6 juin 2015

Films vus par moi(s) : juin 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Sans soleil (Chris Marker, 1983) ***
Il y a tellement de choses, d'images, de mots et de thèmes dans ce film qui n'est ni documentaire ni fiction qu'on a du mal à en tirer le fil directeur, qui sans cesse s'échappe. Le Japon, le Cap Vert et quelques autres lieux, sont surtout le terrain d'un essai d'ethnographie philosophique et poétique sur un temps qui va basculer dans la mondialisation. La parade dansée des japonaises est une séquence merveilleuse. Un très grand Marker. DVD Z2 UK

A bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960) *
Bien sûr, le film a fait évoluer le cinéma français et international vers une nouvelle forme de tournage, de montage et de narration mais personnellement, les jeux de mots de Belmondo (dont la présence physique reste stupéfiante), la faiblesse de l'intrigue et l'interminable séquence à l'hôtel me tapent sur le système. Revoir Paris à l'été 1959 est le plus intéressant, puis la fraîcheur de Jean Seberg. Un film important, oui mais. BR UK

Inferno / La piste fatale (Roy Ward Baker, 1953) **
Un thriller de survie sur un homme blessé (Robert Ryan) abandonné dans le désert du Mojave par sa femme (Rhonda Fleming) et l'amant de celle-ci qui utilise vraiment ingénieusement la 3D, notamment pour isoler les personnages dans les immensités rocheuses. Si Robert Ryan exprime ses pensées par une voix off un peu trop répétitive, les spectaculaires images (en Technicolor) font de ce petit film méconnu une très agréable surprise. BR UK 3D    

Abus de faiblesse (Catherine Breillat, 2013) *
Catherine Breillat met en scène des moments de sa propre histoire d'arnaque affective et financière par l'escroc Cristophe Rocancourt dans ce film sec et froid où l'émotion n'arrive que dans la dernière séquence, la plus réussie. Isabellle Huppert, dans le rôle de la réalisatrice paraplégique, est égale à elle-même, intérieure et physique, face Kool Shen en crapule attentionnée et manipulatrice. Le cinéma comme un auto-exorcisme. DVD Z2 Fr

Eden Lake (James Watkins, 2008) **
Un jeune couple (Nelly Reilly et Michael Fassbender) parti en week-end au bord d'un lac forestier est importuné par une bande d'ados. C'est un euphémisme : ce survival britannique pousse très loin la violence montrée et suggérée. Avec un intéressant sous-texte sur la jalousie et la haine sociale. Le fait que les harceleurs soient des enfants induit un malaise qui fait l'originalité du film, par ailleurs bien mis en scène, joué et photographié. BR Fr  

The Devil rides out / Les vierges de Satan (Terence Fischer, 1968) **
Christopher Lee affronte Charles Gray (tous deux excellents d'assurance et de prestance) dans ce film d'atmosphère autour d'une secte satanique dans la bonne société de la campagne anglaise. Le style Hammer se retrouve dans les couleurs et les décors et les scènes de rituels sont bien amenées, notamment celle du Démon assis, une apparition vraiment inquiétante. L'un des classiques d'un thème finalement assez peu traité au cinéma. BR UK 

Retour à l'aube (Henri Decoin, 1938) **
Danielle Darrieux est une jeune provinciale mariée à un chef de gare qui part seule à Budapest pour toucher un héritage et s'y étourdit de couture, d'hommes et de palaces avant d'y connaître la désillusion. Un conte moral entre Cendrillon et Sunrise, sur les sirènes de la grande ville avec des séquences montées comme chez les soviétiques et d'autres comme chez les hollywoodiens. Un bon film véhicule pour la jeune star des années 30. DVD Z2 Fr

Gun crazy / Le démon des armes (Joseph H. Lewis, 1949) ***
L'amour en cavale d'un couple criminel passionné d'armes à feu. Les séduisants Peggy Cummins et John Dall apportent une fraîcheur et une vitalité sexy à ce chef-d'oeuvre de la série B, mené sans temps mort par le réalisateur sur un scénario de Dalton Trumbo. Le dynamisme de sa mise en scène répond parfaitement à l'urgence des situations et des émotions. Un film noir et un film romantique qui réussit dans les deux genres. BR Fr 

The smell of us (Larry Clark, 2014) *
Sur le parvis du Palais de Tokyo quelques ados bourgeois du XVIe skatent et se prostituent à de riches vieux et vieilles. Un film à scandale à la signification incertaine (le vide moral ? l'exploitation mutuelle entre les générations ? le dégoût de soi ?) prétexte aux fantasmes de chair fraîche du réalisateur de 71 ans (qui se donne dans un rôle de fétichiste carabiné). Une scène géniale, stupéfiante : la mère incestueuse ravagée (Dominique Frot). DVD Z2 Fr 

Laurence anyways (Xavier Dolan, 2012) **
A 2h35, ce film remuant sur un couple dont l'homme entame une transition sexuelle est trop long et part dans des directions pas toujours structurées mais les thèmes traités (l'identité et le genre, la dépendance affective, le regard...) ne cèdent pas à la facilité ou à la complaisance. Avec des scènes mémorables (le lycée, le restaurant, la famille de cabaret...) et un casting (Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye) formidable. DVD Z2 Fr

