11 novembre 2009

Heroes of mine : Ann-Margret


Ann-Margret (n. 1941)

7 novembre 2009

Krazy Karaoke : L'Arche de Noé (Sheila... et Cie, 1977)

Rien ne vaut une chanson à texte (mais qui reste gaie et rythmée) pour se mettre de bonne humeur le matin avant d'aller étudier, travailler, zoner ou collecter ses allocs.

Chaque mois, Sniff and Puff vous propose une chanson à texte gaie et rythmée à écouter de temps en temps le matin - ou à n'importe quel autre moment de la journée quand vous avez un coup de blues, de pompe ou un énervement passager - en vidéo YouTube intégrée.

Ensuite, vous la reprenez vous-même en karaoké et en duo... ou plus, avec l'interprète (les paroles sont sous la vidéo) devant votre écran, discrètement si vous êtes timide ou au bureau mais mieux, à tue-tête... après avoir pris soin de vous être éclairci la gorge. Bonne chanson et bonne journée !

"L'Arche de Noé" par Sheila... et Cie
(S. Jurgens, B. Zambrini / adapt : C. Carrère, J. Schmitt)



C’est incroyable !
Chaque fois que nous partons en vacances
On prend toujours trop d’affaires
Mais cette fois ci pas question !
Même si mes enfants me disent

Les animaux n’ont pas de chemise
Pas de robe, pas de valise
Ils nous ont vus faire nos bagages
Ils voudraient être du voyage
Qu’est-ce qu’on fait ?

On va décider

La chouette et ses lunettes quel regard elle a
On la prend dis Maman ?
Le lièvre aux grandes oreilles gambade déjà
On le prend dis Maman ?
Le canari qui s’est blessé on ne peut pas le laisser
Prend le si tu veux
On le prend dis Maman ?
Il guérira mieux

Et ton petit chien Framboise frétille déjà
On le prend dis Maman ?
L’agneau plein de bouclettes qui dort près de toi
Prend le prend le Maman
Et sur la route on va penser c’est l’Arche de Noé !
Enfin ça ira
La plus belle c’est Maman !
On se serrera

On trouve toujours de la place pour ceux qu’on aime
Et si en chemin tombe la pluie
Ce sera comme au Déluge aussi

Le chat et la souris blanche qui ne se quittent pas
On les prend dis Maman ?
Et le canard sauvage qui le nourrira ?
On le prend dis Maman ?
Et sur la route on va penser c’est l’Arche de Noé !
Enfin ça ira
La plus belle c’est Maman !
On se serrera

La la la la la la la la la la la la
La plus belle c’est Maman !
La la la la la la la la la la la la
La plus belle c’est Maman !
Et sur la route on va penser c’est l’Arche de Noé !
Enfin ça ira
La plus belle c’est maman !
Va chercher ton Papa

La la la la la la la la la la la la
La plus belle c’est Maman !

6 novembre 2009

Photostories : Some like it cool (1958)

Cette rare photographie de plateau de Some like it hot donne une petite idée de l'ambiance qui pouvait parfois régner sur le tournage du chef-d'œuvre de Billy Wilder.

Nous sommes en 1958 et l'équipe du film s'attaque à la scène qui en deviendra la plus commentée : celle de la séduction sur le bateau d'emprunt. Tony Curtis a passé les décennies qui ont suivi le tournage à raconter les innombrables reprises que la scène nécessita, les dizaines cuisses de poulet qu'il dut ingurgiter et le calvaire qu'était d'embrasser Marilyn Monroe ("Kissing Marilyn was like kissing Hitler"). Dans son récent livre "The making of Some like it hot", il revient sur sa déclaration, niant l'avoir jamais dite et révèle en outre une longue liaison avec la star et peut-être, la paternité de l'enfant qu'elle portait lors du tournage. Ces révélations tardives sont de toute évidence le fruit de l'imagination débridée d'un vieux fanfaron un peu gâteux et prêtent plutôt à sourire qu'à s'étonner.


