1 avril 2018

Films vus par moi(s) : avril 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

My friend Dahmer (Marc Meyers, 2017) **
En 1978, la dernière année scolaire de Jeffrey Dahmer. Cette adaptation de la BD de Derf Backderf (copain de classe de Dahmer), débute avec humour par les excentricités comportementales du futur serial killer et vire vers la franche inquiétude suivant la plongée de celui-ci dans la psychose. Dans un rôle complexe, Ross Lynch (frais sorti de Disney Channel) est étonnant. Un film dérangeant, sorte de prequel hybride de "Carrie" et de "Elephant". BR US

Casting JonBenet (Kitty Green, 2017) **
En 1996, JonBenet Ramsey, reine de beauté de 6 ans, est retrouvée morte par ses parents dans leur maison du Colorado. De ce fait divers non élucidé qui obsède l'Amérique, la réalisatrice tire une galerie de portraits : ceux de candidats à un casting pour un film qui ne sera pas réalisé. Chacun y va de son avis, de son histoire personnelle, de ses fêlures. Le mix de propos de comptoir, de confession, de performance et de cruauté est fascinant. Netflix

Desert hearts (Donna Deitch, 1985) **
En 1959 près de Reno, Nevada, une enseignante de Columbia en attente de divorce et une jeune lesbienne du coin sont attirées l'une par l'autre. Un petit film indépendant dont l'histoire d'amour simple et apaisée entre deux femmes ne joue pas de provocation, de voyeurisme ou de jugement, ce qui en fait toute l'originalité et la force, aujourd'hui comme il y près de 35 ans. Helen Shaver et Patricia Charbonneau forment un couple d'écran rayonnant. BR UK

Ces folles filles d'Eve / Where the boys are (Henry Levin, 1960) **
Un weekend du Spring Break, quatre copines de fac partent rencontrer des garçons à Fort Lauderdale. Les prémices de la révolution sexuelle font une discrète apparition dans ce film du tournant des 60's où la sociologie à la sauce hollywoodienne panache avec l'humour avant de bifurquer vers le drame alarmiste, moins convaincant. Dolores Hart, Paula Prentiss, Yvette Mimieux et (dans une moindre mesure) Connie Francis sont super. BR US

La femme de feu / Ramrod (André de Toth, 1947) **
Dans l'Utah, le fille d'un propriétaire terrien demande à un ancien alcoolique de l'aider à établir son propre ranch malgré les  menaces des concurrents. Un western aux accents de film noir et au scénario parfois emberlificoté où l'héroïne ment et manipule en faisant des victimes directes et collatérales. Veronica Lake (froide mais c'est elle et ça lui va bien) et Joel McCrea (très touchant) mènent un excellent casting dans de beaux paysages naturels. BR UK

L'atelier (Laurent Cantet, 2017) **
A La Ciotat, une femme écrivain anime un atelier d'écriture pour quelques jeunes. Le conflit couve avec l'un, ombrageux et attiré par la droite radicale. Si l'histoire enfonce des portes ouvertes (le désoeuvrement conduit à la délinquance ; la culture est un repère...), l'intensité du jeu de Matthieu Lucci, une révélation dans son premier rôle, est captivante. Marina Foïs, la seule actrice pro du film, semble par contraste presque fausse. A voir, pour lui. BR FR

The Big TNT Show (Larry Pearce, 1966) *
Capitalisant sur le succès du TAMI Show de 1964, la suite vient un an plus tard. Dans un auditorium de L.A. rempli d'ados excités, 11 invités performent (Ray Charles, Petula Clark, Bo Diddley, Joan Baez, The Ronettes, Roger Miller, The Byrds, Donovan...). Contrairement au dynamisme du TAMI Show, l'ensemble est inégal et poussif, les artistes ayant peu d'homogénéité. Tina Turner emporte le morceau avec un génial "Please, please, please". BR US

Happy end (Michael Haneke, 2017) **
A Calais, trois générations d'une famille bourgeoise renfermée sur elle-même subissent l'assaut de leurs frustrations. On est d'abord assez perdu dans les conflits éclatés des personnages avant de s'y laisser guider par la tragique petite fille (Fantine Harduin, formidable) dans cette comédie féroce de noirceur qui ne laisse aucun de ses membres intact. Evidemment, la mise en scène de Haneke est brillante, le casting aussi (Trintignant notamment). BR FR  

The kid (Charles Chaplin, 1921) **
Le vagabond trouve et élève un enfant abandonné. Le premier long métrage du réalisateur (à 55', c'est plutôt un moyen métrage) présente des moments de grâce inoubliables, tous lorsque le petit Jackie Coogan est à l'écran : son naturel radieux est irrésistible. Malgré la séquence du rêve à la fin, qui casse un peu la dynamique du film, l'humanité et la générosité des rapports entre les personnages principaux annoncent les plus grands Chaplin. BR UK

Beatriz at dinner (Miguel Arteta, 2017) ***
A Los Angeles, une sophrologue mexicaine se retrouve à un dîner chic où un des riches convives la traite avec condescendance jusqu'à l'affrontement. Un conte implacable dont les éléments de satire sociale font vite place à une tension psychologique qui tourne au malaise. Salma Hayek et John Lithgow, formidables, incarnent les deux faces et mentalités d'une Amérique au dialogue rompu. Sec et cruel, le premier film pamphlet sur l'ère Trump ? DVD Z1 US

Sarati le Terrible (André Hugon, 1937) **
A Alger, un entrepreneur crapuleux amoureux de sa nièce voit d'un mauvais oeil l'arrivée d'un docker atypique dont s'éprend la jeune femme. Sur un étonnant thème de désir incestueux, un film où le réalisateur discret a eu le génie de laisser le champ libre à une brochette d'acteurs qui font des numéros exceptionnels : Harry Baur, géant ; Jacqueline Laurent et Georges Rigaud, très bons ; Dalio sublime de cabotinage et Jean Tissier de veulerie. Enreg TV

Une soirée étrange / The old dark house (James Whale, 1932) **
Lors d'une tempête, des voyageurs trouvent refuge dans un manoir occupé par une famille d'inquiétants excentriques. Ce film méconnu du cycle d'horror Universal des Thirties, malgré son scénario trop bavard et statique, est sublimé par son humour, une mise en scène utilisant au mieux le décor gothique, le N&B contrasté et l'enthousiasmant casting (Melvyn Douglas, Charles Laughton, Ernest Thesiger, Gloria Stuart et Boris Karloff, génial). BR US 

