1 juillet 2018

Films vus par moi(s) : juillet 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Klown / Klovn: the movie (Mikkel Norgaard, 2010) 0
Un futur père indigne, accompagné d'un ami qui ne pense qu'à se taper de la meuf, emmène son neveu d'une dizaine d'années en week-end. Succès à sa sortie au Danemark, cette adaptation à l'écran d'une série force sur le lourd, le gras et le potache dans une succession de séquences de situations sexuelles volontairement ridicules pour faire marrer le spectateur. J'ai laissé tomber au bout de 45' mais il paraît que la fin est pas mal. Ah bon ? BR UK 

Moi, Tonya / I, Tonya (Craig Gillespie, 2017) **
La chute de la patineuse badass Tonya Harding (Margot Robbie, formidable), impliquée - à tort ou à raison - dans l'agression à la barre de fer de sa rivale Nancy Kerrigan avant les JO de Lillehammer. Le film fait du tonitruant scandale sportif de 1994 une satire de l'Amérique d'en-bas en orientant le propos vers la réhabilitation de Harding. La farce de certaines situations jure avec la violence continue des abus qu'elle subit. C'est un peu douteux. BR UK 

Female trouble (John Waters, 1974) ***
A Baltimore, le parcours débridé d'une pouffiasse obsédée de gloire. Chaque instant de ce vrai film culte est un assaut à la bien pensance, à la convention et à l'ouïe par ses provocations visuelles et thématiques, sa fureur anarchiste et le jeu outrancier et hurlant des Dreamlanders (Divine, iconique et David Lochary, Edith Massey, Mary Vivian Pearce, Mink Stole, Cookie Mueller : ils y sont tous). Du cinéma entièrement libre qui n'appartient qu'à John Waters. BR US

Nos années folles (André Téchiné, 2017) *
Un soldat déserteur de la Guerre de 14 que son épouse a l'idée de travestir en femme pour échapper à l'exécution y prend goût, s'y révèle et ne veut pas revenir à la virilité. L'affaire Paul Grappe est un sujet vertigineux qui soulève de nombreuses questions. Malheureusement, ce film au titre malhabile souffre d'une construction artificielle qui plonge le spectateur dans l'ennui. Pierre Deladonchamps et Céline Sallette, eux, sont très bons. BR FR  

1 juin 2018

Films vus par moi(s) : juin 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Premier de cordée (Louis Daquin, 1944) *
Un jeune guide de Chamonix (André Le Gall) devenu sujet au vertige se fait hôtelier avant de remettre les crampons. Cette première adaptation du roman de Frison-Roche bénéficie d'une photographie magnifique des décors naturels des Drus et la prouesse technique du tournage reste admirable mais la mise en scène de l'histoire elle-même est d'une platitude soporifique que le débit monotone des acteurs amplifie. Pour les images seulement. BR FR

La chasse du comte Zaroff / The most dangerous game (Ernest B. Schoedsack & Irving Pichel, 1932) ***
Naufragé sur une île, un voyageur trouve refuge dans le château d'un aristocrate russe psychopathe qui chasse le gibier humain. Petit par sa durée (63'), ce film d'aventures est l'un des plus grands des Thirties, par son atmosphère de perversité, la magie de ses décors, le dynamisme de sa poursuite dans la jungle et le marais, la musique de Max Steiner et le charisme de Joel McCrea, Fay Wray et Leslie Banks, méchant inoubliable. BR US

La dernière caravane / The last wagon (Delmer Daves, 1956) **
Quelques jeunes survivants d'un convoi massacré par des Apaches fuient le danger sous la conduite d'un aventurier condamné pour meurtre. Un beau western où les chariots, les indiens et les fusils cohabitent avec un fond de coming of age mélodramatique issu du conflit social et culturel entre les jeunes colons et l'homme solitaire. Richard Widmark porte le film dont l'autre vedette est la photo du paysage grandiose des canyons d'Arizona. BR FR

Baby driver (Edgar Wright, 2017) **
A Atlanta, un jeune conducteur émérite vissé à son iPod sert de chauffeur à une bande de pilleurs de banques. S'il n'y avait que les spectaculaires poursuites en voiture, le gimmick des chansons dans les oreillettes et le montage frénétique, le film serait un produit de plus. Seulement il y a le charisme de l'acteur principal (Ansel Elgort) et le romantisme touchant du scénario : les deux donnent un film d'action plus que sympathique. BR FR