Dans la photo, Tony est à l'arrière-plan, assis bien droit sur le canapé. Il semble perdu dans ses pensées, lunettes à la main, en train de respirer un bon coup : "Keep cool, Tony, breathe!". Marilyn, elle, est raide allongée sur le pouf, les yeux clos, la bouche entrouverte et les mains sur les seins. En pleine crise d'hyperventilation. Il viennent de passer une demi-journée à tourner la scène du baiser mais rien ne va. Les pleurs succèdent aux nerfs et il faut continuer, encore et encore. Une pause et hop, on repart jusqu'à la prochaine interruption accordée par le réalisateur. En regardant bien la photo, vous remarquerez d'ailleurs Billy, de dos, dans l'angle au fond de la pièce, comme au piquet puni. Mais c'est surtout le technicien à droite qui m'impressionne. Clope au bec, il traverse l'image de droite à gauche, en me regardant d'un air mauvais, prêt à me foutre son poing gauche fermé sur la gueule parce que j'aime tellement Some like it hot, ce film que j'ai vu je ne sais combien de fois alors que pour lui aussi, il est un vrai cauchemar.

J'ai découvert cette photo sur l'excellent blog Crazy for You qui déniche pour vous des images rares et des informations toujours intéressantes sur Marilyn, Madonna et quelques autres passions de sa sympathique rédactrice.

4 novembre 2009

Les dimanches de Ville d'Avray (Serge Bourguignon, 1962)


En 1962, un obscur film français remporta à la surprise générale l’Oscar du Meilleur Film Etranger. Et depuis près d’un demi-siècle, prononcez devant n’importe quel américain sincèrement cinéphile à l'occasion d'une conversation sur le cinéma les trois mots « Sundays - and - Cybele » et vous verrez sans doute son visage s’illuminer et un léger sourire s’y esquisser. L’américain aura compris qu’il a en face de lui un fin connaisseur des films qui ont fait, de tous temps, la réputation du cinéma français à l’international, ce mélange bien identifiable d’intimisme et de provocation, de tendresse et d’audace et que le vrai dialogue peut commencer. Sundays and Cybele est un mythe aux USA, un souvenir presque effacé en France.

Car Sundays and Cybele, qui a comme titre original le lugubre mais évocateur Les Dimanches de Ville d’Avray, est un film qui a depuis bien longtemps disparu du radar des cinéphiles français eux-mêmes. Il est passé, il y a quelque temps déjà, mais bien discrètement, sur Canal+ et à La Cinémathèque Française. Il ne passera sans doute jamais plus sur les chaînes hertziennes et restera condamné (mais est-ce une condamnation ou une bénédiction ?) à flotter dans les limbes du cinéma. Je l’ai découvert il y a peu, à l’occasion de sa sortie dans une édition DVD allemande et l’ayant regardé sans aucun à priori ni attente, je dois dire que la surprise a été très bonne.

En 1962, Pierre, trentenaire, est un vétéran amnésique d’une guerre non nommée en Extrême-Orient (Vietnam ?), ancien pilote qui avait tué par accident, en s’écrasant avec son avion, une petite fille asiatique dans un village isolé. Il vit maintenant à Ville d’Avray avec son amie, une infirmière qui s’était occupée de lui à son retour d’Asie. De passage à la gare SNCF, il croise le regard d’une petite fille de 12 ans qui est conduite par son père dans un pensionnat catholique. Il décide de les suivre et remarque que le père maltraite l’enfant à laquelle il n’est apparemment pas très attaché et dont il souhaite se débarrasser au plus vite. Les pleurs de la fillette bouleversent Pierre qui revient plusieurs fois devant le portail du pensionnat en espérant la revoir. Il la revoit, réussit à attirer son attention et à gagner sa confiance à travers les grilles et, par un pieux mensonge, à se faire passer pour son père aux yeux des bonnes sœurs. Il obtient d’elles de venir chercher la fillette, Françoise (qui préfère se faire appeler Cybèle), chaque dimanche et de passer avec elle la journée hors de l’établissement, au parc, à la fête foraine, dans les rues de Ville d’Avray. Pierre et Cybèle se lient l’un à l’autre d’un attachement dont l’ambiguïté n’est pas sans poser problème à l’amie de Pierre, à ses quelques amis et bientôt, à l’entourage et au voisinage tout entier. Alors que Noël approche, la police s'en mêle et le scandale éclate…


