3 septembre 2017

Films vus par moi(s) : septembre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Pontypool (Bruce McDonald, 2008) 0
Un animateur de radio FM (Stephen McHattie, formidable), sa productrice et leur stagiaire découvrent par les ondes qu'une étrange épidémie de zombies a lieu dehors, où la contamination se fait par la parole (certains mots sont infectés). C'est la bonne idée de ce petit film canadien, confiné dans le local FM. Malheureusement, le choix de presque tout raconter à travers les visages des personnages accrochés au micro fait long feu et la fin déçoit. BR FR

Entertaining Mr Sloane (Douglas Hickox, 1970) **
Une petite pute amorale (Peter McEnery, un peu trop vieux pour le rôle) est recueilli par une nymphomane sur le retour (Beryl Reid, géniale comme toujours) et son frère homosexuel coincé (Harry Andrews), qui ont des vues sur lui. La comédie subversive de Joe Orton est transposée à l'écran sans l'étincelle espérée. Mais les formidables situations, dialogues et acteurs apportent à ce film méconnu un souffle anarchiste étonnament réjouissant. BR UK

Les abysses (Nikos Papatakis, 1963) **
Deux bonnes soeurs (Francine et Colette Bergé, déchaînées) affrontent leur couple d'employeurs. Très librement inspiré de l'affaire des soeurs Papin, ce film qui doit être l'un des plus hystériques jamais produits, choqua en 1963 par son outrance visuelle et verbale et la métaphore qu'on crut lire sur l'Algérie Française. Aujourd'hui, ces outrances, plus celle du jeu des soeurs Bergé, fait plonger le film dans un étrange et burlesque Actionnisme camp. BR FR

Suntan (Argyris Papadimitropoulos, 2016) **
Le médecin remplaçant sur une petite île grecque se lie et commence à faire la fête avec une bande de jeunes touristes hédonistes. Mais lui a 45 ans, est grassouillet et dépressif quand eux ont la petite vingtaine et la beauté insolente. Un film grec dont la luminosité solaire rend encore plus amère la morale, celle de l'imperméabilité des classes d'âges. Si la fin vire un peu trop au thriller, ce conte cruel met mal à l'aise en marquant parfaitement son but. BR UK  

Les affameurs / Bend of the river (Anthony Mann, 1952) ***
Le convoyeur d'une caravane de pionniers tente de récupérer les provisions qui leur ont été volées. L'histoire simple comme tout fait s'affronter dans les paysages en Technicolor de l'Oregon deux humanités : l'une probe et altruiste, l'autre traîtresse et vénale. James Stewart porte le film dans un de ses roles icôniques, secondé par Arthur Kennedy, Julia Adams et Rock Hudson. Un noble et magnifique western à la mise en scène admirable. BR DE 

Maggie (Henry Hobson, 2015) 0
Un homme ramène chez eux sa fille adolescente (Abigail Breslin) contaminée par un virus qui la mute en zombie. Schwarzenegger est bien dans un rôle à contre-emploi de père dévasté de voir son enfant s'étioler mais le ton uniformément lugubre et désespéré ajouté aux sentiments de détresse ampoulés rendent toute l'entreprise d'un ennui mortel. Un film d'horreur intimiste qui ne marche ni dans un genre ni dans l'autre. BR UK  

I am Michael (Justin Kelly, 2015) *
D'après une histoire vraie récente, celle de Michael Glatze (James Franco, décidemment !), un activiste gay trentenaire de San Francisco qui en trouvant Dieu réalise l'erreur de son homosexualité et devient hétéro. De ses doutes torturés à l'incompréhension furieuse de son compagnon et la bienveillance de sa future femme, le film raconte son histoire invertie et peu banale sur un rythme et une réalisation de téléfilm. I am Patrick, quoi. DVD Z2 UK

Le Baron de Crac / Baron Prasil / The fabulous Baron Munchausen (Karel Zeman, 1962) ***
Au 18e siècle, un excentrique Baron, un jeune cosmonaute et une princesse fuient les troupes du Sultan dans un périple extraordinaire. Un film tchèque d'aventures surréalistes qui mêle animation, prises de vues réelles et décors des gravures de Gustave Doré et autres. L'inventivité, l'humour et la poésie des trouvailles visuelles se conjuguent au dynamisme, à la couleur et la musique pour créer un univers unique dans le merveilleux. Un film génial. BR UK

Young adult (Jason Reitman, 2011) **
A 37 ans, une ancienne beauty queen revient dans sa province de shopping malls en espérant se remettre avec son ex boyfriend de lycée, marié et père de famille. Charlize Theron est formidable dans un des personnages les plus malaimable, vicieux et paumé du cinéma récent. La cruauté des situations et de l'humour de cette anti-comédie dressent le constat accablant d'une crise existentielle personnelle et collective. Un film à la tonalité rare. BR DE

Violet (Bas Devos, 2014) 0
Un adolescent est dans le brouillard après avoir assisté au meurtre gratuit d'un de ses amis. Sur un sujet profond mais banal, le deuil, un petit film flamand qui panache esthétisme et film d'art dans un mélange dont le narcissisme et la prétention sautent vite aux yeux. Les plans (fixes ou travelings) sont beaux, c'est vrai, mais d'une durée inutile et insignificante et les effets vidéo et stroboscope sont crispants. Terriblement poseur. BR US

La ruée des Vikings / Gli invasori / Erik the Conqueror (Mario Bava, 1961) **
Deux frères vikings séparés dans leur enfance se retrouvent à se combattre adultes, l'un resté viking, l'autre devenu anglais. Cet ersatz sans scrupule de "Les Vikings" de Richard Fleischer (1958) a pourtant sa propre identité grâce au formidable travail de Bava sur la photo et la couleur qui subliment les décors et les acteurs. Il y a des cors et des épées, des barbes blondes et deux vestales jumelles, des drakkars et des forts. Et un de ces Technicolor ! BR UK

