1 novembre 2017

Films vus par moi(s) : novembre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Le marteau des sorcières / Kladivo na carodejnice / Witchhammer (Otakar Vavra, 1970) **
Dans un village tchèque au 17e s., le vol d'une hostie déclenche une chasse aux sorcières avec tortures, procès et bûchers. Doté d'une magnifique photo en N&B, ce film historique part d'un fait divers pour dénoncer les crimes des régimes autoritaires (ici, Moscou après le Printemps de Prague) et les abus faits aux femmes. Le sujet et la direction artistique donnent l'impression de regarder un film de la Hammer, kitsch et second degré en moins. BR UK

Man in an orange shirt (Michael Samuels, 2017) *
En 1945, deux soldats ont une liaison empêchée par le mariage de l'un. En 2017, son petit-fils, accro aux applis de rencontres gay, découvre l'histoire de son grand-père. Cette miniseries en 2 épisodes de la BBC met en miroir deux relations homosexuelles distantes de sept décennies. La forme est académique et la musique un tire-larmes mais c'est regardable et touchant, notamment par la présence olympienne de Vanessa Redgrave. DVD Z2 UK

Les inconnus dans la maison (Henri Decoin, 1942) ***
Un inconnu est assassiné dans la maison bourgeoise d'un ancien magistrat alcoolique qui reprend la robe pour l'occasion. Si l'enquête et sa résolution expédiée n'ont aucun intérêt, la galerie des personnages et des acteurs est un régal (sauf Juliette Faber, terriblement fade) et les dialogues de Clouzot sont souvent d'une causticité hilarante, surtout quand ils sont dits par Raimu à son sommet. Le regard sur la jeunesse désoeuvrée, lui, est prémonitoire. Cinémathèque

Coup de tête (Jean-Jacques Annaud, 1979) ***
Dans une ville de province, un loser faussement accusé de viol se retrouve adulé après avoir marqué deux buts en championnat de foot. Il aura sa vengeance. L'hypocrisie d'une certaine France moyenne et l'absolution par la gloire sont les thèmes sérieux de cette comédie de société portée par un refrain entêtant, un formidable casting de gueules et évidemment Patrick Dewaere, dont le jeu expressif et les yeux tristes touchent en plein coeur. BR FR

The apple (Menahem Golan, 1980) 0
En 1994 du futur, un couple de chanteurs de ballades est engagé par BIM, une compagnie tentaculaire genre Amazon qui vend du Disco-Glam et est dirigée par un PDG démoniaque et sa folle. Toute espèce de talent a déserté cette insanité musicale tournée à Berlin Est où on trouve pêle mêle des orgies et des paillettes, des hippies dans une grotte, Dieu qui débarque en Rolls blanche... Mais c'est tellement nul que c'en est (presque) jouissif. BR US 

Le vaisseau fantôme / The sea wolf (Michael Curtiz, 1941) **
Adaptation du roman de Jack London. Le capitaine sociopathe d'un voilier crapuleux tient son équipage par la crainte jusqu'à la montée à bord de trois naufragés rebelles. Le savoir faire de la Warner et du réalisateur font des merveilles avec ce huis clos psychologique en mer où s'affrontent un Edward G. Robinson génial, un John Garfield charismatiquement moderne, Ida Lupino et Alexander Knox. Dans les Limbes avec des âmes perdues. BR US 

Desierto (Jonas Cuaron, 2015) **
Dans le désert sud-californien, quelques migrants illégaux mexicains (dont Gael Garcia Bernal) sont tirés à vue par un suprémaciste aidé de son féroce chien berger. Cette transposition contemporaine de "La chasse du comte Zaroff" (1932) est un survival violent, sec et efficace. Le voir sous l'ère Trump (mais il a été réalisé avant) lui apporte un supplément d'intérêt : du "mur" aux fusils d'assaut et au rejet de l'Autre, le film en cristallise les obsessions. BR FR

Poil de carotte (Julien Duvivier, 1932) ***
A la campagne, un petit rouquin haï par sa mère et ignoré par son père - qu'il appelle Mme et M. Lepic - tente de vivre malgré tout. D'après Jules Renard, ce remake parlant par Duvivier de son film muet est fort d'une mise en scène dynamique et de ses acteurs : Harry Baur tout en retenue, Catherine Fonteney hystérique en marâtre caricaturale et bien sûr l'inoubliable et tragique Robert Lynen, dont le naturel rayonne. La fin est bouleversante. DVD Z2 FR

Jeannette (Bruno Dumont, 2017) ***
Adaptation du "Mystère de la charité de Jeanne d'Arc" de Péguy qui en reprend le texte incantatoire, ici récité, chanté et dansé sur de l'electro par des jeunes non-professionnels dans les dunes du Nord. Le résultat est déstabilisant, le film ne ressemblant à rien de connu. Si (et seulement si) on se laisse aller à son concept radical et à son rythme, cette évocation de l'enfance de Jeanne d'Arc se révèle lumineuse, drôle et pleine de grâces. BR FR 

Le portrait de Jennie / Portrait of Jennie (William Dieterle, 1948) ***
Une adolescente solitaire dont un peintre new-yorkais fait le portrait se métamorphose à vue d'oeil en une jeune femme dont il tombe amoureux. Jennifer Jones et Joseph Cotten vivent une histoire d'Amour Fou dans ce mélodrame fantastique que son kitsch sincère rend sincèrement touchant. La musique sur des thèmes de Debussy en renforce la charge poétique et la fin est un grand moment du Surréalisme au cinéma. Avec Ethel Barrymore.  BR US   

Les survivants / Z for Zachariah (Craig Zobel, 2015) 0
Après l'Apocalypse nucléaire, une jeune femme (Margot Robbie) survit seule dans une maison de campagne épargnée. Elle y accueille un autre rescapé (Chiwetel Ejiofor). Ils sont rejoints par un troisième (Chris Pine). Les deux mecs se toisent. Un film pensé comme du Bergman américanisé mais qui suinte l'ennui à trop vouloir la retenue et la hauteur. La religion, hélas, est aussi de la partie. Les acteurs sont très bien, comme le paysage. BR DE

Titanic (Herbert Selpin, 1943) **
Die Titanic sinkt. La version de l'histoire voulue par Goebbels voit le naufrage provoqué par la cupidité des investisseurs anglais et l'ignorance des avertissements d'un officier allemand. Hormis ce point de vue appuyé, ce film nazi glisse sans effort du mélodrame bourgeois à la catastrophe en passant par le commentaire social avec un bon casting et des trucages assez efficaces. Le réalisateur, lui, a été "suicidé" avant la fin du tournage. BR US 

Jackie (Pablo Larrain, 2016) **
Fin novembre 1963, Jacqueline Kennedy organise à Washington les funérailles de son mari assassiné. Natalie Portman est de tous les plans - et souvent en gros plan - de ce fragment de biopic qui est aussi l'évocation d'une désagrégation après un choc traumatique. Une puissante mélancolie existentielle baigne le film, porté par des voix atténuées et une musique dissonante. L'hommage à une fascinante First Lady et à son interprète. BR FR

La fête à Henriette (Julien Duvivier, 1952) **
A Paris, le 14 Juillet mouvementé de deux amoureux (Dany Robin et Michel Roux, assez fades malheureusement). Enfin si on veut parce que le film tout entier est un exercice de style autour de son scénario en construction au fil de l'eau. L'idée et la mise en scène sont formidablement originales et dynamiques (même si la seconde moitié fléchit un peu) et revoir Paris en 1952 est un bonheur. Une oeuvre ludique d'une imagination débridée. BR FR

