1 janvier 2018

Films vus par moi(s) : janvier 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La clé de verre / The glass key (Stuart Heisler, 1942) *
La mort d'un homme révèle les liens troubles entre un politique en campagne et le crime organisé. D'après Hammett, un Film Noir à la structure, à l'atmosphère et aux personnages typiques du genre mais qui souffre d'une mise en scène paresseuse (à part une brutale séquence de coups) et de dialogues excessifs. Brian Donlevy, Alan Ladd et Veronica Lake (au jeu éteint mais d'autant plus fascinant) retiennent l'intérêt par leur seul charisme. BR UK

Borrowed time (Andrew Coats & Lou Hamou-Ladhj, 2015) ***
Revenu sur le site d'un drame de sa jeunesse, un vieux sheriff est écrasé par la mémoire et la culpabilité. Ecrit et réalisé par deux animateurs de Pixar, ce court métrage réussit en 6' à faire passer de puissantes émotions entre tension et accablement. Le résultat est spectaculaire, l'accompagnement musical parfait et le thème de l'indicible douleur traité de façon adulte, sans facilité ni prêchi-prêcha. L'art de l'animation parvenu à ses sommets. WEB

Chez nous (Lucas Belvaux, 2017) 0
Dans une petite ville du Pas-de-Calais, une infirmière est choisie par un parti nationaliste pour le représenter aux élections municipales. Cet essai sur le coup d'Hénin-Beaumont aurait pu faire un intéressant pamphlet sur le FN et la France d'en-bas. Mais les clichés les plus éculés qui soutiennent cette charge pataude, les acteurs qui n'y croient pas (Catherine Jacob est ridicule en erzatz de Marine Le Pen) et la réalisation plate méritent un bon 0. BR FR

Loving (Jeff Nichols, 2016) **
Entre 1958 et 1967, le parcours douloureux de Mildred et Richard Loving, couple mixte de Virginie dont le mariage est déclaré illégal avant d'être reconnu devant la Cour Suprême. D'une affaire ayant secoué la Constitution américaine, Nichols tire un film lent et anti-mélodramatique où la passivité des époux (Ruth Negga et Joel Edgerton, parfaits) est sublimée par leur imperturbable dignité. Un étonnant exercice en colère retenue. BR FR

Tumak, fils de la jungle / One Million B.C. (Hal Roach & Hal Roach Jr., 1940) 0
Il y a 1 million d'années (puisqu'ils le disent), un homme des cavernes ingénu se révèle une âme de chef. Une histoire de Préhistoire débile comme pas permis où la mise en scène statique est parfois compensée par de beaux décors de grotte et de jungle, le charme des back projections de lézards en dinosaures et l'accumulation d'anachronismes. Victor Mature y commençait sa carrière. Le remake avec Raquel Welch est plus fun. BR US

Le scorpion rouge / Red scorpion (Joseph Zito, 1988) 0
Un soldat soviétique est envoyé en Afrique pour mater une rébellion locale. Bourrin pur jus d'époque, un de ces films qui peuvent se regarder par nostalgie ou cynisme. Ca tire et ça explose partout, sauf dans une séquence (la meilleure) où le colosse slave blessé est sauvé par un petit bushman. Dolph Lundgren a du mal à jouer mais tombe bien la chemise : ça tombe bien, c'est pour ça que j'ai regardé. Des moments drôles aussi, forcément. BR UK

Cargaison 200 / Cargo 200 / Grouz 200 (Aleksey Balabanov, 2007) **
En 1984 près de Leningrad, une adolescente subit un calvaire. Parsemé d'humour absurde et de scènes insoutenables, un brûlot qui dénonce par métaphore l'écroulement politique, économique, social et moral de la Russie soviétique. Le scénario est éloquent, les acteurs excellents et la mise en scène évite la gratuité du torture porn. Le film fit scandale à sa sortie en Russie, sa puissance dérangeante reste intacte aujourd'hui. Radical. DVD Z1 US

Le dahlia bleu / The blue dahlia (George Marshall, 1946) **
A Los Angeles, un marin démobilisé est soupçonné d'avoir tué sa femme infidèle. Si la mise en scène de ce Film Noir archétypique est plutôt morne, le scénario de Chandler offre d'intéressantes interactions entre les personnages, des dialogues désabusés et un regard acéré sur le difficile retour à la société après la guerre. L'alchimie entre Alan Ladd et Veronica Lake (deux stars pas assez commémorées) dynamise tout le film. BR UK 

Certaines femmes / Certain women (Kelly Reichardt, 2016) **
Dans le Montana, quelques moments du quotidien de trois femmes comme les autres. Adaptations de nouvelles, ces trois histoires (une avocate, une bobo et une palefrenière prises au piège de leur routine) s'écoulent avec une lenteur mélancolique qui s'accorde avec le décor des plaines sous la neige. La force et la beauté du film se révèlent si on se prête à son rythme austère. Avec Laura Dern, Michelle Williams, Lily Gladstone et Kristen Stewart. BR UK

Trois valses (Ludwig Berger, 1938) **
En 1867, 1900 et 1939, les péripéties amoureuses des rejetons successifs de deux familles qui se recroisent sans cesse. Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, couple d'écran et de ville, s'amusent à traverser les époques dans ce film opérette à la structure ingénieuse. Les morceaux chantés par une Printemps survoltée, la mise en scène qui pioche dans Mamoulian et le Musical allemand des 30's et l'humour grivois font qu'on se laisse entraîner. DVD-R  

La planète des vampires / Terrore nello spazio (Mario Bava, 1965) *
Les membres d'équipage d'un vaisseau spatial venu au secours d'un autre sur une planète inconnue sont possédés mentalement par une force extraterrestre. Un film - dont des éléments annoncent "Alien" - qui serait un navet oublié sans les hallucinantes lumières colorées de Bava, ses décors rétro-futuristes et ses combinaisons en cuir noir et jaune qui apportent une touche furieusement Pop Sixties à l'ensemble. A part ça, on s'ennuie ferme. BR US