It follows (David Robert Mitchell, 2014) 0
Une ado qui a choppé la chtouille voit des personnages fantômatiques la suivre. Un navet soporifique dont la mise en scène roublarde et référentielle, faite de lents travellings gratuits et de ralentis insignifiants (ça créé une atmosphère), veut surclasser la vacuité. Et ça marche, à lire les avis enthousiastes, consternants. Même la métaphore sur l'Angst adolescente, intrigante au début, déçoit. Un film qui prend la pose, rien de plus. BR Fr 

Moon 44 (Roland Emmerich, 1990) *
En 2038, une société minière envoie un mercenaire (Michael Paré) sur un astéroïde pour enquêter sur du vol de matériel. L'histoire est mal foutue et sans intérêt mais les rapports de domination mutuelle entre les brutes musculeuses et leurs minets pilotes à joysticks, étonnamment chargés d'homoérotisme, font toute l'originalité de ce film qui cache son petit budget par des décors plutôt réussis. La science-fiction aux confins du porno gay. BR Allem  

Paper moon / La barbe à papa (Peter Bogdanovich, 1973) ***
Un road movie tout en charme et en tendresse, et en malice aussi, sur un homme et une gamine délurée (sa fille ?) qui traversent le Kansas en vivant de petites arnaques pendant la Dépression. Filmée dans un splendide N&B et inspirée des films hollywoodiens des Thirties, l'histoire suit leurs rencontres avec divers personnages bien campés (formidable Madeline Kahn). Tatum O'Neal est impressionnante de naturel face à son père Ryan. BR UK 

3 mai 2015

Films vus par moi(s) : mai 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Voici le temps des assassins (Julien Duvivier, 1956) **
Du bon cinéma de scénario, d'acteurs, de studio et d'atmosphère comme la France (et pas que) en a produit à la pelle pendant des décennies. Celui-ci est mémorable pour la garce manipulatrice que joue Danièle Delorme, son déchet de mère héroïnomane (géniale Lucienne Bogaert), Gabin égal à lui-même et le plaisir de revoir Gérard Blain. La scène de fouet est un de ces moments qui dépasse les bornes et personnellement m'enchante. DVD Z2 Fr  

Gli ultimi giorni di Pompei / Les derniers jours de Pompéi (Mario Bonnard & Sergio Leone, 1959) 0
Les réalisateurs ne font rien du format 2:35 et filment amorphes la narration de l'histoire, à peine inspirée du roman et qui se traîne jusqu'aux dix dernières minutes d'éruption pyrotechnique. Dommage parce que les décors sont pas mal du tout et les couleurs vives. Comme les bottines rouges à fourrure blanche de Steve Reeves, dont les limites du jeu d'acteur vous explosent à la figure. On s'ennuyait tant que ça à Pompéi le 24 août 79 ? DVD Z2 Allem 

Strangers on a train / L'inconnu du Nord-Express (Alfred Hitchcock, 1951) ***
Depuis les pieds qui se rencontrent au début jusqu'au manège fou à la fin, ce film est une leçon de mise en scène qui additionne ses séquences inspirées. Celle de la fête foraine, excitante et inquiétante à la fois, est un des sommets de Hitchcock. Quant au sujet, d'après Patricia Highsmith, il panache tentation ambigüe et remords, attirance et répulsion autour d'une machination psychopathique  Et ce casting, des premiers rôles aux derniers ! BR Allem  

Laura (Otto Preminger, 1944) ***
Ce film noir atypique et mondain autour d'un meurtre à rebondissements est surtout le prétexte à décrire quelques spécimens de la haute société new yorkaise chez lesquels l'Amour est impur (avec l'évocation - rien que ça ! - du fétichisme, de l'homosexualité, de l'impuissance, de la nécrophilie et de la prostitution) et d'aligner un casting formidable. Dans mon ordre : Clifton Webb, Judith Anderson, Vincent Price, Gene Tierney et Dana Andrews. BR Fr 

King Kong (Merian C. Cooper & Ernest B. Schoedsack, 1933) ***
Mon film préféré depuis que je l'ai découvert gosse, un soir, à la télé. Celui auquel toujours je reviens. Concevoir une histoire aussi délirante, la mettre en images en utilisant tous les trucs du cinéma, lui donner vie et la faire entrer dans la mémoire collective et continuer, 80 ans plus tard, à toujours projeter son pouvoir d'émerveillement et de fascination : King Kong est pour moi le film parfait. Et le seul mythe moderne que l'Antiquité aurait adoubé. BR US

The young and prodigious T.S. Spivet / L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (Jean-Pierre Jeunet, 2013) 0
Un gamin inventeur du Montana fugue pour aller recevoir un prix au Smithsonian de Washington. C'est le pitch sur la jaquette du BR mais je n'en sais pas bien plus parce que je me suis arrêté au bout de 40', fatigué par les maniérismes de Jeunet avec l'accumulation de scènes disjointes, les couleurs criardes, la froideur émotionnelle due à l'artificialité de l'ensemble. Ca m'apprendra à redonner sa chance à un réalisateur qui m'insupporte. BR Fr   

