20 novembre 2016

Candid Marilyn

La grande vente Marilyn Monroe de trois jours qui a eu lieu chez Julien's Auctions à Los Angeles (17-18-19 Novembre 2016) a permis de découvrir, parmi tous les objets mis aux enchères, beaucoup de photographies peu connues ou inédites, souvent prises à l'arraché par des fans ou des photographes amateurs. En voici quelques-unes, en vrac. Pour le plaisir.












5 novembre 2016

Films vus par moi(s) : novembre 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

L'enlèvement de Michel Houellebecq (Guillaume Nicloux, 2014) **
Enlevé par trois maîtres chanteurs amateurs, Michel Houellebecq passe quelques jours avec eux dans la maison rustique des parents de l'un d'eux. Entre humour, surréalisme et copinage, ce téléfilm inclassable joue sur le physique et la personnalité atypique de l'écrivain, qui assure son propre rôle avec un masochisme hilare. Les interactions et conversations entre les personnages sont drôles dans le genre absurde. Bonne idée, bon film. DVD Z2 Fr  

Green room (Jeremy Saulnier, 2015) *
Les membres d'un groupe punk sont piégés en backstage d'une salle de concert, repaire de néo-nazis. Un survival pur et dur, claustrophobique et nocturne, traversé d'efficaces moments de tension et de gore. Le casting est sans faute mais certaines actions (ou non actions) des personnages bons et méchants font preuve de la stupidité inhérente au genre. Si le film se regarde sans ennui, il n'en reste pas grand chose après, tout restant à la surface. BR Fr

Solitude / Lonesome (Paul Fejos, 1928) **
Un samedi de juillet 1928, un ouvrier rencontre une standardiste à Coney Island. Ils passent la journée ensemble avant d'être séparés. Ce film sonore de 69', focalisé sur ses deux sympathiques protagonistes (et acteurs), raconte son histoire simple par des touches naturalistes et des effets visuels dynamiques. Dommage que les dialogues des trois courtes scènes parlées soient aussi niais. Autrement, ce serait un petit chef-d'œuvre. BR US   

Ne m'envoyez pas de fleurs / Send me no flowers (Norman Jewison, 1964) 0
Un hypocondriaque qui se croit mourant induit en erreur sa femme à penser qu'il la trompe. Après les formidables "Pillow talk" et "Lover come back", le troisième film avec Rock Hudson et Doris Day est une comédie de malentendus ratée que le scénario poussif n'arrive jamais à faire décoller et que les acteurs surjouent pour tenter d'animer. Le seul élément intéressant est le rapport franchement ambigu du voisin Tony Randall envers Hudson. BR US

Banana (Russell T. Davies, 2015) **
Complément de "Cucumber" (voir ci-dessous), 8 épisodes de 20', chacun centré sur personnage secondaire de la série. L'ensemble offre un portrait de l'identité LGBT britannique au temps des applications mobiles et de la fragmentation sociale. Drôle ou triste, touchant ou cruel, chaque mini scénario touche des questions très actuelles (revenge porn, immigration, dictat de l'apparence physique...) et est mis en valeur par ses bons acteurs. DVD Z2 UK 

La fin du jour (Julien Duvivier, 1939) **
Les jours de quelques pensionnaires d'une maison de retraite pour vieux comédiens. Les rares moments de tendresse et de mélancolie (tous liés à des personnages féminins) n'allègent pas la misanthropie du film, qui dresse un portrait noir de ces humains au crépuscule de leurs vies, pleins d'ego, de frustration et de peur du vide. Louis Jouvet, Victor Francen, Sylvie... sont splendides mais Michel Simon se laisse aller à un cabotinage assez crispant. BR Fr     

Chaînes conjugales / A letter to three wives (Joseph L. Mankiewicz, 1949) ***
Lors d'une sortie scolaire, trois amies reçoivent un mot d'une rivale les informant qu'elle est partie avec le mari de l'une d'elles. La dynamique du couple, avec ses arrangements et ses insécurités, est subtilement étudiée dans cette excellente comédie conjugale structurée en trois flashbacks. Les situations et les dialogues étincellent, portés par Linda Darnell, Ann Sothern, Jeanne Crain, Kirk Douglas et Paul Douglas. Sans oublier Thelma Ritter. BR UK

Les flics ne dorment pas la nuit / The new centurions (Richard Fleischer, 1972) ***
Le quotidien de deux flics d'une patrouille de nuit à Los Angeles. Ni thriller ni polar, cette chronique humaniste explore les liens entre les policiers et la faune des quartiers, leurs collègues et leurs proches. Rien de spectaculaire ni de dirigé mais une suite de séquences formidablement mises en scène qui s'enchaînent pour dessiner le portrait d'une société en détresse. Stacy Keach et George C. Scott sont excellents et le sujet toujours contemporain. BR Fr   

Dalton Trumbo / Trumbo (Jay Roach, 2015) *
Sur la décennie 1950, les déboires du scénariste Dalton Trumbo avec l'establishment hollywoodien qui l'a blacklisté pour sympathie communiste. La paranoïa accusatrice de l'époque (d'une brûlante actualité) est le fil conducteur de ce biopic fragmentaire qui souffre de simplification et de l'insipidité de sa mise en scène. Bryan Cranston en fait un peu trop dans le rôle titre mais Helen Mirren, Diane Lane et John Goodman sont parfaits. BR Deut