A quiet passion (Terence Davies, 2016) **
Evocation de la vie de la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886), interprétée par Cynthia Nixon aux antipodes de "Sex and the City". D'une austérité qui touche au maniérisme, le film se confine aux murs de la maison des parents. Il porte un regard incisif sur la culture puritaine de l'époque et la personnalité intransigeante de l'écrivain recluse et révoltée dont les mots sublimes parsèment les séquences. C'est magnifique mais peu aimable. BR UK

Point break (Kathryn Bigelow, 1991) **
A Los Angeles, une jeune recrue du FBI infiltre un groupe de surfeurs suspecté de braquer des banques. La testostérone déborde dans ce film infatigable qui panache habilement suspense, sport et action. Le dynamisme de la mise en scène (notamment une incroyable poursuite à pied) compense l'exécrable jeu de plusieurs acteurs, dont Keanu Reeves. Patrick Swayze crée un intéressant personnage de surfeur anarchiste. Et ces masques ! BR UK

Je t'attendrai / Le déserteur (Léonide Moguy, 1939) *
En 1918, un soldat à l'arrêt avec son train près de son village déserte une heure pour aller voir ses parents et sa petite amie. Le déroulement en temps réel, la photo très belle, les bruits du canon sur la bande son et la présence de la tragique Corinne Luchaire n'empêchent la pesanteur du film, freiné par une histoire languide et le jeu malhabile de Jean-Pierre Aumont. Berthe Bovy, dans le rôle de la mère possessive, tire le tout vers le high camp. BR FR

Seat in shadow (Henry Coombes, 2016) **
A Glasgow, un jeune gay mal dans sa peau est envoyé par sa grand-mère chez un vieux psy, gay aussi et aux méthodes peu orthodoxes. Ce petit budget de l'artiste et thérapeute Henry Coombes mêle film narratif et film d'art. Tout ne fonctionne pas mais les idées sont surprenantes et drôles et les séquences d'analyse excellentes, portées par le jeu désinhibé de David Sillars. Une bizarrerie de niche formatée pour les festivals d'avant-garde. DVD Z2 UK

La Belle et la Bête / Beauty and the Beast (Bill Condon, 2017) *
En France au 18e s., une jeune villageoise apprend à aimer un monstre. Cet auto-remake Disney de leur beau dessin animé de 1991 n'apporte rien (mais rapporte beaucoup) et est plombé par la fadeur habituelle d'Emma Watson, le trop plein de CGI (dont la Bête) et l'aspect mécanique du scénario et de la mise en scène. Mais le décor ultra-baroque, l'assistant gay et l'esprit conte de fées sont chouettes. Les enfants adorent et c'est tant mieux. BR FR  

Big little lies (Jean-Marc Vallée, HBO, 2017) ***
A Monterey, un incident entre enfants de primaire entraîne un conflit entre parents. Un formidable Women's Picture contemporain qui aborde franchement des thèmes que Mildred Pierce ou Peyton Place ne pouvaient que suggérer. Le scénario, la mise en scène et l'interprétation (Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Laura Dern...) sont admirables. Une miniserie qui fusionne génialement drame, humour, suspense et activisme féministe. BR UK 

25 décembre 2017

Poster art : King of Kings 1927



King of Kings (Cecil B. DeMille, 1927)

Une magnifique affiche d'époque qui reprend un intertitre original du film.

Quand elle apprend lors d'une orgie de palais qu'un charpentier rassemble les foules à Capharnaüm, la courtisane Marie de Magdala veut aller voir ça par elle-même et ordonne à ses esclaves d'arnacher ses zèbres.

"Harness my zebras!" est l'un des intertitres les plus enthousiasmants de tout le cinéma muet.

2 décembre 2017

Films vus par moi(s) : décembre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La mélodie du bonheur / The sound of music (Robert Wise, 1965) ***
En 1938 à Salzbourg, une jeune religieuse est envoyée s'occuper des sept enfants d'un capitaine de marine veuf. Le Musical le plus aimé du public reste après cinq décennies un film d'une rare générosité. Sur un sujet menaçant de mièvrerie, Robert Wise offre un chef-d'oeuvre de dynamisme et de sincérité, porté par les chansons inoubliables de Rodgers & Hammerstein et le charme (et le talent) fou de Julie Andrews. Un film et un titre parfaits. TV  

Le Roi des rois / King of kings (Cecil B. DeMille, 1927) ***
De son entrée à Jérusalem à l'apparition aux Apôtres, les derniers jours terrestres du Christ. Malgré ses 51 ans au moment du tournage, l'acteur H.B. Warner est sans doute le meilleur Jésus de cinéma : son jeu retenu et nuancé apporte une dignité sans emphase à cette fresque biblique qui privilégie l'intime au grandiose tout en présentant les moments et les mots gravés dans les Evangiles. Un des derniers grands films muets. BR FR (sublime restauration par Lobster Films)  

Stay hungry (Bob Rafelson, 1976) ***
En Alabama, un héritier (Jeff Bridges) chargé par un promoteur de déloger une salle de musculation se prend d'intérêt et d'amitié pour ses habitués. Dans l'esprit de l'indépassable "Five easy pieces" (Rafelson, 1970), ce film sur un homme qui rompt les amarres dresse aussi une formidable galerie de portraits dans des moments digressifs pleins d'humanité. Avec le rôle qui le révéla, Arnold Schwarzenegger crève l'écran. Les 70's dans leur meilleur. BR US  

Les banlieusards / The 'burbs (Joe Dante, 1989) 0
Les habitants d'une rue pavillonnaire du Midwest s'inquiètent des voisins mystérieux d'une maison à l'abandon. Ni Tom Hanks ni Carrie Fisher ne peuvent sauver cet effarant navet qui cumule tout ce que la comédie Eighties a fait de pire. Les cris et les gesticulations font office de mise en scène, les tentatives d'humour se vautrent, les acteurs en font des tonnes pour rien. 30' m'ont suffi, le reste en accéléré m'a convaincu de mes doutes. Indéfendable. BR UK

