4 juin 2017

Films vus par moi(s) : juin 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Tower (Keith Maitland, 2016) **
Le 1er août 1966, 16 personnes étaient tuées et 32 blessées par un sniper depuis la tour de l'Université du Texas à Austin. 50 ans après, ce film documentaire original fusionne images et sons d'archives, animation en rotoscopie et interviews récentes de témoins pour raconter au coeur de l'action les histoires individuelles des malchanceux, des héros et des couards qui furent pris dans ce fait divers collectif et prémonitoire. BR US  

The sessions (Ben Lewin, 2012) **
Un tétraplégique de 38 ans fait des séances de thérapie avec une assistante sexuelle. John Hawkes et Helen Hunt sont formidables dans ce film, tiré d'une histoire vraie, qui évite le voyeurisme pour raconter avec pudeur, émotion et humour l'éveil au sexe et aux sentiments d'un handicapé vierge. La mise en scène discrète laisse la place aux acteurs (William H. Macy en prêtre confesseur bienveillant). Un film touchant sans mauvais jeu de mots. BR FR

Ao, le dernier Néandertal (Jacques Malaterre, 2010) **
Dans le genre fermé du film néandertalien, celui-ci est convaincant. Il y a 30.000 ans, un homme de Néandertal isolé fait un périple à risques entre Sibérie et Méditerranée au cours duquel il rencontre une Sapiens. Les acteurs derrière le maquillage, les paysages, la production et le scénario pas idiot (malgré quelques maladresses et une fin convenue) font qu'on ne s'ennuie pas une minute. Un bon film d'aventures au goût de documentaire. BR FR (à voir absolument dans la version néandertalienne, "sans voix off" ni sous-titres)

Sophie Scholl, les derniers jours / Sophie Scholl, die letzten Tage (Marc Rothemund, 2005) ***
En février 1943 à Munich, l'arrestation, les interrogatoires et le procès inique de la jeune activiste de 21 ans opposée avec son frère et son groupe La Rose Blanche au régime nazi. Les cinq derniers jours de l'héroïne allemande sont portés à l'écran dans une succession de scènes de dialogues menaçants. Julia Jentsch prête son visage et sa voix à Sophie Scholl dans une prestation assurée et bouleversante. Un film d'une austérité puissante. BR DE  

Jack et la mécanique du coeur (Mathias Malzieu & Stéphane Berla, 2013) *
Un garçon malade du coeur tombe amoureux d'une gamine de son âge en y risquant sa vie. J'aurais aimé mieux noter ce film à l'histoire mélancolique et à l'animation réussie dont l'atmosphère bric à brac 1900 et les thèmes morbides évoquent le premier Tim Burton mais le scénario trop relâché cède finalement à l'ennui. Tout le début et la fin sont très bons et les chansons 100% Nouvelle Scène Française apportent une branchitude insolite. BR FR

Manchester by the Sea (Kenneth Lonergan, 2016) ***
Un loser taciturne (Casey Affleck) dont le frère vient de mourir doit s'occuper de son neveu adolescent. Chacun pour leurs propres raisons, les personnages souffrent en silence, écrasés par le poids du deuil et de la culpabilité, dans ce film digne et douloureux où l'émotion ne passe pas par des démonstrations mais par des silences portés par un choix musical lyrique. Si le titre n'était pas pris, il aurait pu s'appeler "Un coeur en hiver". BR US

Battement de coeur (Henri Decoin, 1940) **
Une jeune voleuse (Danielle Darrieux, 22 ans et mignonne comme tout) tombe amoureuse de sa victime, un fringant attaché d'ambassade. Petites arnaques d'objets, d'identités et de sentiments tissent la toile de cette comédie à l'américaine charmante dont l'atout majeur est ses acteurs, notamment les seconds rôles : Saturnin Fabre en prof de pickpocketterie, Jean Tissier en désabusé, André Luguet en diplomate, Carette en Carette. DVD Z2 FR 

The Riot Club (Lone Scherfig, 2014) 0
Douglas Booth, Max Irons, Sam Claflin... : les nouveaux (jolis) visages du cinéma UK sont le seul intérêt de ce film autour d'un club privé d'étudiants friqués d'Oxford. Bizutage, soirées arrosées, mépris de classe et humiliations dressent le portrait  d'une micro société masculine narcissique à l'extrême. L'histoire tirée d'une pièce a du potentiel mais l'écriture et la réalisation amorphes tirent tout vers le bas. J'en ai vu 30', le reste en fast forward. BR DE

Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937) ***
Alors que le tombeur Tino Rossi s'apprête à épouser la douce Mireille Balin, son pote de toujours le naïf Michel Simon ramène à la maison Viviane Romance, une nympho. Les passions se déchaînent sous la canicule napolitaine. Un réjouissant mélodrame avec ce qu'il faut de suées, de négligés et de ritournelles, emporté par un quatuor d'acteurs de rêve (plus Dalio) et une solide mise en scène. D'un roman de gare, un formidable film. VHS FR

Jours de France (Jérôme Reybaud, 2016) ***
Ayant quitté subrepticement son compagnon, un parisien trentenaire part en voiture sur la route et fait de multiples rencontres d'hommes et de femmes, jeunes et vieux, tous liés par la solitude affective et sexuelle. Un road movie mélancolique mais souvent drôle sur une France rarement vue au cinéma, celle des parkings, des villages désertifiés et des maisons isolées. On pense à Guiraudie et à Vecchiali dans l'amour de l'humain, de l'éros et du mot. DVD Z2 UK  

8 mai 2017

Nacho Mucho

L'illustrateur madrilène Nacho Castro s'est fait une spécialité des acteurs hollywoodiens. Dans le genre, c'est pas mal du tout.

Montgomery, Robert, Rock, Steve, Tyrone, Warren, Charlton, Gary, James, Marlon, Frank, Errol : en voilà une douzaine.













2 mai 2017

Films vus par moi(s) : mai 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Moby Dick (John Huston, 1956) *
Un capitaine de baleinier (Gregory Peck, jouant la folie hallucinée) est obsédé à retrouver le cachalot blanc qui l'a blessé. La trame du roman de Melville est préservée dans une adaptation qui insiste sur la métaphysique du combat titanesque. Plusieurs scènes superbes (le début, les moments avec le tatoué, le calme plat, les apparitions de la bête) rythment le film par ailleurs bavard et monocorde. Une étonnante fusion d'aventure et de Verbe. BR FR      

Alliés / Allied (Robert Zemeckis, 2016) **
En 1942-1943 à Casablanca et à Londres, deux espions en mission tombés amoureux se marient quand il est informé qu'elle serait un agent double au service des nazis. Brad Pitt et Marion Cotillard se glissent dans deux rôles à la Bogart/Bergman dans ce thriller romantique de guerre qui reprend et actualise avec perspicacité tous les codes scénaristiques et techniques des classiques de l'âge d'or hollywoodien. Un exercice de style réussi. BR FR

Evolution (Lucile Hadzihalilovic, 2015) *
Dans un hameau perdu de bord de mer, des sortes d'infirmières font de mystérieux actes de chirurgie sur de jeunes garçons. Avec peu de budget mais un sens aigü de l'image et de l'ambiance, la réalisatrice compose un film plastiquement superbe et plein d'horreurs et de tabous suggérés mais où les questions restent ouvertes, jusqu'à la pose. La maîtrise formelle n'empêche pas de buter sur les ficelles de ce pur film d'art et d'essai. DVD Z2 UK  

Tampopo (Juzo Itami, 1985) **
Au Japon, une restauratrice se fait aider par une petite bande de types à relever la qualité de ses ramens. Un film vraiment original qui construit son histoire simple par l'accumulation de séquences décalées où l'humour absurde fusionne avec la chronique sociale et le sexe. Le tout en pillant les codes du western et des classiques du cinéma japonais. L'obsession des Japonais pour la nourriture y est célébrée avec culot et tendresse. BR UK

La religieuse (Guillaume Nicloux, 2013) *
La jeune Suzanne Simonin, close de force dans un couvent, subit les assauts sadiques d'une mère supérieure et dans un autre, les assauts amoureux d'une autre. Cette adaptation de Diderot prend le parti de la hauteur de vue et de la dénonciation outragée. C'est honorable et d'actualité mais la charge ironique du roman avait du piment, qui manque ici. Pauline Etienne est très bien en novice harcelée, Isabelle Huppert fait son numéro. BR DE

Gibier de potence (Roger Richebé, 1951) ***
Un jeune homme se laisse entraîner dans la pornographie et la prostitution par une proxénète amorale. Une histoire qui inverse les stéréotypes autour d'un scénario tout en suggestions salaces pour dresser un constat de la confusion et des chausse-trappes de l'après-guerre. Georges Marchal est excellent en gigolo victimisé et Arletty magnétique en manipulatrice frigide. Un film très étonnant pour son temps et par ses audaces thématiques. DVD Z2 FR  