De cette trame sulfureuse, adaptée d’un roman éponyme de Bernard Echassériaux, le réalisateur Serge Bourguignon (né en 1928), dont ce film est le principal titre de gloire, a tiré un long-métrage atmosphérique qui ne ressemble à rien de connu (à ma connaissance) à l’époque où il a été réalisé. Bénéficiant d’un scénario qui fait la part belle à l’évocation plutôt qu’à la démonstration, d’une splendide photographie en noir et blanc d’Henri Decae, d’un beau score relativement discret de Maurice Jarre, de l'utilisation de vieilles chansons françaises ("Aux marches du palais"), du format Cinémascope et de la présence d’acteurs tout en retenue, Les Dimanches de Ville d’Avray évite avec panache les pièges du sensationnalisme et du moralisme.

Cela n’empêche cependant pas le film de continuer à étonner et à déranger, près de cinquante ans après sa réalisation. Parce que c’est bien de pédophilie dont le film parle, sans, évidemment, jamais en prononcer le mot ni en montrer la chose. Il touche le sujet de très loin tout en l'évoquant de très près. Les deux personnages principaux, Pierre et Cybèle, sont chacun à leur façon, deux exclus qui se trouvent sans s’être cherchés. Pierre, psychologiquement et émotionnellement instable (depuis son accident oriental ?), a régressé au stade de l’adolescence, des pulsions difficilement contrôlables et de l’inconfort social. Cybèle ("si belle" ?), petite fille précoce qui est toujours plongée dans les livres et a ses opinions définitives sur tous les sujets, a été sevrée d’amour parental trop tôt (sa mère est morte, son père l'a abandonnée) et a compensé son statut d’orpheline solitaire en ayant développé des capacités intellectuelles et une indépendance peu communes à son âge. Lorsque leurs trajectoires se croisent, Pierre et Cybèle se reconnaissent l’un en l’autre, dans leur détresse affective et leur isolement social. Leur grande différence d’âge - il a 35 ans, elle en a 12 - ne leur pose aucun problème car elle n’a pour eux aucune implication. Pour les tiers (et pour le spectateur), c’est évidement une toute autre histoire…

Pierre (Hardy Krüger) et Madeleine (Nicole Courcel)

Autour de Pierre et de Cybèle gravitent quelques personnages bien écrits, dont deux notamment sont remarquables. D’abord, l’amie de Pierre, Madeleine (formidable Nicole Courcel, comme toujours), qui essaye de comprendre avec toute la tendresse et l’amour qu’elle a pour Pierre son attachement à la petite fille et qui le regarde petit à petit s’éloigner d’elle. Ensuite Carlos (excellent Daniel Ivernel, comme toujours), l’ami et le confident de Pierre, un sculpteur qui lui aussi, essaye d’accepter l’étrange relation qui s’est tisée entre son ami et la gamine. Madeleine et Carlos, le moment venu, défendront Pierre contre la rumeur et les attaques, au risque de leur propre réputation. Tout le talent du scénario (par Pierre Bourguignon et Antoine Tudal) est de placer le spectateur dans la position de Madeleine et de Carlos et non pas dans celle de Cybèle et de Pierre, ce qui aurait considérablement nui au film en manipulant l’émotion de façon trop extrême. La distance nécessaire pour ne pas faire sombrer le film dans le racolage mélodramatique vient de ce point de vue extérieur à celui des deux personnages principaux du film. La naissance et l’évolution de la relation entre l’adulte et de la fillette nous sont présentées sans jugement social ou moral : comme Madeleine et Carlos, nous devons regarder et tenter de comprendre avant d’accepter de reconnaître notre incapacité à le faire.