Ce qui nous lie (Cédric Klapisch, 2017) 0
En Bourgogne à Meursault, deux frères et leur soeur doivent s'occuper du petit domaine viticole de leur père décédé. Le réalisateur des films de tribus (voisins, amis, familles) s'attache ici à une fratrie de trois. Le film se laisse regarder grâce au casting (Pio Marmai, François Civil, Ana Girardot) et au décor du vignoble mais les bons sentiments, la prévisibilité et l'innocuité du scénario et la lourdeur des effets temporels donnent envie de recracher. BR FR 

Sausage Party (Greg Tiernan & Conrad Vernon, 2016) **
Dans un supermarché, les aliments industriels paniquent quand ils réalisent qu'ils finiront bouffés. Ce film d'animation joue la surenchère de l'obscénité et du politiquement incorrect en détournant l'histoire de "Toy Story" vers celle d'une miche de pain plantureuse et d'une saucisse obsédée sexuelle. L'outrance des situations, des "personnages" et des dialogues centrés sur "fuck" et "shit" font qu'on rit souvent et grassement. Potache, cul et sympa. BR ES

Je sais où je vais / I know where I'm going! (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1945) **
Une jeune femme ambitieuse (Wendy Hiller, au physique anti-hollywoodien) partie épouser un riche industriel sur une île écossaise est coincée par la tempête sur une île voisine. Elle y découvre des gens et des sentiments purs. Il y a du John Ford dans ce film où le romantisme et le réalisme magique sont amplifiés par la nature convulsive. Les images de la mer donnent une ampleur cosmique à l'ensemble qui autrement serait anodin. BR FR 

Grave (Julia Ducournau, 2016) ***
Une jeune végétarienne en fac vétérinaire prend goût au sang et à la chair humaine. Au-delà de l'histoire croquignole, ce film franco-belge s'appuie sur l'horreur physique et psychologique pour évoquer, à la "Carrie", les difficiles stations finales de l'adolescence. Le scénario sans cesse surprenant, la mise en scène inventive et le casting impeccable (mention à Garance Marillier) construisent un film de genre d'une remarquable profondeur et originalité. BR ES

Voyage au centre de la Terre / Journey to the center of the Earth (Henry Levin, 1959) **
En 1880, un professeur (James Mason) à la fac d'Edimbourg conduit trois équipiers dans une grotte islandaise vers les profondeurs de la Terre. Jules Verne est bien servi dans cette adaptation qui repose avant tout sur les décors en studio et en matte painting, magnifiés par le CinemaScope et le De Luxe. Comme dans le roman il y a peu d'enjeux, le film n'étant qu'un parcours d'aventure dans la descente avant la remontée expéditive. BR UK

Les yeux de Laura Mars / Eyes of Laura Mars (Irvin Kershner, 1978) **
Une photographe de mode a des visions en temps réel d'assassinats de collègues et d'amis. Ce giallo à l'américaine (un inoubliable souvenir de cinéma d'ado) n'aurait rien de vraiment spécial si il n'y avait Faye Dunaway en roue libre, Tommy Lee Jones et Brad Dourif, une B.O. 100% d'époque ("Let's all chant", Streisand...), Helmut Newton pour les photos porno-chic, le design mid-70's et les rues crados du Manhattan d'alors. Et ça, c'est spécial. BR UK
 
American Gods - saison 1 (Bryan Fuller & Michael Green, 2017) **
Le vide spirituel et les religions dévoyées sont au coeur de cette série très originale où les dieux anciens et nouveaux, d'Anubis à Odin, de Yahvé à Jésus-Christ et de Media aux GAFA se croisent sur la route US. L'idée est formidable et d'actualité, le résultat déséquilibré : si toutes les séquences impliquant les dieux sont fascinantes, j'en aurais aimé plus car l'histoire qui fait le lien (un homme et sa femme morte-vivante) est trop étirée et bavarde. BR DE 

Life : Origine inconnue / Life (Daniel Espinosa, 2017) **
A bord de l'ISS, des cellules biologiques ramenées de Mars évoluent en une créature féroce. Le titre "Alien" déjà pris, ils ont du en trouver un autre. Malgré la proximité scénaristique avec le chef-d'oeuvre de Ridley Scott, ce film réussit le doublé en plaçant toute l'action en apesanteur (les SFX sont bluffants) et en inventant un monstre d'une espèce fascinante et encore plus retorse que l'autre. Un très bon thriller de terreur existentielle dans l'espace. BR FR  

Le journal de David Holzman / David Holzman's diary (Jim McBride, 1967) **
En juillet 1967 à Manhattan, un jeune cinéaste en galère décide de filmer des choses qui l'intéressent : son studio, sa copine, ses voisins de quartier et lui-même avant tout. Un petit film fauché indépendant influencé par Warhol et Godard et à la technique hasardeuse mais qui, vu cinquante ans plus tard, est incroyablement visionnaire. La culture narcissique partagée d'aujourd'hui y est toute entière. C'est aussi l'un des premiers mockumentaries. DVD Z2 UK

Colossal (Nacho Vigalondo, 2016) 0
Une new yorkaise un peu paumée va se mettre au vert en province et se rend compte qu'un monstre kaiju qui ravage Séoul réplique ses mouvements à distance. Cette métaphore sur l'expression des frustrations et des rages est une belle idée mais le film ne tient pas, la faute à un scénario répétitif et bavard et surtout au surjeu d'Anne Hathaway, tout en mimiques faciales et roulements d'yeux. Omniprésente, elle y est exaspérante, comme souvent. BR ES

1 novembre 2017

Films vus par moi(s) : novembre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La prison du viol / Jackson County jail (Michael Miller, 1976) **
Une solide série B de Roger Corman. Cocufiée, dépouillée, emprisonnée et violée, une bourgeoise croise en cellule un criminel avec qui elle s'échappe et part en cavale dans le Colorado. La trop rare Yvette Mimieux et le trop sexy Tommy Lee Jones sont malmenés corps et âmes dans ce road movie nihiliste qui présente un portrait ravageur de l'Amérique profonde des serveuses désabusées, des rednecks crapoteux et des policiers pourris. DVD Z1 US 