J'ai tué ma mère (Xavier Dolan, 2009) **
Le découvrir après le formidable "Mommy" (2014), donne l'impression d'assister à un galop d'essai. Sur un sujet proche, les liens conflictuels entre un fils et sa mère, le jeune réalisateur-acteur tire un film nerveux et intrépide, sans doute en grande partie autobiographique, porté par les interprétations explosives de Dolan et d'Anne Dorval. On l'a assez dit, mais c'est vraiment remarquable d'accoucher d'un tel premier film à seulement vingt ans. DVD Z2 Fr

Walkabout (Nicolas Roeg, 1971) ***
Une adolescente anglaise et son petit frère, perdus dans l'outback australien, rencontrent et suivent un jeune aborigène. L'impossible dialogue entre la civilisation moderne et ses racines est le sujet principal, mais pas le seul (à l'époque, il y a aussi le constat de l'échec de la tentation contemporaine du retour à la Nature) de ce film beau et amer, aux images, à la musique et au rythme envoûtants. Une puissante métaphore entre rêve et cauchemar. BR UK 

Dial M for Murder / Le crime était presque parfait (Alfred Hitchcock, 1954) *
Le revoir en 3D fait apprécier encore plus le génie de la composition visuelle d'Hitchcock et la scène du meurtre raté (et surtout celle qui suit où Grace Kelly titube dans le salon éclairé d'un feu de cheminée) sont magnifiques. Pour le reste, le film souffre d'un bavardage pénible et l'histoire des clés n'en finit pas. Ray Milland est excellent mais Grace Kelly lutte avec l'accent britannique et le massacre. Médiocre en 2D, moyen en 3D, donc. BR 3D Ital 

House of wax / La maison de cire (Jaume Collet-Serra, 2005) * 
Un petit groupe de jeunes américains se retrouve aux prises avec deux cinglés obsédés par la cire. Les dix dernières minutes avec l'incendie original et spectaculaire d'un manoir de cire et la présence de Paris Hilton dans un rôle d'intérêt purement people sont les deux atouts de ce film de série atone qui n'a ni l'humour d'un pastiche ni la noirceur d'un vrai thriller d'horreur. Pas nul mais très loin derrière ses prédecesseurs mémorables de 1933 et 1953.  BR Fr

3 avril 2015

Heroes of mine : Delphine




 Delphine Seyrig (1932-1990)

Films vus par moi(s) : avril 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Metro / Subwave (Anton Megerdichev, 2013) *
Ce film catastrophe russe sur l'inondation du métro de Moscou par l'effondrement d'un tunnel sous la Moskova commence assez bien jusqu'à une scène réussie de wagons bondés engloutis par l'eau puis sombre dans sa seconde partie, truffée de clichés (le cocu, la gamine, le chiot..) et décalquée (en mille fois moins bien) sur "L'aventure du Poséïdon". L'intrigue prévisible et les ralentis dramatisants viennent à bout de la patience. BR Fr 

La notte / La nuit (Michelangelo Antonioni, 1961) ***
A Milan, l'amour évaporé d'un couple marié fait place à l'étouffante routine sociale. Un film adulte d'une exigence littéraire et plastique qui n'existe plus aujourd'hui, sur l'ennui existentiel face à la mort affective. Marcello Mastroianni et Jeanne Moreau interprètent leurs personnages aisés et fatigués dans des cadres où l'humain est seul, même entouré. Le portrait à la forme passionnante d'une société bourgeoise bloquée sur elle-même. BR UK

Hunted / Rapt (Michael Crichton, 1952) **
Un assassin en fuite (Dirk Bogarde) traverse l'Angleterre entre Londres et l'Ecosse acommpagné d'un jeune fugueur de 6 ans (Jon Whiteley, formidable de naturel). Un petit film britannique typiquement de son temps qui panache thriller et social autour du parcours de deux outcasts (le meurtrier et l'enfant placé maltraité) dans des décors urbains et paysagers bien choisis. Rien d'extraordinaire mais l'émotion est bien au rendez-vous, simple et juste. DVD Z2 UK 

Centurion (Neil Marshall, 2010) 0
Michael Fassbender fait ce qu'il peut pour donner du crédit à ce film inutile dans son rôle de soldat de la 9e Légion romaine survivant d'une embuscade et qui traverse avec quelques autres légionnaires les territoires hostiles des Pictes d'Ecosse. Hormis les beaux paysages, toute l'histoire n'est que prétexte à montrer en détail égorgements et giclures de sang carmin. Avec deux rôles féminins, clichés de plus dans une forêt de lieux communs. BR Fr

Captain Clegg / Night creatures / Le fascinant capitaine Clegg (Peter Graham Scott, 1962) **
En 1776 dans un village côtier anglais, des soldats du roi chassent des contrebandiers d'alcool. Une production Hammer avec ce qu'il faut de nuit et de brume, de taverne et de cimetière et donc des scènes d'atmosphère espérées. Peter Cushing est le pirate devenu pasteur, sorte de Robin des Bois en chaire à prêcher. Oliver Reed et Yvonne Romain font un couple vraiment sexy et le film est comme un livre d'aventures en mouvement. DVD Z1 US    