Valentin Valentin (Pascal Thomas, 2014) 0
Dans un immeuble parisien, un jeune homme (Vincent Rottiers) subit malgré lui l'attirance ou le rejet de ses voisins. Librement adapté de Ruth Rendell, une comédie de moeurs qui débute sur un meurtre, histoire de montrer que derrière la comédie se joue le drame. Rien ne tient, ni la galerie des personnages pittoresques, ni les péripéties artificielles, ni la mise en scène. On dirait du Klapisch mâtiné de "Plus belle la vie" et de Cioran. Lamentable. DVD Z2 FR

Le monde perdu / The lost world (Harry O. Hoyt, 1925) ***
Le Prof. Challenger conduit des équipiers sur un haut-plateau d'Amazonie où des dinosaures ont survécu. Ce film muet d'aventures d'après Conan Doyle est le premier long métrage où acteurs et créatures en stop motion se partagent l'image dans des décors de jungle et de ville. Willis O'Brien est déjà aux effets spéciaux, quelques années avant "King Kong" (1933) et invente des scènes dynamiques de combat, d'éruption et de chaos. BR US 

Nachthelle (Florian Gottschick, 2014) 0
Une quadragénaire, son boyfriend dans la vingtaine et un couple gay passent un weekend dans une maison de campagne. L'un des gays est l'ex de la quadragénaire, l'autre psychanalyste. Vous imaginez. Un petit film allemand dont le scénario, qui hésite entre psychologie et symbolisme, échoue à donner du signifiant à un tissu de lieux communs. Le virage fantastique de la fin est le pompon. On sent qu'ils ont essayé pourtant. DVD Z2 DE

22 octobre 2017

Continental Films de Christine Leteux

Un livre important sur un sujet passionnant

"Continental Films. Cinéma français sous contrôle allemand"

de Christine Leteux
La Tour Verte, 2017


Qui s’intéresse à l‘Occupation et au cinéma français sait que la période 1940-1944 fut marquée, en France et pour l’industrie cinématographique, par la puissance d’une société de production française à capitaux allemands : Continental Films. A l’évocation de son nom, des titres, des personnalités et des événements liés à son histoire viennent à l’esprit : "Le Corbeau", "L’Assassinat du Père Noël",  "Premier Rendez-vous",  "La Symphonie Fantastique", "La Vie de Plaisir", Henri Decoin, Henri-Georges Clouzot, Maurice Tourneur, Danielle Darrieux, Harry Baur, Fernandel, Pierre Fresnay, le voyage à Berlin, l’affaire du Corbeau… Et en filigrane, un homme d’affaires dont le nom n’apparaît sur aucun générique mais qui dirigea le météorique destin de cette société de production pas comme les autres : Alfred Greven.


Ces titres, ces noms et ces événements ont créé une sorte de mémoire collective de l’historien et du cinéphile qui reposait jusqu’à maintenant sur un panaché de faits avérés, de documents et de témoignages irréfutables mais aussi de réalités transformées et de fantasmes pris pour argent comptant et répétés jusqu’à devenir canoniques.

Le nouveau livre de Christine Leteux, « Continental Films. Cinéma français sous contrôle allemand », est une addition essentielle au très bref corpus d’ouvrages qui ont été consacrés à la Continental entre les années 1980 et aujourd’hui. Voici pourquoi.

Christine Leteux est historienne du cinéma mais aussi docteur en sciences : sa méthode, issue de sa formation, est celle de la recherche fondamentale et de l’étude objective des données disponibles. Pour son travail sur la Continental, elle a voulu tout remettre à plat et revenir aux sources originelles sur le sujet. En n’oubliant pas, mais en mettant de côté pour réexamen, les données vraies ou fausses mécaniquement répétées depuis des décennies. L’ouverture des Archives de l’Occupation et de l’Epuration en décembre 2015 lui a permis la réalisation de son projet de réévaluation : pour la première fois, la consultation des dossiers d’époque conservés aux Archives Nationales pouvaient donner une image précise et objective des parcours des personnes ayant eu des liens avec la Continental entre 1940 et 1944, de sa création à sa fin. Leurs dépositions auprès des Comités d’Epuration et les pièces conservées de leurs dossiers nominatifs individuels furent la matière première de cette réécriture seulement rendue possible par l’accès aux sources d'origine.


Le livre est une mine d’informations et de révélations qui retrace l’histoire de la Continental à travers celle de son administration et de ses talents créatifs associés. Grâce aux témoignages retrouvés des grandes et des petites mains de la société, la Continental réapparait sous un jour quelque peu différent de ce que la mémoire collective en avait gardé. Une société française à capitaux allemands, administrée à Paris par un opportuniste sachant s'entourer et surveillée de loin par Berlin, qui produisit trente films qu’on peut répartir en trois parts égales : dix chefs-d’œuvre, dix bons films et dix navets. La Continental fut aussi le terrain professionnel temporaire de metteurs en scène, d’acteurs, de scénaristes et de techniciens de très grand talent dont la grande majorité n’avait pas envie d’y travailler mais qui devait gagner sa vie et sauver sa peau lors de la période la plus difficile et complexe de l’histoire récente de la France. A travers les quatre années d'existence de cette société de production née d'une conjoncture hors-norme, c'est aussi le portrait d'un homme d'affaires nazi en France occupée et les quatre années d'Occupation du pays avec ses dangers, ses saloperies et ses héroïsmes qu'on retrouve en toile de fond. 


La lecture du livre apporte des informations nouvelles, parfois amusantes, souvent tragiques, mais toujours étonnantes sur des épisodes connus ou cachés du cinéma français sous l’Occupation.  On sait enfin le respect professionnel réciproque qu’entretenaient Greven et Clouzot, les tentatives de Danielle Darrieux d’échapper à son contrat, les coulisses du regrettable voyage à Berlin, les terribles conditions de la détention et de la mort d’Harry Baur, les manoeuvres ignobles qui ont conduit Léo Joannon à diriger le film « Caprices »,  le comportement courageusement risqué d’André Cayatte, l’intérêt lointain que Goebbels avait pour les films de la Continental, le fait surprenant que des juifs y travaillaient salariés, la légende noire de la fuite de Mireille Balin... Et qu’Alfred Greven n’était pas ce « cinéphile avant tout » mais bien un businessman nazi qui avait perçu l’opportunité d’une activité à fort potentiel lucratif en territoire occupé.


Et bien sûr, le livre étant de cinéma, les coulisses de la création de films Continental majeurs et mineurs sont racontées par des détails jusque-là ignorés : "Le Dernier des Six", "Annette et la Dame Blanche", "Les Inconnus dans la Maison", "L'Assassin habite au 21", "La Main du Diable", "Pierre et Jean", "Cécile est morte !", "Les Caves du Majestic"... en plus des titres déjà cités.

Les informations du livre, qui confirment, précisent ou réfutent celles qui circulaient depuis près de quarante ans (le début des premières publications sur la Continental) seraient à elles seules une raison sans appel de lire l’ouvrage. Mais il y a autre chose qui distingue le livre de Christine Leteux. « Continental Films » est rédigé dans une écriture et un style limpides qui évitent le piège du jargon universitaire pour une narration dynamique. L’histoire de la Continental y est racontée de l’intérieur par les dépositions des participants eux mêmes qui servent de socle à la construction narrative imaginée par l’auteur. « Continental Films » est un très solide livre d’histoire du cinéma qui se lit comme un roman, avec des personnages, des décors et des situations qui prennent vie sous nos yeux. Le style littéraire de Christine Leteux, qu’on avait déjà remarqué dans ses deux précédents livres de cinéma : « Albert Capellani » (La Tour Verte, 2013) et « Maurice Tourneur » (La Tour Verte, 2015), trouve ici un équilibre parfait entre le fond et la forme et fait de son livre, en plus d’un document incontournable, une lecture véritablement enthousiasmante.