Les Invisibles (Sébastien Lifshitz, 2012) ***
Un formidable documentaire autour de quelques homosexuel(le)s de 75 à 85 ans, à la ville et à la campagne, qui parlent de leur vie, de leurs luttes et du temps qui fuit avec lucidité et humour. Voir et écouter cette génération née dans les années 1920-1930 qui a tout connu est une leçon d'humilité et d'humanisme. Ils s'appellent Yann et Pierre, Bernard et Jacques, Pierrot, Thérèse, Christian, Catherine et Elisabeth, Monique, Jacques. Des braves. TV

Opération Anthropoid / Anthropoid (Sean Ellis, 2016) 0
En 1942 à Prague, la préparation et la suite de l'assassinat d'Heydrich par quelques résistants tchèques. Un film purement illustratif qui rappelle l'histoire honnêtement mais manque de vision dans la mise en scène : on s'ennuie pendant la première partie et la seconde vire à la pétarade. Et ces accents slaves des acteurs internationaux (Cillian Murphy, Jamie Dornan, Charlotte Le Bon, Toby Jones...) ! "Walkyrie" (2008) était bien meilleur. BR DE 

Dumbo (Ben Sharpsteen, 1941) ***
Un éléphanteau aux oreilles trop grandes subit l'humiliation avant de prendre son envol. En 64 minutes seulement, Dumbo réussit à faire rire, à indigner, à émouvoir et à oser une métaphore subtile sur les complexités du racisme et de la ségrégation : chaque âge peut voir et revoir le film sous un angle différent. Les séquences du montage du cirque et du rêve aux éléphants roses sont parmi les meilleures de Disney. Un inaltérable chef-d'œuvre. BR FR 

The pass (Ben A. Williams, 2016) *
Etalées sur dix ans, trois rencontres à huis clos entre deux footballeurs gays aux prises avec leur carrière et leur sexualité. Adapté d'une pièce, ce film théâtral et bavard est présenté comme un regard sur les conséquences affectives de la placardisation des sportifs de haut niveau. J'y ai surtout vu un alibi de montrer sous toutes les coutures deux bomecs en slip. Leurs rires, leurs défiances et leurs engueulades en deviendraient superflus. DVD Z2 UK 

Le dernier des six (Georges Lacombe, 1941) **
Six amis qui se sont partagés un magot se retrouvent cinq ans plus tard et sont assassinés un à un. On reconnaît la patte de Clouzot au scénario, dont l'enquête à péripéties n'est que prétexte à dessiner des personnages aux dialogues malins. La mise en scène est assez terne, hormis la photo en clair obscur. Avec des scènes de cabaret plutôt décalées et une distribution de choix : Pierre Fresnay, Jean Chevrier, Michèle Alfa, Jean Tissier, Suzy Delair. BR FR

Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire (Yann L'Hénoret, 2017) ***
Diffusé le lendemain de la victoire du Président élu (et donc avant son investiture), un étonnant document en flashback qui donne à voir ce que son titre indique. Ou ce qu'on veut nous en faire voir, toutes les séquences dressant le portrait de l'homme et de son équipe dans la réflexion, l'action et la réaction positivement choisies. En collant au plus près du corps des personnages, l'immersion du spectateur est totale, émotionnelle et physique. TV

Instinct de survie / The shallows (Jaume Collet-Serra, 2016) *
Une surfeuse (Blake Lively, interchangeable) coincée sur un rocher au large d'une plage essaye d'échapper à un requin blanc qui l'a blessée. Toute l'histoire est là, racontée par un scénario et une mise en scène appliqués et sans surprise (sauf une originale scène de méduses) dont on voit toutes les coutures dès le début et dont la résolution est décevante. Mais les films de requins ne demandent pas de grandes exigences, alors on va jusqu'au bout. BR FR

Le sous-marin de l'Apocalypse / Voyage to the bottom of the sea (Irwin Allen, 1961) *
Un sous-marin part en mission éteindre une ceinture de feu atmosphérique avec un tir de missile. Un film de SF totalement débile, aux péripéties et personnages ridicules mais dont le kitsch et l'humour involontaires permettent, une fois passés les bavardages de la première moitié, de le regarder amusé. Les effets spéciaux sont d'époque, le Technicolor claque et il y a Walter Pidgeon, Joan Fontaine, Peter Lorre et Frankie Avalon. BR UK

