8 août 2011

Heroes of mine : Brad


Brad Davis (1949-1991)

Tout le monde se souvient de lui dans "Midnight Express" (Alan Parker, 1978), le film qui lança sa carrière, d'autres se le rappellent aussi dans "Querelle" (R.W. Fassbinder, 1982), celui qui la ruina. Ces deux films, le premier grand public, l'autre d'art et d'essai, sont les points forts d'un parcours cahotique et coupé court à 41 ans.

Sa vie ne fut pas de toute tranquilité, entre la violence de ses parents pendant son enfance en Floride, son addiction à l'alcool et à la drogue, ses innombrables nuits blanches sur les trottoirs et dans les boîtes de Manhattan des Seventies, sa bisexualité hésitante et l'épreuve de devoir cacher son Sida aux studios pour lesquels il travaillait dans les dernières années. Sa veuve Susan a raconté tout cela dans son livre "After midnight : the life and death of Brad Davis" (1997), une éprouvante descente dans l'Underground américain des années 70 et 80.


Aujourd'hui, vingt ans plus tard, il reste de Brad Davis ses quelques films - dont le meilleur est le téléfilm "Sybil" (Daniel Petrie, 1976) avec Sally Field où il joue un jeune homme qui se prend d'amitié pour une femme atteinte de trouble de la personnalité multiple - qui ne lui assureront pas l'immortalité cinématographique (encore que "Midnight Express", malgré ses défauts, ait des chances de rester dans les mémoires encore un bon bout de temps), et un fidèle cercle de fans qui ont une tendresse durable pour les personnages qu'il a incarnés et, à travers ces personnages, pour un type vraiment sexy et troublant. Un acteur à la présence toujours magnétique, sans doute dûe à sa façon étonnament féline de bouger à l'écran et à son visage d'éternel adolescent aux yeux tristes.


J'ai commencé ma collection de vieux magazines "Interview" (enfin, faut pas exagérer, je n'en ai que trois : celui avec lui en couverture, un autre avec Sissy Spacek et le troisième avec Sylvester Stallone) par le numéro d'octobre 1979 où il est en cover avec son portrait revu par le talentueux Richard Bernstein. Brad et Sissy sont depuis années encadrés dans leurs "Interview" côte à côte sur les murs de mon salon. Ils sont nés tous les deux la même année et si Brad Davis n'est plus qu'on lointain fantôme, Sissy Spacek, elle, continue à me réjouir par ses régulières apparitions sur un écran de ciné ou de télé.



Brad Davis dans l'article du magazine Interview, octobre 1979

1 août 2011

Films vus par moi(s) : août 2011


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Captain America: The First Avenger (Joe Johnston, 2011) *
J'aurais aimé le film s'il s'était arrêté quand Steve Rogers devient Captain America : la première partie avec son gringalet et son look Forties est très chouette. Le reste m'a ennuyé (sauf la séquence musicale) car faire un serial de 1941 en 2011 nécessite recul et humour. Ici, tout est trop sage et respectueux. Et franchement barbant. Ciné plein-air

Case départ (Fabrice Eboué, Thomas Ngijol & Lionel Steketee, 2011) 0
Deux demi-frères (un noir, un métis) d'aujourd'hui sont propulsés par un sort dans une plantation antillaise à esclaves en 1780. L'histoire avait du potentiel mais cette comédie est d'une bêtise et d'une vulgarité insondables. Qu'ils se soient mis à trois pour pondre une telle nullité ne laisse aucun espoir sur leurs talents individuels. Ciné plein-air

The fruit machine (Philip Saville, 1988) **
Malgré une fin vraiment décevante, ce téléfilm anglais sur deux ados gays (l'un gigolo, l'autre cinéphile) qui fuient à Brighton pour échapper à un tueur est très sympathique avec son look Eighties, sa bande son Stock-Aitken-Waterman, le charme de ses deux interprètes et le profil des personnages qu'ils croisent. Un petit film drôle et touchant. DVD Z2 UK