The Thing (Matthijs van Heijningen Jr., 2011) *
En 1982 dans une station antarctique, un organisme extra-terrestre décime des scientifiques. Un préquel du "The Thing" de John Carpenter (1982) qui raconte la même histoire avec une jeune chercheuse (Mary Elizabeth Windstead, pas terrible du tout) en place de Kurt Russell. Les références au classique de Carpenter et le monstre mutant peuvent faire la joie des fans mais l'effet de redite est tel qu'on s'interroge sur la raison du film. BR FR  

Handsome devil (John Butler, 2016) *
En pension, un lycéen ouvertement gay harcelé partage sa chambre et se lie d'amitié avec un autre élève, gay aussi mais star du club de rugby et dans le placard. Un petit film irlandais comme il y en a à la pelle sur le thème de la différence et de l'affirmation de soi, parfois en mieux, parfois en moins bien. L'important est que des films comme ça soient faits et vus par les jeunes qui peuvent se sentir concernés et rassurés. Du travail de fond en somme. DVD Z2 UK   

Les mendiants de la vie / Beggars of life (William A. Wellman, 1928) **
Deux vagabonds, Richard Arlen et Louise Brooks habillée en garçon pour échapper à la police - ce qui créé d'audacieuses situations - circulent clandestins en train. La société des "hobos" (les SDF nomades américains) est le sujet de ce film muet. Quand la caméra s'attache au duo Arlen/Brooks (toute la première partie), c'est magnifique. Quand d'autres personnages interviennent, c'est plus poussif malgré la présence de Wallace Beery. BR US 

Sérénade à trois / Design for living (Ernst Lubitsch, 1933) ***
Trois américains trentenaires vivent à Paris une amitié amoureuse avec comme règle un "no sex" difficilement tenable. Une pétillante comédie de moeurs Pré-Code qui montre peu mais suggère avec malice et culot des situations sexuellement chargées. Myriam Hopkins, formidable, mène la danse en femme libre, entourée de Fredric March et Gary Cooper. L'aspect théâtral est sublimé par une mise en scène aux belles ellipses visuelles. BR US

Au-delà du réel / Altered states (Ken Russell, 1980) *
Un universitaire (William Hurt) expérimente des séances de déprivation sensorielle qui le font régresser à des stades préhumains. Sur une trame très proche de "La mouche noire" ( la proximité avec la version de Cronenberg en 1986 est flagrante), un film qui a moyennement vieilli (les effets spéciaux psychédéliques) et dont la fin est nulle. Mais il y a d'étonnantes images et une excellente séquence de poursuite nocturne. DVD Z1 US 

Jeanne d'Arc / Joan of Arc (Victor Fleming, 1948) 0
De Domremy au bûcher de Rouen, les moments de son épopée. La révérence du scénario et de la mise en scène face à l'extraordinaire de l'histoire de Jeanne empêtre le film dans une lourdeur et une pomposité dont il ne se remet pas, gêné de plus par un budget visiblement réduit. Ingrid Bergman (dans celui de ses rôles qu'elle préférait) est elle aussi trop guindée. Il reste la photo en Technicolor Kalmus, une merveille évidemment. BR FR / Version longue  

Personal shopper (Olivier Assayas, 2016) **
Une jeune américaine à Paris, assistante shopping d'une célébrité, attend un signe de son frère jumeau récemment décédé. Un film intrigant qui fusionne sans y réussir pleinement, drame psychologique, fantastique, thriller et constat de société. Les méandres du scénario se perdent parfois mais la métaphore sur le chemin du deuil est bien vue et Kristen Stewart, qui est de toutes les scènes, est magnétique dans le jeu de la mélancolie maladive. BR FR

1 août 2017

Films vus par moi(s) : août 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Bigfoot Junior (Ben Stassen & Jérémie Degruson, 2017) *
Un ado harcelé au collège découvre que son père qu'il croyait mort est Bigfoot et part le retrouver dans la forêt. Un film d'animation belge bien fait et coloré qui s'adresse aux enfants avec ses gentils animaux parlants, ses méchants caricaturaux (ici, les dirigeants d'une entreprise capillaire qui cherche le secret de la repousse des cheveux) et son action trépidante. Je ne suis pas la cible mais j'ai trouvé ça inoffensivement sympathique. Ciné

La planète des Singes : Suprématie / War for the planet of the Apes (Matt Reeves, 2017) *
Parti venger la mort de siens, César se retrouve à conduire la prise d'autonomie des Singes. Une fois dit que les Singes CGI et leurs expressions sont incroyables (ils le sont), ce 3e volet de la nouvelle Planète commence bien mais s'effondre dès l'apparition de Woody Harrelson, en personnage et en acteur outranciers. Le thème si riche est réduit à un scénario formaté et consensuel, Singes pudiquement émasculés compris. Ciné

Dunkerque / Dunkirk (Christopher Nolan, 2017) ***
En mai-juin 1940, l'évacuation des soldats britanniques vue à travers trois actions individuelles (sur terre, sur mer, dans l'air). Un film passionnant dans lequel l'addition de choix de construction et de mise en scène discutables (dislocation des narrations, immersion sensorielle du spectateur, accompagnement musical radical) conduit néanmoins à un morceau de cinéma spectacle violemment lyrique sur le thème des cercles de l'Enfer. Ciné

Réparer les vivants (Katell Quillévéré, 2016) **
Le coeur d'un adolescent mort en voiture est greffé à une quinquagénaire cardiaque. D'après le roman de Maylis de Kerangal, un film sensible sans être lacrimal où l'aspect documentaire est présent (le parcours d'un coeur sur 24h) mais où l'accent est mis sur les émotions des personnages affectés : parents du donneur, receveur et ses proches, personnel médical. Avec de belles idées de mise en scène, surtout au début, et un très bon casting. BR FR

The Jane Doe indentity / The autopsy of Jane Doe (André Ovredal, 2016) **
Propriétaires d'une petite morgue privée, une père (Brian Cox) et son fils (Emile Hirsch) sont chargés de l'autopsie d'une jeune femme découverte sur une scène de crime. Le cadavre leur réserve des surprises. Un bon huis clos d'horreur qui utilise avec brio le décor de la morgue, la lumière et le son pour créer son atmosphère de menace et de tension. La résolution n'est pas à la hauteur du reste mais le film est convaincant, porté aussi par ses acteurs. BR ES