Deepwater Horizon (Peter Berg, 2016) **
Le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon explose après un accident de forage. La catastrophe est reconstituée à la hollywoodienne (et plutôt bien, en décors et CGI) sur un scénario qui prend le point de vue d'un héroïque ingénieur (Mark Wahlberg). Après l'exposition, la longue séquence des signes précurseurs créé une tension qui ne se relâche qu'à la fin du film, inutilement mélodramatique. Du bon spectacle à suspense. BR DE

The walker (Paul Schrader, 2007) *
Un dandy gay sur le retour, homme de compagnie d'épouses de diplomates, est mêlé à un meurtre. Le formidable film ethnologique que le sujet laissait espérer (la faune de Washington, le portrait d'un accompagnant de luxe) est trahi par l'enquête criminelle, convenue. Dommage parce que toutes les scènes de société et de ragotages sont brillantes. Avec Woody Harrelson (surprenant), Kristin Scott Thomas, Lauren Bacall, Lily Tomlin. BR DE    

Winter's bone (Debra Granik 2010) *
Une fille de 17 ans cherche son père disparu pour éviter la saisie de leur maison. Il y a peu d'action et les gueules sont renfrognées jusqu'à l'ennui dans ce film dont les deux atouts sont d'être les débuts de Jennifer Lawrence (très bien comme toujours) et d'avoir comme décor la tristesse des monts Ozark, une région abandonnée des USA et le domaine des hillbillies. Les images grises font penser aux photos régionalistes des années 30. Lugubre. BR UK

Moonlight (Barry Jenkins, 2016) ***
Trois moments (enfant, ado et adulte) de la vie d'un jeune noir américain gay de Miami et les schémas d'évitement qu'il met en place pour survivre dans un univers difficile. Un film magnifique, thématiquement et plastiquement, qui utilise à merveille l'ellipse pour évoquer sans grands gestes mais tout en finesse l'éveil d'un corps et d'une âme. Toutes les séquences sont belles, portées par des personnages et des acteurs bouleversants. Vraiment fort. BR US

1 mai 2017

Heroes of mine : Danielle

Aujourd'hui Danielle Darrieux a 100 ans. 







1 avril 2017

Films vus par moi(s) : avril 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Dangereuse sous tous rapports / Something wild (Jonathan Demme, 1986) **
Un avocat de Manhattan se fait entraîner dans une virée sur la route par une imprévisible jeune femme. Passant à mi-film de la comédie romantique au thriller, un road movie existentiel sur l'attrait de l'inconnu dont les changements de ton (et de tenues) rythment la progression et où l'Amérique des dinners et des stations services est sublimée par la photo aux couleurs pop. Avec Jeff Daniels, Mélanie Griffith et un Ray Liotta vraiment effrayant. BR FR

The greasy strangler (Jim Hosking, 2016) 0
A L.A., un père et son fils crades et demeurés se partagent les faveurs d'une grosse nana paumée et se transforment en étrangleurs occasionnels et gluants. Il n'y a rien à sauver dans ce film totalement et irrémédiablement nul qui n'existe que pour la provocation gratuite. Des fart jokes aux costumes disco, des prothèses péniennes au jeu outrancier, tout n'est qu'idiotie satisfaite, ersatz pathétique des classiques trash de John Waters. Vu 45'. BR UK   

Travolta et moi (Patricia Mazuy, 1994) **
En 1978 à Châlons-sur-Marne, une fille de boulangers s'entiche d'un camarade intellectuel qui l'a séduite par pari. Les révoltes et les aspirations à l'autre chose de l'adolescence sont au coeur de ce téléfilm Arte dont le sujet banal est surclassé par une mise en scène qui exploite à merveille les travellings, le jeu instinctif de ses jeunes acteurs et un accompagnement musical (Bee Gees, Joe Dassin...) parfaitement intégré à l'action. Internet  

Catfight (Onur Tukel, 2016) ***
A New York, deux ex-amies de fac (Sandra Oh et Anne Heche, qui donnent tout) se retrouvent par hasard après vingt ans lors d'un cocktail mondain, l'une invitée, l'autre serveuse. De petites humiliations verbales enclenchent un affrontement physique dévastateur. Le scénario brillant panache humour, émotion, cruauté et violence dans une fable sur la frustration et la rage affective, professionnelle et politique. On rit beaucoup, jaune surtout. BR UK