Cybèle (Patricia Grazzi)

Dans le rôle difficile de Pierre, Hardy Krüger semble parfois assez mal à l’aise, ou plutôt maladroit, mais cela renforce pour le meilleur les failles et les tensions du personnage qu’il interprète. Cybèle, quant à elle, est jouée par la jeune Patricia Grazzi. Au début du film, le ton sentencieux avec lequel elle s’exprime et l’artificialité de certains de ses propos m’ont gêné et ont failli me faire sortir de l’histoire plus d’une fois. C'est son personnage. Au fur et à mesure de la progression du film, elle s’adoucit et devient plus naturelle : dans les dernières scènes du film, l'actrice joue la petite fille de 12 ans qu’elle a toujours été malgré les apparences de sa maturité intellectuelle. La relation d’amitié amoureuse qui lie les deux personnages est crédible et touchante, les deux acteurs réussissant à faire passer l’émotion et la détresse que leur situation individuelle et commune implique.

Les Dimanches de Ville d’Avray fait la part belle aux scènes intimistes et silencieuses, comme les promenades au bord des étangs de Ville d’Avray, dans le froid des dimanches d’hiver. Ou comme les scènes entre Pierre et Madeleine chez eux, dans la proximité de leurs corps et l'éloignement de leurs âmes. L’une des plus belles scènes du film est la rencontre de Pierre et de Cybèle avec un groupe d’enfants dans le parc du bord de l’eau. Sans effet démonstratif mais tout en nuance, Bourguignon nous y montre que Cybèle appartient au monde de l’enfance et que Pierre en est sorti depuis longtemps, et que malgré leur proximité affective, leurs univers sont irrémédiablement disjoints.


La relation pédophile évoquée dans Les Dimanches de Ville d’Avray n’est pas de nature sexuelle (aucune relation sexuelle n’est jamais suggérée entre Pierre et Cybèle) mais affective. Cela en diminue-t-il la condamnation morale qu’en fait la société par l’entremise du spectateur ? De façon très habile, le film nous laisse en face de nos propres interrogations, comme s’interrogent Madeleine et Carlos. Les deux personnages principaux ne brisent aucun tabou mais entrouvrent la porte sur des questions essentielles d’ordre moral et social. Il ne fait pas de doute que Pierre soit un prédateur (son stratagème d'approche de Cybèle le prouve irréfutablement) et pourtant la condamnation, par la sensibilité de l'écriture du scénario, n'est pas formelle. Drôle de position pour le spectateur... L’étonnement que le film dût provoquer dans les années 60 a fait place, cinquante ans plus tard, à une chape de plomb qui me semble destinée à ne pas s’alléger de sitôt pour des raisons qu'on imagine bien. Et on imagine mal, on n’imagine même pas du tout Les Dimanches de Ville d’Avray passer aujourd’hui à la télévision à une heure de grande écoute : le scandale qui en résulterait forcément en dirait long sur l’évolution de la pensée collective sur un sujet aussi délicat que celui évoqué par le film en l’espace d’un demi-siècle (son triomphe aux Oscars 1962 laisse d’ailleurs songeur…).

Je ne dévoilerai pas ici la fin de l’histoire, qui m’a semblé le seul point un peu faiblard du film (avec aussi quelques petits à-coups dans le rythme). Sachez toutefois qu’il ne s’agit pas d'un conte de fées et « qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » n’en est pas l’épilogue. Je dirai simplement que le film terminé, j’ai fortement pensé à un autre film du patrimoine français classique, avec lequel il a plus d’un point commun : Jeux interdits (1952) de René Clément. Les deux films pourraient faire l’objet d’un très intéressant « double-bill ».