Le crime de Monsieur Lange (Jean Renoir, 1936) ***
A Paris, le patron voyou d'une maison d'édition abuse ses employés qui décident de monter une coopérative. Le propos douteux (l'assassinat social a ses justifications) va au bout des idées du Front Populaire dont ce film est une émanation limpide. Au-delà de cet intérêt historique, c'est le scénario de Prévert et la mise en scène de Renoir qui sont fascinants dans leur semblant de déconstruction et de liberté formelle. Jules Berry est génial, Florelle aussi. BR DE

Le port de la drogue / Pickup on South Street (Samuel Fuller, 1953) ***
A New York, quelques paumés gravitent autour d'un microfilm volé. De drogue il n'est plus question : la version restaurée du film retourne à son thème anti-communiste, bien plus brûlant en 1953. Mais la véritable histoire est celle des visages meurtris, souvent filmés en gros plan, de ses anti-héros malmenés par la vie. Un magnifique Film Noir existentiel porté par la présence de deux acteurs que j'adore : Richard Widmark et Thelma Ritter. BR UK

Pris au piège / El bar (Alex de la Iglesia, 2017) 0
Les clients d'un bar de Madrid s'y retranchent quand des incidents inquiétants frappent le quartier. Un navet dont rien n'est à sauver. Le huis-clos enfile des situations désespérément usées, les personnages caricaturaux (le pompon : un SDF illuminé récitant L'Apocalypse) sont massacrés par des acteurs médiocres en roue libre et l'histoire, du début à la résolution, n'a aucun enjeu. J'ai vu la seconde moitié en accéléré. Minable. BR DE 

Coco (Lee Unkrich & Adrian Molina, 2017) ***
Au Mexique pendant le Dia de Muertos, un garçon est projeté dans le pays des morts et cherche un arrière-grand-père qui fut une idole de la chanson. Le génie des artistes Disney/Pixar accouche encore d'un film exceptionnel. L'animation et les couleurs incroyables et le rythme trépidant sont au service d'un sujet grave (l'oubli des morts) qui fonctionne parce que le scénario et l'humour sont malins comme tout. J'aurais juste aimé plus de chansons. BR DE

Marvin ou la belle éducation (Anne Fontaine, 2017) **
Un jeune homme gay qui a quitté les Vosges pour Paris et une carrière au théâtre revoit son enfance brimée dans sa famille de misère. Inspiré par "En finir avec Eddy Bellegueule" d'Edouard Louis, un film fait d'allers-retours entre hier et aujourd'hui, la France d'en-bas et la bourgeoisie intello du 5e. Les clichés poussent vers la caricature mais les deux acteurs qui jouent Marvin sont excellents et font vivre avec émotion leur personnage torturé. BR FR

23 mai 2018

Clint Walker

Clint Walker
1927-2018









2 mai 2018

Films vus par moi(s) : mai 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Chicken (Joe Stephenson, 2016) **
Dans la campagne anglaise, un ado mentalement limité qui vit avec son frère dans une caravane sympathise avec une ado de la ville. Kitchen sink et trailer trash à la fois, un petit film qui s'appuie sur la vie déclassée des laissés pour compte de la société pour dresser le portrait touchant d'un garçon dont la seule confidente est sa poule (l'oiseau, pas la fille). Scott Chambers fait une performance d'acteur incroyable en jeune handicapé. BR UK 

The bad batch (Ana Lily Amirpour, 2017) 0
Dans le désert texan post-apocalypse, une jeune femme mutilée par des cannibales arrive dans un camp de réfugiés où règne un gourou polygame. Tout ça plus des motos, des corbeaux et un culturiste polynésien (Jason Momoa, spectaculaire) et rien n'y fait : ce film au rythme anémique et à la pose artsy est chiant, mais chiant... La fille joue comme son pied coupé et Keanu Reeves et Jim Carrey ont pris vingt ans et vingt kilos chacun. BR US

Le grand soir (Benoît Delépine & Gustave Kervern, 2012) **
Un vendeur en literie d'une zone commerciale pète les plombs et suit son vieux punk SFD de frère dans sa rage contre la société zombifiée. Une comédie pamphlétaire à l'anarchie un peu fabriquée et à la conclusion faible mais qui est parfois très drôle dans ses situations et dialogues. Le casting y est pour beaucoup : Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde sont excellents et les apparitions de Brigitte Fontaine et de Gérard Depardieu sont un régal. BR FR

L'île mystérieuse / Mysterious island (Cy Endfield, 1961) **
Des naufragés sur une île perdue tentent d'en partir, aidés par un pacifiste qui s'y est réfugié avant eux, le Capitaine Nemo. Librement inspiré de Jules Verne, un récit d'aventures vieille école aux trucages par transparence datés mais pleins de charme et pourvu de quatre créatures géantes par Ray Harryhausen (pas ses meilleures). Le formidable score de Bernard Herrmann surclasse le film par son dynamisme lyrique échevelé. BR DE