Bertrand Tavernier, qui connaît bien le sujet - La Continental est au coeur de son film "Laisser-passer" (2002) - ne s'y est pas trompé : il a écrit une formidable préface au livre de Christine Leteux.

Un excellent livre, vous l'aurez compris.

400 pages / 23 €
Préface de Bertrand Tavernier

19 octobre 2017

1 octobre 2017

Films vus par moi(s) : octobre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

A ghost story (David Lowery, 2017) ***
Le fantôme d'un homme tué dans un accident reste dans sa maison, désertée par sa compagne. Malgré deux scènes embarrassantes de longueur et de suffisance (la tarte et le monologue), ce film fantastique intimiste change de point de vue à mi-parcours en glissant du thème du deuil à celui de la fuite temporelle. L'idée simple, universelle et expressive du drap blanc est un coup de génie. Un poème existentiel d'une infinie mélancolie. BR US

Les amants de Caracas / Desde alla (Lorenzo Vigas, 2015) * 
Un quinquagénaire taciturne (Alfredo Castro) paie de jeunes hommes de la rue pour se déshabiller devant lui. Une relation de défiance et de respect taiseux s'installe avec l'un d'eux (Luis Silva). Dans le décor de Caracas filmée comme le tiers-monde, ce film au rythme lent et aux dialogues économes diffuse une violence physique et psychologique sourde jusqu'à une fin inattendue qui renverse tout. On s'ennuie quand même un peu. DVD Z2 FR 

La noire de... (Ousmane Sembène, 1966) **
A Antibes, une jeune femme sénégalaise embauchée par un couple blanc comme nounou devient leur bonne à tout faire et dépérit. Prix Jean Vigo 1966, ce moyen-métrage (1h) dénonce avec virulence la lutte des races et des classes et l'arrogance post-coloniale. Le budget réduit est compensé par un style cinéma-vérité, lui même contredit par la voix off, le symbolisme et le jeu outrancier de la patronne prédatrice. Un film activiste mais désabusé. BR UK 

Ant-Man (Peyton Reed, 2015) 0
Un délinquant (Paul Rudd) est recruté par un inventeur (Michael Douglas) pour être miniaturisé à la taille d'une fourmi et effectuer une mission. D'une idée à potentiel, le scénario adapté d'une histoire Marvel déçoit au fil du film et la mise en scène est une indigestion de caméra virevoltante (les courses des fourmis et les vols des fourmis-ailées) et d'excès de CGI. Du produit industriel qui se consomme mais que pour ma part, j'ai lâché en route. BR DE

Le sixième continent / The land that time forgot (Kevin Connor, 1974) 0
En 1916, un sous-marin découvre une île perdue restée dans la Préhistoire. Après une première demi-heure à bord du submersible, on rencontre enfin, comme les personnages, les dinosaures et les Néandertaliens. Si les effets spéciaux désuets ont encore du charme, le scénario et la réalisation ineptes n'exploitent rien à part la bagarre. Cette adaptation d'Edgar Rice Burroughs avait marqué mon enfance. J'ai piqué du nez en la revoyant, hélas. BR US

Alien : Covenant (Ridley Scott, 2017) **
L'équipage du vaisseau Covenant découvre une planète potentiellement vivable et part l'explorer, pour son malheur. Après la métaphysique de "Prometheus" (2012), ce sixième titre de la série revient - en moins bon - à l'action bourrine, mais divertissante, de "Aliens" (1986). Le scénario dynamique n'a pas peur des incohérences mais le spectacle est là et les bébés aliens sont croquignolets. Une bonne série B à gros budget. BR DE  

Pasqualino / Pasqualino Settebellezze / Seven beauties (Lina Wertmüller, 1975) ***
Pendant la guerre à Naples, un maquereau bravache (Giancarlo Giannini, magnétique) qui protège l'honneur de ses sept soeurs commet un meurtre et se retrouve au tribunal, à l'asile et dans un camp de concentration. Les stratégies de survie de cet antihéros contradictoire et la question de ce qu'on serait prêt à faire pour sauver sa peau occupent ce film inclassable, comédie italienne et tragédie noire pleine d'images indélébiles. Une fable radicale. BR US

Le corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943) ***
Une pluie de lettres anonymes bien informées déstabilise une petite ville française. Produit sous l'Occupation par Continental Films, ce chef-d'oeuvre subversif dresse le portrait collectif d'une communauté close et le portrait individuel de ses membres, pétris de frustrations et de jalousies. La mise en scène accumule les séquences d'anthologie, de l'école au cimetière et Pierre Fresnay mène un casting éblouissant où chacun donne le meilleur. BR FR

Get out (Jordan Peele, 2017) ***
Un jeune homme noir (Daniel Kaluuya, une révélation) qui accompagne en weekend sa petite amie blanche chez les parents de celle-ci s'inquiète de leur comportement bizarre à son égard. En glissant de la romcom au thriller puis au fantastique horrifique sur un scénario et une mise en scène magistraux, un film popcorn malin comme tout qui se révèle un brûlot politique sur le racisme de peau formidablement rageur et dérangeant. BR DE

L'île du Dr Moreau / The island of Dr. Moreau (Don Taylor, 1977) 0
Un naufragé échoue sur une île où un scientifique illuminé mute des animaux en humains (les prothèses des humanimaux sont plutôt bonnes). Le génial roman d'H.G. Wells est adapté platement dans ce film avec Michael York et Burt Lancaster où le scénario se traîne trop sage et où la mise en scène ne décolle que dans la séquence finale de la révolte. Cette version n'arrive pas à la cheville de l'inoubliable de 1932 ni même de celle de 1996. BR UK

Borom sarret (Ousmane Sembène, 1963) ***
A Dakar, un pauvre taxi-charrette (le "bonhomme charrette" du titre) prend en charge quelques passagers successifs. Ce court-métrage sénégalais de 20' est le film fondateur du cinéma africain, par son premier réalisateur. Derrière l'intérêt historique, la fluidité de la mise en scène, la luminosité de la photo et la voix off construisent une oeuvre à la poésie simple contredite par le propos féroce sur les multiples degrés de l'exploitation et de la misère. BR UK   

Space station 76 (Jack Plotnick, 2014) **
L'équipage d'une station spatiale, accro au Valium, est secoué de conflits personnels et collectifs. L'idée d'utiliser le look 70's (tout le design rappelle Cosmos 1999, Karting et Roche Bobois de la grande époque) apporte une amusante étrangeté à ce film dont l'humour le cède peu à peu à une fable mélancolique sur la solitude et la détresse affective. Patrick Wilson, Liv Tyler et Matt Bomer sont parfaits. Un exercice de style mais pas que. DVD Z2 DE 

Macbeth (Justin Kurzel, 2015) *
Poussé par sa Lady (Marion Cotillard), le général Macbeth (Michael Fassbender) assassine ceux qui sont sur son chemin vers la Couronne et sombre dans la folie. Cette adaptation de Shakespeare se concentre sur les visages chuchotants des acteurs baignés des feux orange de l'Enfer. Les Highlands d'Ecosse sont grandioses et l'histoire n'est pas mal mais il y a aussi des boursouflures dans la mise en scène qui touchent au kitsch. BR FR