Diabolo menthe (Diane Kurys, 1977) ***
A Paris, l'année scolaire 1963-1964 de deux soeurs au lycée Jules Ferry. Le temps n'a pas entamé la perfection de ce film tendre, drôle et grave à la fois qui touche avec justesse une multitude de sujets, de l'adolescence chez les filles aux tensions sociales et politiques d'avant 1968 tout en dressant une merveilleuse galerie de portraits. Le casting formidable est mené par la jeune Eléonore Klarwein qui incarne une Anne Weber qu'on ne peut oublier. BR UK

Till the end of time (Edward Dmytryk, 1946) ***
Démobilisé en 1945, un Marine revient chez lui et se réadapte difficilement à la vie civile. Sorti quelques mois avant "Les plus belles années de notre vie" de Wyler et sur le même sujet, ce petit film RKO méconnu supplante la célèbre machine à Oscars par sa simplicité et l'audace des thématiques sociales, sexuelles et raciales qu'il évoque. Dorothy McGuire et Robert Mitchum, sensationnels, donnent la réplique au très craquant Guy Madison. DVD Z2 FR 

Altamira (Hugh Hudson, 2016) *
En 1879 au nord de l'Espagne, la découverte de la grotte ornée d'Altamira et la polémique scientifico-religieuse qui suivit. Tout est raconté du point de vue de Sautuola (le découvreur, joué par Antonio Banderas) et de sa petite fille (la jeune actrice est assez mauvaise) et si le film n'a pas de personnalité dans son scénario ni sa mise en scène, il a pour lui de rappeler que la reconnaissance de l'art des hommes de la Préhistoire se fit dans la douleur. BR ES 

Split (M. Night Shyamalan, 2016) **
Un jeune homme atteint de trouble de la personnalité multiple séquestre trois adolescentes. Derrière le huis clos à suspense tendu et l'originalité du profil du ravisseur, le film semble être une métaphore audacieuse sur les ravages des abus envers les enfants. James McAvoy se sort bien d'un rôle difficile mais le meilleur sont les scènes de dialogue avec sa psychiatre (formidable Betty Buckley). Le clin d'oeil final est tout con et déséquilibre le reste. BR DE

La maison sous la mer (Henri Calef, 1947) **
A Flamanville, le coup de foudre adultère entre la femme d'un mineur et un nouveau collègue de celui-ci. Le commentaire social s'invite subtilement dans ce mélodrame conjugal qui mêle naturalisme (le travail dans la mine, la scène syndicale), classicisme dramatique et lyrisme fantastique (la grotte marine). Viviane Romance est filmée plus naturellement qu'à son habitude et est très bien entourée par Clément Duhour et Guy Decomble. DVD Z2 FR 

10 Cloverfield Lane (Dan Trachtenberg, 2016) *
Accidentée, une jeune femme se réveille dans un abri antiatomique, veillée par un survivaliste qui lui annonce qu'une attaque a eu lieu dehors. Un huis clos entre deux puis trois personnages qui joue habilement sur les incertitudes (que se passe-t-il à l'extérieur ? le type est-il un psychopathe ?) avant de passer, dans la dernière partie expédiée, à de l'action en milieu SF. Une sorte de panaché de "Room", "Misery" et "La guerre des mondes". BR FR

Caltiki, le monstre immortel / Caltiki il mostro immortale (Riccardo Freda & Mario Bava, 1959) *
Sur le site maya de Tikal, des archéologues découvrent un organisme unicellulaire monstrueux. Ce film fantastique italien, éhontément inspiré d'autres titres américains (The Blob, Tarentula) ou anglais (Quatermass), serait un navet d'époque sans la photo N&B splendidement contrastée de Mario Bava, qui réussit à donner aux décors et à Caltiki, cette serpillière trempée, comme un air de menace. Le début et la fin sont chouettes. BR UK

Vers sa destinée / Young Mr Lincoln (John Ford, 1939) **
Dans les années 1830, Lincoln (Henry Fonda avec une prothèse nasale) commence à Springfield son activité d'avocat. Loin du biopic, un film qui présente la personnalité du futur Président à travers des séquences d'Americana tour à tour sensibles, amusantes ou élégiaques. Dommage qu'un tiers se concentre sur un procès qui mène la dynamique au point mort. Le reste est magnifique, notamment toutes les scènes avec des femmes. BR ES

Nymph / Mamula (Milan Todorovic, 2014) 0
Dans une île d'une baie du Montenegro, quelques amis partis explorer un fort militaire désaffecté y découvrent une sirène sanguinaire. Si la sirène est peu utilisée au cinéma, ce survival serbe à petit budget n'en sera pas le mètre étalon. Tous les clichés du genre sont au rendez-vous, les acteurs interchangeables (Franco Nero y cachetonne) et la créature juste passable. Les vues des salles et couloirs du fort abandonné en sont le meilleur. BR DE

Forbidden Zone (Richard Elfman, 1980) **
Fauché mais toujours inventif et drôle, un Musical bordélique autour d'une Française qui descend dans la Zone Interdite, domaine d'une méchante Reine et de son Roi nain. L'histoire absurde n'a aucune importance, sauf de s'amuser des freaks, des gays, des juifs et des Français. Le jeu des acteurs est over the top évidemment, les décors en papier et la musique un panache de standards des 20's et 30's et d'Oingo Boingo. Outrancièrement culte. BR UK 

Tarzan / The legend of Tarzan (David Yates, 2016) *
Vers 1890, Lord Greystoke et sa femme Jane reviennent d'Angleterre au Congo pour voir ce que Léopold II mijote avec le trafic d'esclaves et de diamants. Le contexte vaguement historique et la jungle (en CGI) sont le principal intérêt de ce film par ailleurs fabriqué dans ses péripéties et sa mise en scène. Tout est sagement aseptisé et l'érotisme banni. Tarzan (Alexander Skarsgard) et sa compagne (Margot Robbie) sont pas mal, sans plus. BR FR