Falling down / Chute libre (Joel Schumacher, 1992) **
Un type anonyme pète les plombs face aux emmerdements quotidiens de la vie urbaine à Los Angeles et se lance dans un périple de violence rageuse et désabusée. Le scénario évite le piège du film réactionnaire en nous rappelant par petites touches que ça pourrait arriver à n'importe qui. Douglas est excellent dans un rôle difficile. DVD Z2 UK

The four feathers / Les quatre plumes blanches (Zoltan Korda, 1939) **
Si l'exaltation de la fierté, du courage et de la noblesse britanniques semble bien désuète plus de 70 ans après la sortie du film et si la représentation des rebelles soudanais est d'un racisme impérial, cet archétype du film d'aventures coloniales en Technicolor, tourné en grande partie au Soudan, reste un bon témoignage de son époque. DVD Z2 UK

Breaking bad, Season 3 (Vince Gilligan, 2010) ***
Les confrontations à deux ou plusieurs personnages se multiplient dans cette 3e saison qui privilégie la tension psychologique sur l'action. Celle-ci fait néanmoins irruption dans quelques scènes d'une efficacité implacable. Une série brillante qui continue à prouver qu'elle est le mètre-étalon actuel de l'écriture scénaristique TV. DVD Z1

Srpski film / A serbian film (Srdjan Spasojevic, 2010) 0
L'alibi de la métaphore sur "le viol de la Serbie au cours des vingt dernières années" est peut-être valide, mais j'ai surtout vu un torture-porn putassier qui enfonçe les tabous, du viol de bébé au viol de cadavre avec tout le reste entre les deux. C'est bien réalisé mais moralement indéfendable malgré ce qu'en dit le réalisateur. DVD Z2 UK (version censurée de 4 minutes)

Never let me go / Auprès de moi toujours (Mark Romanek, 2010) ***
Une histoire vraiment originale (dans le genre rare de la "retro-science-fiction"), dont il vaut mieux ne rien savoir avant de voir le film, ouvre sur une intelligente fable sur le temps de la vie. Mulligan, Garfield et Knightley sont bouleversants et la discrétion de la réalisation est parfaitement adaptée à ce sujet littéraire d'une terrible tristesse. DVD Z2 Fr

Io sono l'amore / Amore (Luca Guadagnino, 2009) **
Swinton est magnétique comme toujours dans ce film sur une femme de la haute-bourgeoisie milanaise étrangère en sa propre famille et qui s'éveille au désir pour un ami de son fils. Cette intrigue assez simple est rehaussée par une mise en images très recherchée dont l'artificialité peut rebuter. Mais la séquence finale est formidable. DVD Z2 Fr

Melancholia (Lars von Trier, 2011) ***
Les multiples interprétations possibles, l'étonnant décalage entre l'acte I et II, l'interprétation de Dunst (et surtout de Gainsbourg), l'inventivité visuelle de certaines compositions et la force émotionnelle qui monte jusqu'à l'inoubliable scène finale : tout cela fait de ce film Symboliste (au sens du mouvement artistique du XIXe s.) un nouveau sommet pour von Trier. Le cinéma mérite des films comme celui-là. Ciné

Rise of the Planet of the Apes / La Planète des Singes : Les origines (Rupert Wyatt, 2011) ***
L'intelligence du scénario qui va de l'intime au spectaculaire, la qualité de la réalisation et les CGI qui atteignent ici un nouveau palier d'excellence font de ce prequel un exemple de blockbuster réussi. Quelques facilités (le méchant gardien, la fille potiche) sont regrettables mais s'effacent derrière l'admirable tenue de l'ensemble. Ciné

Dark days (Marc Singer, 2000) *
Le réalisateur a passé deux ans avec une dizaine de SDF qui vivaient à Manhattan dans l'obscurité des tunnels sous Penn Station. Son film montre comment ils avaient réussi à reconstruire un semblant de société dans cet environnement effroyable. Mais le fait que ceux-là s'en soient sortis affaiblit quelque peu le propos. Et les autres ? DVD Z2 UK