Alpes / Alpeis (Yorgos Lanthimos, 2011) *
Les membres d'un groupe offrent comme service aux proches de décédés d'en jouer le rôle afin de faciliter le deuil. Sur une idée vraiment intrigante, ce film grec présente une métaphore originale sur le transfert psychanalytique et la vie par procuration dont l'austérité générale et le choix de cadrages serrés sur les personnages m'ont un peu rebuté. Le scénario trouve son accomplissement dans une belle scène finale. Une oeuvre difficile d'accès. DVD Z2 UK 

Le septième voyage de Sinbad / The 7th voyage of Sinbad (Nathan Juran, 1958) **
Aller-retour entre l'ile des Cyclopes et Bagdad avec Sinbad pour sauver sa princesse amoureuse miniaturisée par un magicien. Un pur film d'aventures pour enfants, petits et grands, au Technicolor rutilant et dont la naïveté est percée par des éclairs sadiques. Les monstres en stop motion de Ray Harryhausen ont marqué une génération de spectateurs et de réalisateurs : les cyclopes, la femme-serpent, l'oiseau rock, le dragon, le squelette vivant. BR DE

Lust in the dust (Paul Bartel, 1985) *
Au Nouveau-Mexique, plusieurs aventuriers cherchent à mettre la main sur un trésor caché. Un western parodique et camp où l'histoire n'est que prétexte à s'amuser de situations grotesques et d'une galerie de personnages outranciers menés par Divine (en chanteuse pute de saloon), Lainie Kazan et Tab Hunter. On rit souvent mais le rythme s'étiole dans la seconde partie et le film erre sans aller au bout de sa joyeuse subversion. DVD Z1 US

Akenfield (Peter Hall, 1974) **
En 1973 dans un village du Suffolk, le jour de l'enterrement de son grand-père, un jeune homme fait le bilan. L'accompagnement musical par le Corelli Fantasia de Tippett et les allers-retours narratifs et visuels entre présent, Première et Seconde Guerres Mondiales apportent à cette chronique rurale jouée par des non professionnels une puissante mélancolie. Un film sur le passage du temps qui réussit à être à la fois naturaliste et élégiaque. BR UK

Captured (John Krish, 1959) **
En 1950 dans un camp du nord de la Corée, quelques soldats anglais prisonniers des Chinois et des Russes sont soumis à la torture mentale et physique. Un étonnant docudrama (joué par des acteurs, réalisé comme une fiction) de 60' commandé par les services secrets britanniques et destiné exclusivement aux officiers pour les sensibiliser au sort possible de leurs troupes en cas de capture. Un document rare sur un sujet qui l'est tout aussi. BR UK

Leviathan (George P. Cosmatos, 1989) 0
Dans l'Atlantique, l'équipe d'une base minière découvre un organisme mutant qui la décime. Malgré quelques bonnes scènes d'atmosphère sous-marine, ce ertzatz américano-italien qui hybride Aliens, The Thing et Abyss n'a ni leur vision, leur mise en scène, leur casting ou leurs créatures réussies. Si le début suggère une sympathique série B, le reste descend au niveau du Z sans se relever. Un navet avec des moyens reste un navet. BR DE

Une vie de chien / A dog's life (Charles Chaplin, 1918) **
Charlot qui survit de débrouille dans la rue prend sous sa protection un chien errant. Ce court-métrage de 35' déborde d'humanité bien sûr, notamment dans le lien en miroir du clochard et du chien et dans la touchante jeune femme jouée par Edna Purviance. Il offre aussi deux morceaux de bravoure : l'empifrage de gâteaux au comptoir et surtout le jeu de mains illusionniste autour d'un évanoui, l'une des séquences les plus brillantes de tout Chaplin. BR UK

Chevalier (Athina Rachel Tsangari, 2015) *
Sur un yacht en mer Egée, six hommes entre 40 et 70 ans font des petits concours pour trouver celui d'entre eux qui est "globalement le meilleur". Toutes les insécurités masculines (du succès professionnel à la taille de la bite) sont passées en revue dans cette fable corrosive dont la bonne idée de départ est affaiblie par la répétitivité du scénario. Mais il y a des moments bien vus et le fait que ça soit une femme qui s'y soit collée est sympathique. DVD Z2 UK  

La meilleure façon de marcher (Claude Miller, 1976) ***
Dans une colonie de vacances en 1960, deux moniteurs aux personnalités opposées se cherchent et s'affrontent. Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey jouent le jeu de la séduction et de la défiance dans cette subtile étude psychologique d'un rapport de force qui repose sur le stéréotype machiste et l'ambiguïté sexuelle. Tout est en suggestion et en suspens, comme dans les fondus au noir éloquents et la fin inattendue. Et puis, il y a Christine Pascal. BR FR

Vivre libre / Born free (James Hill, 1966) *
Au Kenya, Joy et George Adamson (Virginia McKenna et Bill Travers, très moyens) recueillent une petite lionne qu'ils s'obligent à laisser retourner à l'état sauvage devenue adulte. Les vastes paysages d'Afrique et le lyrisme de la musique de John Barry (qui triompha) sont le meilleur de ce film de bons sentiments et sans aspérité qu'une lecture en transfert de parentalité d'un couple sans enfant sur un animal rend plus intéressant qu'il est. BR UK

3 septembre 2017

Films vus par moi(s) : septembre 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

The lost city of Z (James Gray, 2016) *
Dans les années 1910-1920, la quête archéologique dévorante d'un aventurier en Amazonie. Là où Herzog proposait en 1972 son sublime - et captivant - "Aguirre" sur un sujet proche, Gray raconte son histoire d'obsession autocentrée avec une froideur et un rythme qui touchent à la pomposité, aussi irritante que les filtres jaunasses. Il y a de bons acteurs, de belles scènes et des idées mais la sauce ne prend pas et on s'ennuie ferme. BR FR

La féline / Cat people (Jacques Tourneur, 1942) ***
Une jeune femme qui craint de se transformer en panthère épouse un homme auquel elle se refuse. Le premier des quelques formidables films produits par Val Lewton part d'un postulat fantastique pour s'aventurer en psychanalyse autour d'un cas de névrose sexuelle. Simone Simon et Kent Smith forment un couple touchant dans sa détresse et la mise en scène est un modèle d'efficacité dans son utilisation de l'ellipse et de l'obscurité. BR UK

The ghost of Slumber Mountain (Willis O'Brien, 1918) **
Avant "The lost world" (1925) et "King Kong" (1933) sur lesquels il travailla, O'Brien réalisa et joua dans ce court muet de 18' où un type raconte à ses deux jeunes neveux les animaux préhistoriques qu'il a pu voir à travers des jumelles magiques. Une première en son temps, la fusion de dinosaures en stop motion, de personnages réels et de décor de jungle annonce les deux autres chefs-d'œuvre. Une étape importante du cinéma à effets spéciaux. BR US

Pontypool (Bruce McDonald, 2008) 0
Un animateur de radio FM (Stephen McHattie, excellent), sa productrice et leur stagiaire découvrent par les ondes qu'une étrange épidémie de zombies a lieu dehors, où la contamination se fait par la parole (certains mots sont infectés). C'est la bonne idée de ce petit film canadien, confiné dans le local FM. Malheureusement, le choix de presque tout raconter à travers les visages des personnages accrochés au micro fait long feu et la fin déçoit. BR FR

Entertaining Mr Sloane (Douglas Hickox, 1970) **
Une petite pute amorale (Peter McEnery, un peu trop vieux pour le rôle) est recueilli par une nymphomane sur le retour (Beryl Reid, géniale comme toujours) et son frère homosexuel coincé (Harry Andrews), qui ont des vues sur lui. La comédie subversive de Joe Orton est transposée à l'écran sans l'étincelle espérée. Mais les formidables situations, dialogues et acteurs apportent à ce film méconnu un souffle anarchiste étonnament réjouissant. BR UK