Justin de Marseille (Maurice Tourneur, 1934) ***
Le conflit entre un sympathique caïd local (Antonin Berval) et un concurrent napolitain autour d'un trafic d'opium. L'histoire est prétexte pour le scénariste Carlo Rim à présenter des vignettes pittoresques sur la population et la culture urbaine et sociale de Marseille. Truffé d'idées de mise en scène, le film est à la fois dynamique, touchant, drôle, violent et pédagogique. Le casting est excellent, panaché de visages connus et anonymes. Formidable. Ciné

American horror story, Saison 1(Ryan Murphy & Brad Falchuk, 2011) *
Murder House. A L.A., une famille achète une maison habitée par les fantômes de ses nombreux occupants précédents. La cohabitation des vivants et des morts est traitée de façon originale dans ces 12 épisodes qui jouent moins sur l'horrifique que sur le psychologique : grâce à l'excellence du casting (dont Jessica Lange), les scènes de confrontation verbale sont plus fortes que celles d'action. Mais le tout est trop long et ne convainc pas. BR FR

Les hommes préfèrent les blondes / Gentlemen prefer blondes (Howard Hawks, 1953) ***
L'une attirée par le diamant et l'autre par le muscle, deux amies showgirls font une traversée mouvementée des USA vers la France. Le film qui fit de Marilyn Monroe une star est une comédie matinée de Musical à prendre comme un comic book animé tant la caricature est partout. Ca marche (sauf peut-être la séquence du tribunal) grâce au scénario risqué, au Technicolor éclatant et à l'alchimie entre les deux vedettes (l'autre est Jane Russell). BR FR

Stars 80 (Frédéric Forestier & Thomas Langmann, 2012) **
Aux abois, Richard Anconina et Patrick Timsit ont l'idée de monter une tournée avec de vieilles gloires du Top 50. Lui mettre *** à l'instar du Cuirassé Potemkine me semblerait abusé mais j'ai trouvé ce film formidablement entraînant, drôle et sympathique en donnant à Peter et Sloane, Lio, Gilbert Montagné, Jean-Pierre Mader, Sabrina ou Jean-Luc Lahaye l'occasion de reprendre avec malice leurs tubes Eighties. Très fun. BR FR

Et au milieu coule une rivière / A river runs thought it (Robert Redford, 1992) 0
Dans les années 1920 dans le Montana, les jours de deux frères adeptes de la pêche à la mouche : l'un extraverti solaire (Brad Pitt, en voie de starisation et filmé comme un jeune Redford), l'autre introverti sombre (Craig Sheffer). Malgré les paysages et le lyrisme romantique des trois dernières minutes, l'académisme amidoné de la mise en scène et la fausseté générale provoque un ennui incoercible. D'où les baillements et le fast forward. BR FR

2 juillet 2017

Films vus par moi(s) : juillet 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Rat fink (James Landis, 1965) **
Un psychopathe narcissique monte à Hollywood pour y conquérir sans scrupule la célébrité au disque et à l'écran. Considérée perdue pendant 50 ans, une pépite de la Série B qui fut autoproduite par son acteur Schuyler Hayden (1941-1978) pour lancer sa carrière (ça échoua). La fusion drame-thriller-mélodrame est étonnante, comme le casting, assez over the top. La photo N&B, signée Vilmos Zsigmond, est magnifique et surclasse le budget. BR US

Stories we tell (Sarah Polley, 2012) ***
Munie d'une caméra, d'un micro et de films Super 8, la réalisatrice engage son père, sa fratrie et des proches à évoquer sa mère décédée et à lever un secret familial. Si l'histoire personnelle de ces gens n'est pas si extraordinaire que ça, le documentaire réserve des surprises formelles qui interrogent sur la crédibilité du regard et de la mémoire familiale individuelle et collective. Et du cinéma. Difficile d'en dire plus sans déflorer ce bel essai. BR DE 

The lickerish quartet (Radley Metzger, 1970) **
Dans un château italien, le propriétaire, sa femme et leur fils regardent et commentent un porno. Peu après, ils croisent une jeune femme qu'ils pensent en être l'actrice et l'invitent chez eux. Un classique de l'érotisme ambitieux et chic du tournant des 70's par son meilleur artisan. Le scénario alambiqué lorgne du côté de Marienbad et semble dire des choses sur la culture affrontée au désir. La photo et les décors sont superbes. BR UK   

La nuit des morts-vivants / Night of the living dead (George A. Romero, 1968) ***
Confiné dans une maison isolée, un petit groupe tente de résister aux assauts de morts-vivants. La pierre angulaire du film moderne de zombies reste, près de 50 ans après sa sortie, un modèle de narration, de mise en scène et d'efficacité mais aussi de subtilité dans son message politique. Obligé par son petit budget, Romero innove et surprend dans ses choix de lumière, de placement de caméra et de direction d'acteurs. Un chef-d'oeuvre. BR FR  

Kon-Tiki (Joachim Ronning & Espen Sandberg, 2012) **
La traversée de Thor Heyerdahl et de ses équipiers entre le Pérou et la Polynésie en 1947. Cette adaptation norvégienne du best seller d'Heyerdahl est un pur film d'aventures qui ne quitte pas le radeau après le largage des amarres. L'ennui, les tensions entre les aventuriers, les rencontres avec les requins, les plats et les tempêtes se succèdent dans des images soignées où manque peut-être un peu d'émotion. Avec un solide casting blond. BR DE

Kong : Skull Island (Jordan Vogt-Roberts, 2017) 0
En 1973 (ça permet les références au Vietnam), une expédition scientifico-militaire part explorer une île inconnue et y est accueillie par un Kong. Les nombreux décors et monstres fantastiques qui peuplent le film - pas un remake mais une variation - mériteraient mieux mais la faiblesse du scénario et de la mise en scène, qui enfilent sans corps ni âme les séquences d'action, empêche la sauce de prendre et l'ensemble n'a aucun goût. BR FR