Remembering the man (Nickolas Bird & Eleanor Sharpe, 2015) **
Un émouvant documentaire sur Tim Conigrave (1959-1994) et John Caleo (1960-1992), deux australiens qui se rencontrèrent au lycée et vécurent une histoire d'amour de quinze ans, tranchée par le sida. Les photos, les films amateurs et les témoignages d'amis rappellent qui ils étaient et ce que fut leur couple, avant et après l'irruption du virus. Le livre témoignage et best seller de Conigrave, "Holding the man", fut publié posthumément en 1995. DVD Z2 UK  

Tom of Finland (Dome Karukoski, 2017) **
De la Seconde Guerre Mondiale aux années 80 en Finlande, la vie et la création clandestines de Touko Laaksonen (1920-1991) qui atteint le succès depuis les USA sous le nom Tom of Finland avec ses dessins d'archétypes gays hypersexualisés. Tout voyeurisme et titillation sont écartés de ce biopic sagement réalisé imprégné d'un profond sentiment de tristesse et de perte. Un film qui contextualise l'artiste en exaltant la libération par la création. BR UK 

L'enfance d'Ivan / Ivanovo detstvo (Andrei Tarkovsky, 1962) ***
En URSS pendant la guerre, un jeune ado (Nicolai Bourliaev, exceptionnel de justesse) sert d'éclaireur dans une compagnie où il est pris en amitié et protection par trois soldats. Le premier long métrage de Tarkovsky est un réquisitoire contre la destruction de l'enfance par la violence des conflits des hommes. Les plans de la nature impassible et les séquences de rêves apportent en contrepoint au drame inéluctable une poésie déchirante. BR UK

Passengers (Morten Tyldum, 2016) **
Prématurément réveillé par accident d'un sommeil artificiel d'un siècle, un passager (Chris Pratt) d'un vaisseau spatial en réveille une autre (Jennifer Lawrence) pour ne pas être seul. Leur relation d'attirance, de reproche et de culpabilité forme le socle de ce film de SF en huis clos dont certaines grosses ficelles de scénario sont compensées par l'idée originale et de bons effets spéciaux. L'émotion, elle, est un peu trop tenue à distance. Pas mal. BR FR 

Orca (Michael Anderson, 1977) *
Un orque poursuit de sa vengeance un pêcheur qui a tué sa femelle enceinte (de l'orque, pas du pêcheur). Les souvenirs d'enfance sont trompeurs : peu reste de mon enthousiasme pour le film à sa sortie. Ce croisement de Moby Dick et des Dents de la mer est plombé par un scénario assez imbécile et des acteurs qui n'y croient pas (Richard Harris, Charlotte Rampling, Bo Derek). Mais la musique outrancièrement lyrique de Morricone est top. BR IT

Le marteau des sorcières / Kladivo na carodejnice / Witchhammer (Otakar Vavra, 1970) **
Dans un village tchèque au 17e s., le vol d'une hostie déclenche une chasse aux sorcières avec tortures, procès et bûchers. Doté d'une magnifique photo en N&B, ce film historique part d'un fait divers pour dénoncer les crimes des régimes autoritaires (ici, Moscou après le Printemps de Prague) et les abus faits aux femmes. Le sujet et la direction artistique donnent l'impression de regarder un film de la Hammer, kitsch et second degré en moins. BR UK

Man in an orange shirt (Michael Samuels, 2017) *
En 1945, deux soldats ont une liaison empêchée par le mariage de l'un. En 2017, son petit-fils, accro aux applis de rencontres gay, découvre l'histoire de son grand-père. Cette miniseries en 2 épisodes de la BBC met en miroir deux relations homosexuelles distantes de sept décennies. La forme est académique et la musique un tire-larmes mais c'est regardable et touchant, notamment par la présence olympienne de Vanessa Redgrave. DVD Z2 UK

Les inconnus dans la maison (Henri Decoin, 1942) ***
Un inconnu est assassiné dans la maison bourgeoise d'un ancien magistrat alcoolique qui reprend la robe pour l'occasion. Si l'enquête et sa résolution expédiée n'ont aucun intérêt, la galerie des personnages et des acteurs est un régal (sauf Juliette Faber, terriblement fade) et les dialogues de Clouzot sont souvent d'une causticité hilarante, surtout quand ils sont dits par Raimu à son sommet. Le regard sur la jeunesse désoeuvrée, lui, est prémonitoire. Cinémathèque

Coup de tête (Jean-Jacques Annaud, 1979) ***
Dans une ville de province, un loser faussement accusé de viol se retrouve adulé après avoir marqué deux buts en championnat de foot. Il aura sa vengeance. L'hypocrisie d'une certaine France moyenne et l'absolution par la gloire sont les thèmes sérieux de cette comédie de société portée par un refrain entêtant, un formidable casting de gueules et évidemment Patrick Dewaere, dont le jeu expressif et les yeux tristes touchent en plein coeur. BR FR

The apple (Menahem Golan, 1980) 0
En 1994 du futur, un couple de chanteurs de ballades est engagé par BIM, une compagnie tentaculaire genre Amazon qui vend du Disco-Glam et est dirigée par un PDG démoniaque et sa folle. Toute espèce de talent a déserté cette insanité musicale tournée à Berlin Est où on trouve pêle mêle des orgies et des paillettes, des hippies dans une grotte, Dieu qui débarque en Rolls blanche... Mais c'est tellement nul que c'en est (presque) jouissif. BR US 

Le vaisseau fantôme / The sea wolf (Michael Curtiz, 1941) **
Adaptation du roman de Jack London. Le capitaine sociopathe d'un voilier crapuleux tient son équipage par la crainte jusqu'à la montée à bord de trois naufragés rebelles. Le savoir faire de la Warner et du réalisateur font des merveilles avec ce huis clos psychologique en mer où s'affrontent un Edward G. Robinson génial, un John Garfield charismatiquement moderne, Ida Lupino et Alexander Knox. Dans les Limbes avec des âmes perdues. BR US 