Beau et sensible, audacieux et dérangeant, Les Dimanches de Ville d’Avray est un film aussi triste que son triste titre. Il montre qu’en ce début des années 60, entre le cinéma de qualité classique et les productions de la Nouvelle Vague, quelques réalisateurs circulaient sur une troisième voie. Serge Bourguignon en fit partie : son film est à la fois classique et nouveau, un peu dans la forme, beaucoup dans le fond. Si Les Dimanches de Ville d’Avray a accédé depuis longtemps au statut de film-culte aux États-Unis et au Japon, il est injustement oublié en son pays d’origine. C’est à mon avis un des films importants de l’époque, qui n’en est pas avare. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez donc pas à le découvrir. Vous serez peut-être émus, peut-être dérangés, mais sans aucun doute surpris. Un film vraiment à part.


Le DVD Z2 des Dimanches de Ville d'Avray est sorti en Allemagne sous le titre Sonntage mit Sybill. Il est d’excellente qualité : très belle image N&B anamorphique, très bon son mono d’origine (français) avec option de doublages anglais, allemand, italien, espagnol. Sous-titres amovibles en de nombreuses langues.

1 novembre 2009

Films vus par moi(s), novembre 2009


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

The four horsemen of the Apocalypse / Les quatre cavaliers de l'Apocalypse (Rex Ingram, 1921) **
Du statisme à l'acte I, des tableaux épiques à l'acte II et Valentino, charismatique, devenu superstar du jour au lendemain. Un triomphe à l'époque, ce film ambitieux reste fascinant malgré un rythme
inégal. Ciné

The lost world / Le monde perdu (Stuart Orme, 2001) *
Adaptation BBC assez fidèle de Conan Doyle, aux images qui semblent sorties d'un livre illustré. Des savants, des dinosaures, des indiens, des hominidés : un spectacle familial sympathique, mais sans plus. DVD

Born yesterday / Comment l'esprit vient aux femmes (George Cukor, 1950) *
Les suraigus de Holiday et surtout les cris de Crawford m'ont percé les oreilles et gâché le film, un peu trop théâtral. C'est dommage parce que le scénario est futé et que la trop rare Holiday a une présence unique. DVD

Angels & demons / Anges & démons (Ron Howard, 2009) ***
Après le fiasco du "Da Vinci Code", Howard se rattrape avec ce thriller haletant. Les fastes et les mystères du Vatican (spectaculairement recréé en décors et CGI) n'ont jamais été aussi fous ni distrayants. DVD

Vertige
(Abel Ferry, 2009) *
Les facilités du scénario minent ce survival français qui bénéficie des superbes paysages des montagnes croates. Si la première moitié du film est assez réussie, la seconde obéit à tous les poncifs du genre. DVD

The Judy Garland Christmas Show (CBS, 1963) ***
50 minutes en compagnie de Judy, de ses trois enfants (Liza, Lorna & Joe) et de quelques guests qui célèbrent Noël à l'américaine et en chansons. Chaleureux et émouvant, mais que Judy est triste derrière les rires. DVD

Chéri (Pierre Billon, 1950) *
Les acteurs (Desailly, Chantal, Marken) tentent de donner vie à leurs personnages étouffés par la réalisation théâtrale, anémique et abusant du flashback. DeBray écrase tout le monde par son jeu et sa présence. DVD

Timeline (Richard Donner, 2003) 0
Des archéologues américains se retrouvent en 1357 en Dordogne (filmé au Canada), en pleine Guerre de Cent Ans. Ça facilite les choses pour la langue. Un film poussif mal écrit et mal joué : de l'action à bailler. DVD

Musée haut, musée bas (Jean-Michel Ribes, 2007) 0
Ça court, ça crie, c'est plein d'acteurs connus qui y vont de leur numéro aux répliques attendues, c'est exaspérant. De sa pièce sans doute médiocre, Ribes a tiré un film nul et condescendant. Et même pas drôle. DVD