Les femmes du 6e étage (Philippe Le Guay, 2011) 0
Au début des années 1960 dans le 16e arrondissement de Paris, un couple de bourgeois découvre la vie et la condition des bonnes espagnoles de leur immeuble qui sont logées sous les toits. Fabrice Luchini (exceptionnellement sobre) et Sandrine Kiberlain sont très bien mais les péripéties attendues, le message social appuyé et les tartines de bons sentiments m'ont écoeuré et comme j'ai laissé tomber au bout de 50', je ne peux vous raconter la fin. DVD Z2 FR

Les aventures de Tom Pouce / Tom Thumb (George Pal, 1958) **
La sincérité émerveillée des films de George Pal est irrésistible : Tom Pouce ne fait pas exception. Cette fantaisie musicale autour du conte des frères Grimm est un film pour enfants idéal, véritable livre animé en Technicolor avec des décors chaleureux, des effets spéciaux "vieille école" (ce n'est pas dépréciatif), des marionnettes et un Russ Tamblyn bondissant au milieu d'accessoires géants. Dans le genre, c'est une une sorte de classique. DVD Z2 FR

Le cuirassé Potemkine / Bronenosets Potemkin (Sergei M. Eisenstein, 1925) ***
En 1905 dans le port d'Odessa, la mutinerie de l'équipage du Potemkine, soutenue par la population, est réprimée par les cosaques du Tsar. Ce classique des classiques, monument de propagande soviétique et de cinéma visionnaire, résiste impérial aux décennies. L'illustre séquence de l'escalier est le sommet du film, qui foisonne par ailleurs d'autres scènes inoubliables. J'avais oublié comme la composition de chaque plan est une perfection. BR US  

Slow West (John Maclean, 2015) **
En 1870, un ado Ecossais part à la recherche dans l'ouest américain d'une fille dont il était amoureux et paye un outlaw pour l'accompagner dans l'univers hostile qu'il découvre. Kodi Smit-McPhee et Michael Fassbender forment un couple improbable mais émouvant dans ce western "art house" qui prend son temps dans des paysages magnifiques. La montée en puissance de la fin teint ce qui a précédé d'une mélancolie bouleversante. BR DE 

Détective Dee II : La légende du Dragon des Mers / Di Renjie :  Shen du long wang (Tsui Hark, 2013) **
Au 7e siècle, le détective Dee enquête pour l'Impératrice sur un monstre marin qui a détruit la flotte de l'Empire. Il croise une beauté en péril, un homme poisson, du thé vert contaminé... Cette extravanganza chinoise en met plein les yeux (décor, mouvement, couleur et 3D géniale) dans un spectacle outrancier, visuellement très réjouissant, mais au scénario étiré et décousu qui l'empêche d'atteindre au chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être. BR 3D FR 

Ares (Jean-Patrick Benes, 2016) 0
En 2035 dans un Paris devenu tiers-monde, un néo-gladiateur est sponsorisé par un labo pharmaceutique pourri qui teste sur lui un dopant. Un rare film de SF français dont l'atmosphère poisseuse qui fait penser à Blade Runner, les visuels dystopiques soignés et le monolitique Ola Rapace sont le meilleur. Pour le reste, l'histoire attendue est à peine passable et les autres acteurs frôlent l'amateurisme sur des dialogues plus que faiblards. BR FR

Room (Lenny Abrahamson, 2015) ***
Kidnappée, une jeune femme (Brie Larson) vit sequestrée dans une pièce avec le fils de 5 ans (Jacob Tremblay, qui fait une prestation extraordinaire) qu'elle a eu de son ravisseur. Un film émotionnellement dévastateur sur l'amour réciproque entre une mère et son enfant, élevé hors du monde. Le point de vue est celui du petit garçon, ce qui en multiplie l'intensité, comme dans l'irrespirable séquence de l'évasion, à la mise en scène admirable. BR FR

Dernier train pour Busan / Busanhaeng (Sang-ho Yeon, 2016) **
Dans un train coréen, des passagers tentent de résister aux attaques de zombies épileptiques. L'intrigue minimaliste est le prétexte pour le réalisateur à une succession de morceaux de bravoure utilisant une caméra très mobile dans des décors contraignants. Il y a de l'action, du suspense et du nonsense et aucune métaphore sociale ou politique. C'est donc un pur film de zombies, tendu et fun comme il faut pour ceux qui aiment le genre. BR FR

Sole survivor (Paul Stanley, 1970) 0
L'épave d'un avion militaire crashé dans le désert lybien pendant la guerre est retrouvée 20 ans après. Le capitaine qui en avait réchappé vient sur le site où errent les fantômes de l'équipage, six morts sans sépulture. L'histoire est digne de "The Twilight Zone" mais étirée sur 90', l'intérêt s'émousse vite d'autant que la réalisation de téléfilm (c'en est un) en décor unique patine. Ce qui aurait pu être un bon épisode de la série métaphysique n'y arrive pas. BR UK 

L'ornithologue / O ornitologo (Joao Pedro Rodrigues, 2016) *
Un ornithologue perdu dans la nature du nord du Portugal y fait des rencontres déconcertantes : deux pèlerines chinoises vers Saint-Jacques, un groupe de chamanes, un berger sourd-muet, des Amazones... Malgré la beauté des décors sauvages, de la photo et la présence sexuelle de Paul Hamy, ce qui se révèle une allégorie de la vie de Saint Antoine de Padoue vire au n'importe quoi par excès de symbolisme catho et de kitsch abscons. DVD Z2 FR

Pleins feux sur l'assassin (Georges Franju, 1961) 0
Les héritiers d'un comte breton décédé se réunissent dans le château familial et disparaissent un à un. Un navet embarrassant par le réalisateur du génial "Les yeux sans visage" (1960) et les scénaristes Boileau-Narcejac. L'histoire est nulle et le rythme anémié (à part la scène de la pièce sans acteurs et les funérailles de la fin sur du Brassens). Si Jean-Louis Trintignant fait le boulot, Dany Saval est épouvantable. J'en ai vu la moitié en accéléré. BR UK