Les abysses (Nikos Papatakis, 1963) **
Deux bonnes soeurs (Francine et Colette Bergé, déchaînées) affrontent leur couple d'employeurs. Très librement inspiré de l'affaire des soeurs Papin, ce film qui doit être l'un des plus hystériques jamais produits, choqua en 1963 par son outrance visuelle et verbale et la métaphore qu'on crut lire sur l'Algérie Française. Aujourd'hui, ces outrances, plus celle du jeu des soeurs Bergé, fait plonger le film dans un étrange et burlesque Actionnisme camp. BR FR

Suntan (Argyris Papadimitropoulos, 2016) **
Le médecin remplaçant sur une petite île grecque se lie et commence à faire la fête avec une bande de jeunes touristes hédonistes. Mais lui a 45 ans, est grassouillet et dépressif quand eux ont la petite vingtaine et la beauté insolente. Un film grec dont la luminosité solaire rend encore plus amère la morale, celle de l'imperméabilité des classes d'âges. Si la fin vire un peu trop au thriller, ce conte cruel met mal à l'aise en marquant parfaitement son but. BR UK  

Les affameurs / Bend of the river (Anthony Mann, 1952) ***
Le convoyeur d'une caravane de pionniers tente de récupérer les provisions qui leur ont été volées. L'histoire simple comme tout fait s'affronter dans les paysages en Technicolor de l'Oregon deux humanités : l'une probe et altruiste, l'autre traîtresse et vénale. James Stewart porte le film dans un de ses roles icôniques, secondé par Arthur Kennedy, Julia Adams et Rock Hudson. Un noble et magnifique western à la mise en scène admirable. BR DE 

Maggie (Henry Hobson, 2015) 0
Un homme ramène chez eux sa fille adolescente (Abigail Breslin) contaminée par un virus qui la mute en zombie. Schwarzenegger est bien dans un rôle à contre-emploi de père dévasté de voir son enfant s'étioler mais le ton uniformément lugubre et désespéré ajouté aux sentiments de détresse ampoulés rendent toute l'entreprise d'un ennui mortel. Un film d'horreur intimiste qui ne marche ni dans un genre ni dans l'autre. BR UK  

I am Michael (Justin Kelly, 2015) *
D'après une histoire vraie récente, celle de Michael Glatze (James Franco, décidemment !), un activiste gay trentenaire de San Francisco qui en trouvant Dieu réalise l'erreur de son homosexualité et devient hétéro. De ses doutes torturés à l'incompréhension furieuse de son compagnon et la bienveillance de sa future femme, le film raconte son histoire invertie et peu banale sur un rythme et une réalisation de téléfilm. I am Patrick, quoi. DVD Z2 UK

Le Baron de Crac / Baron Prasil / The fabulous Baron Munchausen (Karel Zeman, 1962) ***
Au 18e siècle, un excentrique Baron, un jeune cosmonaute et une princesse fuient les troupes du Sultan dans un périple extraordinaire. Un film tchèque d'aventures surréalistes qui mêle animation, prises de vues réelles et décors des gravures de Gustave Doré et autres. L'inventivité, l'humour et la poésie des trouvailles visuelles se conjuguent au dynamisme, à la couleur et la musique pour créer un univers unique dans le merveilleux. Un film génial. BR UK

Young adult (Jason Reitman, 2011) **
A 37 ans, une ancienne beauty queen revient dans sa province de shopping malls en espérant se remettre avec son ex boyfriend de lycée, marié et père de famille. Charlize Theron est formidable dans un des personnages les plus malaimable, vicieux et paumé du cinéma récent. La cruauté des situations et de l'humour de cette anti-comédie dressent le constat accablant d'une crise existentielle personnelle et collective. Un film à la tonalité rare. BR DE

Violet (Bas Devos, 2014) 0
Un adolescent est dans le brouillard après avoir assisté au meurtre gratuit d'un de ses amis. Sur un sujet profond mais banal, le deuil, un petit film flamand qui panache esthétisme et film d'art dans un mélange dont le narcissisme et la prétention sautent vite aux yeux. Les plans (fixes ou travelings) sont beaux, c'est vrai, mais d'une durée inutile et insignificante et les effets vidéo et stroboscope sont crispants. Terriblement poseur. BR US

La ruée des Vikings / Gli invasori / Erik the Conqueror (Mario Bava, 1961) **
Deux frères vikings séparés dans leur enfance se retrouvent à se combattre adultes, l'un resté viking, l'autre devenu anglais. Cet ersatz sans scrupule de "Les Vikings" de Richard Fleischer (1958) a pourtant sa propre identité grâce au formidable travail de Bava sur la photo et la couleur qui subliment les décors et les acteurs. Il y a des cors et des épées, des barbes blondes et deux vestales jumelles, des drakkars et des forts. Et un de ces Technicolor ! BR UK

The Thing (Matthijs van Heijningen Jr., 2011) *
En 1982 dans une station antarctique, un organisme extra-terrestre décime des scientifiques. Un préquel du "The Thing" de John Carpenter (1982) qui raconte la même histoire avec une jeune chercheuse (Mary Elizabeth Windstead, pas terrible du tout) en place de Kurt Russell. Les références au classique de Carpenter et le monstre mutant peuvent faire la joie des fans mais l'effet de redite est tel qu'on s'interroge sur la raison du film. BR FR  

Handsome devil (John Butler, 2016) *
En pension, un lycéen ouvertement gay harcelé partage sa chambre et se lie d'amitié avec un autre élève, gay aussi mais star du club de rugby et dans le placard. Un petit film irlandais comme il y en a à la pelle sur le thème de la différence et de l'affirmation de soi, parfois en mieux, parfois en moins bien. L'important est que des films comme ça soient faits et vus par les jeunes qui peuvent se sentir concernés et rassurés. Du travail de fond en somme. DVD Z2 UK   

Les mendiants de la vie / Beggars of life (William A. Wellman, 1928) **
Deux vagabonds, Richard Arlen et Louise Brooks habillée en garçon pour échapper à la police - ce qui créé d'audacieuses situations - circulent clandestins en train. La société des "hobos" (les SDF nomades américains) est le sujet de ce film muet. Quand la caméra s'attache au duo Arlen/Brooks (toute la première partie), c'est magnifique. Quand d'autres personnages interviennent, c'est plus poussif malgré la présence de Wallace Beery. BR US 

Sérénade à trois / Design for living (Ernst Lubitsch, 1933) ***
Trois américains trentenaires vivent à Paris une amitié amoureuse avec comme règle un "no sex" difficilement tenable. Une pétillante comédie de moeurs Pré-Code qui montre peu mais suggère avec malice et culot des situations sexuellement chargées. Myriam Hopkins, formidable, mène la danse en femme libre, entourée de Fredric March et Gary Cooper. L'aspect théâtral est sublimé par une mise en scène aux belles ellipses visuelles. BR US

Au-delà du réel / Altered states (Ken Russell, 1980) *
Un universitaire (William Hurt) expérimente des séances de déprivation sensorielle qui le font régresser à des stades préhumains. Sur une trame très proche de "La mouche noire" ( la proximité avec la version de Cronenberg en 1986 est flagrante), un film qui a moyennement vieilli (les effets spéciaux psychédéliques) et dont la fin est nulle. Mais il y a d'étonnantes images et une excellente séquence de poursuite nocturne. DVD Z1 US 