Desierto (Jonas Cuaron, 2015) **
Dans le désert sud-californien, quelques migrants illégaux mexicains (dont Gael Garcia Bernal) sont tirés à vue par un suprémaciste aidé de son féroce chien berger. Cette transposition contemporaine de "La chasse du comte Zaroff" (1932) est un survival violent, sec et efficace. Le voir sous l'ère Trump (mais il a été réalisé avant) lui apporte un supplément d'intérêt : du "mur" aux fusils d'assaut et au rejet de l'Autre, le film en cristallise les obsessions. BR FR

Poil de carotte (Julien Duvivier, 1932) ***
A la campagne, un petit rouquin haï par sa mère et ignoré par son père - qu'il appelle Mme et M. Lepic - tente de vivre malgré tout. D'après Jules Renard, ce remake parlant par Duvivier de son film muet est fort d'une mise en scène dynamique et de ses acteurs : Harry Baur tout en retenue, Catherine Fonteney hystérique en marâtre caricaturale et bien sûr l'inoubliable et tragique Robert Lynen, dont le naturel rayonne. La fin est bouleversante. DVD Z2 FR

Jeannette (Bruno Dumont, 2017) ***
Adaptation du "Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" de Péguy qui en reprend le texte incantatoire, ici récité, chanté et dansé sur de l'electro par des jeunes non-professionnels dans les dunes du Nord. Le résultat est déstabilisant, le film ne ressemblant à rien de connu. Si (et seulement si) on se laisse aller à son concept radical et à son rythme, cette évocation de l'enfance de Jeanne d'Arc se révèle lumineuse, drôle et pleine de grâces. BR FR 

Le portrait de Jennie / Portrait of Jennie (William Dieterle, 1948) ***
Une adolescente solitaire dont un peintre new-yorkais fait le portrait se métamorphose à vue d'oeil en une jeune femme dont il tombe amoureux. Jennifer Jones et Joseph Cotten vivent une histoire d'Amour Fou dans ce mélodrame fantastique que son kitsch sincère rend sincèrement touchant. La musique sur des thèmes de Debussy en renforce la charge poétique et la fin est un grand moment du Surréalisme au cinéma. Avec Ethel Barrymore.  BR US   

Les survivants / Z for Zachariah (Craig Zobel, 2015) 0
Après l'Apocalypse nucléaire, une jeune femme (Margot Robbie) survit seule dans une maison de campagne épargnée. Elle y accueille un autre rescapé (Chiwetel Ejiofor). Ils sont rejoints par un troisième (Chris Pine). Les deux mecs se toisent. Un film pensé comme du Bergman américanisé mais qui suinte l'ennui à trop vouloir la retenue et la hauteur. La religion, hélas, est aussi de la partie. Les acteurs sont très bien, comme le paysage. BR DE

Titanic (Herbert Selpin, 1943) **
Die Titanic sinkt. La version de l'histoire voulue par Goebbels voit le naufrage provoqué par la cupidité des investisseurs anglais et l'ignorance des avertissements d'un officier allemand. Hormis ce point de vue appuyé, ce film nazi glisse sans effort du mélodrame bourgeois à la catastrophe en passant par le commentaire social avec un bon casting et des trucages assez efficaces. Le réalisateur, lui, a été "suicidé" avant la fin du tournage. BR US 

Jackie (Pablo Larrain, 2016) **
Fin novembre 1963, Jacqueline Kennedy organise à Washington les funérailles de son mari assassiné. Natalie Portman est de tous les plans - et souvent en gros plan - de ce fragment de biopic qui est aussi l'évocation d'une désagrégation après un choc traumatique. Une puissante mélancolie existentielle baigne le film, porté par des voix atténuées et une musique dissonante. L'hommage à une fascinante First Lady et à son interprète. BR FR

La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952) **
A Paris, le 14 Juillet mouvementé de deux amoureux (Dany Robin et Michel Roux, assez fades malheureusement). Enfin si on veut parce que le film tout entier est un exercice de style autour de son scénario en construction au fil de l'eau. L'idée et la mise en scène sont formidablement originales et dynamiques (même si la seconde moitié fléchit un peu) et revoir Paris en 1952 est un bonheur. Une oeuvre ludique d'une imagination débridée. BR FR

Valentin Valentin (Pascal Thomas, 2014) 0
Dans un immeuble parisien, un jeune homme (Vincent Rottiers) subit malgré lui l'attirance ou le rejet de ses voisins. Librement adapté de Ruth Rendell, une comédie de moeurs qui débute sur un meurtre, histoire de montrer que derrière la comédie se joue le drame. Rien ne tient, ni la galerie des personnages pittoresques, ni les péripéties artificielles, ni la mise en scène. On dirait du Klapisch mâtiné de "Plus belle la vie" et de Cioran. Lamentable. DVD Z2 FR

Le monde perdu / The lost world (Harry O. Hoyt, 1925) ***
Le Prof. Challenger conduit des équipiers sur un haut-plateau d'Amazonie où des dinosaures ont survécu. Ce film muet d'aventures d'après Conan Doyle est le premier long métrage où acteurs et créatures en stop motion se partagent l'image dans des décors de jungle et de ville. Willis O'Brien est déjà aux effets spéciaux, quelques années avant "King Kong" (1933) et invente des scènes dynamiques de combat, d'éruption et de chaos. BR US 

Nachthelle (Florian Gottschick, 2014) 0
Une quadragénaire, son boyfriend dans la vingtaine et un couple gay passent un weekend dans une maison de campagne. L'un des gays est l'ex de la quadragénaire, l'autre psychanalyste. Vous imaginez. Un petit film allemand dont le scénario, qui hésite entre psychologie et symbolisme, échoue à donner du signifiant à un tissu de lieux communs. Le virage fantastique de la fin est le pompon. On sent qu'ils ont essayé pourtant. DVD Z2 DE

22 octobre 2017

Continental Films de Christine Leteux

Un livre

"Continental Films. Cinéma français sous contrôle allemand"

de Christine Leteux
La Tour Verte, 2017


Qui s’intéresse à l‘Occupation et au cinéma français sait que la période 1940-1944 fut marquée, en France et pour l’industrie cinématographique, par la puissance d’une société de production française à capitaux allemands : Continental Films. A l’évocation de son nom, des titres, des personnalités et des événements liés à son histoire viennent à l’esprit : "Le Corbeau", "L’Assassinat du Père Noël",  "Premier Rendez-vous",  "La Symphonie Fantastique", "La Vie de Plaisir", Henri Decoin, Henri-Georges Clouzot, Maurice Tourneur, Danielle Darrieux, Harry Baur, Fernandel, Pierre Fresnay, le voyage à Berlin, l’affaire du Corbeau… Et en filigrane, un homme d’affaires dont le nom n’apparaît sur aucun générique mais qui dirigea le météorique destin de cette société de production pas comme les autres : Alfred Greven.