Le 7ème juré (Georges Lautner, 1962) *
A Pontarlier, un notable pharmacien (Bernard Blier, très bon) qui a tué une fille légère est désigné juré au procès du type accusé à sa place. L'excellent scénario, d'un cynisme total (la bourgeoisie de province et la justice en prennent pour leur grade), aurait pu donner un film plus fort avec une mise en scène plus inventive et sans la voix off de Blier qui débite ses rages existentielles redondantes. Un brûlot en puissance resté un peu éteint. BR Fr

What Richard did (Lenny Abrahamson, 2012) **
Un été près de Dublin, un bachelier populaire à l'avenir souriant commet un meurtre accidentel. L'incident central coupe le film en deux : la première partie est une description originale de la jeunesse irlandaise aisée, la seconde un drame de la culpabilité plus conventionnel. L'ensemble est porté par l'interprétation sans faille du charismatique Jack Reynor et de ses partenaires. Un coming of age movie au ton atypique, proche de Van Sant. BR UK 

Motel Hell (Kevin Connor, 1980) *
L'idée outrancièrement originale de l'histoire (un frère et une soeur hillbillies enlèvent et plantent des passants dans un potager humain pour en faire de la saucisse fumée) aurait pu donner une farce énorme mais la retenue du scénario et la réalisation assez plate empêchent cette comédie noire et référentielle de s'éléver au-dessus du lot. Rory Calhoun et Nancy Parsons font deux amusants méchants et les scènes du "jardin" sont mémorables. BR UK  

Leviathan (Andreï Zviaguintsev, 2014) ***
Dans une petite ville côtière de la mer de Barents, un homme se bat contre son expropriation par le maire avec l'aide d'un ami avocat. Derrière l'histoire, c'est un portrait désespéré et désespérant de la Russie contemporaine, noyée dans la vodka et la corruption, que le film dessine dans une suite de séquences aux images magnifiquement composées. Un puissant drame individuel transformé par le réalisateur en une tragédie quasi-biblique. BR Fr

Old acquaintance / L'impossible amour (Vincent Sherman, 1943) ***
Bette Davis (retenue) et Miriam Hopkins (déchaînée) sont écrivaines, amies et rivales dans ce Women's Picture archétypique de la Warner qui panache habilement mélodrame sentimental et commentaire professionnel et social. On attend avec impatience chaque scène où les deux actrices se donnent la réplique, tout sourire ou toute grimace selon les méandres du scénario. Un chef-d'oeuvre du genre, avec une fin qui ne pourrait être plus parfaite. DVD Z1 US

Deliver us from Evil / Délivre-nous du Mal (Scott Derrickson, 2014) 0
Après un excellent début dans le zoo du Bronx la nuit qui installe une inquiétude prometteuse, ce navet d'horreur (inspiré d'une histoire vraie, tiens-donc) panache allègrement "NYPD Blue", "Seven" et "L'Exorciste" autour de la possession d'un soldat revenu d'Irak et de crimes sordides. La lumière est bleue, la caméra tremble, des inscriptions cabalistiques sont gravées dans la chair des possédés et j'ai vu la seconde moitié en accéléré. BR US

La decima vittima / La dixième victime / The 10th victim (Elio Petri, 1965) **
Un italien et une américaine doivent s'entretuer pour un show TV. Cette lointaine matrice des "Hunger Games", loin de se prendre au sérieux, est un pur film Pop tout dédié à son style Sixties, qui en fait le principal intérêt. Le scénario, étonnamment visionnaire, évoque le voyeurisme de la téléréalité et l'impérialisme de la pub. Si Marcello Mastroianni (teint en blond) est peu convaincant, Ursula Andress est un bonheur des yeux. Léger et fun. BR US

Calamity Jane / La blonde du Far-West (David Butler, 1953) ***
J'ai eu du mal au début avec le jeu surexcité de Doris Day en garçon manqué et le contexte de western mais très vite, l'étonnante audace des situations, presque toutes basées sur la confusion des genres, m'a vraiment amusé et le dynamisme des chansons (très bien mises en scène) ont abattu mes résistances. La fin du film fait revenir tous les personnages dans la norme mais ce Musical est d'un culot riant formidablement sympathique. BR US 

Germania anno zero / Allemagne année zéro (Roberto Rossellini, 1948) ***
Le quotidien de survie d'un garçon de douze ans dans Berlin en ruines. Tourné dans le décor incroyable des décombres de la capitale allemande (les scènes d'appartement en studio fonctionnent moins bien que celles d'extérieur), un film où la lumière éclatante du soleil éclaire des drames personnels et collectifs d'une noirceur abyssale. Le propos sur le naufrage d'un peuple et le sacrifice d'une génération est d'une extrême clairvoyance. BR UK     

Life itself (Steve James, 2014) **
Réalisé sous le contrôle de son sujet lui-même ("This is not only your film" écrit-il à un moment au réalisateur), un documentaire intime sur la vie, la carrière et le combat contre le cancer du critique de cinéma du Sun-Times de Chicago Roger Ebert (1942-2013). L'horreur des effets de sa maladie est traité avec la même franchise que la force de l'amour de sa femme Chaz et que son engagement total pour les films qui donnèrent un sens à sa vie. BR US