Oliver! (Carol Reed, 1963) ***
J'avais longtemps négligé ce musical sur Oliver Twist dont les chansons, les chorégraphies et la mise en scène appartiennent à ce que le genre a fait de mieux. Un grand classique anglais aux 5 Oscars mérités. DVD

Spencer's Mountain (Delmer Daves, 1963) **
Les paysages du Grand Teton (Wyoming), magnifiés par la caméra lyrique de Daves, volent la vedette à Fonda, O'Hara et MacArthur dans ce beau film familial archétypique, tranche d'Americana dans toute sa splendeur. DVD

Baccara (Yves Mirande, 1935) ***
La société
des années 30 toute entière en prend pour son grade dans cette comédie grinçante et tendre aux personnages d'une rare ambiguïté identitaire et morale. Berry étincelle dans un rôle à contre-emploi. DVD

31 octobre 2009

Max et les fantômes


Ce soir, à la Salle Pleyel, l'allemand Max Raabe et son Palast Orchester faisaient la seule escale en France de leur tournée mondiale Heute Nacht oder nie ("Ce soir ou jamais"). Ça faisait un bail que je l'attendais, celle-là ! Depuis quelques temps déjà, les affiches promotionnelles avaient fait leur apparition sur les murs du métro parisien mais dans la salle ce soir, toutes les rangées n'étaient pas pleines, les français ne semblant pas assez connaître ce performer unique en son genre. Les fans et connaisseurs, eux, étaient au rendez-vous ainsi que beaucoup d'expatriés allemands et quelques amoureux des années vingt à quarante.

Max Raabe (il est né en 1962) s'est spécialisé depuis une vingtaine d'années dans la reprise des standards des années 1920-1940 allemands et internationaux. Avec sa voix de baryton, dont il sait jouer avec humour pour le plus grand plaisir des auditeurs, et le support des ses douze formidables musiciens (onze hommes, une femme), il réussit à restituer l'essence de la chanson populaire de l'entre-deux-guerres, dans ses rythmes et mélodies si particulières, son apparente insouciance de paroles et son charme suranné. La fusion d'une technique vocale parfaite et d'une connaissance intime de la chanson d'époque (il respecte à la lettre leurs arrangements d'orchestre originaux), ainsi que l'utilisation toute en nuance d'un second degré toujours juste - et vraiment drôle - permet à Max Raabe et son orchestre de ne pas tomber dans le piège du kitsch, le risque le plus évident de ce genre de spectacle. Camp, oui, peut-être, mais pas kitsch...

Max Raabe et ses musiciens du Palast Orchester

Bei mir bist Du schön, Singin' in the rain, Du bist meine Greta Garbo, Who's afraid of the big bad wolf ?, Just one of those things, Mein kleiner grüner Kaktus, Cheek to cheek, J'attendrai, Dein ist mein ganze Herz, Over my shoulder, Dream a little dream of me, La mer... : tous ces grands classiques revivaient tout à l'heure dans leur habits d'origine, avec un peu de nostalgie (comme Max Raabe le dit lui-même, ces airs possèdent une intemporalité qui leur permet d'échapper à l'effusion nostalgique), beaucoup de tendresse et surtout une suprême élégance. Rumba, fox-trot, jazz hot, valse... sont revenus sur le devant de la scène (qu'ils ont par ailleurs quitté depuis bien longtemps) et nous ont rappelé combien les grands compositeurs de chansons de la première moitié du XXe siècle avaient le génie de la mélodie et de la grâce. Et combien la musique populaire permet, mieux que tout autre art, de ressusciter l'ambiance et l'identité des temps révolus.

Dans un des nombreux moments inspirés de la mise en scène du concert, sur les premières et élégiaques mesures de Dream a little of me, un petit dirigeable argenté d'environ 2 mètres de long et gonflé à l'hélium est sorti des coulisses, s'est doucement promené sur scène puis à travers la salle au-dessus de la tête des spectateurs avant de s'envoler vers les cintres du théâtre. Ses petits phares éclairaient le public qui, dans la pénombre, retenait son souffle : une belle métaphore sur la légèreté des chansons et le fragile équilibre de leur époque. C'était d'un effet splendide.