Robin Hood / Robin des Bois (Ridley Scott, 2010) 0
La photo est belle. C'est la seule chose à tirer de ce monument d'ennui qui raconte, avec ses choix ratés de scénario et de réalisation ce qui n'intéresse personne : Robin des Bois d'avant le maquis. Scott s'y cite lui-même avec le plus grand sérieux, comme dans la scène du débarquement en CGI, qui atteint un sommet de ridicule. DVD Z2 Fr

The man in the Moon / Un été en Louisiane (Robert Mulligan, 1991) **
L'une de ces chroniques adolescentes douces-amères dont Mulligan a fait son lit : dans la Louisiane de 1957, deux soeurs tombent sous le charme d'un voisin quand la tragédie frappe. L'atmosphère d'été dans la campagne est un régal, les émotions sincères et Whiterspoon (dans son premier rôle) une révélation. Un film beau et poignant. DVD Z2 UK

Crack in the World / Quand la Terre s'entrouvrira (Andrew Marton, 1965) *
Un savant fait exploser une bombe H dans un forage pour essayer de remonter du plasma comme nouvelle énergie. Des fissures en chaîne s'ensuivent qui menacent de détruire la planète. Entre aventures et "science scare", ce film-catastrophe est typique de son époque mais manque d'ampleur pour être un classique du genre. Warner Archive DVD

Orphan / Esther (Jaume Collet-Serra, 2009) ***
Dans la classe des thrillers sur les enfants maléfiques, celui-ci tient le haut du pavé parce qu'il ose une subversivité dans laquelle aucun des autres ne s'était encore engagé, que la réalisation est très efficace, que les acteurs, adultes et surtout enfants, sont excellents et que l'histoire outrancière réserve un twist à ma connaissance inédit. DVD Z2 UK

Ceux qui restent (Anne Le Ny, 2007) *
Le type de film français dont le cinéma français a le secret, sur la rencontre dans les couloirs d'un hopital de deux personnages (Devos et Lindon) dont les conjoints se meurent d'un cancer. Les deux acteurs sont très bons et le quotidien aussi vrai qu'il peut l'être mais on a l'impression d'avoir déjà vu cela ou dans son genre bien des fois. DVD Z2 Fr

The Duchess / La Duchesse (Saul Dibb, 2008) *
Knightley incarne splendidement Georgiana, la Duchesse de Devonshire (1757-1806) dans ce film en costumes qui exploite au maximum les nombreux parallèles avec sa descendante Lady Diana Spencer. Dommage que la réalisation soit si plate et que l'émotion soit tenue à distance au profit d'une narration bien trop appliquée. DVD Z2 UK

On borrowed time / L'étrange sursis (Harold S. Bucquet, 1939) **
Pour gagner du temps et régler l'avenir de son petit-fils orphelin dont il s'occupe, un vieil homme (Lionel Barrymore) piège dans un arbre La Mort alias Mr Brink (Hardwicke), venue le chercher. Si le film rappelle trop son origine théâtrale, sa morbidité est très étonnante pour Hollywood. La fin ne peut que faire monter les larmes aux yeux. Warner Archive DVD

The Eagle / L'Aigle de la Neuvième Légion (Kevin Macdonald, 2011) **
L'ambiguité de la relation entre les deux jeunes hommes (un militaire romain et un esclave picte) bravant les tribus d'Ecosse en l'an 140 permet une intéressante lecture queer de cet epic intimiste. De plus, les paysages sont splendides, Tatum et Bell (lui surtout) convaincants et c'est si bon de voir un film historique sans presque aucun CGI ! DVD Z2 UK

Yves Saint Laurent-Pierre Bergé : l'amour fou (Pierre Thoretton, 2011) 0
Un documentaire poussif et confus qui ne traite pas franchement le sujet annoncé dans son titre mais qui s'attarde plutôt sur la dispersion de la collection Saint Laurent-Bergé au Grand-Palais en 2009. Bergé dit des choses intimes et pertinentes et certaines archives sont rares mais tout cela est bien mal servi par une réalisation incompétente. DVD Z2 FR