The Crown, Saison 1 (Peter Morgan/Netflix, 2016) ***
La vie et la carrière d'Elizabeth Windsor, la reine Elizabeth II (ici, les débuts de 1952 à 1955). Ouvrir les portes de Buckingham Palace sur le quotidien et les affaires de la famille royale d'Angleterre, l'idée héritée de "The Queen" (Frears, 2006) fonctionne à plein régime dans ce drame intimiste porté par l'excellence de son scénario, de sa production et de ses acteurs. L'Histoire par un trou de serrure et le portrait touchant d'une femme sans équivalent. BR FR 

La femme infidèle (Claude Chabrol, 1969) ***
Un assureur découvre que sa femme le trompe et tue l'amant. D'une histoire limpide, Chabrol tire une Tragédie autour d'un couple glacé qui se réveille. Stéphane Audran et Michel Bouquet, déplacés dans le cadre comme des mannequins, désincarnent leurs personnages auxquels la figure crédule de Maurice Ronet fait opposition. La mise en scène qui touche à l'abstraction rengorge de symboles, tel le flic livide et silencieux de la fin. TV

2 mars 2018

Films vus par moi(s) : mars 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Les loups dans la bergerie (Hervé Bromberger, 1960) *
Dans les Alpilles, trois malfrats en cavale se réfugient dans un centre de rééducation pour jeunes délinquants. Un étonnant film où la mise en scène peu inspirée (sauf en trois-quatre occasions), les dialogues médiocres, le jeu exécrable des acteurs dont Pierre Mondy ridicule en gangster n'arrivent pas à couler l'intéressant sujet et surtout l'homoérotisme invraisemblable de certaines séquences, dignes d'un proto-porno gay. Une vraie curiosité. BR FR

Sing Street (John Carney, 2016) **
En 1985 à Dublin, un garçon monte un groupe à la hâte pour impressionner la fille qui lui a tapé dans l'oeil. Un coming of age movie musical très chouette dont le charme et le message positif se déploient au rythme des chansons originales typées Pop 80's qui dessinent les fêlures et la résilience des personnages. Ferdia Walsh-Peelo (aux airs d'un Tom Cruise ado) et Lucy Boynton (totalement craquante) crèvent l'écran et iront sans doute loin. BR FR

Le complexe de Frankenstein (Alexandre Poncet & Gilles Penso, 2015) ***
Un panorama de l'art des créateurs des monstres de cinéma, de Méliès aux CGI. Un passionnant documentaire qui laisse la parole à des géants du maquillage et des effets spéciaux des années 70-80, qui ressortent leurs modèles des réserves. Derrière le professionnalisme et la passion perce l'amertume d'avoir été balayés par le numérique depuis "Terminator 2" (1991) et "Jurassic Park" (1993). Ou l'âme au défi de la technique. BR FR

Ready Player One (Steven Spielberg, 2018) ***
En 2045 à Colombus, Ohio, le créateur d'un univers virtuel qui a remplacé Internet meurt en laissant sa fortune et son savoir à l'usager qui trouvera un Easter Egg. Une débauche de CGI, d'action hypertrophiée, d'images folles et de références à la culture pop (surtout Eighties) emporte ce film de SF visuellement très impressionnant et loin d'être idiot dans son scénario. Quelques longueurs sur la fin n'entament pas le plaisir d'un spectacle total. Ciné 

A des millions de kilomètres de la Terre / 20 million miles to Earth (Nathan Juran, 1957) **
Une fusée de retour de Vénus coule près de la Sicile en laissant s'échapper une créature qui grandit à vue d'oeil et va semer la panique à Rome. Cette variation sur King Kong n'a d'intérêt que le monstre inventé par Ray Harryhausen, peut-être son chef-d'œuvre avec les squelettes de Jason. L'animation en stop-motion est vraiment superbe et l'idée de l'affrontement entre Forum et Colisée apporte une touche culturelle à cette série B pur jus. BR US

Les portes de la nuit (Marcel Carné, 1946) 0
Début 1945 à Paris, deux jeunes gens se rencontrent une nuit entre Barbès et Stalingrad. L'évocation du voisinage des résistants, des neutres et des collabos après la Libération était un sujet en or mais le scénario de Prévert, ampoulé de personnages allégoriques et de dialogues réalistes poétiques, donne au film une sorte de grandeur romantique forcée pas convaincante du tout. Yves Montand et Nathalie Nattier sont mauvais comme cochons. BR FR

Nocturnal animals (Tom Ford, 2016) ***
Une directrice de galerie de L.A. reçoit le manuscrit d'un roman de son lointain premier compagnon et en est retournée. Sur un scénario savant qui trame le présent, le passé et les péripéties du roman, Tom Ford réussit à créer une oeuvre à la fois esthétique et psychologique, glacée et stressante, élégante et crade. Amy Adams, Jake Gyllenhaal et Michael Shannon sont formidables. Avec un stupéfiant générique de début et une fin bouleversante. BR DE  

The assassin / Cikè nié yinniang (Hou Hsiao-Hsien, 2015) 0
En Chine médiévale, une jeune femme est poussée par sa tutrice à aller tuer le gouverneur de la région. Le réalisateur a le sens de la belle composition mais quel ennui mortel que ce film où les scènes sont étirées dans une affectation de chaque instant, les dialogues infantiles et l'ensemble d'un narcissisme infect. J'ai laissé tomber au bout de 45'. La critique enthousiaste et son prix à Cannes 2015 sont atterrants. Un navet dans du papier doré. BR FR

Trick 'r Treat (Michael Dougherty, 2007) 0
Un soir d'Halloween, plusieurs habitants d'une petite ville sont confrontés à un enfant tueur déguisé. Leurs quatre histoires se croisent dans cette sorte de film porte-manteau qui a pour lui une belle direction artistique et une ambiance bien évoquée de la fête d'Halloween mais le scénario s'enlise vite dans une sinuosité artificielle aux séquences inégales. L'impression finale est que le résultat est loin d'être à la hauteur du potentiel et des moyens. BR US