German concentration camps factual survey (Sidney Bernstein/Imperial War Museums, 1945/2014) ***
Restauré en 2010-2014 à partir du film de 1945 inachevé et jamais montré au public, un éprouvant documentaire de 70' fait d'images tournées en avril 1945 à la libération de plusieurs camps. Certaines scènes ont déjà été vues par ailleurs (Auschwitz) mais la plupart sont inédites, dont la partie sur Bergen-Belsen. Comme son titre l'indique, le film - qui doit être remis dans le contexte de 1945 - ne s'intéresse qu'aux faits, pas à l'interprétation. BR UK

King Cobra (Justin Kelly, 2016) *
En 2005, un jeune acteur de webporno gay déclenche une affaire criminelle. D'après le fait divers autour de Brent Corrigan, un petit film illustratif qui ne va pas plus loin que l'histoire qu'il raconte, par manque de point de vue et d'idées de mise en scène. Christian Slater est excellent en producteur vieillissant de vidéos amateurs et James Franco, une fois de plus tourmenté par l'homosexualité, en fait des tonnes en concurrent du premier. DVD Z2 UK   

Studio 54 - Director's cut (Mark Christopher, 1998) *
Le director's cut 2015, qui retire les scènes ajoutées et réintègres celles retirées par Miramax à l'époque, éclaire la bisexualité du personnage principal, un type du New Jersey embauché comme barman au Studio 54 en 1979. Cette histoire de pauvres jeunes gens exploités par de riches prédateurs méritait une mise en scène flamboyante : on a à la place un fade et plat conte moral, illuminé par l'ambiance et le rythme Disco de la boîte. BR DE     

Quelques minutes après minuit / A monster calls (Juan Antonio Bayona, 2016) *
Malgré tous les avantages qu'il a pour lui (une histoire touchante, un thème fort, des séquences animées splendides, des citations de King Kong...), ce film sur un jeune garçon qu'un arbre vivant aide à surmonter l'angoisse de voir sa mère agoniser n'a pas réussi à m'émouvoir. La faute sans doute à des effets spéciaux trop voyants (surtout la fin) et une mise en scène appliquant trop sagement la recette spielbergienne. Le coeur n'y est pas. BR US

Les premiers les derniers (Bouli Lanners, 2016) **
Deux quinquagénaires taiseux (Albert Dupontel et Bouli Lanners, intenses) cherchent un portable volé dans une région déserte et maussade et croisent des vivants, des morts et un ressuscité. Une fable assez hermétique sur la bienveillance qui transpose tous les codes du western apocalyptique dans une Beauce filmée comme les Grandes Plaines. Si on aime l'ambiance, on aimera le film. Avec Michael Lonsdale et Max von Sydow en guest stars. BR FR

Silence (Martin Scorsese, 2016) *
En 1641, deux jeunes prêtres portugais partent au Japon en rechercher un autre au moment de persécutions chrétiennes. Le sujet intéressant et profond sur la foi en milieu hostile ne résiste pas au scénario répétitif (capture, martyre, capture, martyre), à la longueur douloureuse (plus de 2h30), au choix de la voix off chuchotante - à la Malick - du personnage principal et à la mise en scène terriblement académique. Décevant. BR US

Manifesto (Julian Rosenfeldt, 2015) ***
Une géniale installation vidéo où Cate Blanchett dit 13 manifestes de l'art du XXe s. à travers 13 fictions très cinématographiques de 10 minutes dans lesquelles elle interprète une chorégraphe, une veuve, un SDF, une journaliste TV, une ouvrière, une mère au foyer... L'ensemble est à la fois inventif, hilarant et puissant, donnant vie, sens et actualité à des textes enflammés essentiels mais souvent indigestes. Expo Beaux-Arts de Paris 

The People vs. O.J. Simpson (Scott Alexander & Larry Karaszewski, 2016) ***
Un passionnant téléfilm en 8 épisodes qui retrace le procès Simpson de 1995, ses coups de théâtre et son cirque médiatique. Le point de vue principal, celui de la procureure Marcia Clark (Sarah Paulson, formidable), donne son intensité émotionnelle - et féministe - à cette stupéfiante affaire. On frise parfois le camp (Travolta en Robert Shapiro, les Kardashian...) mais l'efficacité du scénario, de la réalisation et du casting triomphent. BR FR     

20th century women (Mike Mills, 2016) **
En 1979 à Santa Barbara, les liens d'une petite tribu formée par une mère poule, son fils ado et deux jeunes femmes et un mécanicien qu'ils hébergent. Le sentiment du temps et de l'existence qui passent sans avoir l'impression d'y participer sont en trame de cette chronique mélancolique et drôle dont le décalage contrôlé confine un peu à la pose. Une sorte de soap opera indie et féministe. Annette Bening est formidable, Elle Fanning une révélation. BR US