Remember (Atom Egoyan, 2015) **
Atteint d'Alzheimer, un survivant d'Auschwitz s'échappe de sa maison de retraite américaine pour trouver et tuer son ancien tortionnaire nazi. Ce scénario de vigilante, parce qu'il s'appuie sur la mémoire de l'Holocauste, est assez embarrassant (il pourrait poursuivre un mafioso ou un alien, ça serait pareil). Cela dit le film fonctionne, grâce à la présence de Christopher Plummer et de Martin Landau, vieilles gloires impeccables. Gare au twist. BR Deut  

Cucumber (Russell T. Davies, 2015) ***
Un gay de Manchester approchant de la cinquantaine voit s'effondrer son confort et se retrouve en coloc avec deux garçons dans la vingtaine. Cette série de Channel 4 en 8 épisodes commence dans la comédie, évolue vers le drame et finit, loin du feel good, sur une réflexion lucide et touchante sur le fossé générationnel et l'acceptation de soi. Les choses sont dites et montrées, parfois outrancièrement, avec une liberté toute britannique. DVD Z2 UK

2 octobre 2016

Films vus par moi(s) : octobre 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Ce sentiment de l'été (Mikhaël Hers, 2015) ***
La vie chamboulée des proches d'une jeune femme morte brutalement, notamment son ami et sa soeur. Par petites touches impressionnistes baignées du soleil d'été, ce film de sentiments rentrés montre avec justesse et pudeur le long chemin du recommencement après le deuil. Berlin, Paris, Annecy et New York sont le décor de l'errance affective des personnages, superbement joués par Anders Danielsen Lie et surtout Judith Chemla. DVD Z2 Fr

No man's woman (Franklin Adreon, 1955) *
Cupide, séductrice et manipulatrice, Carolyn Grant s'est aliéné tout son entourage. Lorsqu'elle est assassinée, ses proches se retrouvent suspects. Une petite série B de 70' dont la première partie est illuminée par la présence de la très crawfordienne Marie Windsor dans le rôle d'une salope de première. Dès qu'elle a quitté l'écran, le film s'éteint aussi dans un whodunit digne d'une série policière lambda. Alors juste pour Marie Windsor. BR US

Queen of Earth (Alex Ross Perry, 2015) ***
Une jeune femme plaquée par son copain vient se reposer au vert chez sa meilleure amie. Mais leur amitié se lézarde et tourne à la défiance. Il y a du Bergman et du Polanski dans le fond et la forme de ce huis clos concentré sur les visages d'Elizabeth Moss et de Katherine Waterston (toutes deux exceptionnelles) et sur une nature impassible. Un film d'une tension psychologique à la limite de la folie de la première à la dernière image. BR UK.   

Les jeux de l'amour et de la guerre / The americanization of Emily (Arthur Hiller, 1964) **
En 1944, un officier US planqué dans un bureau de la Navy à Londres se retrouve malgré lui en première ligne du Débarquement. Une charge féroce qui étrille la hiérarchie et la propagande militaires et énonce des vérités cinglantes sur la gloire de la guerre et de ses victimes. James Garner, Julie Andrews, James Coburn et le vieux Melvyn Douglas se donnent la réplique sur une ton de comédie qui ne cache pas son désabusement. Corrosif. DVD Z1 US

Score (Radley Metzger, 1973) ***
Sur la côte yougoslave, un couple libertin américain invite deux jeunes mariés et parie qu'avant minuit, elle se sera tapée la fille et lui le garçon. Ils gagnent leur pari. Une comédie érotique des débuts du porno chic (il y a quelques images hard) qui encapsule à merveille la liberté sexuelle - ici, bisexuelle - du début des 70's. Les quatre acteurs sont sympathiques et sexy et le réalisateur à l'oeil pour la composition. Un chef-d'oeuvre du genre. BR US 

Conjuring 2 : le cas Enfield / The conjuring 2 (James Wan, 2016) **
En 1977, les autorités du paranormal Ed et Lorraine Warren enquêtent à Londres sur la possession d'une maison décrépite habitée par une mère et ses enfants. Moins tendu que le premier (formidable) opus de 2013, ce film de maison hantée reste un modèle d'utilisation du décor, du cadre et du son pour distiller l'angoisse. L'idée force de la franchise étant de jouer le classicisme non ironique avec de bons acteurs (notamment Vera Farmiga). BR Deut 

Baiser mortel / A kiss before dying (Gerd Oswald, 1956) *
A Tucson, un étudiant calculateur (Robert Wagner, correct) se débarrasse de sa copine tombée enceinte en manipulant les indices. Le Technicolor, le Cinémascope (utilisé avec trop d'application) et le look Fifties archétypique sont les atouts de ce film aux situations assez audacieuses pour l'époque. Mais la platitude de la réalisation a raison du potentiel et empêche l'histoire de décoller. Jeffrey Hunter et Marie Astor illuminent leurs petits rôles. BR US

Swiss army man (Daniels, 2016) **
Paul Dano est un naufragé suicidaire qui découvre un noyé et s'en fait un compagnon de fuite. J'ai vu peu de films aussi barrés que celui-là, dont on ne sait si c'est une lourde farce potache  ou - plus vraisemblablement - une métaphore sur la détresse affective et la schizophrénie. Les flatulences du cadavre (Daniel Radcliffe, dans un rôle inédit) ponctuent le récit traversé d'idées et d'images à la fois dégueulasses, cocasses et touchantes. BR US

Maya (Raymond Bernard, 1949) **
Dans le quartier rouge d'un port du Sud de la France, une prostituée fait face à ses espérances. Une oeuvre étonnante et anachronique, comme sortie du Réalisme Poétique des Années 30 (on pense à "Pépé le Moko"), pimentée d'un soupçon de glamour, de camp et de mysticisme hindou. Viviane Romance, qui l'a produit et le tenait pour son meilleur film, est splendidement photographiée, plus star que star. Fréhel y apparaît dans son dernier rôle. DVD Z2 Fr