Manina, la fille sans voile (Willy Rozier, 1952) 0
Un étudiant engage un contrebandier pour l'aider à retrouver un trésor phénicien englouti près d'un phare corse. Un film nul avec son scénario, ses acteurs et sa mise en scène insipides. Les scènes de plongée et la jeunesse en maillot de bain sont assez étonnants pour l'époque. Mais le seul intérêt est Brigitte Bardot, 17 ans et dans son premier rôle. Elle apparaît en bikini après 45 minutes, adolescente qui annonce à peine la superstar à venir. BR UK

L'armée des ténèbres / Army of darkness (Sam Raimi, 1992) 0
Transportés en plein Moyen Age, un américain et sa tronçonneuse affrontent des morts-vivants. Les grimaces, gesticulations et anachronismes du Jim Carrey de série B qu'est Bruce Campbell forment le socle de cette comédie potache qui ne s'élève jamais du ras du sol. Les décors fantastico-médiévaux et les effets spéciaux sont chouettes mais l'impression de déconnade générale, sympathique hier, est éventée aujourd'hui. BR UK

La couleur de la grenade / Sayat Nova (Sergueï Paradjanov, 1969) **
La vie du poète arménien Sayat-Nova (1712-1795). En aucun cas un biopic mais une création surréaliste, succession de tableaux animés aux sujets pris dans la vie et l'oeuvre du héros national. Il n'y a pas grand chose à comprendre, juste à se laisser aller au rythme des compositions (et des sons) qui semblent inspirées par les enluminures médiévales. L'hermétisme de l'ensemble peut rebuter mais le geste artistique est admirablement mené. BR UK

La fille sans dieu / The godless girl (Cecil B. DeMille, 1929) **
Suite à une bagarre, deux jeunes gens en conflit (une athée et un chrétien) se retrouvent dans un camp de redressement sévère. Le dernier film muet de DeMille et celui des siens qu'il préférait est à la fois social, romanesque et moral. Les péripéties et la mise en scène riche en morceaux de bravoure (la rixe, le camp, l'incendie) sont d'un exaltant dynamisme et si Lina Basquette joue avec outrance, George Duryea a une modernité magnétique. DVD Z1 US

The Square (Ruben Östlung, 2017) **
En Suède, le directeur d'un musée perd le contrôle sur sa vie professionnelle et privée. Portée par l'interprétation de Claes Bang et une mise en scène sûre d'elle-même, cette satire du microcosme de l'art contemporain et surtout de la bonne conscience de l'élite intellectuelle européenne face aux migrants est trop longue (2h30) avec ses scènes disjointes. Mais le propos est féroce et la séquence du dîner des mécènes est extraordinaire. BR FR

Call me by your name (Luca Guadagnino, 2017) ***
L'été 1983 près de Crémone, un adolescent et le thésard que son père archéologue reçoit en résidence sont attirés l'un par l'autre. Sur un scénario de James Ivory, un coming of age solaire dont le seul conflit, traité de façon subtile et apaisée, est celui du trouble et de la réalisation du désir (gay ici en l'occurence). Tout est beau, sensuel et cultivé comme un idéal, jusqu'au puissant monologue du père. Timothée Chalamet est une révélation. BR UK

La terre qui meurt (Jean Vallée, 1936) **
En Vendée, un vieux fermier voit ses enfants partir l'un après l'autre. Sur une histoire typique de la littérature populaire fin de siècle, un mélodrame terrien dont la dignité académique est contrebalancée par le Naturalisme pictural des superbes scènes de plein-air dans les champs et marais et surtout par la magie de la couleur (c'est le deuxième film français en couleurs), dont le procédé Francita a été restitué par la restauration inédite du CNC. Cinémathèque Française

Les maris, les femmes, les amants (Pascal Thomas, 1989) 0
Quelques amis partent en vacances d'été avec leurs enfants sur l'île de Ré tandis que leurs épouses restent à Paris. Des critiques enthousiastes m'ont incité à voir ça. Hélas, cette chronique estivale rate son sujet prometteur : les marivaudages généralisés sont mis à terre par le choix du réalisateur de faire jouer ses comédiens en mode hystérique sur des dialogues surfaits. Sur un sujet proche, revoir plutôt "L'Hôtel de la Plage" (Michel Lang, 1978). DVD Z2 FR

Gabriel et la montagne / Gabriel e a montanha (Fellipe Barbosa, 2017) ***
En 2009, les 70 derniers jours d'un étudiant brésilien parti découvrir l'Afrique et mort sur une montagne du Malawi. Un film étonnant et émouvant, sorte de fiction-documentaire écrite et réalisée par un ami de Gabriel Buchmann à partir de photos et mails retrouvés. Le jeune idéaliste et sa copine sont joués par des acteurs (Joao Pedro Zappa et Caroline Abras, excellents), les autres personnages étant ceux-là mêmes que Gabriel avait croisés sur sa route. BR FR

Le sens de la fête (Eric Toledano & Olivier Nakache, 2017) 0
Un traiteur en fin de carrière (Jean-Pierre Bacri égal à lui-même) organise une fête de mariage dans le parc d'un château. Tout est fabriqué et prévisible dans cette comédie où chaque échange entre personnages ressemble à un mini-sketch dit par des acteurs en performance individuelle. On sourit parfois mais le vrai comique de situation nécessite une mécanique implacable, ce qui n'est pas le cas ici. Un film qui n'a pas volé sa déconfiture aux Césars. BR FR

Ca / It (Andy Muschietti, 2017) 0
En 1988 dans une petite ville du Maine, quelques enfants affrontent un clown démoniaque qui leur apparaît régulièrement. Le roman de Stephen King, déjà trop long, est adapté platement dans ce film interminable qui, une fois l'excellente première séquence passée, se traîne sur un mode répétitif entre tension et sursaut. La métaphore sur les peurs profondes de l'enfance est intéressante évidemment mais le film lui-même s'oublie aussitôt vu. BR DE

10 février 2018

Passages : John Gavin


John Gavin (1931-2018)

Psychose
Spartacus
Imitation of life
A time to love and a time to die

2 février 2018

Films vus par moi(s) : février 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