Daddy (Gerald McCullouch & Dan Via, 2015) 0
A Pittsburgh, un gay quinquagénaire a une liaison avec son stagiaire et découvre que celui-ci... le titre donne l'idée. Un petit film indépendant où tout est embarrassant : les dialogues, le jeu des piètres acteurs, la mise en scène, les clichés et le traitement d'un sujet qui méritait mieux. La touche "accéléré" de la télécommande à fonctionné après 30', le maximum de ce que j'ai pu tenir. La pièce d'origine était peut-être meilleure, peut-être. BR US

Le désordre et la nuit (Gilles Grangier, 1958) 0
J'aurais aimé aimer ce film de Grangier avec Gabin et Darrieux sur un vieux flic qui s'éprend d'une jeune droguée et escort (Nadja Tiller) dans une boîte des Champs. Mais à part quelques vues nocturnes de Paris, l'artifice de l'écriture, des vices et du studio amidonnent toute la dynamique et on regarde ça comme un ennuyeux musée de cire. Le genre de produit qui faisait hurler les orfraies de la Nouvelle Vague et ici ils n'avaient pas tort. BR FR

Love & friendship (Whit Stillman, 2016) ***
Drôle et mordante, cette adaptation d'une nouvelle de Jane Austen sur une veuve anglaise à l'assaut d'un nom et d'une fortune au tournant des années 1800 est une comédie sociale toute en dialogues dont la spiritualité fait penser à Oscar Wilde. Kate Benckinsale et Chloë Sevigny sont formidables en opportunistes labourant les riches familles provinciales. Un excellent vaudeville en costumes où les femmes mènent la danse. BR FR 

Le prince de Hombourg / Il principe di Homburg (Marco Bellocchio, 1997) ***
Vers 1800, le jeune commandant somnambule d'un bataillon allemand, condamné à mort pour non obéissance, fait face à sa conscience (et à son inconscient). Baignée dans une pénombre rompue par la lune et les torches, cette triomphante adaptation de la pièce de Kleist est un chef-d'œuvre de Romantisme dans ses thèmes et dans sa mise en scène. Andrea di Stefano est parfait en bouleversant soldat tourmenté par le rêve, l'amour et l'honneur. BR FR

Marguerite (Xavier Giannoli, 2015) **
En 1921, une riche et excentrique baronne délaissée par son mari s'essaye à l'opéra malgré sa voix épouvantable. D'une histoire (inspirée par la vraie Florence Foster Jenkins) qui se prêtait à la comédie le réalisateur a fait un drame cruel sur le mensonge, l'exploitation et l'illusion. Catherine Frot donne à son personnage une fragilité et une candeur touchantes et Michel Fau, génial, apporte un grain de folie à un film autrement assez froid. BR FR

Vampires en toute intimité / What we do in the shadows (Jemaine Clement & Taika Waititi, 2014) 0
Le quotidien de quatre (puis cinq) vampires d'époques différentes qui cohabitent dans une vieille demeure de Wellington, Nouvelle-Zélande. Un sujet à potentiel que les auteurs réduisent au jus de navet par excès de coolitude, de potacherie et d'esprit found footage, le genre où les personnages font des clins d'oeil satisfaits à la caméra après chaque pitrerie. Une comédie lamentable donc que j'ai vue en accéléré après 20', c'est dire. BR DE

Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, 2016) **
Pas un documentaire sur le cinéma français mais un voyage subjectif avec Tavernier qui, comme dans tout voyage, choisit ses points de chute : Becker, Renoir, Gabin, Carné, Jaubert, Gréville, Melville, Sautet. Le regard est personnel et intime, celui d'un cinéphile avant tout qui se trouve être aussi réalisateur. On ne sent pas les 3h15 passer et les commentaires font voir tous les extraits de films sous un angle souvent pertinent et imprévu. BR FR

Multiple maniacs (John Waters, 1970) ***
Queer, subversif et potache, l'un des premiers films de John Waters condense déjà tout l'univers du réalisateur (tout au moins le meilleur, jusqu'à "Polyester" en 1981). Divine y crève l'écran en Lady Divine, criminelle et star du Cavalcade of Perversions, dans une série de séquences comico-trash qui offensent la bien-pensance américaine, le catholicisme et le cinéma avec un grand C. Le casting des Dreamlanders est comme un Who's Who dépravé. BR US 

The summit (Nick Ryan, 2012) *
Le 1er août 2008, 11 alpinistes et sherpas mouraient en redescendant du sommet du K2. Ce documentaire (avec quelques séquences reconstituées avec acteurs) revient sur le drame avec, comme tout fait divers de ce genre, ses éléments de rêve, de risque, de malchance, d'héroïsme et de mauvais jugements. Rien d'original donc mais on ne se lasse pas de contempler, depuis le canapé, l'univers sublime et hostile de la haute montagne. BR DE

4 mars 2017

Maurice Maillot remembered

Maurice Maillot (1906-1968) dans le mélodrame sexuel "Remous" (Edmond T. Gréville, 1933).