Les patates (Claude Autant-Lara, 1969) 0
Sous l'Occupation, un brave villageois des Ardennes récupère et plante des pommes de terre pour nourrir sa famille. L'histoire, dont Autant-Lara aurait peut-être pu tirer une version rurale de "La traversée de Paris", est plombée par une mise en scène paresseuse et surtout, par le jeu insupportable du piètre Pierre Perret, tout en grimaces et gesticulations. Quelques dialogues de Jean Aurenche n'évitent pas ce naufrage d'une bonne idée. DVD Z2 Fr

La vallée des poupées / Valley of the dolls (Mark Robson, 1967) *
Le parcours de trois jeunes femmes dans le showbusiness de Broadway et d'Hollywood. Le best seller trash de Jacqueline Susann est condensé sur 2h en une suite de péripéties mélodramatiques à la dynamique mal cousue. Si Barbara Parkins et Sharon Tate s'en sortent plutôt bien, Patty Duke et Susan Hayward sont franchement mauvaises. La valeur camp et SIxties du film lui donne un certain cachet mais pour quelques éclats de rires, on s'ennuie. BR US

Comanche Station (Budd Boetticher, 1960) ***
Le dernier des sept westerns de Boetticher avec Randolph Scott reprend en les épurant leurs spécificités : unité d'action, de temps et de lieu ; nombre réduit de personnages ; paysages rocheux d'Alabama Hills ; plans longs et travellings discrets ; force rentrée des sentiments... L'histoire de cette femme délivrée des Indiens et ramenée à son mari, sans aucune scorie de scénario, en devient une sorte de pièce classique. Intemporel. BR Deut 

Quand on a 17 ans (André Téchiné, 2016) **
L'animosité entre deux élèves de Terminale évolue lorsque l'un doit venir habiter chez l'autre. Vingt-deux ans après "Les roseaux sauvages", Téchiné observe la dynamique hésitante des sentiments entre deux garçons, cette fois sous le regard de la mère (Sandrine Kiberlain) de l'un. Des éléments mélodramatiques n'empêchent pas le film d'être toujours juste et sensible, porté par un excellent trio d'acteurs et les rudes paysages des Pyrénées. DVD Z2 Fr

La traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956) ***
Danger et débrouille, veulerie et courage : le périple à pied de Bourvil et de Jean Gabin (quels acteurs !), transportant des valises de cochon du Jardin des Plantes à Montmartre une nuit sous l'Occupation est une tragi-comédie qui force avec une clairvoyance de pamphlet les traits d'une époque. Dans un décor expressionniste et une lumière de Film Noir, les dialogues affutés d'Aurenche et de Bost résonnent d'humour et de férocité. Du grand cinéma. BR Fr

Elle (Paul Verhoeven, 2016) ***
Tout le monde cache des névroses abyssales et des pulsions de déni dans ce film autour des relations corrompues d'une femme victime d'un viol et d'un lourd passé. Le scénario comme la mise en scène panachent tension et ironie, physicalité et psychanalyse dans une trame narrative sans cesse surprenante et aux pistes de significations inépuisables. Isabelle Huppert joue l'intelligence, l'abandon et la folie comme elle seule peut le faire. BR Fr  

Tab Hunter confidential (Jeffrey Schwarz, 2015) **
La vie et la carrière de l'une des idoles hollywoodiennes des Fifties, principalement racontées par Tab Hunter lui-même (84 ans au moment du tournage). Il s'y révèle un type très sympathique et lucide sur son parcours privé (son homosexualité fut cachée par la Warner) et professionnel, qui ne s'éleva jamais au-delà de celui d'un vrai beau gosse. Un documentaire solide qui évite tout sensationnalisme en laissant parler son charismatique sujet. DVD Z0 US

Black mirror - Christmas Special (Charlie Brooker, 2014) *
Deux hommes reclus dans un chalet sous la neige se racontent un épisode de leur vie d'avant. L'histoire du premier (autour du contrôle à distance) est prometteuse et dans la lignée de toute la série mais celle du second n'offre que peu d'intérêt et sur 70', l'ensemble souffre d'un rythme disjoint et d'un scénario alambiqué dont la résolution peine à convaincre. Ce "White Christmas" est le plus faible chapitre d'une série par ailleurs passionnante. DVD Z2 UK 

Black mirror - Saison 2 (Charlie Brooker, 2013) ***
Une application permet à une jeune veuve d'avoir l'illusion de converser avec son mari mort ; une jeune femme subit des violences que les passants filment avec leurs portables ; un personnage TV virtuel et son animateur influencent une élection politique : l'excellente série britannique continue à dresser le constat glaçant de la prise de pouvoir des objets connectés et des médias dans ces 3 épisodes qu'on ne peut plus qualifier de SF. DVD Z2 UK

Microbe et Gasoil (Michel Gondry, 2015) **
Deux élèves peu intégrés dans leur classe d'un collège de Versailles se lient d'amitié et décident de prendre la route de l'été à bord d'un véhicule qu'ils ont construit. Un coming of age/road movie frais et sympathique comme tout sur deux jeunes esprits indépendants et créatifs qui découvrent l'autonomie et l'aventure. Les situations et les dialogues, bien portés par Ange Dargent et le très cool Théophile Baquet, font souvent sourire tout en touchant juste. BR Fr 