La région sauvage / La region salvaje / The untamed (Amat Escalante, 2016) **
Pendant que son frère a une liaison avec son mari, une jeune mère de famille rencontre une bête de sexe (au sens propre du terme puisqu'il s'agit d'un extraterrestre tout en tentacules péniens et orifices). Un impressionnant film fantastique mexicain sur les pulsions du désir face à la pression sociale qui joue la carte de l'horreur psycho-physique à la manière de Cronenberg ou Zulawski, mais avec plus de retenue. Subversivement érotique. BR UK

Blanche Neige et les sept nains / Snow White and the seven dwarfs (Walt Disney, 1937) ***
Harcelée par sa marâtre jalouse, une princesse souillon trouve refuge chez des nains en attendant son Prince. Même en en connaissant chaque plan, chaque mouvement, chaque réplique, chaque chanson par coeur (Yodel compris), le dessin animé qui lança l'empire Disney reste un émerveillement de tous les instants, un film visionnaire où kitsch, mythe, psychanalyse et brillance technique s'accordent en un chef-d'œuvre inaltérable. BR FR

Visages Villages (Agnès Varda et JR, 2017) *
Agnès Varda (88 ans) et JR (33 ans) parcourent la campagne française en camionnette-photomaton à la rencontre d'habitants dont ils font les portraits géants que JR colle sur des murs. Il y a des belles personnes et des moments touchants (liés à sa discrète mélancolie à elle) dans ce road movie artistique mais je ne supporte plus les jeux de mots poétisants de Varda, le narcissisme et la désagréable impression d'insincérité de la démarche. BR FR

La féerie du Jazz / King of Jazz (John Murray Anderson, 1930) ***
Le débonnaire Paul Whiteman et son orchestre mènent cette extravagante revue musicale qui mêle chansons, animations, sketchs, performances dansées et séquences à grand spectacle ("Rhapsodie in blue", "Happy feet"...). Les interludes burlesques sont ratés mais tout le reste est un incroyable show qui ne cesse d'étonner par son kitsch absolu et son entrain contagieux. Et c'est dans un Technicolor bichrome d'une beauté à tomber. BR US

Symphonie pour un massacre (Jacques Deray, 1963) *
Un truand en col blanc s'empare d'un pactole et doit éliminer un à un ses complices qui le soupçonnent. Un pur film narratif, dont le scénario sert uniquement à raconter son histoire sans aucune plus-value existentielle (Melville en aurait fait tout autre chose). Bref, c'est du bon produit mais on a vu ça mille fois. Le meilleur est le casting : Jean Rochefort, Charles Vanel, Michel Auclair, Claude Dauphin et Michèle Mercier juste avant Angélique. BR FR

The fits (Anna Rose Holmer, 2015) **
Une gamine de 11 ans cherche à s'intégrer à une classe de Hip-Hop dont des participantes sont frappées d'étranges crises d'épilepsie. Entrer dans la collectivité tout en affirmant son identité, c'est sans doute le sujet de ce court film (65') fait de regards silencieux, de lents travellings et de sursauts dynamiques. Si on accepte le rythme et le scénario ouvert, la séduction opère, d'autant que la jeune actrice Royalty Hightower est merveilleuse. BR FR

Threads (Mick Jackson, 1984) ***
Une attaque nucléaire près de Sheffield en détruit la population et les structures. Produit par la BBC, un impressionnant téléfilm britannique qui décrit sans pudeur ni tabou les terribles conséquences humaines de la guerre nucléaire du point de vue d'une jeune femme enceinte. Aucune autre oeuvre sur le sujet n'en atteint le ton désespéré (pas même "Testament" de 1983), amplifié par l'efficacité de l'aspect documentaire. Cauchemardesque. BR US

Manhandled (Allan Dwan, 1924) **
Une vendeuse de grand magasin extravertie et fiancée à un mécanicien se retrouve par hasard à fréquenter la haute société et fait l'objet de l'attention de ses hommes. A 25 ans, Gloria Swanson étincelle de charisme dans cette comédie dont la morale est typiquement Twenties : la bonheur est fait d'amour et d'argent. La caméra statique n'empêche le dynamisme du film, porté par l'abattage de sa star à la fois drôle et touchante. Un très bon muet. BR US 