Un acteur oublié à la beauté classique qui rappelle un peu celle de Gary Cooper à la même époque. Il y incarne un athlète mondain qui provoque le désir d'une jeune mariée frustrée par l'impuissance de son époux. Une sorte de Michèle Morgan au masculin, c'est ce que j'ai pensé en le découvrant dans le film.




3 mars 2017

Films vus par moi(s) : mars 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La sorcière / Belladonna of sadness / Kanashimi no Berradona (Eiichi Yamamoto, 1973) **
Un étonnant film d'animation japonais furieusement sexualisé et féministe, inspiré de "La sorcière" de Michelet, sur une jeune femme qui subit au Moyen Age les assauts des hommes et du démon. Le mélange de psychédélisme, de Pop et d'Art Nouveau (on pense à Klimt et Schiele) créé des images d'une beauté folle qui abusent malheureusement des zooms et travellings sur plans fixes. Mais dès que ça s'anime vraiment, c'est sublime. BR US

Garde à vue (Claude Miller, 1981) ***
Une nuit de Saint-Sylvestre, la garde à vue d'un notaire de province soupçonné du meurtre de deux fillettes. Michel Serrault, Lino Ventura, Guy Marchand et Romy Schneider dans un rôle ténébreux font étinceller les dialogues cruels et désabusés de Michel Audiard dans ce huis clos qui pourrait être théâtral mais qui est sublimé par la mise en scène d'orfèvre de Miller. Un film qui scrute l'âme de ses personnages avant de les détruire. BR FR  

Le fils de Jean (Philippe Lioret, 2016) *
Prévenu de la mort de son père biologique qu'il ne connaissait pas, un trentenaire parisien se rend à son enterrement au Québec et rencontre ses deux demi-frères. Non-dits et secrets de famille sont au menu de ce film qui porte sa retenue et son coup de théâtre en étendard. Grâce à Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand, parfaits, ça se regarde facilement mais pour s'évaporer aussitôt, aussi sûrement qu'un roman de Marc Levy. BR FR

Ouija : les origines / Ouija, origin of evil (Mike Flanagan, 2016) 0
Après Mattel et Lego, l'empire du jouet Hasbro impose un des ses produits à l'écran. Ici, le plateau divinatoire Ouija qui, maléfique, possède une petite fille pleurant son père mort. Le début n'est pas mal avec son ton de comédie mais la suite s'enlise dans une progression qui se veut horrifique mais accumule des répétitions de situations ni structurées ni intéressantes. La seule surprise : Henry Thomas y cachetonne en prêtre 34 ans après "E.T.". BR DE 

Hombre mirando al sudeste / Man facing southeast (Eliseo Subiela, 1986) *
Le médecin d'une clinique psychiatrique de Buenos Aires s'intéresse à un mystérieux patient qui se dit venu d'ailleurs et agit comme un saint. L'excellent sujet et les bons acteurs (dont Hugo Soto, mort trop jeune) ne sont pas aidés par une mise en scène plate et un abus de saxophone (quel instrument perce-oreille !). Reste le thème sur la différence, la sagesse et la folie et la place de l'Homme dans un monde souvent incompréhensible. BR US 

La mort de Louis XIV (Albert Serra, 2016) ***
Entièrement confinée aux quatre murs de la Chambre du Roi, une oeuvre historique radicale qui invente le genre du film d'agonie. Des chuchotements, des râles, des éclats de voix et la lumière des bougies rendent l'ambiance de l'extinction d'un individu et d'une époque. Les acteurs sont formidables mais c'est Jean-Pierre Léaud, dans un rôle et une prestation incroyables, qui donne à la fois son corps (et son visage) à Louis XIV et au film. Fascinant. DVD Z2 FR

Long weekend (Colin Eggleston, 1978) *
En Australie, un couple en crise part un weekend au bord d'une plage déserte et affronte les dangers de la Nature. La Nature les affronte aussi puisque les deux personnages (aux personnalités imbuvables) la saccagent, faune et flore, par ignorance et bêtise. Un des premiers films à sujet environnemental, ce survival existentiel manque de dynamique. Malgré quelques belles séquences, on s'ennuie alors qu'on ne devrait pas. BR US   