19 juillet 2011

Permanent Berliners


Comment passer à Berlin (enfin, comment pouvais-je passer à Berlin ?) sans aller quelques instants sur la tombe de l'une de ses plus célèbres enfants ? Aujourd'hui, j'ai pris l'U-Bahn U9 jusqu'à la station "Bundesplatz" (à quelques stations au sud de "Zoologischer Garten") pour me rendre au petit cimetière du quartier de Schöneberg qui abrite depuis 1992 la dernière demeure de Marlene Dietrich.

Le plan affiché à l'entrée indique l'emplacement des tombes des personnalités et j'ai pu trouver la sienne sans difficulté dans l'enclos verdoyant. J'ai également découvert sur ce plan que la mère de Marlene, Josephine von Losch (1875-1945) est aussi enterrée dans ce cimetière, ce qui explique sans doute pourquoi Marlene a choisi ce lieu pour elle-même (mais la mère et la fille ne partagent pas la même tombe, assez éloignées l'une de l'autre sur le site), hormis le fait qu'elle était aussi née dans le quartier de Schöneberg. Histoire de finalement boucler la boucle d'une vie de constante expatriée.


Sur la stèle de granit qui identifie l'emplacement sont gravés les mots tirés du sonnet "Abschied vom Leben" ("Adieu à la vie") du jeune poète et soldat Theodor Körner (1791-1813), "Hier steh ich an der Marken meiner Tage" dont le sens - assez cryptique - est "Me voilà à la frontière de mes jours" (mais dont Maria Riva, la fille de Marlene a révélé qu'ils signifiaient pour sa mère quelque chose comme "Je repose ici comme preuve de mon existence" - sic - mais Maria Riva n'a-t-elle pas l'habitude de dire n'importe quoi ?). A propos, voici ci-dessous un portrait de ce fringant Theodor dont j'ignorais tout jusqu'à la rédaction de ce billet.


Et sous ces quelques mots, simplement "Marlene 1901-1992". Marie Magdalene Dietrich dort de son dernier sommeil sous le prénom de scène qu'elle s'était - génialement - elle-même créé. Seule reste la caresse, le coup de cravache est superflu.

Si vous passez par là, regardez à côté : la troisième tombe sur la gauche de Marlene est celle du photographe Helmut Newton (1920-2004) qui a voulu que son épouse dépose ses cendres près de la sépulture de l'une des femmes les plus photographiées du XXe siècle et dont il était obsédé. Cet homme à femmes a donc pu approcher dans une dernière pirouette la star qu'il n'aura jamais réussi à photographier malgré son insistance (le seul et célèbre portrait qu'il fit de Marlene a été - par dépit ? - celle d'une poupée Marlene, lors d'une séance photo à Hollywood en 1983).


Voilà, j'ai donc rendu mon hommage à la plus célèbre citoyenne d'honneur de Berlin. Quatre autres visiteurs sont passés aussi pendant que j'y étais. Pour le reste, ce n'était que vent dans les arbres et gazouillements d'oiseaux dans ce petit coin de verdure de Schöneberg. Tant que je suis en ville, j'avais aussi envie d'aller payer mon tribut à Murnau et à Hildegard Knef mais j'ai vu que leurs adresses permanentes sont un peu éloignées de mes quartiers. Alors bon...

Marlene Dietrich par Helmut Newton, 1983

Nastassja Kinski, James Toback et la poupée Marlene par Helmut Newton, 1983

16 juillet 2011

The Great Dictator, Berlin


Ce soir, j'ai connu une de mes plus grandes émotions de cinéphile (la plus grande peut-être après celle de la découverte du "Livre de la Jungle" de Disney en salle, mon premier film) avec la projection en plein-air, devant la Porte de Brandebourg à Berlin, du "Dictateur" de Chaplin. Des milliers de personnes étaient là comme moi pour assister avec cette projection au lancement de la rétrospective complète des films de Charles Chaplin, organisée par le cinéma berlinois Babylon à l'occasion du 80e anniversaire de la venue triomphale de Chaplin à Berlin en 1931.