Freaks (Tod Browning, 1932) ***
Dans un cirque itinérant, une belle acrobate séduit un nain par cupidité. Ce film d'une heure, l'un des plus subversifs jamais produits, panache miraculeusement tendresse et cruauté, humour et effroi et, par la grâce de son scénario, de sa mise en scène et de ses acteurs, authentiques handicapés, repousse toute tentation voyeuriste pour raconter une fable profondément humaine. "Gooble-gobble, one of us" : juste inoubliable. DVD Z0 US

Dans l'ombre de San Francisco / Woman on the run (Norman Foster, 1950) ***
Accompagnée d'un journaliste, une femme recherche son mari, témoin de meurtre en fuite. Un Film Noir sec et dynamique porté par Ann Sheridan, dont le flegme et la voix rauque font merveille, comme les dialogues désabusés et le décor du San Francisco de la fin des Forties, exploré sous toutes ses coutures. Sur 78', il n'y aucun temps mort et derrière la quête se dessine le touchant portrait d'un couple distant en voie de reformation. BR UK

Le lac aux chimères / Immensee (Veit Harlan, 1943) **
Grand succès en salles sous le Troisième Reich, cet über mélodrame sacrificiel sur une jeune femme partagée entre deux hommes n'assène pas de propagande mais raconte son histoire romantique ("un chant populaire allemand") sur un ton sobre et mesuré, sauf dans quelques scènes de concert et de récital. Christina Söderbaum et Carl Raddatz forment un couple aryen idéal et les bords du lac sont d'un magnifique Agfacolor. BR Deut 

The end (Guillaume Nicloux, 2016) *
Un homme parti chasser en forêt perd son chien, son fusil et son chemin puis fait deux étranges rencontres.Transposition d'un rêve fait par le réalisateur (c'est lui qui le dit), un film d'idées, de symboles et d'allégories qui oscille entre profondeur et ridicule sans vraiment fonctionner ni échouer. Gérard Depardieu, titan à la dérive, endosse son personnage avec la force attendue et la forêt de Fontainebleau est photogénique. Drôle de film. BR Fr

4 septembre 2016

Films vus pas moi(s) : septembre 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Midnight special (Jeff Nichols, 2016) ***
En Louisiane, un père qui a enlevé son jeune fils doué de pouvoirs extrasensoriels est pourchassé par le FBI. Ce résumé réducteur ne rend pas justice à ce beau film de SF très Eighties dans sa forme mais que la grave humanité transforme en drame intimiste, métaphore sur la loi naturelle des parents devant un jour laisser partir leurs enfants vers leur destin. Michael Shannon et Kirsten Dunst souffrent en silence. Profond et touchant. BR Deut

The innkeepers (Ti West, 2011) 0
Deux jeunes réceptionnistes d'un vieil hôtel en voie de fermeture définitive s'intéressent à une histoire de fantômes qui s'y serait passée. Mais dans le film (que j'ai vu en fast forward après 30 minutes), il ne se passe rien jusqu'au dernier quart d'heure et surtout, la fille (Sara Paxton) qui essaie de jouer l'héroïne est tellement mauvaise actrice qu'elle ruine les dialogues, l'atmosphère et l'intérêt comme un château de cartes. Désespérément nul. BR Deut

Panique (Julien Duvivier, 1946) ***
Inspiré de "Les fiançailles de M. Hire" de Simenon, ce chef-d'oeuvre de Duvivier tourné à La Victorine est une magistrale leçon de mise en scène (cette séquence des auto-tamponneuses !), d'utilisation de l'espace et du décor, d'étude comportementale de l'individu et de la foule. Michel Simon excelle en loup solitaire livré à la rumeur, à la meute et à Viviane Romance, garce magnifique. Très noir, c'est l'un des grands films de l'après-guerre. BR Fr

Le nouveau (Rudi Rosenberg, 2015) ***
Un nouveau en 4e au lycée Montaigne a du mal à se faire des copains. Si le sujet n'est pas révolutionnaire, la finesse de l'écriture, qui panache comique, tendresse et cruauté, et le ton parfois documentaire donnent au film une place à part dans le genre du film de bahut. Et surtout, on est emporté par l'incroyable naturel et dynamisme de ses jeunes acteurs aux personnalités attachantes et aux éclats de rire contagieux. Une réussite. BR Fr 

La nuit de carnaval / Karnavalnaya noch (Eldar Ryazanov, 1956) **
En URSS, les employés de l'Institut d'Economie organisent la fête du Nouvel An avec une liberté mal vue par le sévère apparatchik qui les surveille. Cette comédie célébrissime en Russie, ponctuée de morceaux musicaux, peut sembler anodine et naïve mais son message progressiste, symptômatique de l'immédiat après-Staline, annonce le dégel krouchtchevien. Le film fit de Lioudmila Gourtchenko une star et le Magicolor en met plein les yeux. DVD Z2 Fr

Big eyes (Tim Burton, 2014) *
Dans les Sixties à San Francisco, l'histoire de Margaret Keane, peintre de portraits kitschs aux grands yeux tristes, dont le mari escroc revendiquait la production à succès, jusqu'au procès. Le film raconte platement ce cas original de fraude artistique et commerciale mais le sujet maintient l'attention, comme le jeu d'Amy Adams et la reconstitution de l'époque. Christoph Waltz, lui, joue l'outrance et se plante. Le propos féministe est la meilleure part. BR Fr

Un mois à la campagne / A month in the country (Pat O'Connor, 1987) ***
Deux soldats revenus de la guerre passent l'été 1920 dans la campagne du Yorkshire : Colin Firth à restaurer une fresque médiévale dans une église et Kenneth Brannagh à faire une fouille archéologique dans le champ d'à côté. L'histoire n'est que la toile de fond d'une mélancolique étude de traumas psychologiques et de possibilités refusées. Un petit film solaire dont la force émotionnelle vous cueille par surprise. Avec Natasha Richardson. BR UK

