes rasés, bombers, haines et Marseillaises) puis petit à petit, les séquences de l'évolution du personnage principal (Alban Lenoir, une révélation) diffusent une émotion sincère et portent le film vers des horizons inattendus. Je m'attendais à un réquisitoire, j'ai vu un beau portrait d'homme. BR Fr

Mad Max: Fury Road (George Miller, 2015) **
Il y a de l'excellent et du nul dans ce quatrième volet des aventures de Max Rockatansky après l'Apocalypse. Le nul : le casting des cinq filles de la troupe et Tom Hardy, transparent jusqu'à l'invisibilité. L'excellent : les visions enfiévrées d'un Enfer barbare et Charlize Theron, qui porte le film. Autrement, l'énergie hors norme des séquences est tétanisant et le féminisme appuyé franchement rafraîchissant dans le genre du film d'action. BR Allem

La tendresse des loups / Der Zärtlichkeit der Wölfe (Ulli Lommel, 1973) ***
L'histoire de Fritz Haarmann, le Boucher de Hanovre, serial killer homosexuel qui assassinait des garçons dans les années 20. Produit par Fassbinder (qui y a un petit rôle) et utilisant une partie de sa bande, un film à l'esthétique et à la mise en scène magnifiquement stylisées. Avec Kurt Raab, étonnant en tueur au crane rasé. Une intéressante rareté du Nouveau Cinéma Allemand aux accents de Nosferatu et de M. et d'humour aussi. BR UK

The big picture (Christopher Guest, 1989) **
Kevin Bacon est un apprenti réalisateur qui fait l'amère expérience de l'industrie du cinéma dans cette comédie qui se moque d'Hollywood, de ses magouilles et de sa faune. On sent que le scénario est truffé de situations vécues, la balade dans Los Angeles est chouette et certaines scènes excellentes (Martin Short en agent efféminé est génial) mais au final, la charge manque de la causticité espérée. Un régal : le look total Eighties. BR US

Dimanche d'août / Domenica d'agosto (Luciano Emmer, 1950) ***
Le dimanche 7 août 1949, les Romains vont passer la journée à la plage d'Ostie. Du départ en vélo, en voiture ou en train au retour en soirée, le film suit quelques personnages de tous âges (notamment des ados) qui se croisent au bord de l'eau. Une chronique au charme fou par la fraîcheur de ses acteurs, les éléments de comédie et de sociologie parfaitement dosés et la lumière éclatante. Un petit chef-d'oeuvre populaire de l'après-guerre. BR Fr 

Le Cercle / Der Kreis (Stefan Haupt, 2014) **
Ce docufiction suisse fusionne reconstitution (la fin des années 50) avec acteurs, images d'archives et interviews récents autour de Der Kreis, l'un des premiers magazines homosexuels (édité à Zurich entre 1932 et 1967), du Kreis-Club et de son équipe éditoriale, dont Ernst et Röbi (devenu le premier couple gay marié en Suisse en 2003). Un chapitre méconnu de l'histoire LGBT et un beau récit d'amour, d'homophobie et de résilience. DVD Z2 Fr 

Stung (Benni Diez, 2015) *
Des guêpes géantes sèment la terreur dans une propriété décrépite. Un film allemand de grosses bêtes à petit budget, mi Eighties-mi SyFy, gore et pasticheur, dont les idées intrigantes ne compensent pas les faiblesses du scénario et de la réalisation. La campagne berlinoise qui fait office d'Amérique, le héros qui trébuche à chaque pas et les clins d'oeil à La Nuit des Morts Vivants, Them!, Aliens... sont sympas mais ça ne suffit pas. BR Fr