Geraldine Chaplin, radieuse, est venue dire quelques mots d'ouverture (qu'elle était fière que sont père ait osé élever la voix avec son film au moment de la période la plus terrible de l'Histoire) et Volker Schlöndorff a rapidement présenté le film avant que la projection ne commence. Pendant deux heures, on a beaucoup ri bien sûr et on a aussi été très émus par l'incroyable film de Chaplin, un chef-d'oeuvre que je n'avais pas vu depuis au moins vingt ans et qu'il m'a semblé soudain redécouvrir, génial et intemporel.

Plusieurs fois, le public a spontanément applaudi au cours du film (la scène du rasage du client, la scène des pièces dans les gâteaux...) et bien sûr, à la fin du discours final de Chaplin, toujours aussi stupéfiant de courage et de clairvoyance et qui, pour des raisons différentes d'alors, entre étrangement en résonance avec le monde d'aujourd'hui, soixante-dix ans plus tard. Dès que le mot "The End" est apparu sur le beau visage de Paulette Godard, toute la Pariser Platz a résonné de longs applaudissements alors que le public se levait pour une standing ovation bien méritée au film, à Chaplin et aux organisateurs de la projection.


Je n'aurais imaginé voir un jour "Le Dictateur" à Berlin, devant la Porte de Brandebourg et au milieu d'une foule conquise à nouveau par le formidable audace d'un film de 1940. En étant sur place ce soir pour cette troublante et inoubliable projection, je me disais que c'était bien là qu'il fallait le voir, sur cette place urbaine si chargée d'histoire, et que le cinéma, parce qu'il peut nous transporter dans le temps comme aucun autre, est un art vraiment magique.

La foule quittant la Pariser Platz à la fin de la projection

15 juillet 2011

Filmmuseum, Berlin

Je n'avais jamais visité le Filmmuseum de Berlin, situé dans le complexe du Sony Center sur la Potsdamer Platz, rebuté par la froideur hyper-touristique du bâtiment et de ses environs. Finalement, aujourd'hui, le temps gris sur la ville m'y a poussé et je ne l'ai vraiment pas regretté. Sur trois étages, c'est toute l'histoire du cinéma allemand qui est synthétiquement mais judicieusement présentée avec d'intéressantes sections sur la période muette, Marlene et ses souvenirs personnels (malles, costumes, courriers...), le cinéma sous Goebbels et le renouveau de l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui.


Le musée s'adresse au grand public et la muséographie utilise au mieux l'espace assez réduit en proposant quelques salles spectaculaires, comme ce passage dans la route aux miroirs qui nous plonge tout de site dans le bain.


Parmi les très nombreux objets exposés, j'ai été touché de voir (entre autres) la carte postale originale sur laquelle Jannings souffle dans "L'ange bleu" et le masque mortuaire de Murnau, qui a longtemps appartenu à Garbo. C'est une visite passionnante, jalonnée par des extraits des plus grands films du cinéma allemand. Et on n'est pas dérangé pas les autres visiteurs, rares et eux aussi admiratifs devant les trésors assemblés par la Cinémathèque Allemande. Dans les prochains jours, j'irai à Babelsberg, faire le tour des studios.