Search for Paradise (Otto Lang, 1957) **
Le quatrième film Cinerama est un travelogue entre Pakistan et Népal, composé de spectaculaires panoramas de plaines, de fleuves et de montagnes. Et de leurs populations, traitées à la mode colonialiste et condescendante de l'inénarrable écrivain-producteur Lowell Thomas. Une vision d'opérette (la musique va avec) qui se termine sur une ode aux bombardiers de l'US Air Force. De la propagande Fifties incorrecte en diable. BR US Smilebox  

Le charme discret de la bourgeoisie (Luis Bunuel, 1972) ***
Les angoisses de trois amis bourgeois se révèlent dans leurs rêves. Une comédie sociale toujours aussi réjouissante et percutante sur les zones d'ombres de la bonne société, traitée sur le mode absurde autour d'un dîner sans cesse reporté. Les idées de scénario et de mise en scène sont vertigineusement excitantes. Formidables créations de Delphine Seyrig et Stéphane Audran dans les rôles d'épouses racées et interloquées. BR UK

Interstellar (Christopher Nolan, 2014) 0
Un interminable (presque 3h) pensum pleurnichard qui pose en monument de la SF. Les forces des liens du sang, l'avenir de l'Humanité, les paradoxes d'un voyage spatio-temporel (à travers un "trou de ver" et un "trou noir") sont dégurgités dans un déluge de grandes idées, de vastes visions et de musique sérielle, mais sans aucune émotion. Matthew McConaughey se parodie lui-même en écorché chuchotant. Aussi pire que le pire Malick. BR Fr  

Tom à la ferme (Xavier Dolan, 2013) *
Venu aux funérailles de son boyfriend, un jeune montréalais (Dolan) s'engage dans un humiliant rapport sado-masochiste avec le frère de celui-ci. Un film qui hésite entre deux genres : le drame psychologique et le thriller. Si le premier avait le vrai sujet intéressant, c'est le second, banal, qui l'emporte, gonflé par ses nombreuses références peu subtiles (plans et musique) à Hitchcock. Un essai trop bancal pour convaincre. DVD Z2 Fr   

22 mars 2015

Deleted scene

Une appréciation de l'exposition « Deleted Scene : des traces en taïga » de Yury Toroptsov au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris.


Le point de vue du tigre

L’exposition « Deleted Scene : des traces en taïga » que présente actuellement l’artiste photographe franco-russe Yury Toroptsov au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, est loin de pouvoir être réduite à une exposition photographique. Le visiteur qui passerait rapidement dans les deux salles qui l’abritent, au deuxième étage du musée, serait comme un chasseur qui resterait sur le chemin forestier et ne s’aventurerait pas sous le couvert des arbres : il sentirait la présence animale sans pouvoir l’atteindre.

Les photographies de Yury Toroptsov, dont certaines sont pourtant en elles-mêmes, prises individuellement, très attractives au sens esthétique (je pense à la vue plongeante sur les maisons depuis l’orée du bois, aux braises rougeoyantes dans l’obscurité, au petit cheval blanc à la fenêtre, au monument d’Arseniev, aux arbres dénudés au bord du lac gelé…), ne sont pas là pour être regardées dans leur unité mais dans leur relation les unes aux autres, à travers le labyrinthe de symboles et d’indices que cette exposition aux médiums multiples (photo, vidéo, installation) dessine pour nous donner les clés d’un récit dont chaque visiteur réussira ou pas à ouvrir la porte.


Yury Toroptsov est né en 1974 dans l’Extrême-Orient russe, à trois cents kilomètres de Vladivostok. Cette année-là, les environs du village où vivait sa famille accueillaient le tournage d’un film qui obtiendrait l’Oscar du Meilleur Film Etranger en 1976 : « Dersou Ouzala » du réalisateur japonais Akira Kurosawa (1910-1998), magnifique ode à l'amitié et à la nature. Cette même année, le jeune père de Yury Toroptsov apprenait qu’il était atteint d’un cancer. La maladie l’emporterait en 1976.

« Deleted Scene : des traces en taïga » fait se rencontrer trois histoires parallèles : les conséquences intimes du drame familial provoqué par la disparition brutale de l’un de ses membres,  la présence improbable d’une équipe de cinéma près d’un petit village perdu dans l’immensité de la taïga russe et la transformation d’un personnage autochtone en une figure universelle.


La clé de voûte de ces trois histoires est un animal. Un félin qui règne en maître sur la taïga et provoque dans ses populations les sentiments mêlés d’admiration et d’effroi : le tigre de Sibérie.  L’animal réel sauvage d'abord, qui vit en solitaire dans les forêts de la région et incarne, pour les chasseurs et les autres habitants de ces vastes espaces, la toute puissance de la Nature, ses splendeurs et ses dangers. L’animal réel dressé ensuite, utilisé pour une scène cruciale du film « Dersou Ouzala » et amené sur le site du tournage dans une grande cage métallique. L’animal mythique enfin, dont la tradition orale extrême-orientale a fait depuis la nuit des temps une incarnation du Destin, de l’imprévisibilité de la Vie et de la Mort.