Dalida (Lisa Azuelos, 2016) 0
Sveva Alviti est belle et capture souvent quelque chose de la présence de Dalida dans ce biopic par ailleurs lourd et plombant. La vie de la chanteuse y est résumée à ses drames affectifs, de ruptures en suicides, en une vallée de larmes illustrée par des chansons aux paroles significatives. Sur la carrière de la star, pas grand chose, le scénario ne s'attachant qu'à la douleur et au tragique. La mise en scène scolaire n'arrange rien. BR FR

The divide (Xavier Gens, 2011) 0
Huit survivants d'une attaque nucléaire piégés dans le sous-sol d'un immeuble retournent à la barbarie. Un huis clos entre SF, horreur et survival qui martèle confusément son message rabâché : l'Homme est un loup pour l'Homme. L'outrance du jeu des acteurs et des situations pourraient tirer le film vers le camp mais le manque total de distanciation, les défauts du scénario et du rythme ruinent le potentiel, principalement le décor de la cave. BR FR  

Le bal des pompiers (André Berthomieu, 1949) **
En 1944-1945 près de Paris, une famille vit l'exaltation, les sacrifices et les magouilles de la Libération et de la Victoire. La guerre à peine finie, un film étonnant et sans langue de bois qui, en adaptant la pièce explosive de Jean Nohain, étrille les comportements d'acclimatation des Français moyens pendant et après l'Occupation. Tout le monde en prend pour son grade sur un rythme effréné et des dialogues drôles et caustiques. La fin est superbe. DVD Z2 FR

La La Land (Damien Chazelle, 2016) 0
A L.A., les amours contrariées de deux aspirants au show-business. Ecrasé sous ses références aux classiques du genre, un Musical post moderne où tout est faux et fabriqué et où la roublardise pointe dès la première séquence. L'ennui s'installe ensuite, jusqu'à la très belle dernière scène. Les chansons sont bonnes, Ryan Gosling et Emma Stone aussi mais la mise en scène retient toute émotion et dynamisme, le comble pour un Musical. BR DE

4 juin 2017

Films vus par moi(s) : juin 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Nasty baby (Sebastian Silva, 2015) **
Deux mecs en couple donnent leur sperme pour fertiliser leur meilleure amie. Les 3/4 de cet indie sont une comédie de société et de moeurs qui décortique avec humour l'univers des bobos de Brooklyn jusqu'à ce qu'un twist noir en déstabilise l'esprit pour l'orienter vers une métaphore sur la gentrification sauvage. Tous les excellents acteurs sont d'un naturel rare et font beaucoup pour la réussite de ce film à la structure et au sens intrigants. BR UK 

Une Reine est couronnée / A Queen is crowned (Christopher Fry, 1953) **
Du départ en carrosse de Buckingham Palace au retour pour saluer la foule au balcon en passant par la cérémonie à Westminster et la parade des forces du Commonwealth, le document fondamental sur le sacre d'Elizabeth II, le 2 juin 1953. Les images de la jeune monarque de 27 ans face à la pompe royale semblent issues d'un autre monde et d'un autre temps, sublimées par un extraordinaire Technicolor d'or, de pourpre et d'azur. BR UK

Tower (Keith Maitland, 2016) **
Le 1er août 1966, 16 personnes étaient tuées et 32 blessées par un sniper depuis la tour de l'Université du Texas à Austin. 50 ans après, ce film document très original fusionne images et sons d'archives, animation en rotoscopie et interviews récentes de témoins pour raconter au coeur de l'action les histoires individuelles des malchanceux, des héros et des couards qui furent pris dans ce fait divers collectif et prémonitoire. BR US  

The sessions (Ben Lewin, 2012) **
Un tétraplégique de 38 ans fait des séances de thérapie avec une assistante sexuelle. John Hawkes et Helen Hunt sont formidables dans ce film, tiré d'une histoire vraie, qui évite le voyeurisme pour raconter avec pudeur, émotion et humour l'éveil au sexe et aux sentiments d'un handicapé vierge. La mise en scène discrète laisse la place aux acteurs (William H. Macy en prêtre confesseur bienveillant). Un film touchant sans mauvais jeu de mots. BR FR

Ao, le dernier Néandertal (Jacques Malaterre, 2010) **
Dans le genre fermé du film néandertalien, celui-ci est convaincant. Il y a 30.000 ans, un homme de Néandertal isolé fait un périple à risques entre Sibérie et Méditerranée au cours duquel il rencontre une Sapiens. Les acteurs derrière le maquillage, les paysages, la production et le scénario pas idiot (malgré quelques maladresses et une fin convenue) font qu'on ne s'ennuie pas une minute. Un bon film d'aventures au goût de documentaire. BR FR (à voir absolument dans la version néandertalienne, "sans voix off" ni sous-titres)

Sophie Scholl, les derniers jours / Sophie Scholl, die letzten Tage (Marc Rothemund, 2005) ***
En février 1943 à Munich, l'arrestation, les interrogatoires et le procès inique de la jeune activiste de 21 ans opposée avec son frère et son groupe La Rose Blanche au régime nazi. Les cinq derniers jours de l'héroïne allemande sont portés à l'écran dans une succession de scènes de dialogues menaçants. Julia Jentsch prête son visage et sa voix à Sophie Scholl dans une prestation assurée et bouleversante. Un film d'une austérité puissante. BR DE  

Jack et la mécanique du coeur (Mathias Malzieu & Stéphane Berla, 2013) *
Un garçon malade du coeur tombe amoureux d'une gamine de son âge en y risquant sa vie. J'aurais aimé mieux noter ce film à l'histoire mélancolique et à l'animation réussie dont l'atmosphère bric à brac 1900 et les thèmes morbides évoquent le premier Tim Burton mais le scénario trop relâché cède finalement à l'ennui. Tout le début et la fin sont très bons et les chansons 100% Nouvelle Scène Française apportent une branchitude insolite. BR FR

Manchester by the Sea (Kenneth Lonergan, 2016) ***
Un loser taciturne (Casey Affleck) dont le frère vient de mourir doit s'occuper de son neveu adolescent. Chacun pour leurs propres raisons, les personnages souffrent en silence, écrasés par le poids du deuil et de la culpabilité, dans ce film digne et douloureux où l'émotion ne passe pas par des démonstrations mais par des silences portés par un choix musical lyrique. Si le titre n'était pas pris, il aurait pu s'appeler "Un coeur en hiver". BR US