3 juillet 2011

Films vus par moi(s) : juillet 2011


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Kubanskie Kazaki / The Cossacks of Kuban / Les Cosaques du Kouban (Ivan Pyryev, 1949) ***
Encadré par deux séquences d'un lyrisme irrésistible, ce musical stalinien qui connut un immense succès à sa sortie raconte en Magicolor les destins amoureux de deux couples dans un kolkhoze lors d'une fête des moissons. La propagande soviétique se déploie sur un ton bon-enfant au rythme des moissonneuses-batteuses. Un chef-d'oeuvre du genre. Streaming Mosfilm

Chingachgook, die Grosse Schlange / Chingachgook, le Grand-Serpent (Richard Groschopp, 1967) *
Cet ostern (western des ex-pays de l'Est, ici la RDA) de routine, avec ses paysages de sapins et ses allemands grimés en indiens, n'est pas avare de scènes ridicules (les dances) mais se délecte de la plastique parfaite de son héros, la star de l'Est Gojko Mitic. C'est une curiosité d'un autre temps qui est, à ce titre, plutôt intéressante. DVD Z2 Allem

Occupe-toi d'Amélie ! (Claude Autant-Lra, 1949) ***
Un vent de folie délirante souffle sur cette libre adaptation de Feydeau par Aurenche et Bost où la caméra se balade entre la salle, la scène et l'écran pour suivre les personnages (Darrieux et ses partenaires, tous magnifiques) en constante surexcitation. Une réjouisssante prouesse visuelle et rythmique d'une étonnante audace formelle. DVD Z2 Fr

Unknown / Sans identité (Jaume Collet-Serra, 2011) *
Neeson porte sur ses épaules (comme dans "Taken", 2008), ce thriller alambiqué et de série dont la plus grande originalité est de se passer à Berlin en hiver. Il y a du suspense, des poursuites, des tueurs et des twists à en faire craquer les jointures. C'est du pur film de distraction, bien fichu et très regardable, mais qui s'oublie aussitôt vu. DVD Z2 UK

Anonyma - Eine Frau in Berlin / Une femme à Berlin (Max Färberböck, 2008) **
Cette adaptation du livre à succès homonyme raconte sans jugement ni sensationnalisme le sort des berlinoises lors de l'entrée des troupes soviétiques dans la ville au printemps 1945. L'atmosphère de peur et de confusion est bien rendue à travers les jours d'un immeuble où les viols et les petits arrangements avec les soldats sont le lot quotidien. DVD Z2 UK

Catene / Le mensonge d'une mère / Chains (Raffaello Matarazzo, 1949) **
La sensualité dévote de l'actrice Yvonne Sanson irradie ce premier mélo de Matarazzo sur les tourments d'une épouse et mère napolitaine confrontée à la réapparition d'un ex-amant. Le langage du mélodrame conjugué à une esthétique quasi néo-réaliste offre un cocktail improbable et pourtant efficace, qui emballa l'Italie d'alors. Une belle redécouverte. DVD Z1

Suspiria (Dario Argento, 1977) 0
Un scénario digne d'une série Z, une esthétique de train fantôme (ou de bordel) Seventies, des éclairages systématiquement rouge, bleu ou vert, des effets très cheap, une musique bruyante racoleuse et des actrices médiocres (sauf Valli et Bennett, deux vieilles de la vieille) : le culte dont ce film assez ringard et son réalisateur semblent faire l'objet m'atterre. DVD Z2 Fr

Männer, Helden, schwulen Nazis / Des hommes, des héros, des Nazis gays (Rosa von Praunheim, 2005) **
Rosa von Praunheim, le cinéaste activiste queer depuis le début des années 70, s'attaque au sujet des homos dans le milieu Nazi d'hier et néo-Nazi allemand d'aujourd'hui : un sujet intéressant mais qui ici manque de point de vue et reste documentaire, sans plus. On ne retrouve pas la vision subversive du réalisateur, qui semble s'être assagi avec le temps. DVD Z2 Allem

Last of the Dogmen / Le dernier Cheyenne (Tab Murphy, 1995) 0
Une belle idée (un chasseur de primes et une ethnologue découvrent une tribu indienne qui a survécu isolée dans la forêt du Montana) et de magnifiques paysages sont massacrés par un scénario inepte truffé de bons sentiments et une musique au lyrisme ridicule. Ou alors il faut le voir comme un film pour enfants (son auteur écrit souvent pour Disney). DVD Z2 UK