4th man out (Andrew Nackman, 2015) *
Un mécanicien de 25 ans fait son coming out à ses trois meilleurs potes qui ne savent pas comment réagir. Un petit film sans prétention dont le début augure du pire mais dont la franche orientation vers la comédie sauve. L'accumulation outrée de clichés et de gay panic finit par faire sourire et le commandement aux hétéros ("ton meilleur copain, même homo, ton meilleur copain restera") est valide. Casting peu professionnel mais sympathique. DVD Z2 DE

Tarzan (Kevin Lima & Chris Buck, 1999) *
Un garçon élevé par des gorilles en Afrique rencontre des Anglais en expédition. La version animée de Disney n'est pas à la hauteur de ce qui aurait pu être, la faute à un scénario paresseux, à des personnages secondaires cools et marrants trop présents et aux chansons pop obsolètes par Phil Collins. Les décors de jungle sont splendides comme l'animation de Tarzan, dont l'animalité est évoquée par un body language bien pensé. BR DE

XXY (Lucia Puenzo, 2007) **
Retirés sur une île d'Uruguay, un adolescent hermaphrodite et ses parents reçoivent la visite d'amis argentins et de leur fils. Un film tout en retenue, axé sur la psychologie des personnages, sur un sujet rare qui se prête à l'excès. L'histoire de cette famille confrontée à une situation exceptionnelle est traitée sans voyeurisme mais avec une dignité et une mélancolie qui peuvent parfois sembler forcées. Très bonne interprétation des jeunes acteurs. DVD UK

Barbara (Matthieu Amalric, 2017) *
Une actrice interprète Barbara dans le film d'un réalisateur indécis. Des scènes du film, son tournage, la vie de l'équipe hors plateau et des archives avec la vraie Barbara : la construction savante et intriquée du scénario, très originale, séduit d'abord avant de lasser par la répétitivité de l'histoire et de l'effet. Jeanne Balibar est parfaite en actrice/Barbara névrosées mais le personnage du réalisateur (Matthieu Amalric) est juste insupportable. BR FR

Young ones (Jake Paltrow, 2014) **
Suite au dérèglement climatique, l'eau a presque disparu et une famille de fermiers tente de survivre sur sa parcelle morte. Un western futuriste qui convoque la structure des tragédies grecques sans rien révolutionner mais auquel le sens du cadre, la mélancolie sourde, les éléments de science-fiction contemporaine et la présence de Michael Shannon apportent une originalité certaine. Le rythme lent et l'austérité peuvent rebuter. BR FR

L'assassinat du Père Noël (Christian-Jaque, 1941) **
Autour de Noël, d'inquiétants incidents émaillent la vie d'un hameau isolé de Savoie. L'histoire n'a pas grand intérêt (et sa résolution encore moins) mais elle permet d'aligner une galerie de personnages et de situations à la fois amusants, absurdes, étranges et poétiques dans un décor pittoresque de chalets et de neige. L'esprit des contes flotte sur l'ensemble dont le réalisme fantastique tient à l'ambiance, aux détails et au superbe travail sur la lumière. BR FR

Concrete night / Betoniyö (Pirjo Honkasalo, 2013) *
A Helsinki, les dernières heures d'un adolescent avec son grand frère qui doit entrer en prison le lendemain. Ce portrait d'un jeune finlandais au modèle corrompu est, sur le fond, le récit poignant d'un engloutissement. Sur la forme, c'est autre chose car le choix d'un magnifique noir et blanc surcontrasté et des compositions picturales esthétise et poétise le film en l'affirmant comme objet artistique. C'est beau mais ça dynamite le propos. BR US 

Most beautiful island (Ana Asensio, 2017) **
A New York, une jeune immigrante espagnole en galère a l'occasion de gagner 2.000 $ en participant à une soirée underground. Ecrit, produit et réalisé par son interprète principale, un petit film qui évoque tour à tour "Sue perdue dans Manhattan", "Eyes wide shut" et "Hostel". La métaphore sociale et politique sur l'exploitation des vulnérables est plutôt bien vue mais tout spectateur phobique est condamné à en faire des cauchemars carabinés. BR UK

T.A.M.I. Show (Steve Binder, 1964) ***
Long-métrage (sorti en salles) du concert des 28 et 29 octobre 1964 à l'Auditorium de Santa Monica. Avec Chuck Berry, Marvin Gaye, Gerry and the Pacemakers, The Beach Boys, The Supremes, James Brown (génial), The Rolling Stones... Au milieu de tout ça, Lesley Gore semble, à seulement 18 ans, déjà un dinosaure. L'énergie est folle, les Go-go girls et le public de jeunes déchaînés et tout l'univers musical bascule d'un coup. Historique. BR US

Assurance sur la mort / Double indemnity (Billy Wilder, 1944) ***
A Los Angeles, un agent d'assurance devient l'amant d'une manipulatrice avec laquelle il planifie l'assassinat du mari. Si le pitch est générique, la construction géniale du scénario, la mise en scène, la psychologie complexe des personnages et le casting s'assemblent en un Film Noir exemplaire, définition du genre. Sublime entrée de Barbara Stanwyck et sublime sortie de Fred MacMurray et d'Edward G. Robinson. Un film indéboulonnable. BR FR

La passion Van Gogh / Loving Vincent (Dorota Kobiela & Hugh Welchman, 2017) **
Un an après le suicide de Van Gogh, Armand Roulin (le fils du facteur d'Arles) va à Auvers-sur-Oise s'informer sur la mort du peintre. Structuré comme une enquête par entretiens, un film d'animation qui met en mouvement les modèles et les paysages de Van Gogh dans sa palette de couleurs. Malgré la conclusion erronée, la prouesse technique est étonnante - et un peu étourdissante - et Vincent est évoqué avec une vraie tendresse. BR UK

Capitaine Morgan / Morgan il pirata / Morgan the pirate (André de Toth & Primo Zeglio, 1960) *
Un anglais exilé aux Caraïbes, vendu comme esclave, s'échappe et devient pirate. La fille du gouverneur espagnol du Panama s'en éprend. Un pur film d'aventures en Technicolor, avec des galions, des tavernes et des pièces d'or, qui ne va pas plus loin que le livre d'images mais dégage un charme certain. Steve Reeves dégage aussi torse nu ou en dentelle, entouré de Valérie Lagrange en princesse et de Chelo Alonso en fille à pirates. DVD Z2 FR 