A l’hiver 1974, le père et la mère de Yury Toroptsov, allant en voiture d’un village à un autre et empêchés par une crue de prendre la route habituelle, empruntèrent un trajet alternatif et tombèrent par hasard sur le site exact du tournage de la scène du tigre de « Dersou Ouzala ». Ils s’arrêtèrent quelques instants pour regarder ce qui se passait et poursuivirent leur chemin. Quarante ans plus tard, la mère de l’artiste se souvient encore de l'animal dans sa cage, des projecteurs aveuglants, de l'animation inattendue dans ces parages habituellement déserts. Yury Toroptsov, bébé, dormait dans les bras de sa mère.

L'affiche russe du film « Dersou Ouzala » 1975

Au cours de l’élaboration de son projet, Yury Toroptsov a retrouvé dans les archives d’un vieux couple de photographes amateurs quelques photos inédites de ces scènes du tournage de « Dersou Ouzala ». Des petites photos en noir et blanc qui donnent corps à un souvenir lointain que les anciens du village évoquent encore aujourd’hui avec nostalgie et fierté. Ces photographies, présentées dans l’exposition, n’ont pas qu’un intérêt documentaire. Elles conservent en quelque sorte le regard, identique mais non capturé par eux, des parents de l’artiste sur le moment fugace où ils passaient en voiture au même endroit. Elles cristallisent, comme le dit l’artiste lui-même dans le livre qui accompagne l’exposition, « la dernière heure du temps où nous étions encore réunis et heureux ».

Akira Kurosawa sur le tournage

Le tigre s’est manifesté au cours de ces semaines dont ces photographies sont le témoin. Non pas l’animal en cage, l’animal du film, mais le Tigre-Destin qui allait donner un coup de griffe fatal à l’unité d’une famille en frappant sa pierre angulaire : le père. Et provoquer des blessures intimes qui ne se seront jamais totalement refermées. Les photographies que Yury Toroptsov a rapportées de son voyage russe sur les « vestiges éparpillés de la mémoire de son père » montrent de façon récurrente ces coups de griffes, qu’ils soient le sillon de fracture d’une route de terre, le fossé empli d’eau d’un coin de campagne, les cicatrices d’un pontage sur le torse de sa mère.

La mort de l’époux et du père, l’hiver des sentiments, le déplacement des personnes et des choses. Mais aussi les perce-neige qui annoncent le printemps, le feu qui brûle et prépare la régénération, l’eau qui comble les crevasses. L’une après l’autre, l’une avec l’autre, les photographies accrochées aux murs de l’exposition racontent la douleur indicible et l’apaisement progressif inéluctable.    

Le vrai Dersou Ouzala

Dersou Ouzala, le sage et vieux chasseur de la tribu golde qui vécut au tournant du XXème siècle sur le territoire même où Yury Toroptsov a réalisé ses photographies est mort assassiné en 1908. Il n’aurait laissé aucune trace dans l’histoire et la mémoire des hommes si le topographe Vladimir Arseniev (1872-1930) ne l’avait rencontré en 1906 (faussement indiqué en 1902 dans le livre et le film) et n’avait passé quelques mois avec lui dans la taïga, l’employant comme guide et le découvrant comme ami. Le livre qu’il consacra à leurs aventures, publié pour la première fois en Russie en 1921, fit de Dersou Ouzala une figure nationale et fut adapté en scénario par Kurosawa pour son célèbre film sorti sur les écrans en 1975. Sur les hauteurs de la ville d’Arseniev (qui prit le nom du topographe-écrivain en 1952), un monument massif en béton de l’époque soviétique commémore le visage de Dersou et la silhouette de Vladimir. Depuis sa construction, c’est le lieu où les amoureux se donnent rendez-vous, où les promesses se font et les espoirs s’ébauchent.

Le monument

Mais les amoureux du coin savent, parce qu’ils sont russes et qu’ils croient au plus profond d’eux-mêmes en leurs légendes, que le tigre rode toujours dans la forêt et qui si par hasard on le croise, il pourra aussi bien vous ignorer et vous tourner le dos pour disparaître dans son domaine que vous déchirer en lambeaux de ses griffes et de ses crocs.

Vladimir Arseniev n’a jamais pu retrouver la tombe de Dersou Ouzala, engloutie par l’urbanisation. Yury Toroptsov, lui, a retrouvé celle de son père, laissée à l’abandon depuis des décennies. Le film « Dersou Ouzala » redonnait vie, par le pouvoir magique du cinéma, à un chasseur solitaire depuis longtemps retourné à la Nature. L'exposition et le livre « Deleted Scene : des traces en taïga » explorent une histoire familiale intime et révèlent le beau visage d’un père dévoré bien trop tôt par le tigre.