The mortal storm / La tempête qui tue (Frank Borzage, 1940) ***
L'un des meilleurs films anti-Nazis produits par Hollywood (MGM), cette chronique de la désintégration d'une famille des Alpes bavaroises en 1933 bénéficie d'un scénario sans détours ni sentimentalisme, d'un excellent casting (notamment Sullavan et Morgan) et de la subtile mélancolie de Borzage. Tout l'art de studio au service de l'urgence politique. Warner Archive DVD

Der Kongress tanzt / Le Congrès s'amuse (Erik Charell, 1931) **
Ce premier grand succès du cinéma allemand parlant allie avec bonheur légèreté d'opérette à virtuosité technique (la caméra hyper-mobile offre de splendides travellings) et Harvey est charmante en jeune ouvrière qui tombe amoureuse du Tsar lors du Congrès de Vienne en 1814-1815. Et si les chansons sont entêtantes à souhait, la fin est étonnamment amère. DVD Z2 Allem

Le nouveau testament (Sacha Guitry, 1936) ***
L'esprit du boulevard plane sur cette adaptation par Guitry de sa pièce de 1934 car c'est du boulevard de haut-vol, où un testament trouvé dans une veste égarée délie les langues autour des cocufiages en série de deux couples amis. Les dialogues brillants et culottés sont intarissables à en donner le tournis : il faut aimer mais si on aime, comme moi, on jubile. DVD Z2 Fr

The Great Dictator / Le Dictacteur (Charles Chaplin, 1940) ***
Soixante-dix ans n'ont pas entamé le génie et le courage de ce film. Irrésistible de drôlerie et stupéfiant de clairvoyance, il enchaîne les morceaux de bravoure pour culminer dans le discours final de Chaplin, un appel à la raison et à la résistance toujours d'actualité. Le voir à Berlin, devant la Porte de Brandebourg, a été une expérience inoubliable. Ciné Plein-air

Tarzan the Magnificent / Tarzan le Magnifique (Robert Day, 1960) **
Scott incarna Tarzan une dernière fois (juste après l'excellent "Tarzan's greatest adventure") dans cette poursuite dans la brousse où cette fois, c'est lui, cinq compagnons et un prisonnier qui sont pourchassés. Le scénario est basique mais efficace, l'Afrique fait un beau décor et Scott, dans le genre naturel, a toujours autant de charisme. Warner Archive DVD

Ich war neunzehn / J'avais 19 ans / I was nineteen (Konrad Wolf, 1968) ***
Un allemand élevé à Moscou approche de Berlin avec l'Armée Rouge en 1945, pendant et juste après la chute du Reich. Basé sur les souvenirs du réalisateur, ce passionnant film DEFA (studios de la RDA), au style photojournalistique, montre un aspect peu vu de la guerre : sa fin, vue du côté russe. Intimiste et sans artifice, il dégage une vraie tristesse. DVD Z1

La corona di ferro / La couronne de fer (Alessandro Blasetti, 1941) ***
Entrepris pour célébrer l'alliance italo-allemande, cet hybride d'aventures médiévales, de comédie et d'heroic fantasy puise dans les contes et légendes germaniques et propose un merveilleux spectacle populaire de décors en studio et de costumes. Le rythme est soutenu, le héros bondissant (un jeune Girotti) et la naïveté de l'ensemble irrésistible. Internet

Tournée (Mathieu Amalric, 2010) *
En errant entre deux histoires (celle des filles américaines de la tournée Neo-Burlesque en France et celle de leur manager), le film laisse le spectateur sur la route, réchauffé par de beaux moments et refroidi par l'ensemble. C'était sans doute le souhait d'Amalric et dans ce cas ça marche mais j'ai regretté de n'être pas plus impliqué que ça. DVD Z2 Fr

Monsieur Vincent (Maurice Cloche, 1947) ***
Ce grand succès de l'après-guerre raconte sans sentimentalisme aucun le parcours de Saint Vincent de Paul au service des pauvres sous Louis XIII. Fresnay y est remarquable, comme la photo N&B et l'austérité parfaitement adaptée des dialogues d'Anouilh et de la réalisation. Un classique indémodable du film d'histoire biographique. VHS