10 canoës, 150 lances et 3 épouses / 10 canoes (Rolf de Heer & Peter Djigirr, 2006) **
Dans le bush australien, un jeune homme qui aime la femme de son frère se fait raconter une histoire de ses ancêtres. Un film très original, mi-romanesque mi-ethnologique, interprété par des Aborigènes dans les paysages primaires des forêts et marais. Les travellings et la voix off créent un étonnant effet de voyage temporel en Préhistoire alors que l'humour tire vers la farce. Une oeuvre singulière sur une culture peu vue au cinéma. TV

Règlements de compte / The big heat (Fritz Lang, 1953) ***
Un flic intègre qui mène une enquête de corruption au cours de laquelle sa femme est tuée mène sa vengeance. A la fois Film Noir, mélodrame et dénonciation civique, un film d'une violence physique inédite pour l'époque qui explore les bas-fonds de la société et de l'âme humaine. Glenn Ford est parfait en veuf taciturne qui croise sur son chemin quelques inoubliables personnages féminins. Un des grands films américains des Fifties. BR UK

Beach rats (Eliza Hittman, 2017) **
A Coney Island, Frankie et trois potes racailles passent l'été à zoner en fumant du shit. A 18 ans, il refoule et leur dissimule son homosexualité tout en rencontrant par Internet des types bien plus âgés. Porté par le jeu subtil du jeune Harris Dickinson dont le visage impassible dit le trouble intérieur, un film indépendant au ton assez désespéré où la mise en scène joue avec le soleil et la nuit pour évoquer le conflit insurmontable d'un garçon paumé. BR US

Eddie and the Cruisers (Martin Davidson, 1983) 0
Vingt ans après la disparition du rocker existentialiste Eddie Wilson (Michael Paré), les membres de son groupe se reforment tout en cherchant les bandes perdues de leur ultime session. L'histoire à potentiel est ruinée par la nullité de la mise en scène, des acteurs (sauf Tom Berenger) et des chansons. Ce qui reste intéressant : les allers-retours entre 1963 et 1983 et que tous les personnages soient comme dépressifs et gavés au Valium. BR US

Jungle (Greg McLean, 2017) 0
En 1981, trois backpackers sont convaincus par un illuminé de se joindre à lui pour une expédition dans la forêt vierge bolivienne. Un survival de jungle "d'après une histoire vraie" qui accumule tous les clichés (rapides, bestioles, blessures, sables mouvants ...) en ajoutant une dose de mysticisme. Daniel Radcliffe se fait héroïquement brutaliser par la Nature mais on a déjà vu ça mille fois et l'impression finale est celle d'un film artificiel et inutile. BR DE

Plus mort que vif / More dead than alive (Robert Sparr, 1969) **
En 1889, un cowboy qui a passé 18 ans en prison pour meurtre souhaite recommencer un vie normale loin des armes. Un western différent, qui privilégie l'étude psychologique de son anti-héros à l'action, ultraviolente mais concentrée sur le début et la fin. Vincent Price en forain et Anne Francis en peintre donnent la réplique à Clint Walker, impossiblement sexy. Inspiré par Peckinpah et le western italien, le film mérite une redécouverte. BR US

Seule la terre / God's own country (Francis Lee, 2017) **
Dans le Yorkshire, un fermier taiseux et un saisonnier roumain sont attirés l'un par l'autre. Sorte de "Brokeback mountain" anglais, un film aux dialogues rares mais aux images parlantes qui exploite le physique rugueux de ses acteurs et l'austérité des Moors pour raconter l'éveil d'un homme perdu grâce à la bienveillance d'un autre. On est en territoire connu mais ce romantisme à la Brontë actualisé aux questions contemporaines fait mouche. BR UK   

Logan (James Mangold, 2017) **
Dans un futur proche à la frontière USA-Mexique, le mutant Logan/Wolverine (Hugh Jackman, monolithique) aide une jeune mutante à échapper à ses créateurs. Passés les interminables 45 premières minutes, l'histoire prend son envol et ce road movie où le fantastique et le mélodrame s'accordent se révèle un blockbuster Marvel très atypique. L'atmosphère crépusculaire et l'hyper violence (répétitive) faite aux corps est adoucie par la fin élégiaque. BR FR

1 janvier 2018

Films vus par moi(s) : janvier 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

I am not a witch (Rungano Nyoni, 2017) **
En Zambie, une fillette accusée de sorcellerie est mise dans un camp de travail pour sorcières. La fillette, c'est la femme africaine et l'Afrique toute entière soumise à la tradition constrictive, au patriarcat et à l'obscurantisme dans cette fable dont les éléments de comédie et d'absurde maquillent la violence de la charge. La petite Margaret Mulubwa est bouleversante en gamine piégée dans un monde qui la dépasse et menace de la détruire. BR UK

Brothers of the night / Brüder der Nacht (Patric Chiha, 2016) *
A Vienne, des jeunes bulgares se retrouvent la nuit dans un bar-billard. Ils parlent de leurs activités de prostitution homosexuelle et de leurs femmes et enfants restés au pays. Un documentaire original où les escorts jouent leur propre rôle sur des dialogues mi-écrits, mi-improvisés. Mais l'atmosphère repiquée au "Querelle" de Fassbinder théâtralise tout en affaiblissant la portée du propos et fait s'interroger sur l'esthétisation du sordide. BR US 

Ebirah contre Godzilla / Gojira, Ebira, Mojura : Nankai no daiketto / Godzilla vs. the Sea Monster (Jun Fukuda, 1966) **
Piégés sur une île du Pacifique où des militaires fabriquent l'arme atomique, quelques naufragés et des locaux réduits en esclavage cherchent à fuir, menacés par des montres titanesques en caoutchouc qui s'affrontent (en plus du saurien, un homard et une mite géants). La franchise Godzilla tourne au clin d'oeil et à l'humour dans ce pur film Pop Sixties qui pioche joyeusement dans les cultures japonaise et américaine. Décérébré mais fun. BR US  

Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017) **
Une Amazone de la Grèce antique se retrouve propulsée sur un front franco-allemand de la Première Guerre Mondiale. Dommage que la dernière demi-heure ressasse les combats pyrotechniques de la litanie des films de super-héros parce que le reste est exaltant (l'introduction mythologique, le mur temporel, les tranchées...) et avant tout, le féministe triomphant de l'univers atypique de cette super-héroïne que Gal Gadot incarne superbement. BR FR