Le père

En visitant l’exposition de Yury Toroptsov, j’ai étrangement plusieurs fois pensé un peintre du XVIIème siècle dont l’œuvre, si on prend le temps de l’observer et de la décrypter, nous bouleverse parce qu’elle nous parle, par l’entremise de la Bible ou des Dieux, de notre vie et de notre mort, de nos inquiétudes face à aux frappes du Destin et de notre inlassable quête d’impossibles réponses : Nicolas Poussin (1594-1665) et notamment à l'un de ses plus puissants tableaux, « Paysage avec Orphée et Euridyce» (1650-1653, Musée du Louvre). Comme la peinture classique pouvait être littéraire et métaphysique, la photographie contemporaine peut l’être aussi. C’est ce que nous montre l’émouvante exposition de Yury Toroptsov et le très beau livre « Deleted Scene » qui fait si bien corps avec elle.

Yury Toroptsov
Deleted Scene : des traces en taïga
Exposition jusqu’au 14 juin 2015

Musée de la Chasse et de la Nature
62 rue des Archives 75003 Paris


Photobook « Deleted Scene » de Yury Toroptsov
Postface de Claude d'Anthenaise
Editions Kehrer, 2015. 96 pages. 30 €

Deleted scene (Des traces en taïga). 2015 from Yury Toroptsov on Vimeo.

2 mars 2015

Films vus par moi(s) : mars 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Adieu au langage (Jean-Luc Godard, 2014) *** ou 0 ?
Un couple et un chien (celui de Godard) aux abords du lac Léman, des gros plans de végétation, des images d'archives et de films en N&B, des citations d'auteurs, des bruits de pets... Ce poème existentiel en 3D (il y a de géniales idées de son utilisation) nous fait passer, au sens propre, dans une autre dimension et est à la fois énigmatiquement astucieux et insane. Godard se permet et se fout de tout, sauf de l'essentiel : la nature et la culture. BR 3D Fr

Passe ton bac d'abord (Maurice Pialat, 1979) **
Le quotidien d'un groupe de gars et de filles de Terminale dans la banlieue ouvrière de Lens. Leur rencontres au café du coin, réunions de fumette et histoires de cul s'enchaînent, ponctués par une fête de mariage et les repas avec les parents. Pialat montre la juste réalité d'une classe d'âge sans attente du lendemain. Le casting est impeccable, le naturel aussi et les fringues "Fruit of the Loom" et "UCLA" totalement d'époque. DVD Z2 Fr  

Foxcatcher (Bennett Miller, 2014) ***
Un milliardaire névrosé prend le contrôle d'un lutteur médaillé olympique. L'affaire Du Pont de 1987-88 sous l'angle de la possessivité et d'un transfert dans le désir homosexuel. L'émotion tenue à distance et la claustrophobie de la mise en scène donnent au film un ton funèbre qui peut rebuter mais qui est totalement justifié. Si Steve Carell est dans la performance, Channing Tatum crève l'écran dans un rôle tout en puissance taiseuse et triste. BR US

Mommy (Xavier Dolan, 2014) ***
Premier film que je vois de ce jeune réalisateur adulé ou haï. J'y allais à reculons et j'ai été emporté immédiatement par l'énergie électrique de l'histoire, la maîtrise de la mise en scène et le jeu des acteurs qui donnent tout. Les quelques moments de respiration, solaires, tranchent avec la douleur étouffante qu'on ressent face aux épisodes successifs de la course contre le mur de cette mère et de son fils instables. Impressionnant. BR Fr

The band wagon / Tous en scène ! (Vincente Minnelli, 1953) **
Ce backstage musical m'a paru, revu longtemps après l'avoir découvert, un peu décevant, la faute sans doute à de trop longs passages non musicaux, à une majorité de chansons peu mémorables et à un casting d'acteurs et d'actrices très bons mais physiquement peu attirants (quant à Cyd Charisse, je l'ai toujours trouvée nulle). Restent un excellent scénario, le Technicolor et deux super séquences : "That's entertainment!" et "Louisiana hayride". BR US 

Aloïs Nebel (Tomas Lunak, 2011) **
En 1989, le chef de gare d'une station isolée de Tchécoslovaquie sombre dans la misère alors que son pays s'apprête à investir Vaclav Havel. Ce film d'animation en rotoscopie uniformément triste dans son histoire (le naufrage d'un homme) et ses images (la nuit, la neige, la pluie) réussit pourtant à donner vie à son personnage principal et à créer un magnifique univers visuel en N&B. Les scènes à la gare de Prague sont très émouvantes. BR Fr

As above, so below / Catacombes (John Erick Dowdle, 2014) 0
Une jeune universitaire en alchimie (sic) et ses accompagnants descendus dans les entrailles de Paris y font face à leurs complexes de culpabilité respectifs. Et tombent sur des os, des hiéroglypes, Nicolas Flamel, un trésor, une porte de l'Enfer et des spectres. Avoir eu l'autorisation exceptionnelle de tourner une fiction dans le décor sans pareil des Catacombes de Paris et avoir accouché d'un film aussi médiocre, c'est juste pas possible ! BR Allem

Birdman (Alejandro Gonzalez Inarritu, 2014) *
Un acteur (Michael Keaton, très bon) célèbre pour avoir joué jadis un super-héros à Hollywood tente de se refaire une carrière au théâtre à New York. Le bon sujet et le scénario bien écrit (il y a du Mankiewicz et du Almodovar dans ce backstage là), qui panachent comédie et drame, sont presque annihilés par l'effet gratuit et distrayant d'avoir voulu donner au film entier l'apparence d'un long plan-séquence. Un procédé d'un maniérisme rédhibitoire. BR US  