La proie / Cry of the city (Robert Siodmak, 1948) ***
La traque entre deux amis d'enfance italo-américains, l'un devenu criminel (Richard Conte) et l'autre flic (Victor Mature). Un Film Noir qui s'attache surtout à la psychologie de ses personnages principaux et secondaires, plongés dans un univers hostile et corrompu. Conte et Mature sont excellents, les rues de New York apportent un rare aspect documentaire et Hope Emerson est géniale comme toujours en redoutable masseuse. BR UK

Le géant de fer / The iron giant (Brad Bird, 1999) ***
En 1957, un jeune garçon s'attache à un robot géant naufragé d'une autre galaxie et chassé par le FBI. La thématique est rabâchée mais la simple intelligence du scénario, qui mêle aventure, humour, émotion et poésie en respectant sans distanciation les codes des films pararoïaques de SF des Fifties et la qualité de l'animation font de ce dessin animé un classique du genre dont l'échec au moment de sa sortie a été justement effacé. BR US

Everybody wants some!! (Richard Linklater, 2016) 0
En 1980 au Texas, les trois derniers jours d'étudiants colocataires en rut et déconneurs avant la reprise des cours à la fac. Le charme nostalgique opère pendant 15 minutes (My Sharona en B.O., console Space Invaders, coupes improbables...) mais le vide effarant du scénario et la reconstitution fantasmée de l'époque font vite retomber le soufflé, jusqu'à la fin. Un film plat et bébête qui n'a même pas pour lui ses acteurs, tous oubliables. BR Fr  

Ni le ciel ni la terre (Clément Cogitore, 2015) *
Dans les montagnes d'Afghanistan, des soldats disparaissent sans explication de leur garnison isolée. Fusionnant habilement les codes du documentaire, du film de patrouille, du found footage et du fantastique, un film original dont la résolution métaphysico-hermétique n'est pas bien amenée. Ce choix du réalisateur (plus connu comme artiste plasticien) est frustrant. Mais l'idée a de la force et Jérémie Rénier est excellent. DVD Z2 Fr

The sacrament (Ti West, 2014) *
Trois reporters vont voir la soeur de l'un d'eux, membre d'une secte isolée dans la forêt équatoriale. Un found footage inspiré par le drame de Jonestown en 1978 dont la première partie (la découverte de la secte) est bien meilleure que la seconde (le suicide collectif). Le scénario est sans surprise pour qui connaît le fait divers et les moments gore sont plaqués pour l'effet. Un film insipide à part le gourou (Gene Jones) qui est super. BR Deut  

Ordure ! / Filth (Jon S. Baird, 2013) 0
A Edimbourg, un flic torturé et autodestructeur est prêt à tout pour obtenir une promotion. Rien à dire sur les acteurs (James McAvoy est très bien en boule de nerfs) mais la mise en scène flashy et la dispersion provocatrice du scénario qui oscille entre trash, violence, ironie et humour noir, le tout accompagné de musique pop, m'ont exaspéré. Je n'en ai vu que 45'. D'après un roman d'Irvine "Trainspotting" Welsh, ça peut donner une idée. BR Deut 

Le livre de la jungle / The jungle book (Jon Favreau, 2016) ***
De très loin le meilleur auto-remake Disney à ce jour. L'histoire de Mowgli est racontée sur un ton plus sombre que dans l'inoubliable dessin animé de 1967 mais le triomphe du film est surtout dû à l'utilisation géniale des CGI pour recréer l'univers foisonnant de la jungle et des animaux : chaque plan est une merveille de composition, de couleur et d'atmosphère. Il y a longtemps qu'un film ne m'avait pas enchanté visuellement comme celui-là. BR 3D Fr   

Association criminelle / The big combo (Joseph H. Lewis, 1955) ***
Un flic de L.A. tente de coincer un caïd du crime organisé. Sur une trame simple et linéaire, un chef-d'oeuvre à petit budget qui creuse l'ombre et la lumière pour créer de superbes compositions et réserve des séquences de violence et de sexualité rares pour l'époque. L'affrontement obsessionnel de Cornel Wilde et de Richard Conte, l'ambiguïté du couple de tueurs, la blondeur éthérée de Jean Wallace sont de splendides moments du Film Noir. BR US  

La balade sauvage / Badlands (Terrence Malick, 1973) ***
En 1959, le parcours sanglant d'un sociopathe et d'une adolescente influençable. Le premier film de Malick concentre déjà toutes ses marques formelles sans tomber dans le maniérisme pompeux de la suite. Les plats paysages du Dakota du Sud répondent au vide psychique des deux protagonistes, remarquablement interprétés par Martin Sheen et Sissy Spacek (l'histoire est vue à travers la perception éteinte de son personnage). BR US   

La femme au tableau / Woman in gold (Simon Curtis, 2015) **
Le combat juridique de Maria Altman et de son jeune avocat pour récupérer le portrait par Klimt de sa tante Adele Bloch-Bauer, spolié par les nazis et accroché plus de 50 ans au Belvédère de Vienne. Un très bon film-dossier qui va et vient entre 1938 et la fin des années 1990 pour raconter le parcours d'un chef-d'œuvre, un recel d'Etat et la force d'une femme juive (Helen Mirren, excellente) qui se bat pour son bien et la mémoire des siens. BR Fr   