Procès de singe / Inherit the wind (Stanley Kramer, 1960) *
En 1925 dans une petite ville du Tennessee, le procès de Créationnistes contre un jeune professeur qui enseigne le Darwinisme à ses élèves. D'après un classique de l'histoire judiciaire, un film-dossier typique de Stanley Kramer avec toute sa hauteur de vue, ses épuisants dialogues et sa mise en scène académique. Mais le sujet est plus que jamais d'actualité et Spencer Tracy est formidable en avocat libéral face au fondamentalisme. BR US 

Le jardin d'Allah / The garden of Allah (Richard Boleslawski, 1936) **
Une héritière partie méditer au Sahara y rencontre et épouse un homme inquiet (Charles Boyer) sans savoir qu'il est un moine échappé de la Trappe. Ce scénario d'un ridicule enfiévré qui panache lyrisme, bondieuserie et désert n'est que prétexte à déifier Marlene Dietrich dans son premier film en Technicolor. Elle y est sublimement photographiée dans des tenues couture qui changent à chaque scène. Un mélodrame kitsch des plus extravagants. BR US

La clé de verre / The glass key (Stuart Heisler, 1942) *
La mort d'un homme révèle les liens troubles entre un politique en campagne et le crime organisé. D'après Hammett, un Film Noir à la structure, à l'atmosphère et aux personnages typiques du genre mais qui souffre d'une mise en scène paresseuse (à part une brutale séquence de coups) et de dialogues excessifs. Brian Donlevy, Alan Ladd et Veronica Lake (au jeu éteint mais d'autant plus fascinant) retiennent l'intérêt par leur seul charisme. BR UK

Borrowed time (Andrew Coats & Lou Hamou-Ladhj, 2015) ***
Revenu sur le site d'un drame de sa jeunesse, un vieux sheriff est écrasé par la mémoire et la culpabilité. Ecrit et réalisé par deux animateurs de Pixar, ce court métrage réussit en 6' à faire passer de puissantes émotions entre tension et accablement. Le résultat est spectaculaire, l'accompagnement musical parfait et le thème de l'indicible douleur traité de façon adulte, sans facilité ni prêchi-prêcha. L'art de l'animation parvenu à ses sommets. WEB

Chez nous (Lucas Belvaux, 2017) 0
Dans une petite ville du Pas-de-Calais, une infirmière est choisie par un parti nationaliste pour le représenter aux élections municipales. Cet essai sur le coup d'Hénin-Beaumont aurait pu faire un intéressant pamphlet sur le FN et la France d'en-bas. Mais les clichés les plus éculés qui soutiennent cette charge pataude, les acteurs qui n'y croient pas (Catherine Jacob est ridicule en erzatz de Marine Le Pen) et la réalisation plate méritent un bon 0. BR FR

Loving (Jeff Nichols, 2016) **
Entre 1958 et 1967, le parcours douloureux de Mildred et Richard Loving, couple mixte de Virginie dont le mariage est déclaré illégal avant d'être reconnu devant la Cour Suprême. D'une affaire ayant secoué la Constitution américaine, Nichols tire un film lent et anti-mélodramatique où la passivité des époux (Ruth Negga et Joel Edgerton, parfaits) est sublimée par leur imperturbable dignité. Un étonnant exercice en colère retenue. BR FR

Tumak, fils de la jungle / One Million B.C. (Hal Roach & Hal Roach Jr., 1940) 0
Il y a 1 million d'années (puisqu'ils le disent), un homme des cavernes ingénu se révèle une âme de chef. Une histoire de Préhistoire débile comme pas permis où la mise en scène statique est parfois compensée par de beaux décors de grotte et de jungle, le charme des back projections de lézards en dinosaures et l'accumulation d'anachronismes. Victor Mature y commençait sa carrière. Le remake avec Raquel Welch est plus fun. BR US

Le scorpion rouge / Red scorpion (Joseph Zito, 1988) 0
Un soldat soviétique est envoyé en Afrique pour mater une rébellion locale. Bourrin pur jus d'époque, un de ces films qui peuvent se regarder par nostalgie ou cynisme. Ca tire et ça explose partout, sauf dans une séquence (la meilleure) où le colosse slave blessé est sauvé par un petit bushman. Dolph Lundgren a du mal à jouer mais tombe bien la chemise : ça tombe bien, c'est pour ça que j'ai regardé. Des moments drôles aussi, forcément. BR UK

Cargaison 200 / Cargo 200 / Grouz 200 (Aleksey Balabanov, 2007) **
En 1984 près de Leningrad, une adolescente subit un calvaire. Parsemé d'humour absurde et de scènes insoutenables, un brûlot qui dénonce par métaphore l'écroulement politique, économique, social et moral de la Russie soviétique. Le scénario est éloquent, les acteurs excellents et la mise en scène évite la gratuité du torture porn. Le film fit scandale à sa sortie en Russie, sa puissance dérangeante reste intacte aujourd'hui. Radical. DVD Z1 US

Le dahlia bleu / The blue dahlia (George Marshall, 1946) **
A Los Angeles, un marin démobilisé est soupçonné d'avoir tué sa femme infidèle. Si la mise en scène de ce Film Noir archétypique est plutôt morne, le scénario de Chandler offre d'intéressantes interactions entre les personnages, des dialogues désabusés et un regard acéré sur le difficile retour à la société après la guerre. L'alchimie entre Alan Ladd et Veronica Lake (deux stars pas assez commémorées) dynamise tout le film. BR UK 

Certaines femmes / Certain women (Kelly Reichardt, 2016) **
Dans le Montana, quelques moments du quotidien de trois femmes comme les autres. Adaptations de nouvelles, ces trois histoires (une avocate, une bobo et une palefrenière prises au piège de leur routine) s'écoulent avec une lenteur mélancolique qui s'accorde avec le décor des plaines sous la neige. La force et la beauté du film se révèlent si on se prête à son rythme austère. Avec Laura Dern, Michelle Williams, Lily Gladstone et Kristen Stewart. BR UK