Jeanne d'Arc / Joan of Arc (Victor Fleming, 1948) 0
De Domremy au bûcher de Rouen, les moments de son épopée. La révérence du scénario et de la mise en scène face à l'extraordinaire de l'histoire de Jeanne empêtre le film dans une lourdeur et une pomposité dont il ne se remet pas, gêné de plus par un budget visiblement réduit. Ingrid Bergman (dans celui de ses rôles qu'elle préférait) est elle aussi trop guindée. Il reste la photo en Technicolor Kalmus, une merveille évidemment. BR FR / Version longue  

Personal shopper (Olivier Assayas, 2016) **
Une jeune américaine à Paris, assistante shopping d'une célébrité, attend un signe de son frère jumeau récemment décédé. Un film intrigant qui fusionne sans y réussir pleinement, drame psychologique, fantastique, thriller et constat de société. Les méandres du scénario se perdent parfois mais la métaphore sur le chemin du deuil est bien vue et Kristen Stewart, qui est de toutes les scènes, est magnétique dans le jeu de la mélancolie maladive. BR FR

1 août 2017

Films vus par moi(s) : août 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Bigfoot Junior (Ben Stassen & Jérémie Degruson, 2017) *
Un ado harcelé au collège découvre que son père qu'il croyait mort est Bigfoot et part le retrouver dans la forêt. Un film d'animation belge bien fait et coloré qui s'adresse aux enfants avec ses gentils animaux parlants, ses méchants caricaturaux (ici, les dirigeants d'une entreprise capillaire qui cherche le secret de la repousse des cheveux) et son action trépidante. Je ne suis pas la cible mais j'ai trouvé ça inoffensivement sympathique. Ciné

La planète des Singes : Suprématie / War for the planet of the Apes (Matt Reeves, 2017) *
Parti venger la mort de siens, César se retrouve à conduire la prise d'autonomie des Singes. Une fois dit que les Singes CGI et leurs expressions sont incroyables (ils le sont), ce 3e volet de la nouvelle Planète commence bien mais s'effondre dès l'apparition de Woody Harrelson, en personnage et en acteur outranciers. Le thème si riche est réduit à un scénario formaté et consensuel, Singes pudiquement émasculés compris. Ciné

Dunkerque / Dunkirk (Christopher Nolan, 2017) ***
En mai-juin 1940, l'évacuation des soldats britanniques vue à travers trois actions individuelles (sur terre, sur mer, dans l'air). Un film passionnant dans lequel l'addition de choix de construction et de mise en scène discutables (dislocation des narrations, immersion sensorielle du spectateur, accompagnement musical radical) conduit néanmoins à un morceau de cinéma spectacle violemment lyrique sur le thème des cercles de l'Enfer. Ciné

Réparer les vivants (Katell Quillévéré, 2016) **
Le coeur d'un adolescent mort en voiture est greffé à une quinquagénaire cardiaque. D'après le roman de Maylis de Kerangal, un film sensible sans être lacrimal où l'aspect documentaire est présent (le parcours d'un coeur sur 24h) mais où l'accent est mis sur les émotions des personnages affectés : parents du donneur, receveur et ses proches, personnel médical. Avec de belles idées de mise en scène, surtout au début, et un très bon casting. BR FR

The Jane Doe indentity / The autopsy of Jane Doe (André Ovredal, 2016) **
Propriétaires d'une petite morgue privée, une père (Brian Cox) et son fils (Emile Hirsch) sont chargés de l'autopsie d'une jeune femme découverte sur une scène de crime. Le cadavre leur réserve des surprises. Un bon huis clos d'horreur qui utilise avec brio le décor de la morgue, la lumière et le son pour créer son atmosphère de menace et de tension. La résolution n'est pas à la hauteur du reste mais le film est convaincant, porté aussi par ses acteurs. BR ES

Diabolo menthe (Diane Kurys, 1977) ***
A Paris, l'année scolaire 1963-1964 de deux soeurs au lycée Jules Ferry. Le temps n'a pas entamé la perfection de ce film tendre, drôle et grave à la fois qui touche avec justesse une multitude de sujets, de l'adolescence chez les filles aux tensions sociales et politiques d'avant 1968 tout en dressant une merveilleuse galerie de portraits. Le casting formidable est mené par la jeune Eléonore Klarwein qui incarne une Anne Weber qu'on ne peut oublier. BR UK

Till the end of time (Edward Dmytryk, 1946) ***
Démobilisé en 1945, un Marine revient chez lui et se réadapte difficilement à la vie civile. Sorti quelques mois avant "Les plus belles années de notre vie" de Wyler et sur le même sujet, ce petit film RKO méconnu supplante la célèbre machine à Oscars par sa simplicité et l'audace des thématiques sociales, sexuelles et raciales qu'il évoque. Dorothy McGuire et Robert Mitchum, sensationnels, donnent la réplique au très craquant Guy Madison. DVD Z2 FR 

Altamira (Hugh Hudson, 2016) *
En 1879 au nord de l'Espagne, la découverte de la grotte ornée d'Altamira et la polémique scientifico-religieuse qui suivit. Tout est raconté du point de vue de Sautuola (le découvreur, joué par Antonio Banderas) et de sa petite fille (la jeune actrice est assez mauvaise) et si le film n'a pas de personnalité dans son scénario ni sa mise en scène, il a pour lui de rappeler que la reconnaissance de l'art des hommes de la Préhistoire se fit dans la douleur. BR ES 

Split (M. Night Shyamalan, 2016) **
Un jeune homme atteint de trouble de la personnalité multiple séquestre trois adolescentes. Derrière le huis clos à suspense tendu et l'originalité du profil du ravisseur, le film semble être une métaphore audacieuse sur les ravages des abus envers les enfants. James McAvoy se sort bien d'un rôle difficile mais le meilleur sont les scènes de dialogue avec sa psychiatre (formidable Betty Buckley). Le clin d'oeil final est tout con et déséquilibre le reste. BR DE

La maison sous la mer (Henri Calef, 1947) **
A Flamanville, le coup de foudre adultère entre la femme d'un mineur et un nouveau collègue de celui-ci. Le commentaire social s'invite subtilement dans ce mélodrame conjugal qui mêle naturalisme (le travail dans la mine, la scène syndicale), classicisme dramatique et lyrisme fantastique (la grotte marine). Viviane Romance est filmée plus naturellement qu'à son habitude et est très bien entourée par Clément Duhour et Guy Decomble. DVD Z2 FR 

10 Cloverfield Lane (Dan Trachtenberg, 2016) *
Accidentée, une jeune femme se réveille dans un abri antiatomique, veillée par un survivaliste qui lui annonce qu'une attaque a eu lieu dehors. Un huis clos entre deux puis trois personnages qui joue habilement sur les incertitudes (que se passe-t-il à l'extérieur ? le type est-il un psychopathe ?) avant de passer, dans la dernière partie expédiée, à de l'action en milieu SF. Une sorte de panaché de "Room", "Misery" et "La guerre des mondes". BR FR

Caltiki, le monstre immortel / Caltiki il mostro immortale (Riccardo Freda & Mario Bava, 1959) *
Sur le site maya de Tikal, des archéologues découvrent un organisme unicellulaire monstrueux. Ce film fantastique italien, éhontément inspiré d'autres titres américains (The Blob, Tarentula) ou anglais (Quatermass), serait un navet d'époque sans la photo N&B splendidement contrastée de Mario Bava, qui réussit à donner aux décors et à Caltiki, cette serpillière trempée, comme un air de menace. Le début et la fin sont chouettes. BR UK

Vers sa destinée / Young Mr Lincoln (John Ford, 1939) **
Dans les années 1830, Lincoln (Henry Fonda avec une prothèse nasale) commence à Springfield son activité d'avocat. Loin du biopic, un film qui présente la personnalité du futur Président à travers des séquences d'Americana tour à tour sensibles, amusantes ou élégiaques. Dommage qu'un tiers se concentre sur un procès qui mène la dynamique au point mort. Le reste est magnifique, notamment toutes les scènes avec des femmes. BR ES