Le scorpion noir / The black scorpion (Edward Ludwig, 1957) *
Au Mexique, l'éruption d'un volcan réveille des scorpions géants. Ni le meilleur ni le pire des films de grosses bébêtes des Fifties, celui-là bénéficie des chouettes décors de désert et de grottes et des multiples créatures en stop motion de Willis O'Brien (celui de King Kong), réussies en plan large, moins en gros plan. Richard Denning et Mara Corday, des habitués du genre, étudient et affrontent les monstres avant de s'embrasser à la fin. BR US

Seven lucky gods (Jamil Dehlavi, 2014) **
A Londres, un beau migrant albanais (Nik Xhelilaj) en quête de papiers séduit un homme politique, une femme médecin et une vieille handicapée. Un film plus qu'ambigu, son regard clair sur le parcours piégé des illégaux se doublant d'une charge assassine contre la bourgeoisie pervertie d'Occident. L'accumulation des coïncidences force la crédulité mais la violence tranquille du message dérange et interroge. Et Nik Xhelilaj est canon, ça y'a pas à dire. BR DE

Le rituel / The ritual (David Bruckner, 2017) 0
Quatre amis partis randonner dans les highlands de Suède sont pourchassés par une présence monstrueuse. Un peu la version masculine du formidable "The descent" (2005), ce film d'horreur anglais est loin de son modèle : le réalisateur abuse de la tension provoquée par les inquiétants craquement de bois dans la forêt, les personnages ont peu d'intérêt et la résolution est d'une rare faiblesse. Il reste quelques fortes images ici et là. Netflix

Eté 93 / Estiu 1993 (Carla Simon, 2017) ***
En 1993, une gamine de 6 ans qui vient de perdre sa mère est adoptée par son oncle chez qui elle passe son premier été d'orpheline. L'irradiation solaire et la beauté simple de la campagne catalane forment un puissant contraste avec la gravité de l'histoire, autobiographie de la réalisatrice, qui évoque par touches impressionnistes la douleur silencieuse des enfants face à la mort. De tous les plans, la petite Laia Artigas est incroyable de justesse. BR IT

La mort de Staline / The death of Stalin (Armando Iannucci, 2017) 0
En 1953, la mort brutale de Staline provoque panique, répression et conflit de succession dans le cercle de ses intimes. Le sujet captivant est dynamité par le choix de le traiter en mode farce-satire sur un scénario très bavard et une mise en scène théâtrale où les acteurs (un bon casting) éructent et hystérisent à la façon humour British des Monthy Python. C'est crispant et douteux, le mélange violence-rigolade est de l'absurde potache à la con. BR UK

1 avril 2018

Films vus par moi(s) : avril 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Annihilation (Alex Garland, 2018) 0
Cinq scientifiques femmes envoyées explorer une zone mystérieuse y découvrent d'inquiétantes mutations du vivant. Si le film était resté sur de la SF d'aventures avec du fond, il aurait sans doute été excellent. Hélas, la lenteur ampoulée du rythme, le jeu monolithique (comme souvent) de Natalie Portman, la laideur et l'inintelligibilité de la fin ajoutés à la prétention de l'ensemble ont raison de la patience et on finit par se dire tout ça pour ça ? Netflix

Instalife / Ingrid goes West (Matt Spicer, 2017) **
Une jeune femme instable s'installe à L.A. pour se rapprocher d'une starlette (Elizabeth Olsen) qu'elle suit sur Instagram. Pas la comédie attendue car les scénaristes ont choisi la détresse psychologique pour ce pamphlet qui décortique les tentations et les ravages du réseau social. Aubrey Plaza assure sur le fil l'incarnation d'un personnage peu aimable qui cristallise les excès d'individus fragiles dépendants à leur selfies et à leurs likes. Bien vu. BR DE 

Hitlers Hollywood / Hitler's Hollywood (Rüdiger Suchsland, 2017) ***
A travers une pléthore d'extraits de films produits en Allemagne de 1933 à 1945, ce doc explore le vocabulaire, la grammaire et le symbolisme visuels du cinéma nazi, de la comédie à la propagande. Si la thèse (le IIIe Reich lui-même aurait été une réalisation au sens cinématographique) est captivante mais discutable, les fascinants extraits - on veut voir tous les films - montrent l'hypertrophie des sentiments et des messages véhiculés. Un essai brillant. DVD Z2 DE

My friend Dahmer (Marc Meyers, 2017) ***
En 1978, la dernière année scolaire de Jeffrey Dahmer. Cette adaptation de la BD de Derf Backderf (copain de classe de Dahmer), débute avec humour par les excentricités comportementales du futur serial killer et vire vers la franche inquiétude en suivant la plongée de celui-ci dans la psychose. Dans un rôle complexe, Ross Lynch (frais sorti de Disney Channel) est étonnant. Un film dérangeant, sorte de prequel hybride de "Carrie" et de "Elephant". BR US