The Beales of Grey Gardens (David & Albert Maysles, 2006) **
Monté à partir d'images non retenues du premier "Grey Gardens" (1976), ce second documentaire est un complément fascinant qui permet d'entrer encore un peu plus dans l'intimité surréaliste de Little Edie Beale et de sa mère Edith Bouvier Beale (cousines déclassées de Jackie Onassis) dans leur propriété-taudis d'East Hampton. Moins construit que l'autre, le film reste un mémorial drôle et tendre à ces deux sublimes excentriques. BR US  

2 août 2016

Films vus par moi(s) : août 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Peter et Elliott le dragon \ Pete's dragon (David Lowery, 2016) **
Ce remake, à l'histoire très différente du Disney de 1977, est un pur film pour enfants classique, sans aucune ironie ni hystérie, autour de l'amitié mise en péril par les adultes entre un jeune orphelin et un dragon des forêts aux pouvoirs de caméléon. Si le dragon CGI fait un peu gros chien en peluche et le scénario ne réserve aucune surprise, ça fait plaisir de voir qu'un studio peut encore produire un film pour enfants d'une telle sincérité. Ciné

La cage dorée (Ruben Alves, 2013) **
Suite à un héritage, un couple portugais installé depuis trente ans à Paris (elle gardienne, lui maçon) hésite à retourner au pays. Une comédie vraiment sympathique qui se joue avec autant d'humour que de tendresse des attitudes et des habitudes de la communauté portugaise en France. Les clichés sont au rendez-vous, la vérité aussi sans doute. Le casting impeccable (Rita Blanco porte le film) surclasse la mise en scène anodine. BR Fr 

Clown (Jon Watts, 2014) *
Après s'être déguisé en clown pour l'anniversaire de son fils, un type ne peut plus retirer le costume et se transforme en un monstre sanguinaire. Ce petit film d'horreur familiale qui joue sur l'inquiétude que peuvent susciter les clowns ne lésine pas sur le choc et le gore mais après un très bon début, le scénario (une variation sur "La mouche" de Cronenberg) patine en ruinant les promesses. Le maquillage du clown en métamorphose est excellent. BR Deut    

(Untitled) (Jonathan Parker, 2009) 0
Les 40' que j'en ai vu en continu et le reste en fast forward m'ont suffi : les clichés accumulés et les personnages caricaturaux d'artistes sombres et frustrés, de galéristes séducteurs et de collectionneurs naïfs (le tout joué par des acteurs très moyens) font de ce petit film indépendant - inédit en France - sur le petit monde de l'art contemporain new yorkais un ratage sur toute la ligne. Un de ces films où même l'accéléré semble faire du sur place. BR US

Black mirror - Saison 1 (Charlie Brooker, 2011) ***
Une série britannique (pas un feuilleton : chacun des 3 épisodes est indépendant) sur les risques des nouvelles technologies. Le Premier Ministre est conduit à s'accoupler à une truie sur YouTube ; Un candidat à un concours genre The Voice se révolte ; Une puce implantée dans le crâne enregistre la vie quotidienne. Bien écrit, joué, réalisé et d'une passionnante - et effrayante - actualité thématique, de la vraie SF intelligente. DVD Z2 UK

Gods of Egypt (Alex Proyas, 2016) 0
Les préados semblent avoir été le public visé par les producteurs de cette machine déglinguée dont le sujet qui a peu servi au cinéma (les dieux de l'Egypte sont entraînés dans la lutte entre Horus, secondé par un jeune mortel, et son fourbe oncle Seth) est ruiné par un scénario à l'humour dégonflé et une mise en scène qui abuse en roue libre des CGI. J'aurais pu mettre * pour la vulgarité kitsch de la direction artistique mais même pas. BR Fr 

Eldorado (Bouli Lanners, 2008) ***
Un type dépressif et le jeune drogué qui a tenté de le cambrioler traversent ensemble la Belgique en voiture. Un road-movie au ton inattendu qui cadre le plat pays comme un western crépusculaire et où la comédie absurde, très drôle, cède peu à peu la place à la mélancolie. Bouli Lanners et Fabrice Adde campent magistralement deux déclassés au lien attachant qui rencontrent sur leur route des individus encore plus frappés qu'eux. Réussi. BR Fr

Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938) **
Les séquences autour des pittoresques personnages de l'hôtel sont aussi formidables d'écriture, de drôlerie, de jeu d'acteurs et de mise en scène que celles qui impliquent le jeune couple mélancolique (Annabella et Jean-Pierre Aumont, les yeux dans le vague et la voix plaintive) sont niaises. Le film en souffre un peu mais dès qu'Arletty apparaît et parle, il rejoint le firmament. Un classique bancal sur le thème des multiples voies de l'Amour. BR Fr 

L'homme qui voulait vivre sa vie (Eric Lartigau, 2010) **
Un avocat parisien installé tue accidentellement un photographe dont il usurpe l'identité pour recommencer au Monténégro la vie dont il rêvait. Cet hybride de drame psychologique et de thriller (d'après Douglas Kennedy) tient en haleine sur toute sa durée grâce au dynamisme du scénario et à ses excellents acteurs (Romain Duris, Marina Foïs, Niels Arestrup, Catherine Deneuve et Branka Katic) qui donnent corps aux fêlures des personnages. BR Fr  

La maison démontable / One week (Buster Keaton & Eddie Cline, 1920) ***
Le second court-métrage réalisé par Keaton lui-même (mais sorti le premier) est un chef-d'oeuvre de 22' d'inventivité comique. Son personnage y reçoit en cadeau de mariage une maison en kit au montage compliqué. Les formidables gags et cascades s'enchaînent à un rythme effréné dans une mise en scène d'une précision d'horlogerie. Et le couple qu'il forme avec Sybil Seely qui tente de monter la maison avec lui est la cerise sur le gateau. BR UK