Inferno (Ron Howard, 2016) 0
Après "Da Vinci Code" (2006, moyen) et "Anges et Démons" (2009, bon), Ron Howard réadapte Dan Brown avec cette aventure du symbologiste Robert Langdon (Tom Hanks, désabusé), ici entre Florence et Istambul, en proie aux visions de l'Enfer de Dante et au bioterrorisme. L'un des pires réalisateurs de Hollywood abuse d'un montage épileptique à gerber et de flashes infernaux ridicules pour un film très con et très moche. J'en ai vu 30'. BR DE

Eddie (Boris Rodriguez, 2012) 0
Dans une petite ville du Canada, un prof d'arts plastiques héberge un élève muet et demeuré qui tue comme un zombie par somnambulisme. Ses crimes inspirent sa création. Le scénario paresseux et la mise en scène plate de cette comédie horrifique ruinent l'idée de départ. Sur un sujet proche, "Color me blood red" (Herschell Gordon Lewis, 1965) avait au moins l'outrance et le kitsch. Ici, on s'ennuie comme devant une toile blanche. Sans intérêt. BR US 

Deluge (Felix E. Feist, 1933) **
Le grand-père des films catastrophe. Après la destruction de New York par un tremblement de terre et un tsunami, un homme et une femme sont chassés par une bande de rednecks. La longue séquence de désastre qui ouvre le film, inédite en son temps, reste impressionnante par son utilisation des maquettes et du montage. La suite est plus faible. Mais vu comme une métaphore sur la Crise de 1929 et ses conséquences, c'est très intéressant. BR US

Rester vertical (Alain Guiraudie, 2016) ***
Après le chef-d'oeuvre "L'inconnu du lac" (2013), Guiraudie revient à la fable existentielle. Comparable à rien, sauf à certains Bunuel, cette histoire d'un scénariste paumé qui erre entre la Lozère et Brest en faisant d'improbables rencontres mêle réalisme et symbolisme pour inverser les clichés sur la masculinité, la ruralité et le désir. Le film regorge d'images fortes : une naissance, une sodomie, une mort... Les acteurs sont tous étonnants. BR FR

Divines (Houda Benyamina, 2016) ***
Deux jeunes amies d'une cité qui rêvent d'autre chose se laissent entraîner dans le deal. Porté par l'énergie et le naturel d'Oulaya Amamra et de Deborah Lukumuena, un film qui commence en chronique adolescente (la meilleure part) pour finir en polar et cache derrière son apparent réalisme un cruel conte de fées avec ses princesses, son prince et sa sorcière. La mise en scène inspirée panache avec bonheur l'action, la poésie et l'émotion. BR FR    

Praia do Futuro (Karim Aïnouz, 2014) **
Au Brésil, un vigile de plage et un touriste allemand qu'il a sauvé de la noyade entament une liaison avant de partir s'installer à Berlin. Dix ans plus tard, le jeune frère du Brésilien vient retrouver son aîné. Le contexte gay n'est pas tout : l'économie des dialogues et de l'action ajoutée au formalisme mélancolique en font un essai contemplatif et ouvert à l'interprétation sur la construction par l'abandon. Avec de très belles séquences, dont la dernière. DVD Z2 FR

Remous (Edmond T. Greville, 1933) **
Un accident de voiture lors de son voyage de noces rend un jeune mari (Jean Galland) impuissant. Sa femme (Jeanne Boitel) se résigne avant de subir l'attirance d'un beau garçon (Maurice Maillot). Un mélodrame conjugal très Années 30 dont le thème sexuel et la mise en scène inventive chargent chaque plan d'un puissant érotisme. Quelques faiblesses (Françoise Rosay déplacée et une chanson médiocre) en amoindrissent un peu la portée. DVD Z2 FR

The survivalist (Stephen Fingleton, 2015) **
Dans une cabane de forêt de la post-Apocalypse, un trappeur solitaire héberge une femme et sa fille. L'homme (et la femme) est un loup pour l'homme (et la femme) dans ce film d'Irlande du Nord, huis-clos entre ses trois personnages farouches et taiseux. Entre le genre et l'art et l'essai, avec ses saluts à Tarkovski et à Malick, le réalisateur compense son petit budget par une mise en scène concentrée et un ton uniformément gris et nihiliste. BR UK