Nymph / Mamula (Milan Todorovic, 2014) 0
Dans une île d'une baie du Montenegro, quelques amis partis explorer un fort militaire désaffecté y découvrent une sirène sanguinaire. Si la sirène est peu utilisée au cinéma, ce survival serbe à petit budget n'en sera pas le mètre étalon. Tous les clichés du genre sont au rendez-vous, les acteurs interchangeables (Franco Nero y cachetonne) et la créature juste passable. Les vues des salles et couloirs du fort abandonné en sont le meilleur. BR DE

Forbidden Zone (Richard Elfman, 1980) **
Fauché mais toujours inventif et drôle, un Musical bordélique autour d'une Française qui descend dans la Zone Interdite, domaine d'une méchante Reine et de son Roi nain. L'histoire absurde n'a aucune importance, sauf de s'amuser des freaks, des gays, des juifs et des Français. Le jeu des acteurs est over the top évidemment, les décors en papier et la musique un panache de standards des 20's et 30's et d'Oingo Boingo. Outrancièrement culte. BR UK 

Tarzan / The legend of Tarzan (David Yates, 2016) *
Vers 1890, Lord Greystoke et sa femme Jane reviennent d'Angleterre au Congo pour voir ce que Léopold II mijote avec le trafic d'esclaves et de diamants. Le contexte vaguement historique et la jungle (en CGI) sont le principal intérêt de ce film par ailleurs fabriqué dans ses péripéties et sa mise en scène. Tout est sagement aseptisé et l'érotisme banni. Tarzan (Alexander Skarsgard) et sa compagne (Margot Robbie) sont pas mal, sans plus. BR FR

Justin de Marseille (Maurice Tourneur, 1934) ***
Le conflit entre un sympathique caïd local (Antonin Berval) et un concurrent napolitain autour d'un trafic d'opium. L'histoire est prétexte pour le scénariste Carlo Rim à présenter des vignettes pittoresques sur la population et la culture urbaine et sociale de Marseille. Truffé d'idées de mise en scène, le film est à la fois dynamique, touchant, drôle, violent et pédagogique. Le casting est excellent, panaché de visages connus et anonymes. Formidable. Ciné

American horror story, Saison 1(Ryan Murphy & Brad Falchuk, 2011) *
Murder House. A L.A., une famille achète une maison habitée par les fantômes de ses nombreux occupants précédents. La cohabitation des vivants et des morts est traitée de façon originale dans ces 12 épisodes qui jouent moins sur l'horrifique que sur le psychologique : grâce à l'excellence du casting (dont Jessica Lange), les scènes de confrontation verbale sont plus fortes que celles d'action. Mais le tout est trop long et ne convainc pas. BR FR

Les hommes préfèrent les blondes / Gentlemen prefer blondes (Howard Hawks, 1953) ***
L'une attirée par le diamant et l'autre par le muscle, deux amies showgirls font une traversée mouvementée des USA vers la France. Le film qui fit de Marilyn Monroe une star est une comédie matinée de Musical à prendre comme un comic book animé tant la caricature est partout. Ca marche (sauf peut-être la séquence du tribunal) grâce au scénario risqué, au Technicolor éclatant et à l'alchimie entre les deux vedettes (l'autre est Jane Russell). BR FR

Stars 80 (Frédéric Forestier & Thomas Langmann, 2012) **
Aux abois, Richard Anconina et Patrick Timsit ont l'idée de monter une tournée avec de vieilles gloires du Top 50. Lui mettre *** à l'instar du Cuirassé Potemkine me semblerait abusé mais j'ai trouvé ce film formidablement entraînant, drôle et sympathique en donnant à Peter et Sloane, Lio, Gilbert Montagné, Jean-Pierre Mader, Sabrina ou Jean-Luc Lahaye l'occasion de reprendre avec malice leurs tubes Eighties. Très fun. BR FR

Et au milieu coule une rivière / A river runs thought it (Robert Redford, 1992) 0
Dans les années 1920 dans le Montana, les jours de deux frères adeptes de la pêche à la mouche : l'un extraverti solaire (Brad Pitt, en voie de starisation et filmé comme un jeune Redford), l'autre introverti sombre (Craig Sheffer). Malgré les paysages et le lyrisme romantique des trois dernières minutes, l'académisme amidoné de la mise en scène et la fausseté générale provoque un ennui incoercible. D'où les baillements et le fast forward. BR FR

2 juillet 2017

Films vus par moi(s) : juillet 2017


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Rat fink (James Landis, 1965) **
Un psychopathe narcissique monte à Hollywood pour y conquérir sans scrupule la célébrité au disque et à l'écran. Considérée perdue pendant 50 ans, une pépite de la Série B qui fut autoproduite par son acteur Schuyler Hayden (1941-1978) pour lancer sa carrière (ça échoua). La fusion drame-thriller-mélodrame est étonnante, comme le casting, assez over the top. La photo N&B, signée Vilmos Zsigmond, est magnifique et surclasse le budget. BR US

Stories we tell (Sarah Polley, 2012) ***
Munie d'une caméra, d'un micro et de films Super 8, la réalisatrice engage son père, sa fratrie et des proches à évoquer sa mère décédée et à lever un secret familial. Si l'histoire personnelle de ces gens n'est pas si extraordinaire que ça, le documentaire réserve des surprises formelles qui interrogent sur la crédibilité du regard et de la mémoire familiale individuelle et collective. Et du cinéma. Difficile d'en dire plus sans déflorer ce bel essai. BR DE 

The lickerish quartet (Radley Metzger, 1970) **
Dans un château italien, le propriétaire, sa femme et leur fils regardent et commentent un porno. Peu après, ils croisent une jeune femme qu'ils pensent en être l'actrice et l'invitent chez eux. Un classique de l'érotisme ambitieux et chic du tournant des 70's par son meilleur artisan. Le scénario alambiqué lorgne du côté de Marienbad et semble dire des choses sur la culture affrontée au désir. La photo et les décors sont superbes. BR UK   

La nuit des morts-vivants / Night of the living dead (George A. Romero, 1968) ***
Confiné dans une maison isolée, un petit groupe tente de résister aux assauts de morts-vivants. La pierre angulaire du film moderne de zombies reste, près de 50 ans après sa sortie, un modèle de narration, de mise en scène et d'efficacité mais aussi de subtilité dans son message politique. Obligé par son petit budget, Romero innove et surprend dans ses choix de lumière, de placement de caméra et de direction d'acteurs. Un chef-d'oeuvre. BR FR  

Kon-Tiki (Joachim Ronning & Espen Sandberg, 2012) **
La traversée de Thor Heyerdahl et de ses équipiers entre le Pérou et la Polynésie en 1947. Cette adaptation norvégienne du best seller d'Heyerdahl est un pur film d'aventures qui ne quitte pas le radeau après le largage des amarres. L'ennui, les tensions entre les aventuriers, les rencontres avec les requins, les plats et les tempêtes se succèdent dans des images soignées où manque peut-être un peu d'émotion. Avec un solide casting blond. BR DE

Kong : Skull Island (Jordan Vogt-Roberts, 2017) 0
En 1973 (ça permet les références au Vietnam), une expédition scientifico-militaire part explorer une île inconnue et y est accueillie par un Kong. Les nombreux décors et monstres fantastiques qui peuplent le film - pas un remake mais une variation - mériteraient mieux mais la faiblesse du scénario et de la mise en scène, qui enfilent sans corps ni âme les séquences d'action, empêche la sauce de prendre et l'ensemble n'a aucun goût. BR FR