Batman v Superman : L'aube de la justice / Batman v Superman: Dawn of justice (Zack Snyder, 2016) 0
Le crossover ultime est un pudding indigeste de près de 3h où l'émotion et les traces d'humour sont totalement absentes et où la structure du récit volontairement alambiquée détruit vite l'intérêt que peuvent éveiller les toutes premières séquences. Le combat final avec le troll qui semble sorti d'un film de Peter Jackson est d'une bêtise et d'une laideur sans nom. Mais vu sous l'angle de la propangande, c'est un monument de rhétorique américaine. BR Deut 

Ave, César ! / Hail, Caesar! (Joel & Ethan Coen, 2016) **
Une brochette de stars actuelles pastiche une brochette des stars fictives de 1951 dans cette comédie qui préfère la retenue à l'outrance. Un producteur doit régler les imprévus de tournage de plusieurs films (peplum, musical et mélo) et affronter des communistes et deux columnistes. Le scénario sait assurément de quoi il parle dans une suite de séquences qui se moque tout en rendant un hommage souriant aux studios de l'Age d'Or hollywoodien. BR Fr

Daheim sterben die Leut' (Klaus Gieriger & Leo Himer, 1985) *
Je n'ai pas compris grand chose, le film est en patois du sud de l'Allemagne, sans sous-titres. C'est une satire des Heimatfilme (films de terroir allemands) où un village de l'Allgaü se querelle autour d'une source juste découverte. Les acteurs non professionnels dressent le portrait d'une communauté rurale qui passe ses heures entre les champs, la taverne et les bondieuseries. C'est féroce et tendre à la fois et apparemment culte en Allemagne. BR Deut

La tentation d'Aaron / Latter days (C. Jay Cox, 2003) *
L'attirance mutuelle entre un jeune missionnaire Mormon arrivé à Los Angeles et son voisin extraverti et out. Un petit film à thématique gay au scénario prévisible - entre comédie et drame - qui ne se distingue pas du tout venant du genre si ce n'est la justesse de Steve Sandvoss (qui joue le Mormon tiraillé) et de la toujours formidable Mary Kay Place (sa mère). Le message est simple et clair : connais-toi toi-même et choisis les tiens. BR UK 

Le voleur de bicyclette / Ladri di biciclette (Vittorio de Sica, 1948) ***
Un colleur d'affiche qui s'est fait voler son vélo (son outil de travail) le cherche dans Rome avec son fils. Son statut de classique a fait de ce film un intouchable. Le découvrir confirme son excellence : l'évocation de l'économie désastreuse de l'Italie de l'après-guerre, le tournage dans une Rome déserte de voitures, le sensibilité bouleversante du jeu de Lamberto Maggiorani et du petit Enzo Staiola subliment jusqu'à sa fin ouverte cette fable humaniste. BR Fr

The major / Mayor (Yury Bykov, 2013) **
Dans une province morne et enneigée de Russie, un officier de police tue un enfant par accident et s'en dédouane en accusant la mère avec la complicité de sa hiérarchie. La mise en scène sèche et épurée, ponctuée d'éclats de violence, tisse l'histoire d'une escalade, dont la noirceur fait penser à Dostoievski, sur l'amoralité des individus, la corruption de l'institution et l'enfer de la culpabilité. Une tragédie russe sans aucune concession. BR US

Anomalisa (Charlie Kaufman & Duke Johnson, 2015) ***
Un auteur dépressif de best sellers sur le marketing passe une nuit dans un hôtel de Cincinnati. Ce formidable film d'animation en stop motion (l'effet est fascinant) dont l'esprit rappelle Kafka parle avec franchise de la crise de la cinquantaine et de la solitude anonyme en Occident. Les marionnettes qui pensent, pissent et baisent traduisent les sentiments avec une humanité assez bouleversante. Une merveille de technique et d'émotion. BR Deut 

La Résurrection du Christ / Risen (Kevin Reynolds, 2016) *
Produit par Affirm Films, la branche "films chrétiens" de Sony, un peplum sur un Romain athée (Joseph Fiennes) envoyé par Pilate à la recherche du corps de Jésus disparu de son tombeau. Un point de vue original sur l'acte fondateur du Christianisme donc, mais formaté (sans surprise) pour exalter la Bible Belt américaine et internationale. Avec un choix radical d'acteurs aux physiques très moyen-orientaux pour Jésus et l'Apôtre Pierre notamment. BR UK

Le cercle de sang / Berserk! (Jim O'Connolly, 1967) *
La propriétaire d'un cirque itinérant fait face à une série de meurtres de ses employés. Ce petit thriller britannique n'aurait d'intérêt que ses couleurs criardes s'il ne s'agissait de l'avant-dernier film de Joan Crawford, en tenues coordonnées et glamoureusement photographiée. Sa présence seule arrive à le tirer de l'oubli, même si Diana Dors balance quelques répliques vachardes et Ty Hardin tombe la chemise plus que nécessaire. DVD Z2 Esp

Spotlight (Tom McCarthy, 2015) **
En 2001, la petite cellule d'investigation du Boston Globe enquête sur des actes de pédophilie commis par des prêtres et couverts dans la durée par les autorités catholiques de la ville. Un bon film-dossier, héritier direct des "Hommes du Président" (Pakula, 1976) et construit comme un policier, sur une révélation publique aux conséquences toujours actuelles. La réalisation est aussi efficace que le casting dans la narration de cette désolante histoire. BR Fr