Ces titres, ces noms et ces événements ont créé une sorte de mémoire collective de l’historien et du cinéphile qui reposait jusqu’à maintenant sur un panaché de faits avérés, de documents et de témoignages irréfutables mais aussi de réalités transformées et de fantasmes pris pour argent comptant et répétés jusqu’à devenir canoniques.

Le nouveau livre de Christine Leteux, « Continental Films. Cinéma français sous contrôle allemand », est une addition essentielle au très bref corpus d’ouvrages qui ont été consacrés à la Continental entre les années 1980 et aujourd’hui. Voici pourquoi.

Christine Leteux est historienne du cinéma mais aussi docteur en sciences : sa méthode, issue de sa formation, est celle de la recherche fondamentale et de l’étude objective des données disponibles. Pour son travail sur la Continental, elle a voulu tout remettre à plat et revenir aux sources originelles sur le sujet. En n’oubliant pas, mais en mettant de côté pour réexamen, les données vraies ou fausses mécaniquement répétées depuis des décennies. L’ouverture des Archives de l’Occupation et de l’Epuration en décembre 2015 lui a permis la réalisation de son projet de réévaluation : pour la première fois, la consultation des dossiers d’époque conservés aux Archives Nationales pouvaient donner une image précise et objective des parcours des personnes ayant eu des liens avec la Continental entre 1940 et 1944, de sa création à sa fin. Leurs dépositions auprès des Comités d’Epuration et les pièces conservées de leurs dossiers nominatifs individuels furent la matière première de cette réécriture seulement rendue possible par l’accès aux sources d'origine.


Le livre est une mine d’informations et de révélations qui retrace l’histoire de la Continental à travers celle de son administration et de ses talents créatifs associés. Grâce aux témoignages retrouvés des grandes et des petites mains de la société, la Continental réapparait sous un jour quelque peu différent de ce que la mémoire collective en avait gardé. Une société française à capitaux allemands, administrée à Paris par un opportuniste sachant s'entourer et surveillée de loin par Berlin, qui produisit trente films qu’on peut répartir en trois parts égales : dix chefs-d’œuvre, dix bons films et dix navets. La Continental fut aussi le terrain professionnel temporaire de metteurs en scène, d’acteurs, de scénaristes et de techniciens de très grand talent dont la grande majorité n’avait pas envie d’y travailler mais qui devait gagner sa vie et sauver sa peau lors de la période la plus difficile et complexe de l’histoire récente de la France. A travers les quatre années d'existence de cette société de production née d'une conjoncture hors-norme, c'est aussi le portrait d'un homme d'affaires nazi en France occupée et les quatre années d'Occupation du pays avec ses dangers, ses saloperies et ses héroïsmes qu'on retrouve en toile de fond. 


La lecture du livre apporte des informations nouvelles, parfois amusantes, souvent tragiques, mais toujours étonnantes sur des épisodes connus ou cachés du cinéma français sous l’Occupation.  On sait enfin le respect professionnel réciproque qu’entretenaient Greven et Clouzot, les tentatives de Danielle Darrieux d’échapper à son contrat, les coulisses du regrettable voyage à Berlin, les terribles conditions de la détention et de la mort d’Harry Baur, les manoeuvres ignobles qui ont conduit Léo Joannon à diriger le film « Caprices »,  le comportement courageusement risqué d’André Cayatte, l’intérêt lointain que Goebbels avait pour les films de la Continental, le fait surprenant que des juifs y travaillaient salariés, la légende noire de la fuite de Mireille Balin... Et qu’Alfred Greven n’était pas ce « cinéphile avant tout » mais bien un businessman nazi qui avait perçu l’opportunité d’une activité à fort potentiel lucratif en territoire occupé.


Et bien sûr, le livre étant de cinéma, les coulisses de la création de films Continental majeurs et mineurs sont racontées par des détails jusque-là ignorés : "Le Dernier des Six", "Annette et la Dame Blanche", "Les Inconnus dans la Maison", "L'Assassin habite au 21", "La Main du Diable", "Pierre et Jean", "Cécile est morte !", "Les Caves du Majestic"... en plus des titres déjà cités.

Les informations du livre, qui confirment, précisent ou réfutent celles qui circulaient depuis près de quarante ans (le début des premières publications sur la Continental) seraient à elles seules une raison sans appel de lire l’ouvrage. Mais il y a autre chose qui distingue le livre de Christine Leteux. « Continental Films » est rédigé dans une écriture et un style limpides qui évitent le piège du jargon universitaire pour une narration dynamique. L’histoire de la Continental y est racontée de l’intérieur par les dépositions des participants eux mêmes qui servent de socle à la construction narrative imaginée par l’auteur. « Continental Films » est un très solide livre d’histoire du cinéma qui se lit comme un roman, avec des personnages, des décors et des situations qui prennent vie sous nos yeux. Le style littéraire de Christine Leteux, qu’on avait déjà remarqué dans ses deux précédents livres de cinéma : « Albert Capellani » (La Tour Verte, 2013) et « Maurice Tourneur » (La Tour Verte, 2015), trouve ici un équilibre parfait entre le fond et la forme et fait de son livre, en plus d’un document incontournable, une lecture véritablement enthousiasmante.

Bertrand Tavernier, qui connaît bien le sujet - La Continental est au coeur de son film "Laisser-passer" (2002) - ne s'y est pas trompé : il a écrit une formidable préface au livre de Christine Leteux.

Un excellent livre, vous l'aurez compris.