Ce soir, l'impeccable Max Raabe a pas mal parlé en français aux spectateurs de la Salle Pleyel, pour présenter les chansons qu'il interprétait, en traduire quelques mots (et là, on se rend compte de l'humour de leurs paroles : "Tu es ma Greta Garbo, Tu es aussi blonde, tu es aussi belle... mais tu es moins riche") et faire quelques blagues pince-sans-rire. Son accent allemand et son phrasé si particulier ont beaucoup amusé la salle lors de ces adresses au public. Petite entorse à son programme, il a aussi évidemment interprété sa célèbre version berlinoise de Sex Bomb de Tom Jones, un cover irrésistible. Je suis ressorti du concert avec le sourire aux lèvres et l'envie compulsive de me repasser un film d'Astaire et Rogers, d'écouter Hollander, Lehar, Berlin ou Porter et bien sûr, l'excellent double CD de Heute Nacht oder nie que Max Raabe et son orchestre ont enregistré live lors de leur passage triomphal au Carnegie Hall de New York en novembre 2007.


Dans le public de ce soir, quelques uns - et surtout quelques-unes - s'étaient spécialement habillés pour l'occasion en look d'époque (on aurait presque dit un flash-mob). Les chansons que Max Raabe interprète sont pour l'essentiel des tubes des années 1920, 1930 et 1940. Or, bizarrement, la plupart de ces formidables amoureux de la belle tenue qui étaient à Pleyel avaient choisi le style des années 40 (et non pas des années 20 ou 30). Je me suis demandé pendant l'entracte, alors que je me baladais au bar, pourquoi je ne voyais pas de robe charleston mais plutôt les vestes épaulées, les bibis, les voilettes et les bas-couture des Forties.

The Forties look

Et alors, j'ai compris à quel point un concert de Max Raabe permettait, sans doute de façon inconsciente, d'exorciser le temps d'un moment le tabou culturel qui continue à peser sur cette époque crépusculaire (et pour les allemands encore bien plus que pour les autres) qui fait que la mode des années 40, contrairement à celle des autres époques du XXe siècle, ne pourra jamais revenir en force dans le prêt-à-porter grand public. Ces fascinantes tenues évoquent irrésistiblement la mise de celles et ceux qui pouvaient se permettre, dans ces années de retour à la barbarie, de succomber aux sirènes de la mode. Certainement pas la majorité des hommes et des femmes, trop occupés à échapper aux privations et aux dangers quotidiens, mais plutôt ceux et celles qui, à Berlin ou ailleurs, dansaient sur le volcan en s'affichant à leurs risques et périls avec les terribles et temporaires maîtres du monde. Tout à l'heure, imperturbable en frac, Max Raabe chantait Ich küsse Ihre Hand, Madame sur la scène de Pleyel. Deux fauteuils à côté de moi, une femme d'une quarantaine d'années écoutait, droite et subjuguée, la voix ensorceleuse qui montait vers le premier balcon. Un beau chignon blond-cendré 1940 , une robe de soie vert pâle aux plissés parfaits, un petit sac à main et des souliers en crocodile marron : elle avait choisi sa tenue avec la science d'une historienne. Pendant quelques instants, je l'ai regardée de profil et j'ai eu l'étrange impression de partager ma rangée avec Frau Goebbels. Sacré Max !

26 octobre 2009

Heroes of mine : Randolph

Randolph Scott (1898-1987)

Mais surtout le Randolph Scott des environs de la soixantaine, de Seven Men from Now (1956) à son tout dernier film Ride the High Country (1962). Aucun autre acteur n'a réussi à faire passer, dans le genre du western, autant d'assurance et de fragilité mêlées. Aucun.