Trois valses (Ludwig Berger, 1938) **
En 1867, 1900 et 1939, les péripéties amoureuses des rejetons successifs de deux familles qui se recroisent sans cesse. Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, couple d'écran et de ville, s'amusent à traverser les époques dans ce film opérette à la structure ingénieuse. Les morceaux chantés par une Printemps survoltée, la mise en scène qui pioche dans Mamoulian et le Musical allemand des 30's et l'humour grivois font qu'on se laisse entraîner. DVD-R  

La planète des vampires / Terrore nello spazio (Mario Bava, 1965) *
Les membres d'équipage d'un vaisseau spatial venu au secours d'un autre sur une planète inconnue sont possédés mentalement par une force extraterrestre. Un film - dont des éléments annoncent "Alien" - qui serait un navet oublié sans les hallucinantes lumières colorées de Bava, ses décors rétro-futuristes et ses combinaisons en cuir noir et jaune qui apportent une touche furieusement Pop Sixties à l'ensemble. A part ça, on s'ennuie ferme. BR US

A quiet passion (Terence Davies, 2016) **
Evocation de la vie de la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886), interprétée par Cynthia Nixon aux antipodes de "Sex and the City". D'une austérité qui touche au maniérisme, le film se confine aux murs de la maison des parents. Il porte un regard incisif sur la culture puritaine de l'époque et la personnalité intransigeante de l'écrivain recluse et révoltée dont les mots sublimes parsèment les séquences. C'est magnifique mais peu aimable. BR UK

Point break (Kathryn Bigelow, 1991) **
A Los Angeles, une jeune recrue du FBI infiltre un groupe de surfeurs suspecté de braquer des banques. La testostérone déborde dans ce film infatigable qui panache habilement suspense, sport et action. Le dynamisme de la mise en scène (notamment une incroyable poursuite à pied) compense l'exécrable jeu de plusieurs acteurs, dont Keanu Reeves. Patrick Swayze crée un intéressant personnage de surfeur anarchiste. Et ces masques ! BR UK

Je t'attendrai / Le déserteur (Léonide Moguy, 1939) *
En 1918, un soldat à l'arrêt avec son train près de son village déserte une heure pour aller voir ses parents et sa petite amie. Le déroulement en temps réel, la photo très belle, les bruits du canon sur la bande son et la présence de la tragique Corinne Luchaire n'empêchent la pesanteur du film, freiné par une histoire languide et le jeu malhabile de Jean-Pierre Aumont. Berthe Bovy, dans le rôle de la mère possessive, tire le tout vers le high camp. BR FR

Seat in shadow (Henry Coombes, 2016) **
A Glasgow, un jeune gay mal dans sa peau est envoyé par sa grand-mère chez un vieux psy, gay aussi et aux méthodes peu orthodoxes. Ce petit budget de l'artiste et thérapeute Henry Coombes mêle film narratif et film d'art. Tout ne fonctionne pas mais les idées sont surprenantes et drôles et les séquences d'analyse excellentes, portées par le jeu désinhibé de David Sillars. Une bizarrerie de niche formatée pour les festivals d'avant-garde. DVD Z2 UK

La Belle et la Bête / Beauty and the Beast (Bill Condon, 2017) *
En France au 18e s., une jeune villageoise apprend à aimer un monstre. Cet auto-remake Disney de leur beau dessin animé de 1991 n'apporte rien (mais rapporte beaucoup) et est plombé par la fadeur habituelle d'Emma Watson, le trop plein de CGI (dont la Bête) et l'aspect mécanique du scénario et de la mise en scène. Mais le décor ultra-baroque, l'assistant gay et l'esprit conte de fées sont chouettes. Les enfants adorent et c'est tant mieux. BR FR  

Big little lies (Jean-Marc Vallée, HBO, 2017) ***
A Monterey, un incident entre enfants de primaire entraîne un conflit entre parents. Un formidable Women's Picture contemporain qui aborde franchement des thèmes que Mildred Pierce ou Peyton Place ne pouvaient que suggérer. Le scénario, la mise en scène et l'interprétation (Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Laura Dern...) sont admirables. Une miniserie qui fusionne génialement drame, humour, suspense et activisme féministe. BR UK 

25 décembre 2017

Poster art : King of Kings 1927



King of Kings (Cecil B. DeMille, 1927)

Une magnifique affiche d'époque qui reprend un intertitre original du film.

Quand elle apprend lors d'une orgie de palais qu'un charpentier rassemble les foules à Capharnaüm, la courtisane Marie de Magdala veut aller voir ça par elle-même et ordonne à ses esclaves d'arnacher ses zèbres.

"Harness my zebras!" est l'un des intertitres les plus enthousiasmants de tout le cinéma muet.

2 décembre 2017

Films vus par moi(s) : décembre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

La mélodie du bonheur / The sound of music (Robert Wise, 1965) ***
En 1938 à Salzbourg, une jeune religieuse est envoyée s'occuper des sept enfants d'un capitaine de marine veuf. Le Musical le plus aimé du public reste après cinq décennies un film d'une rare générosité. Sur un sujet menaçant de mièvrerie, Robert Wise offre un chef-d'oeuvre de dynamisme et de sincérité, porté par les chansons inoubliables de Rodgers & Hammerstein et le charme (et le talent) fou de Julie Andrews. Un film et un titre parfaits. TV  

Le Roi des rois / King of kings (Cecil B. DeMille, 1927) ***
De son entrée à Jérusalem à l'apparition aux Apôtres, les derniers jours terrestres du Christ. Malgré ses 51 ans au moment du tournage, l'acteur H.B. Warner est sans doute le meilleur Jésus de cinéma : son jeu retenu et nuancé apporte une dignité sans emphase à cette fresque biblique qui privilégie l'intime au grandiose tout en présentant les moments et les mots gravés dans les Evangiles. Un des derniers grands films muets. BR FR (sublime restauration par Lobster Films)  

Stay hungry (Bob Rafelson, 1976) ***
En Alabama, un héritier (Jeff Bridges) chargé par un promoteur de déloger une salle de musculation se prend d'intérêt et d'amitié pour ses habitués. Dans l'esprit de l'indépassable "Five easy pieces" (Rafelson, 1970), ce film sur un homme qui rompt les amarres dresse aussi une formidable galerie de portraits dans des moments digressifs pleins d'humanité. Avec le rôle qui le révéla, Arnold Schwarzenegger crève l'écran. Les 70's dans leur meilleur. BR US  