400 pages / 23 €
Préface de Bertrand Tavernier

19 octobre 2017

1 octobre 2017

Films vus par moi(s) : octobre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

A ghost story (David Lowery, 2017) ***
Le fantôme d'un homme tué dans un accident reste dans sa maison, désertée par sa compagne. Malgré deux scènes embarrassantes de longueur et de suffisance (la tarte et le monologue), ce film fantastique intimiste change de point de vue à mi-parcours en glissant du thème du deuil à celui de la fuite temporelle. L'idée simple, universelle et expressive du drap blanc est un coup de génie. Un poème existentiel d'une infinie mélancolie. BR US

Les amants de Caracas / Desde alla (Lorenzo Vigas, 2015) * 
Un quinquagénaire taciturne (Alfredo Castro) paie de jeunes hommes de la rue pour se déshabiller devant lui. Une relation de défiance et de respect taiseux s'installe avec l'un d'eux (Luis Silva). Dans le décor de Caracas filmée comme le tiers-monde, ce film au rythme lent et aux dialogues économes diffuse une violence physique et psychologique sourde jusqu'à une fin inattendue qui renverse tout. On s'ennuie quand même un peu. DVD Z2 FR 

La noire de... (Ousmane Sembène, 1966) **
A Antibes, une jeune femme sénégalaise embauchée par un couple blanc comme nounou devient leur bonne à tout faire et dépérit. Prix Jean Vigo 1966, ce moyen-métrage (1h) dénonce avec virulence la lutte des races et des classes et l'arrogance post-coloniale. Le budget réduit est compensé par un style cinéma-vérité, lui même contredit par la voix off, le symbolisme et le jeu outrancier de la patronne prédatrice. Un film activiste mais désabusé. BR UK 

Ant-Man (Peyton Reed, 2015) 0
Un délinquant (Paul Rudd) est recruté par un inventeur (Michael Douglas) pour être miniaturisé à la taille d'une fourmi et effectuer une mission. D'une idée à potentiel, le scénario adapté d'une histoire Marvel déçoit au fil du film et la mise en scène est une indigestion de caméra virevoltante (les courses des fourmis et les vols des fourmis-ailées) et d'excès de CGI. Du produit industriel qui se consomme mais que pour ma part, j'ai lâché en route. BR DE

Le sixième continent / The land that time forgot (Kevin Connor, 1974) 0
En 1916, un sous-marin découvre une île perdue restée dans la Préhistoire. Après une première demi-heure à bord du submersible, on rencontre enfin, comme les personnages, les dinosaures et les Néandertaliens. Si les effets spéciaux désuets ont encore du charme, le scénario et la réalisation ineptes n'exploitent rien à part la bagarre. Cette adaptation d'Edgar Rice Burroughs avait marqué mon enfance. J'ai piqué du nez en la revoyant, hélas. BR US

Alien : Covenant (Ridley Scott, 2017) **
L'équipage du vaisseau Covenant découvre une planète potentiellement vivable et part l'explorer, pour son malheur. Après la métaphysique de "Prometheus" (2012), ce sixième titre de la série revient - en moins bon - à l'action bourrine, mais divertissante, de "Aliens" (1986). Le scénario dynamique n'a pas peur des incohérences mais le spectacle est là et les bébés aliens sont croquignolets. Une bonne série B à gros budget. BR DE  

Pasqualino / Pasqualino Settebellezze / Seven beauties (Lina Wertmüller, 1975) ***
Pendant la guerre à Naples, un maquereau bravache (Giancarlo Giannini, magnétique) qui protège l'honneur de ses sept soeurs commet un meurtre et se retrouve au tribunal, à l'asile et dans un camp de concentration. Les stratégies de survie de cet antihéros contradictoire et la question de ce qu'on serait prêt à faire pour sauver sa peau occupent ce film inclassable, comédie italienne et tragédie noire pleine d'images indélébiles. Une fable radicale. BR US

Le corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943) ***
Une pluie de lettres anonymes bien informées déstabilise une petite ville française. Produit sous l'Occupation par Continental Films, ce chef-d'oeuvre subversif dresse le portrait collectif d'une communauté close et le portrait individuel de ses membres, pétris de frustrations et de jalousies. La mise en scène accumule les séquences d'anthologie, de l'école au cimetière et Pierre Fresnay mène un casting éblouissant où chacun donne le meilleur. BR FR

Get out (Jordan Peele, 2017) ***
Un jeune homme noir (Daniel Kaluuya, une révélation) qui accompagne en weekend sa petite amie blanche chez les parents de celle-ci s'inquiète de leur comportement bizarre à son égard. En glissant de la romcom au thriller puis au fantastique horrifique sur un scénario et une mise en scène magistraux, un film popcorn malin comme tout qui se révèle un brûlot politique sur le racisme de peau formidablement rageur et dérangeant. BR DE

L'île du Dr Moreau / The island of Dr. Moreau (Don Taylor, 1977) 0
Un naufragé échoue sur une île où un scientifique illuminé mute des animaux en humains (les prothèses des humanimaux sont plutôt bonnes). Le génial roman d'H.G. Wells est adapté platement dans ce film avec Michael York et Burt Lancaster où le scénario se traîne trop sage et où la mise en scène ne décolle que dans la séquence finale de la révolte. Cette version n'arrive pas à la cheville de l'inoubliable de 1932 ni même de celle de 1996. BR UK

Borom sarret (Ousmane Sembène, 1963) ***
A Dakar, un pauvre taxi-charrette (le "bonhomme charrette" du titre) prend en charge quelques passagers successifs. Ce court-métrage sénégalais de 20' est le film fondateur du cinéma africain, par son premier réalisateur. Derrière l'intérêt historique, la fluidité de la mise en scène, la luminosité de la photo et la voix off construisent une oeuvre à la poésie simple contredite par le propos féroce sur les multiples degrés de l'exploitation et de la misère. BR UK   