Carol (Todd Haynes, 2015) ***
Au début des années 50 à New York, le coup de foudre entre une bourgeoise installée et une jeune employée de magasin. D'après un roman de Patricia Highsmith, un film des sentiments à l'épreuve de la règle sociale dont la brillante mise en scène (la récurrence des plans depuis des voitures comme le fragile enfermement des personnages) et le jeu subtil de Cate Blanchett et Rooney Mara (géniale) hissent au niveau du chef-d'oeuvre. BR Deut 

2 juillet 2016

Films vus pas moi(s) : juillet 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Le boucher (Claude Chabrol, 1970) ***
A Trémolat, tranquille petit village de Dordogne, le boucher sympathise avec la directrice d'école alors que des meurtres sont commis. Les névroses et les sentiments s'expriment à couvert dans cette comédie romantique qui vire au thriller psychologique entre deux âmes seules, superbement incarnées par Jean Yanne et Stéphane Audran. Un des meilleurs Chabrol, qui concentre à lui seul plusieurs des courants de fond de l'oeuvre du réalisateur. DVD Z2 Fr 

Amy (Asif Kapadia, 2015) *
Ce documentaire de 2h retrace avec des images d'archives privées et des interviews audio récents le parcours autodestructeur d'Amy Winehouse (1983-2011) en faisant l'impasse sur son formidable talent vocal et d'écriture pour se concentrer, comme le ferait un tabloïd, sur sa descente aux enfers et sa relation toxique avec son boyfriend/mari. D'où un sentiment de tristesse funèbre et de gâchis, d'une jeune femme trop fragile et d'un vrai sujet. BR UK 

Pumping iron (George Butler & Robert Fiore, 1977) **
A Los Angeles et Brooklyn, la préparation de quelques compétiteurs au concours Mr Olympia 1975 de Pretoria. Au-delà de la plongée dans le monde alors méconnu du bodybuilding, ce très bon documentaire est une métaphore éloquente sur la philosophie du Self Made Man et de l'American Dream. Lou Ferrigno est touchant en Hercule introverti mais c'est Arnold Schwarzenegger qui triomphe avec son assurance et charisme ravageurs. BR Deut

La charge héroïque / She wore a yellow ribbon (John Ford, 1949) ***
Etonnant western, à la fois archétypique et atypique. Il y a John Wayne, Monument Valley, une patrouille de Cavalerie, des Indiens qui crient... mais la parcimonie de l'action et la concentration sur l'affect des personnages en font une ode mélancolique (mais pas triste du tout) sur le temps qui passe et le renouveau des générations. Wayne est grand - sa scène au cimetière est exceptionnelle - et le Technicolor Kalmus flamboie comme jamais. BR US 

Une histoire immortelle (Orson Welles, 1968) *
Un Welles tardif et mineur, moyen métrage de 55' réalisé pour l'ORTF, d'après une nouvelle de Karen Blixen sur un riche vieillard qui paye une femme (Jeanne Moreau) et un marin pour qu'ils s'accouplent. Quelques belles images et la mélancolie de la musique de Satie n'empêchent pas ce film théâtral d'être très loin, dans sa forme, des possibilités du réalisateur. Welles est imposant en vieux millionnaire tentant de racheter une jeunesse. BR Fr

Dans la maison (François Ozon, 2012) *
Un prof de français désabusé (Fabrice Luchini, très bon dans la sobriété) s'improvise mentor d'un lycéen de 16 ans qui rédige ses jours d'invité dans la maison familiale d'un ami. Le film commence par intriguer avant que son scénario narcissique et ses références prononcées (Pasolini, Hitchcock, Highsmith...) le fassent tomber dans l'artifice pour le mener nulle part. Une métaphore sur la vampirisation créatrice qui tourne à l'exercice de style. BR Fr

El club (Pablo Larrain, 2015) **
Dans une maison d'un village côtier du Chili, cinq prêtres pédophiles mis à l'isolement par leur hiérarchie sont harcelés par une ancienne victime de l'un d'entre eux. Sur un sujet sulfureux, ce film austère dont chaque scène baigne dans une brume bleutée semble comme une interprétation contemporaine du Purgatoire, où les criminels et les victimes se répondraient sans fin. Audacieux et exigeant dans le fond comme dans la forme. DVD Z2 Fr

99 homes (Ramin Bahrani, 2014) *
En Floride, un jeune chômeur (Andrew Garfield) est embauché par l'agent immobilier prédateur (Michael Shannon) qui l'a exproprié de sa maison. L'amoralité du capitalisme sauvage et de la finance dans le sillage de la crise des subprimes est le fond de ce drame dont l'excellente première partie (sur la cruauté des évictions) fait place à un conflit de culpabilité à la résolution banalement conformiste. Plus de cynisme aurait mieux payé. Dommage. BR Deut 

Zatoichi (Takeshi Kitano, 2003) 0
Tentative ratée de regarder le seul genre de film que je déteste : le film de sabre asiatique. Pas de surprise avec celui là, que j'ai fast forwardé au bout de 45'. Scénario et rythme hésitants (le milieu du film est interminable), accélérations aux giclées de sang répétitives, humour potache et décalé. Pourtant, les compositions et la photo sont superbes, les personnages attachants et le final en musical inattendu est une vraie merveille. Mais non. BR Fr 

26 juin 2016

The Leftovers art

En un instant, 2% de l'humanité s'est évaporée sans explication : les proches des disparus tentent de continuer à vivre malgré leurs habitudes et leurs certitudes remises en question. 

La saison 1 de la série "The Leftovers" (2014) de HBO a l'un des plus intéressants et audacieux génériques du moment. La série elle-même souffre d'un scénario hermétique trop fabriqué et autocontemplatif.