Casting JonBenet (Kitty Green, 2017) **
En 1996, JonBenet Ramsey, reine de beauté de 6 ans, est retrouvée morte par ses parents dans leur maison du Colorado. De ce fait divers non élucidé qui obsède l'Amérique, la réalisatrice tire une galerie de portraits : ceux de candidats à un casting pour un film qui ne sera pas réalisé. Chacun y va de son avis, de son histoire personnelle, de ses fêlures. Le mix de confession, de performance, de cruauté et de propos de comptoir est fascinant. Netflix

Desert hearts (Donna Deitch, 1985) **
En 1959 près de Reno, Nevada, une enseignante de Columbia en attente de divorce et une jeune lesbienne du coin sont attirées l'une par l'autre. Un petit film indépendant dont l'histoire d'amour simple et apaisée entre deux femmes ne joue pas de provocation, de voyeurisme ou de jugement, ce qui en fait toute l'originalité et la force, aujourd'hui comme il y près de 35 ans. Helen Shaver et Patricia Charbonneau forment un couple d'écran rayonnant. BR UK

Ces folles filles d'Eve / Where the boys are (Henry Levin, 1960) **
Un weekend du Spring Break, quatre copines de fac partent rencontrer des garçons à Fort Lauderdale. Les prémices de la révolution sexuelle font une discrète apparition dans ce film du tournant des 60's où la sociologie à la sauce hollywoodienne panache avec l'humour avant de bifurquer vers le drame alarmiste, moins convaincant. Dolores Hart, Paula Prentiss, Yvette Mimieux et (dans une moindre mesure) Connie Francis sont super. BR US

La femme de feu / Ramrod (André de Toth, 1947) **
Dans l'Utah, le fille d'un propriétaire terrien demande à un ancien alcoolique de l'aider à établir son propre ranch malgré les  menaces des concurrents. Un western aux accents de film noir et au scénario parfois emberlificoté où l'héroïne ment et manipule en faisant des victimes directes et collatérales. Veronica Lake (froide mais c'est elle et ça lui va bien) et Joel McCrea (très touchant) mènent un excellent casting dans de beaux paysages naturels. BR UK

L'atelier (Laurent Cantet, 2017) **
A La Ciotat, une femme écrivain anime un atelier d'écriture pour quelques jeunes. Le conflit couve avec l'un, ombrageux et attiré par la droite radicale. Si l'histoire enfonce des portes ouvertes (le désoeuvrement conduit à la délinquance ; la culture est un repère...), l'intensité du jeu de Matthieu Lucci, une révélation dans son premier rôle, est captivante. Marina Foïs, la seule actrice pro du film, semble par contraste presque fausse. A voir, pour lui. BR FR

The Big TNT Show (Larry Pearce, 1966) *
Capitalisant sur le succès du TAMI Show de 1964, la suite vient un an plus tard. Dans un auditorium de L.A. rempli d'ados excités, 11 invités performent (Ray Charles, Petula Clark, Bo Diddley, Joan Baez, The Ronettes, Roger Miller, The Byrds, Donovan...). Contrairement au dynamisme du TAMI Show, l'ensemble est inégal et poussif, les artistes ayant peu d'homogénéité. Tina Turner emporte le morceau avec un remuant "Please, please, please". BR US

Happy end (Michael Haneke, 2017) **
A Calais, trois générations d'une famille bourgeoise renfermée sur elle-même subissent l'assaut de leurs frustrations. On est d'abord assez perdu dans les conflits éclatés des personnages avant de s'y laisser guider par la tragique petite fille (Fantine Harduin, formidable) dans cette comédie féroce de noirceur qui ne laisse aucun de ses membres intact. Evidemment, la mise en scène de Haneke est brillante, le casting aussi (Trintignant notamment). BR FR  

The kid (Charles Chaplin, 1921) **
Le vagabond trouve et élève un enfant abandonné. Le premier long métrage du réalisateur (à 55', c'est plutôt un moyen métrage) présente des moments de grâce inoubliables, tous lorsque le petit Jackie Coogan est à l'écran : son naturel radieux est irrésistible. Malgré la séquence du rêve à la fin, qui casse un peu la dynamique du film, l'humanité et la générosité des rapports entre les personnages principaux annoncent les plus grands Chaplin. BR UK