Battement de coeur (Henri Decoin, 1940) **
Une jeune voleuse (Danielle Darrieux, 22 ans et mignonne comme tout) tombe amoureuse de sa victime, un fringant attaché d'ambassade. Petites arnaques d'objets, d'identités et de sentiments tissent la toile de cette comédie à l'américaine charmante dont l'atout majeur est ses acteurs, notamment les seconds rôles : Saturnin Fabre en prof de pickpocketterie, Jean Tissier en désabusé, André Luguet en diplomate, Carette en Carette. DVD Z2 FR 

The Riot Club (Lone Scherfig, 2014) 0
Douglas Booth, Max Irons, Sam Claflin... : les nouveaux (jolis) visages du cinéma UK sont le seul intérêt de ce film autour d'un club privé d'étudiants friqués d'Oxford. Bizutage, soirées arrosées, mépris de classe et humiliations dressent le portrait  d'une micro société masculine narcissique à l'extrême. L'histoire tirée d'une pièce a du potentiel mais l'écriture et la réalisation amorphes tirent tout vers le bas. J'en ai vu 30', le reste en fast forward. BR DE

Naples au baiser de feu (Augusto Genina, 1937) ***
Alors que le tombeur Tino Rossi s'apprête à épouser la douce Mireille Balin, son pote de toujours le naïf Michel Simon ramène à la maison Viviane Romance, une nympho. Les passions se déchaînent sous la canicule napolitaine. Un réjouissant mélodrame avec ce qu'il faut de suées, de négligés et de ritournelles, emporté par un quatuor d'acteurs de rêve (plus Dalio) et une solide mise en scène. D'un roman de gare, un formidable film. VHS FR

Jours de France (Jérôme Reybaud, 2016) ***
Ayant quitté subrepticement son compagnon, un parisien trentenaire part en voiture sur la route et fait de multiples rencontres d'hommes et de femmes, jeunes et vieux, tous liés par la solitude affective et sexuelle. Un road movie mélancolique mais souvent drôle sur une France rarement vue au cinéma, celle des parkings, des villages désertifiés et des maisons isolées. On pense à Guiraudie et à Vecchiali dans l'amour de l'humain, de l'éros et du mot. DVD Z2 UK  

8 mai 2017

Nacho Mucho

L'illustrateur madrilène Nacho Castro s'est fait une spécialité des acteurs hollywoodiens. Dans le genre, c'est pas mal du tout.

Montgomery, Robert, Rock, Steve, Tyrone, Warren, Charlton, Gary, James, Marlon, Frank, Errol : en voilà une douzaine.













2 mai 2017

Films vus par moi(s) : mai 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Moby Dick (John Huston, 1956) *
Un capitaine de baleinier (Gregory Peck, jouant la folie hallucinée) est obsédé à retrouver le cachalot blanc qui l'a blessé. La trame du roman de Melville est préservée dans une adaptation qui insiste sur la métaphysique du combat titanesque. Plusieurs scènes superbes (le début, les moments avec le tatoué, le calme plat, les apparitions de la bête) rythment le film par ailleurs bavard et monocorde. Une étonnante fusion d'aventure et de Verbe. BR FR      

Alliés / Allied (Robert Zemeckis, 2016) **
En 1942-1943 à Casablanca et à Londres, deux espions en mission tombés amoureux se marient quand il est informé qu'elle serait un agent double au service des nazis. Brad Pitt et Marion Cotillard se glissent dans deux rôles à la Bogart/Bergman dans ce thriller romantique de guerre qui reprend et actualise avec perspicacité tous les codes scénaristiques et techniques des classiques de l'âge d'or hollywoodien. Un exercice de style réussi. BR FR

Evolution (Lucile Hadzihalilovic, 2015) *
Dans un hameau perdu de bord de mer, des sortes d'infirmières font de mystérieux actes de chirurgie sur de jeunes garçons. Avec peu de budget mais un sens aigü de l'image et de l'ambiance, la réalisatrice compose un film plastiquement superbe et plein d'horreurs et de tabous suggérés mais où les questions restent ouvertes, jusqu'à la pose. La maîtrise formelle n'empêche pas de buter sur les ficelles de ce pur film d'art et d'essai. DVD Z2 UK  

Tampopo (Juzo Itami, 1985) **
Au Japon, une restauratrice se fait aider par une petite bande de types à relever la qualité de ses ramens. Un film vraiment original qui construit son histoire simple par l'accumulation de séquences décalées où l'humour absurde fusionne avec la chronique sociale et le sexe. Le tout en pillant les codes du western et des classiques du cinéma japonais. L'obsession des Japonais pour la nourriture y est célébrée avec culot et tendresse. BR UK

La religieuse (Guillaume Nicloux, 2013) *
La jeune Suzanne Simonin, close de force dans un couvent, subit les assauts sadiques d'une mère supérieure et dans un autre, les assauts amoureux d'une autre. Cette adaptation de Diderot prend le parti de la hauteur de vue et de la dénonciation outragée. C'est honorable et d'actualité mais la charge ironique du roman avait du piment, qui manque ici. Pauline Etienne est très bien en novice harcelée, Isabelle Huppert fait son numéro. BR DE

Gibier de potence (Roger Richebé, 1951) ***
Un jeune homme se laisse entraîner dans la pornographie et la prostitution par une proxénète amorale. Une histoire qui inverse les stéréotypes autour d'un scénario tout en suggestions salaces pour dresser un constat de la confusion et des chausse-trappes de l'après-guerre. Georges Marchal est excellent en gigolo victimisé et Arletty magnétique en manipulatrice frigide. Un film très étonnant pour son temps et par ses audaces thématiques. DVD Z2 FR  