La classe américaine (Michel Hazanavicius & Dominique Mézerette, 1993) ***
Une prouesse d'écriture, de montage et de doublage qui utilise des dizaines d'extraits de films Warner en les détournant pour composer un absurde et hilarant pastiche. Hoffman et Redford y enquêtent sur la mort de Wayne et croisent Stewart, Gable, Welles, Presley, Lancaster, Dickinson, Bacall et plein d'autres. Culte, absolument. Internet

Martin Roumagnac (Georges Lacombe, 1946) ***
Une marchande d'oiseaux d'une petite ville de province enflamme les sens d'un rustaud romantique. Dietrich étant la marchande, filmée et pomponnée comme une vamp hollywoodienne, et Gabin le rustaud, on a un irrésistible mélodrame high-camp, une rareté dans la production française. Tout cela n'est pas sérieux mais qu'est ce que c'est bien ! DVD Z2 Fr

The great white silence (Herbert Ponting, 1924) ***
Avec ses prises orginales de 1910-1912 et des inserts créés dix ans plus tard, Ponting réalisa ce film documentaire sur la course tragique du Capitaine Scott au Pôle Sud. Les images de l'équipe dans les glaces antarctiques et l'héroïsation de l'explorateur en assurèrent le triomphe. Un document historique splendidement restauré par le BFI. DVD Z2 UK

Confessions of a Nazi spy / Les aveux d'un espion Nazi (Anatole Litvak, 1939) ***
D'après des faits réels, le démantelement par le FBI d'un réseau d'espionnage Nazi sur le sol des USA fut le sujet de ce tout premier film hollywoodien à charge contre le régime d'Hitler. Le savoir-faire Warner lui donne la dynamique d'un thriller et la sécheresse d'un avertissement au public. Du cinéma de propagande passionnant. Warner Archive DVD

19 juin 2011

Debbie Reynolds, The Auction online


Je suis en train de regarder online la vente aux enchères de la fabuleuse collection de memorabilia hollywodienne de Debbie Reynolds qui a lieu en ce moment à Beverly Hills et où je serais bien plus à ma place que devant mon ordinateur.

Après avoir acheté le catalogue collector (vous pouvez aussi le télécharger gratuitement, ça vaut vraiment le coup de voir les trésors de l'histoire d'Hollywood que Debbie Reynolds a réunis pendant 50 ans), j'avais bien envie de m'inscrire pour enchérir sur la redingote que Tyrone Power portait dans le rôle d'Alex de Fersen dans "Marie-Antoinette" (je n'ai pas encore le cran de sortir en Norma Shearer).


J'ai vite été refroidi quand j'ai vu que le costume de matador de Rudolph Valentino dans "Arènes sanglantes" a été adjugé 210.000 $. La robe bleue vichy de Dorothy (Judy Garland) dans "Le Magicien d'Oz" a atteint 910.000 $ et ses souliers de rubis 510.000 $. Je n'ose pas imaginer ce que le fourreau rouge "Little Girl from Little Rock" de Marilyn dans "Les Hommes Préfèrent les Blondes" va faire et encore moins sa robe blanche de la scène du métro de "Sept Ans de Réflexion". Ce qui est sûr, c'est que cette nuit, cette robe deviendra la plus chère de toute l'histoire de la mode et du costume (PS : elle vient d'être adjugée au prix fou de 4.600.000 $ soit 3.215.000 €, auxquels il faut ajouter 23% de frais, soit 5.658.000 $ / 3.953.000 € !).


Scott F., qui est actuellement dans la salle des ventes, a pris cette photo de Debbie Reynolds assistant à la dispersion de sa collection. A côté d'elle au premier plan, sa fille Carrie Fisher (qui a bien changé depuis la Princesse Lea de "Star Wars"). Thanks Scott!


La redingote bleue de Tyrone est partie pour 27.500 $.
Et moi, je vais continuer à aller m'habiller chez Gap.