Beatriz at dinner (Miguel Arteta, 2017) ***
A Los Angeles, une sophrologue mexicaine se retrouve à un dîner chic où un des riches convives la traite avec condescendance jusqu'à l'affrontement. Un conte implacable dont les éléments de satire sociale font vite place à une tension psychologique qui tourne au malaise. Salma Hayek et John Lithgow, formidables, incarnent les deux faces et mentalités d'une Amérique au dialogue rompu. Sec et cruel, le premier film pamphlet sur l'ère Trump ? DVD Z1 US

Sarati le Terrible (André Hugon, 1937) **
A Alger, un entrepreneur crapuleux amoureux de sa nièce voit d'un mauvais oeil l'arrivée d'un docker atypique dont s'éprend la jeune femme. Sur un étonnant thème de désir incestueux, un film où le réalisateur discret a eu le flair de laisser le champ libre à une brochette d'acteurs qui font des numéros exceptionnels : Harry Baur, géant ; Jacqueline Laurent et Georges Rigaud, très bons ; Dalio sublime de cabotinage et Jean Tissier de veulerie. Enreg TV

Une soirée étrange / The old dark house (James Whale, 1932) **
Lors d'une tempête, des voyageurs trouvent refuge dans un manoir occupé par une famille d'inquiétants excentriques. Ce film méconnu du cycle d'horror Universal des Thirties, malgré son scénario trop bavard et statique, est sublimé par son humour, une mise en scène utilisant au mieux le décor gothique, le N&B contrasté et l'enthousiasmant casting (Melvyn Douglas, Charles Laughton, Ernest Thesiger, Gloria Stuart et Boris Karloff, génial). BR US 

The Crown, Saison 1 (Peter Morgan/Netflix, 2016) ***
La vie et la carrière d'Elizabeth Windsor, la reine Elizabeth II (ici, les débuts de 1952 à 1955). Ouvrir les portes de Buckingham Palace sur le quotidien et les affaires de la famille royale d'Angleterre, l'idée héritée de "The Queen" (Frears, 2006) fonctionne à plein régime dans ce drame intimiste porté par l'excellence de son scénario, de sa production et de ses acteurs. L'Histoire par un trou de serrure et le portrait touchant d'une femme sans équivalent. BR FR 

La femme infidèle (Claude Chabrol, 1969) ***
Un assureur découvre que sa femme le trompe et tue l'amant. D'une histoire limpide, Chabrol tire une tragédie autour d'un couple glacé qui se réveille. Stéphane Audran et Michel Bouquet, déplacés dans le cadre comme des mannequins, désincarnent leurs personnages auxquels la figure crédule de Maurice Ronet fait opposition. La mise en scène qui touche à l'abstraction rengorge de symboles, tel le flic livide et silencieux de la fin. TV

2 mars 2018

Films vus par moi(s) : mars 2018


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Les loups dans la bergerie (Hervé Bromberger, 1960) *
Dans les Alpilles, trois malfrats en cavale se réfugient dans un centre de rééducation pour jeunes délinquants. Un étonnant film où la mise en scène peu inspirée (sauf en trois-quatre occasions), les dialogues médiocres, le jeu exécrable des acteurs dont Pierre Mondy ridicule en gangster n'arrivent pas à couler l'intéressant sujet et surtout l'homoérotisme invraisemblable de certaines séquences, dignes d'un proto-porno gay. Une vraie curiosité. BR FR

Sing Street (John Carney, 2016) **
En 1985 à Dublin, un garçon monte un groupe à la hâte pour impressionner la fille qui lui a tapé dans l'oeil. Un coming of age movie musical très chouette dont le charme et le message positif se déploient au rythme des chansons originales typées Pop 80's qui dessinent les fêlures et la résilience des personnages. Ferdia Walsh-Peelo (aux airs d'un Tom Cruise ado) et Lucy Boynton (totalement craquante) crèvent l'écran et iront sans doute loin. BR FR

Le complexe de Frankenstein (Alexandre Poncet & Gilles Penso, 2015) ***
Un panorama de l'art des créateurs des monstres de cinéma, de Méliès aux CGI. Un passionnant documentaire qui laisse la parole à des géants du maquillage et des effets spéciaux des années 70-80, qui ressortent leurs modèles des réserves. Derrière le professionnalisme et la passion perce l'amertume d'avoir été balayés par le numérique depuis "Terminator 2" (1991) et "Jurassic Park" (1993). Ou l'âme au défi de la technique. BR FR