Les Invisibles (Sébastien Lifshitz, 2012) ***
Un formidable documentaire autour de quelques homosexuel(le)s de 75 à 85 ans, à la ville et à la campagne, qui parlent de leur vie, de leurs luttes et du temps qui fuit avec lucidité et humour. Voir et écouter cette génération née dans les années 1920-1930 qui a tout connu est une leçon d'humilité et d'humanisme. Ils s'appellent Yann et Pierre, Bernard et Jacques, Pierrot, Thérèse, Christian, Catherine et Elisabeth, Monique, Jacques. Des braves. TV

Opération Anthropoid / Anthropoid (Sean Ellis, 2016) 0
En 1942 à Prague, la préparation et la suite de l'assassinat d'Heydrich par quelques résistants tchèques. Un film purement illustratif qui rappelle l'histoire honnêtement mais manque de vision dans la mise en scène : on s'ennuie pendant la première partie et la seconde vire à la pétarade. Et ces accents slaves des acteurs internationaux (Cillian Murphy, Jamie Dornan, Charlotte Le Bon, Toby Jones...) ! "Walkyrie" (2008) était bien meilleur. BR DE 

Dumbo (Ben Sharpsteen, 1941) ***
Un éléphanteau aux oreilles trop grandes subit l'humiliation avant de prendre son envol. En 64 minutes seulement, Dumbo réussit à faire rire, à indigner, à émouvoir et à oser une métaphore subtile sur les complexités du racisme et de la ségrégation : chaque âge peut voir et revoir le film sous un angle différent. Les séquences du montage du cirque et du rêve aux éléphants roses sont parmi les meilleures de Disney. Un inaltérable chef-d'œuvre. BR FR 

The pass (Ben A. Williams, 2016) *
Etalées sur dix ans, trois rencontres à huis clos entre deux footballeurs gays aux prises avec leur carrière et leur sexualité. Adapté d'une pièce, ce film théâtral et bavard est présenté comme un regard sur les conséquences affectives de la placardisation des sportifs de haut niveau. J'y ai surtout vu un alibi de montrer sous toutes les coutures deux bomecs en slip. Leurs rires, leurs défiances et leurs engueulades en deviendraient superflus. DVD Z2 UK 

Le dernier des six (Georges Lacombe, 1941) **
Six amis qui se sont partagés un magot se retrouvent cinq ans plus tard et sont assassinés un à un. On reconnaît la patte de Clouzot au scénario, dont l'enquête à péripéties n'est que prétexte à dessiner des personnages aux dialogues malins. La mise en scène est assez terne, hormis la photo en clair obscur. Avec des scènes de cabaret plutôt décalées et une distribution de choix : Pierre Fresnay, Jean Chevrier, Michèle Alfa, Jean Tissier, Suzy Delair. BR FR

Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire (Yann L'Hénoret, 2017) ***
Diffusé le lendemain de la victoire du Président élu (et donc avant son investiture), un étonnant document en flashback qui donne à voir ce que son titre indique. Ou ce qu'on veut nous en faire voir, toutes les séquences dressant le portrait de l'homme et de son équipe dans la réflexion, l'action et la réaction positivement choisies. En collant au plus près du corps des personnages, l'immersion du spectateur est totale, émotionnelle et physique. TV

Instinct de survie / The shallows (Jaume Collet-Serra, 2016) *
Une surfeuse (Blake Lively, interchangeable) coincée sur un rocher au large d'une plage essaye d'échapper à un requin blanc qui l'a blessée. Toute l'histoire est là, racontée par un scénario et une mise en scène appliqués et sans surprise (sauf une originale scène de méduses) dont on voit toutes les coutures dès le début et dont la résolution est décevante. Mais les films de requins ne demandent pas de grandes exigences, alors on va jusqu'au bout. BR FR

Le sous-marin de l'Apocalypse / Voyage to the bottom of the sea (Irwin Allen, 1961) *
Un sous-marin part en mission éteindre une ceinture de feu atmosphérique avec un tir de missile. Un film de SF totalement débile, aux péripéties et personnages ridicules mais dont le kitsch et l'humour involontaires permettent, une fois passés les bavardages de la première moitié, de le regarder amusé. Les effets spéciaux sont d'époque, le Technicolor claque et il y a Walter Pidgeon, Joan Fontaine, Peter Lorre et Frankie Avalon. BR UK

Deepwater Horizon (Peter Berg, 2016) **
Le 20 avril 2010, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon explose après un accident de forage. La catastrophe est reconstituée à la hollywoodienne (et plutôt bien, en décors et CGI) sur un scénario qui prend le point de vue d'un héroïque ingénieur (Mark Wahlberg). Après l'exposition, la longue séquence des signes précurseurs créé une tension qui ne se relâche qu'à la fin du film, inutilement mélodramatique. Du bon spectacle à suspense. BR DE

The walker (Paul Schrader, 2007) *
Un dandy gay sur le retour, homme de compagnie d'épouses de diplomates, est mêlé à un meurtre. Le formidable film ethnologique que le sujet laissait espérer (la faune de Washington, le portrait d'un accompagnant de luxe) est trahi par l'enquête criminelle, convenue. Dommage parce que toutes les scènes de société et de ragotages sont brillantes. Avec Woody Harrelson (surprenant), Kristin Scott Thomas, Lauren Bacall, Lily Tomlin. BR DE    

Winter's bone (Debra Granik 2010) *
Une fille de 17 ans cherche son père disparu pour éviter la saisie de leur maison. Il y a peu d'action et les gueules sont renfrognées jusqu'à l'ennui dans ce film dont les deux atouts sont d'être les débuts de Jennifer Lawrence (très bien comme toujours) et d'avoir comme décor la tristesse des monts Ozark, une région abandonnée des USA et le domaine des hillbillies. Les images grises font penser aux photos régionalistes des années 30. Lugubre. BR UK

Moonlight (Barry Jenkins, 2016) ***
Trois moments (enfant, ado et adulte) de la vie d'un jeune noir américain gay de Miami et les schémas d'évitement qu'il met en place pour survivre dans un univers difficile. Un film magnifique, thématiquement et plastiquement, qui utilise à merveille l'ellipse pour évoquer sans grands gestes mais tout en finesse l'éveil d'un corps et d'une âme. Toutes les séquences sont belles, portées par des personnages et des acteurs bouleversants. Vraiment fort. BR US