Les banlieusards / The 'burbs (Joe Dante, 1989) 0
Les habitants d'une rue pavillonnaire du Midwest s'inquiètent des voisins mystérieux d'une maison à l'abandon. Ni Tom Hanks ni Carrie Fisher ne peuvent sauver cet effarant navet qui cumule tout ce que la comédie Eighties a fait de pire. Les cris et les gesticulations font office de mise en scène, les tentatives d'humour se vautrent, les acteurs en font des tonnes pour rien. 30' m'ont suffi, le reste en accéléré m'a convaincu de mes doutes. Indéfendable. BR UK

Ce qui nous lie (Cédric Klapisch, 2017) 0
En Bourgogne à Meursault, deux frères et leur soeur doivent s'occuper du petit domaine viticole de leur père décédé. Le réalisateur des films de tribus (voisins, amis, familles) s'attache ici à une fratrie de trois. Le film se laisse regarder grâce au casting (Pio Marmai, François Civil, Ana Girardot) et au décor du vignoble mais les bons sentiments, la prévisibilité et l'innocuité du scénario et la lourdeur des effets temporels donnent envie de recracher. BR FR 

Sausage Party (Greg Tiernan & Conrad Vernon, 2016) **
Dans un supermarché, les aliments industriels paniquent quand ils réalisent qu'ils finiront bouffés. Ce film d'animation joue la surenchère de l'obscénité et du politiquement incorrect en détournant l'histoire de "Toy Story" vers celle d'une miche de pain plantureuse et d'une saucisse obsédée sexuelle. L'outrance des situations, des "personnages" et des dialogues centrés sur "fuck" et "shit" font qu'on rit souvent et grassement. Potache, cul et sympa. BR ES

Je sais où je vais / I know where I'm going! (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1945) **
Une jeune femme ambitieuse (Wendy Hiller, au physique anti-hollywoodien) partie épouser un riche industriel sur une île écossaise est coincée par la tempête sur une île voisine. Elle y découvre des gens et des sentiments purs. Il y a du John Ford dans ce film où le romantisme et le réalisme magique sont amplifiés par la nature convulsive. Les images de la mer donnent une ampleur cosmique à l'ensemble qui autrement serait anodin. BR FR 

Grave (Julia Ducournau, 2016) ***
Une jeune végétarienne en fac vétérinaire prend goût au sang et à la chair humaine. Au-delà de l'histoire croquignole, ce film franco-belge s'appuie sur l'horreur physique et psychologique pour évoquer, à la "Carrie", les difficiles stations finales de l'adolescence. Le scénario sans cesse surprenant, la mise en scène inventive et le casting impeccable (mention à Garance Marillier) construisent un film de genre d'une remarquable profondeur et originalité. BR ES

Voyage au centre de la Terre / Journey to the center of the Earth (Henry Levin, 1959) **
En 1880, un professeur (James Mason) à la fac d'Edimbourg conduit trois équipiers dans une grotte islandaise vers les profondeurs de la Terre. Jules Verne est bien servi dans cette adaptation qui repose avant tout sur les décors en studio et en matte painting, magnifiés par le CinemaScope et le De Luxe. Comme dans le roman il y a peu d'enjeux, le film n'étant qu'un parcours d'aventure dans la descente avant la remontée expéditive. BR UK

Les yeux de Laura Mars / Eyes of Laura Mars (Irvin Kershner, 1978) **
Une photographe de mode a des visions en temps réel d'assassinats de collègues et d'amis. Ce giallo à l'américaine (un inoubliable souvenir de cinéma d'ado) n'aurait rien de vraiment spécial si il n'y avait Faye Dunaway en roue libre, Tommy Lee Jones et Brad Dourif, une B.O. 100% d'époque ("Let's all chant", Streisand...), Helmut Newton pour les photos porno-chic, le design mid-70's et les rues crados du Manhattan d'alors. Et ça, c'est spécial. BR UK
 
American Gods - saison 1 (Bryan Fuller & Michael Green, 2017) **
Le vide spirituel et les religions dévoyées sont au coeur de cette série très originale où les dieux anciens et nouveaux, d'Anubis à Odin, de Yahvé à Jésus-Christ et de Media aux GAFA se croisent sur la route US. L'idée est formidable et d'actualité, le résultat déséquilibré : si toutes les séquences impliquant les dieux sont fascinantes, j'en aurais aimé plus car l'histoire qui fait le lien (un homme et sa femme morte-vivante) est trop étirée et bavarde. BR DE 

Life : Origine inconnue / Life (Daniel Espinosa, 2017) **
A bord de l'ISS, des cellules biologiques ramenées de Mars évoluent en une créature féroce. Le titre "Alien" déjà pris, ils ont du en trouver un autre. Malgré la proximité scénaristique avec le chef-d'oeuvre de Ridley Scott, ce film réussit le doublé en plaçant toute l'action en apesanteur (les SFX sont bluffants) et en inventant un monstre d'une espèce fascinante et encore plus retorse que l'autre. Un très bon thriller de terreur existentielle dans l'espace. BR FR  

Le journal de David Holzman / David Holzman's diary (Jim McBride, 1967) **
En juillet 1967 à Manhattan, un jeune cinéaste en galère décide de filmer des choses qui l'intéressent : son studio, sa copine, ses voisins de quartier et lui-même avant tout. Un petit film fauché indépendant influencé par Warhol et Godard et à la technique hasardeuse mais qui, vu cinquante ans plus tard, est incroyablement visionnaire. La culture narcissique partagée d'aujourd'hui y est toute entière. C'est aussi l'un des premiers mockumentaries. DVD Z2 UK

Colossal (Nacho Vigalondo, 2016) 0
Une new yorkaise un peu paumée va se mettre au vert en province et se rend compte qu'un monstre kaiju qui ravage Séoul réplique ses mouvements à distance. Cette métaphore sur l'expression des frustrations et des rages est une belle idée mais le film ne tient pas, la faute à un scénario répétitif et bavard et surtout au surjeu d'Anne Hathaway, tout en mimiques faciales et roulements d'yeux. Omniprésente, elle y est exaspérante, comme souvent. BR ES