Ready Player One (Steven Spielberg, 2018) ***
En 2045 à Colombus, Ohio, le créateur d'un univers virtuel qui a remplacé Internet meurt en laissant sa fortune et son savoir à l'usager qui trouvera un Easter Egg. Une débauche de CGI, d'action hypertrophiée, d'images folles et de références à la culture pop (surtout Eighties) emporte ce film de SF visuellement très impressionnant et loin d'être idiot dans son scénario. Quelques longueurs sur la fin n'entament pas le plaisir d'un spectacle total. Ciné 

A des millions de kilomètres de la Terre / 20 million miles to Earth (Nathan Juran, 1957) **
Une fusée de retour de Vénus coule près de la Sicile en laissant s'échapper une créature qui grandit à vue d'oeil et va semer la panique à Rome. Cette variation sur King Kong n'a d'intérêt que le monstre inventé par Ray Harryhausen, peut-être son chef-d'œuvre avec les squelettes de Jason. L'animation en stop-motion est vraiment superbe et l'idée de l'affrontement entre Forum et Colisée apporte une touche culturelle à cette série B pur jus. BR US

Les portes de la nuit (Marcel Carné, 1946) 0
Début 1945 à Paris, deux jeunes gens se rencontrent une nuit entre Barbès et Stalingrad. L'évocation du voisinage des résistants, des neutres et des collabos après la Libération était un sujet en or mais le scénario de Prévert, ampoulé de personnages allégoriques et de dialogues réalistes poétiques, donne au film une sorte de grandeur romantique forcée pas convaincante du tout. Yves Montand et Nathalie Nattier sont mauvais comme cochons. BR FR

Nocturnal animals (Tom Ford, 2016) ***
Une directrice de galerie de L.A. reçoit le manuscrit d'un roman de son lointain premier compagnon et en est retournée. Sur un scénario savant qui trame le présent, le passé et les péripéties du roman, Tom Ford réussit à créer une oeuvre à la fois esthétique et psychologique, glacée et stressante, élégante et crade. Amy Adams, Jake Gyllenhaal et Michael Shannon sont formidables. Avec un stupéfiant générique de début et une fin bouleversante. BR DE  

The assassin / Cikè nié yinniang (Hou Hsiao-Hsien, 2015) 0
En Chine médiévale, une jeune femme est poussée par sa tutrice à aller tuer le gouverneur de la région. Le réalisateur a le sens de la belle composition mais quel ennui mortel que ce film où les scènes sont étirées dans une affectation de chaque instant, les dialogues infantiles et l'ensemble d'un narcissisme infect. J'ai laissé tomber au bout de 45'. La critique enthousiaste et son prix à Cannes 2015 sont atterrants. Un navet dans du papier doré. BR FR

Trick 'r Treat (Michael Dougherty, 2007) 0
Un soir d'Halloween, plusieurs habitants d'une petite ville sont confrontés à un enfant tueur déguisé. Leurs quatre histoires se croisent dans cette sorte de film porte-manteau qui a pour lui une belle direction artistique et une ambiance bien évoquée de la fête d'Halloween mais le scénario s'enlise vite dans une sinuosité artificielle aux séquences inégales. L'impression finale est que le résultat est loin d'être à la hauteur du potentiel et des moyens. BR US

Manina, la fille sans voile (Willy Rozier, 1952) 0
Un étudiant engage un contrebandier pour l'aider à retrouver un trésor phénicien englouti près d'un phare corse. Un film nul avec son scénario, ses acteurs et sa mise en scène insipides. Les scènes de plongée et la jeunesse en maillot de bain sont assez étonnants pour l'époque. Mais le seul intérêt est Brigitte Bardot, 17 ans et dans son premier rôle. Elle apparaît en bikini après 45 minutes, adolescente qui annonce à peine la superstar à venir. BR UK

L'armée des ténèbres / Army of darkness (Sam Raimi, 1992) 0
Transportés en plein Moyen Age, un américain et sa tronçonneuse affrontent des morts-vivants. Les grimaces, gesticulations et anachronismes du Jim Carrey de série B qu'est Bruce Campbell forment le socle de cette comédie potache qui ne s'élève jamais du ras du sol. Les décors fantastico-médiévaux et les effets spéciaux sont chouettes mais l'impression de déconnade générale, sympathique hier, est éventée aujourd'hui. BR UK

La couleur de la grenade / Sayat Nova (Sergueï Paradjanov, 1969) **
La vie du poète arménien Sayat-Nova (1712-1795). En aucun cas un biopic mais une création surréaliste, succession de tableaux animés aux sujets pris dans la vie et l'oeuvre du héros national. Il n'y a pas grand chose à comprendre, juste à se laisser aller au rythme des compositions (et des sons) qui semblent inspirées par les enluminures médiévales. L'hermétisme de l'ensemble peut rebuter mais le geste artistique est admirablement mené. BR UK