Gilda (Charles Vidor, 1946) ***
L'ambiguité des rapports entre l'ex, le mari et la femme, tout en sous-entendus de passions et de menaces, est le moteur principal d'une histoire parfois incompréhensible (et peu importe). On ne peut que regarder fasciné la perfection hollywoodienne de la construction du film avec sa mise en scène, sa lumière, son glamour et ses géniaux à côtés (les trois séquences musicales !). Rita Hayworth et sa chevelure frisent le divin. BR Allem   

Lifeforce (Tobe Hooper, 1985) *
Des vampires de l'espace ramenés à Londres pompent l'énergie vitale des humains en laissant derrière eux des momies desséchées. Un film de SF pur Eighties dont le début promet (les scènes dans le vaisseau alien) mais dont la suite s'effiloche dans les bavardages jusqu'à la fin tonitruante. Tout ado mâle hétéro qui l'a vu à l'époque ne pourra jamais oublier Mathilda May (la vampire), qui circule à poil dans toutes ses scènes. Idiot mais fun. BR UK

La femme de l'aviateur (Eric Rohmer, 1981) **
Un jeune homme (Philippe Marlaud, trop tôt disparu), accompagné d'une lycéenne (Anne-Laure Meury, au charme irrésistible) rencontrée par hasard, suit l'ex de sa copine (Marie Rivière) dans Paris. La trame est le prétexte à un bavardage rohmérien juste et drôle sur les fausses certitudes et les angoisses futiles que la jalousie amoureuse provoque. Quelques longueurs n'empêchent pas une fraîcheur de tous les instants. BR Fr

The blue lamp / La lampe bleue (Basil Deaden, 1950) *
Quelques jours de la vie du commissariat d'un quartier populaire londonien, quand un policier près de la retraite se fait tuer par une petite racaille. Ce panégyrique au personnel de police, en grande partie tourné en extérieurs (avec les cicatrices du Blitz), eut un grand succès en son temps. Aujourd'hui, c'est surtout un témoin de la naissance du réalisme britannique et de l'émergence de Dirk Bogarde. La fille (Peggy Evans) est insupportable. DVD Z2 UK

The Dyatlov Pass incident (Renny Harlin, 2013) 0
Un found footage de cinq jeunes apprentis documentaristes américains qui partent tourner dans l'Oural sur le site d'un fait divers inexpliqué (réel) de 1959 : la mort mystérieuse de neufs randonneurs russes dans la montagne. J'ai en vu la première moitié et la seconde en fast forward. Scénario et personnages stupides, acteurs plus que médiocres, réalisation en roue libre. Il y a de la neige, un tunnel temporel, des méchants humanoïdes. Débile. BR UK

Kiss me Kate / Embrasse-moi, chérie (George Sidney, 1953) ***
La version en 3D restaurée est un miracle et porte ce musical MGM, l'un des meilleurs, au sommet du genre. Tout est parfait : l'épatant scénario en miroir, les chorégraphies d'Hermes Pan (où débute Bob Fosse), l'hallucinant dynamisme de la mise en scène, les décors, costumes et couleurs, le casting (Howard Keel, Kathryn Grayson, Ann Miller, Tommy Rall...), l'humour et bien sûr, toutes ces chansons atomiques de Cole Porter. Incomparable. BR 3D US

Staircase / L'escalier (Stanley Donen, 1969) 0
Le quotidien amer d'un vieux couple de coiffeurs gays (Rex Harrisson et Richard Burton dans des compositions outrées) théâtralement basé sur leurs joutes verbales humiliantes et désabusées. Je me suis demandé à chaque instant à quel public ce film dépressif et déprimant pouvait bien s'adresser à l'époque de sa sortie. Les scènes outrancières avec la vieille mère alitée (Cathleen Nesbitt) en sont le meilleur. Une curiosité vraiment peu aimable. DVD Z1 US

Finding Vivian Maier / A la recherche de Vivian Maier (John Maloof & Charlie Siskel, 2014) ***
Un essai de portrait de l'énigmatique nounou-photographe dont le jeune John Maloof a acquis par hasard des dizaines de miliers de négatifs aux enchères en 2007. La découverte posthume de l'oeuvre géniale de Vivian Maier (1926-2009) a été un événement retentissant : ce film lève un coin du voile sur la vie, la personnalité et le travail de cette femme farouchement secrète et fêlée. Et de sa résurrection. Un documentaire passionnant. DVD Z2 Fr

La maschera del demonio / Le masque du démon (Mario Bava, 1960) ***
Une sorcière exécutée au 17e s. revient après deux siècles pour se venger sur les descendants de son bourreau. L'histoire passe au second plan, éclipsée par une utilisation superbement atmosphérique (dès la première inoubliable séquence) du décor, de la lumière et des mouvements sinueux de caméra. L'étrange minois de Barbara Steele ajoute à la fascination visuelle de l'ensemble. Un chef-d'oeuvre baroque d'horror gothique. BR UK

17 février 2015

Passages : Lesley



Lesley Gore

You don't own me (1964)