Space station 76 (Jack Plotnick, 2014) **
L'équipage d'une station spatiale, accro au Valium, est secoué de conflits personnels et collectifs. L'idée d'utiliser le look 70's (tout le design rappelle Cosmos 1999, Karting et Roche Bobois de la grande époque) apporte une amusante étrangeté à ce film dont l'humour le cède peu à peu à une fable mélancolique sur la solitude et la détresse affective. Patrick Wilson, Liv Tyler et Matt Bomer sont parfaits. Un exercice de style mais pas que. DVD Z2 DE 

Macbeth (Justin Kurzel, 2015) *
Poussé par sa Lady (Marion Cotillard), le général Macbeth (Michael Fassbender) assassine ceux qui sont sur son chemin vers la Couronne et sombre dans la folie. Cette adaptation de Shakespeare se concentre sur les visages chuchotants des acteurs baignés des feux orange de l'Enfer. Les Highlands d'Ecosse sont grandioses et l'histoire n'est pas mal mais il y a aussi des boursouflures dans la mise en scène qui touchent au kitsch. BR FR

Alpes / Alpeis (Yorgos Lanthimos, 2011) *
Les membres d'un groupe offrent comme service aux proches de décédés d'en jouer le rôle afin de faciliter le deuil. Sur une idée vraiment intrigante, ce film grec présente une métaphore originale sur le transfert psychanalytique et la vie par procuration dont l'austérité générale et le choix de cadrages serrés sur les personnages m'ont un peu rebuté. Le scénario trouve son accomplissement dans une belle scène finale. Une oeuvre difficile d'accès. DVD Z2 UK 

Le septième voyage de Sinbad / The 7th voyage of Sinbad (Nathan Juran, 1958) **
Aller-retour entre l'ile des Cyclopes et Bagdad avec Sinbad pour sauver sa princesse amoureuse miniaturisée par un magicien. Un pur film d'aventures pour enfants, petits et grands, au Technicolor rutilant et dont la naïveté est percée par des éclairs sadiques. Les monstres en stop motion de Ray Harryhausen ont marqué une génération de spectateurs et de réalisateurs : les cyclopes, la femme-serpent, l'oiseau rock, le dragon, le squelette vivant. BR DE

Lust in the dust (Paul Bartel, 1985) *
Au Nouveau-Mexique, plusieurs aventuriers cherchent à mettre la main sur un trésor caché. Un western parodique et camp où l'histoire n'est que prétexte à s'amuser de situations grotesques et d'une galerie de personnages outranciers menés par Divine (en chanteuse pute de saloon), Lainie Kazan et Tab Hunter. On rit souvent mais le rythme s'étiole dans la seconde partie et le film erre sans aller au bout de sa joyeuse subversion. DVD Z1 US

Akenfield (Peter Hall, 1974) **
En 1973 dans un village du Suffolk, le jour de l'enterrement de son grand-père, un jeune homme fait le bilan. L'accompagnement musical par le Corelli Fantasia de Tippett et les allers-retours narratifs et visuels entre présent, Première et Seconde Guerres Mondiales apportent à cette chronique rurale jouée par des non professionnels une puissante mélancolie. Un film sur le passage du temps qui réussit à être à la fois naturaliste et élégiaque. BR UK

Captured (John Krish, 1959) **
En 1950 dans un camp du nord de la Corée, quelques soldats anglais prisonniers des Chinois et des Russes sont soumis à la torture mentale et physique. Un étonnant docudrama (joué par des acteurs, réalisé comme une fiction) de 60' commandé par les services secrets britanniques et destiné exclusivement aux officiers pour les sensibiliser au sort possible de leurs troupes en cas de capture. Un document rare sur un sujet qui l'est tout aussi. BR UK

Leviathan (George P. Cosmatos, 1989) 0
Dans l'Atlantique, l'équipe d'une base minière découvre un organisme mutant qui la décime. Malgré quelques bonnes scènes d'atmosphère sous-marine, ce ertzatz américano-italien qui hybride Aliens, The Thing et Abyss n'a ni leur vision, leur mise en scène, leur casting ou leurs créatures réussies. Si le début suggère une sympathique série B, le reste descend au niveau du Z sans se relever. Un navet avec des moyens reste un navet. BR DE

Une vie de chien / A dog's life (Charles Chaplin, 1918) **
Charlot qui survit de débrouille dans la rue prend sous sa protection un chien errant. Ce court-métrage de 35' déborde d'humanité bien sûr, notamment dans le lien en miroir du clochard et du chien et dans la touchante jeune femme jouée par Edna Purviance. Il offre aussi deux morceaux de bravoure : l'empifrage de gâteaux au comptoir et surtout le jeu de mains illusionniste autour d'un évanoui, l'une des séquences les plus brillantes de tout Chaplin. BR UK

Chevalier (Athina Rachel Tsangari, 2015) *
Sur un yacht en mer Egée, six hommes entre 40 et 70 ans font des petits concours pour trouver celui d'entre eux qui est "globalement le meilleur". Toutes les insécurités masculines (du succès professionnel à la taille de la bite) sont passées en revue dans cette fable corrosive dont la bonne idée de départ est affaiblie par la répétitivité du scénario. Mais il y a des moments bien vus et le fait que ça soit une femme qui s'y soit collée est sympathique. DVD Z2 UK  

La meilleure façon de marcher (Claude Miller, 1976) ***
Dans une colonie de vacances en 1960, deux moniteurs aux personnalités opposées se cherchent et s'affrontent. Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey jouent le jeu de la séduction et de la défiance dans cette subtile étude psychologique d'un rapport de force qui repose sur le stéréotype machiste et l'ambiguïté sexuelle. Tout est en suggestion et en suspens, comme dans les fondus au noir éloquents et la fin inattendue. Et puis, il y a Christine Pascal. BR FR

Vivre libre / Born free (James Hill, 1966) *
Au Kenya, Joy et George Adamson (Virginia McKenna et Bill Travers, très moyens) recueillent une petite lionne qu'ils s'obligent à laisser retourner à l'état sauvage devenue adulte. Les vastes paysages d'Afrique et le lyrisme de la musique de John Barry (qui triompha) sont le meilleur de ce film de bons sentiments et sans aspérité qu'une lecture en transfert de parentalité d'un couple sans enfant sur un animal rend plus intéressant qu'il est. BR UK