La fille sans dieu / The godless girl (Cecil B. DeMille, 1929) **
Suite à une bagarre, deux jeunes gens en conflit (une athée et un chrétien) se retrouvent dans un camp de redressement sévère. Le dernier film muet de DeMille et celui des siens qu'il préférait est à la fois social, romanesque et moral. Les péripéties et la mise en scène riche en morceaux de bravoure (la rixe, le camp, l'incendie) sont d'un exaltant dynamisme et si Lina Basquette joue avec outrance, George Duryea a une modernité magnétique. DVD Z1 US

The Square (Ruben Östlung, 2017) **
En Suède, le directeur d'un musée perd le contrôle sur sa vie professionnelle et privée. Portée par l'interprétation de Claes Bang et une mise en scène sûre d'elle-même, cette satire du microcosme de l'art contemporain et surtout de la bonne conscience de l'élite intellectuelle européenne face aux migrants est trop longue (2h30) avec ses scènes disjointes. Mais le propos est féroce et la séquence du dîner des mécènes est extraordinaire. BR FR

Call me by your name (Luca Guadagnino, 2017) ***
L'été 1983 près de Crémone, un adolescent et le thésard que son père archéologue reçoit en résidence sont attirés l'un par l'autre. Sur un scénario de James Ivory, un coming of age solaire dont le seul conflit, traité de façon subtile et apaisée, est celui du trouble et de la réalisation du désir (gay ici en l'occurence). Tout est beau, sensuel et cultivé comme un idéal, jusqu'au puissant monologue du père. Timothée Chalamet est une révélation. BR UK

La terre qui meurt (Jean Vallée, 1936) **
En Vendée, un vieux fermier voit ses enfants partir l'un après l'autre. Sur une histoire typique de la littérature populaire fin de siècle, un mélodrame terrien dont la dignité académique est contrebalancée par le Naturalisme pictural des superbes scènes de plein-air dans les champs et marais et surtout par la magie de la couleur (c'est le deuxième film français en couleurs), dont le procédé Francita a été restitué par la restauration inédite du CNC. Cinémathèque Française

Les maris, les femmes, les amants (Pascal Thomas, 1989) 0
Quelques amis partent en vacances d'été avec leurs enfants sur l'île de Ré tandis que leurs épouses restent à Paris. Des critiques enthousiastes m'ont incité à voir ça. Hélas, cette chronique estivale rate son sujet prometteur : les marivaudages généralisés sont mis à terre par le choix du réalisateur de faire jouer ses comédiens en mode hystérique sur des dialogues surfaits. Sur un sujet proche, revoir plutôt "L'Hôtel de la Plage" (Michel Lang, 1978). DVD Z2 FR

Gabriel et la montagne / Gabriel e a montanha (Fellipe Barbosa, 2017) ***
En 2009, les 70 derniers jours d'un étudiant brésilien parti découvrir l'Afrique et mort sur une montagne du Malawi. Un film étonnant et émouvant, sorte de fiction-documentaire écrite et réalisée par un ami de Gabriel Buchmann à partir de photos et mails retrouvés. Le jeune idéaliste et sa copine sont joués par des acteurs (Joao Pedro Zappa et Caroline Abras, excellents), les autres personnages étant ceux-là mêmes que Gabriel avait croisés sur sa route. BR FR

Le sens de la fête (Eric Toledano & Olivier Nakache, 2017) 0
Un traiteur en fin de carrière (Jean-Pierre Bacri égal à lui-même) organise une fête de mariage dans le parc d'un château. Tout est fabriqué et prévisible dans cette comédie où chaque échange entre personnages ressemble à un mini-sketch dit par des acteurs en performance individuelle. On sourit parfois mais le vrai comique de situation nécessite une mécanique implacable, ce qui n'est pas le cas ici. Un film qui n'a pas volé sa déconfiture aux Césars. BR FR

Ca / It (Andy Muschietti, 2017) 0
En 1988 dans une petite ville du Maine, quelques enfants affrontent un clown démoniaque qui leur apparaît régulièrement. Le roman de Stephen King, déjà trop long, est adapté platement dans ce film interminable qui, une fois l'excellente première séquence passée, se traîne sur un mode répétitif entre tension et sursaut. La métaphore sur les peurs profondes de l'enfance est intéressante évidemment mais le film lui-même s'oublie aussitôt vu. BR DE

10 février 2018

Passages : John Gavin


John Gavin (1931-2018)

Psychose
Spartacus
Imitation of life
A time to love and a time to die