Les femmes du 6e étage (Philippe Le Guay, 2011) 0
Au début des années 1960 dans le 16e arrondissement de Paris, un couple de bourgeois découvre la vie et la condition des bonnes espagnoles de leur immeuble qui sont logées sous les toits. Fabrice Luchini (exceptionnellement sobre) et Sandrine Kiberlain sont très bien mais les péripéties attendues, le message social appuyé et les tartines de bons sentiments m'ont écoeuré et comme j'ai laissé tomber au bout de 50', je ne peux vous raconter la fin. DVD Z2 FR

Les aventures de Tom Pouce / Tom Thumb (George Pal, 1958) **
La sincérité émerveillée des films de George Pal est irrésistible : Tom Pouce ne fait pas exception. Cette fantaisie musicale autour du conte des frères Grimm est un film pour enfants idéal, véritable livre animé en Technicolor avec des décors chaleureux, des effets spéciaux "vieille école" (ce n'est pas dépréciatif), des marionnettes et un Russ Tamblyn bondissant au milieu d'accessoires géants. Dans le genre, c'est une une sorte de classique. DVD Z2 FR

Le cuirassé Potemkine / Bronenosets Potemkin (Sergei M. Eisenstein, 1925) ***
En 1905 dans le port d'Odessa, la mutinerie de l'équipage du Potemkine, soutenue par la population, est réprimée par les cosaques du Tsar. Ce classique des classiques, monument de propagande soviétique et de cinéma visionnaire, résiste impérial aux décennies. L'illustre séquence de l'escalier est le sommet du film, qui foisonne par ailleurs d'autres scènes inoubliables. J'avais oublié comme la composition de chaque plan est une perfection. BR US  

Slow West (John Maclean, 2015) **
En 1870, un ado Ecossais part à la recherche dans l'ouest américain d'une fille dont il était amoureux et paye un outlaw pour l'accompagner dans l'univers hostile qu'il découvre. Kodi Smit-McPhee et Michael Fassbender forment un couple improbable mais émouvant dans ce western "art house" qui prend son temps dans des paysages magnifiques. La montée en puissance de la fin teint ce qui a précédé d'une mélancolie bouleversante. BR DE 

Détective Dee II : La légende du Dragon des Mers / Di Renjie :  Shen du long wang (Tsui Hark, 2013) **
Au 7e siècle, le détective Dee enquête pour l'Impératrice sur un monstre marin qui a détruit la flotte de l'Empire. Il croise une beauté en péril, un homme poisson, du thé vert contaminé... Cette extravanganza chinoise en met plein les yeux (décor, mouvement, couleur et 3D géniale) dans un spectacle outrancier, visuellement très réjouissant, mais au scénario étiré et décousu qui l'empêche d'atteindre au chef-d'oeuvre qu'il aurait pu être. BR 3D FR 

Ares (Jean-Patrick Benes, 2016) 0
En 2035 dans un Paris devenu tiers-monde, un néo-gladiateur est sponsorisé par un labo pharmaceutique pourri qui teste sur lui un dopant. Un rare film de SF français dont l'atmosphère poisseuse qui fait penser à Blade Runner, les visuels dystopiques soignés et le monolitique Ola Rapace sont le meilleur. Pour le reste, l'histoire attendue est à peine passable et les autres acteurs frôlent l'amateurisme sur des dialogues plus que faiblards. BR FR

Room (Lenny Abrahamson, 2015) ***
Kidnappée, une jeune femme (Brie Larson) vit sequestrée dans une pièce avec le fils de 5 ans (Jacob Tremblay, qui fait une prestation extraordinaire) qu'elle a eu de son ravisseur. Un film émotionnellement dévastateur sur l'amour réciproque entre une mère et son enfant, élevé hors du monde. Le point de vue est celui du petit garçon, ce qui en multiplie l'intensité, comme dans l'irrespirable séquence de l'évasion, à la mise en scène admirable. BR FR

Dernier train pour Busan / Busanhaeng (Sang-ho Yeon, 2016) **
Dans un train coréen, des passagers tentent de résister aux attaques de zombies épileptiques. L'intrigue minimaliste est le prétexte pour le réalisateur à une succession de morceaux de bravoure utilisant une caméra très mobile dans des décors contraignants. Il y a de l'action, du suspense et du nonsense et aucune métaphore sociale ou politique. C'est donc un pur film de zombies, tendu et fun comme il faut pour ceux qui aiment le genre. BR FR

Sole survivor (Paul Stanley, 1970) 0
L'épave d'un avion militaire crashé dans le désert lybien pendant la guerre est retrouvée 20 ans après. Le capitaine qui en avait réchappé vient sur le site où errent les fantômes de l'équipage, six morts sans sépulture. L'histoire est digne de "The Twilight Zone" mais étirée sur 90', l'intérêt s'émousse vite d'autant que la réalisation de téléfilm (c'en est un) en décor unique patine. Ce qui aurait pu être un bon épisode de la série métaphysique n'y arrive pas. BR UK 

L'ornithologue / O ornitologo (Joao Pedro Rodrigues, 2016) *
Un ornithologue perdu dans la nature du nord du Portugal y fait des rencontres déconcertantes : deux pèlerines chinoises vers Saint-Jacques, un groupe de chamanes, un berger sourd-muet, des Amazones... Malgré la beauté des décors sauvages, de la photo et la présence sexuelle de Paul Hamy, ce qui se révèle une allégorie de la vie de Saint Antoine de Padoue vire au n'importe quoi par excès de symbolisme catho et de kitsch abscons. DVD Z2 FR

Pleins feux sur l'assassin (Georges Franju, 1961) 0
Les héritiers d'un comte breton décédé se réunissent dans le château familial et disparaissent un à un. Un navet embarrassant par le réalisateur du génial "Les yeux sans visage" (1960) et les scénaristes Boileau-Narcejac. L'histoire est nulle et le rythme anémié (à part la scène de la pièce sans acteurs et les funérailles de la fin sur du Brassens). Si Jean-Louis Trintignant fait le boulot, Dany Saval est épouvantable. J'en ai vu la moitié en accéléré. BR UK

Dalida (Lisa Azuelos, 2016) 0
Sveva Alviti est belle et capture souvent quelque chose de la présence de Dalida dans ce biopic par ailleurs lourd et plombant. La vie de la chanteuse y est résumée à ses drames affectifs, de ruptures en suicides, en une vallée de larmes illustrée par des chansons aux paroles significatives. Sur la carrière de la star, pas grand chose, le scénario ne s'attachant qu'à la douleur et au tragique. La mise en scène scolaire n'arrange rien. BR FR

The divide (Xavier Gens, 2011) 0
Huit survivants d'une attaque nucléaire piégés dans le sous-sol d'un immeuble retournent à la barbarie. Un huis clos entre SF, horreur et survival qui martèle confusément son message rabâché : l'Homme est un loup pour l'Homme. L'outrance du jeu des acteurs et des situations pourraient tirer le film vers le camp mais le manque total de distanciation, les défauts du scénario et du rythme ruinent le potentiel, principalement le décor de la cave. BR FR  

Le bal des pompiers (André Berthomieu, 1949) **
En 1944-1945 près de Paris, une famille vit l'exaltation, les sacrifices et les magouilles de la Libération et de la Victoire. La guerre à peine finie, un film étonnant et sans langue de bois qui, en adaptant la pièce explosive de Jean Nohain, étrille les comportements d'acclimatation des Français moyens pendant et après l'Occupation. Tout le monde en prend pour son grade sur un rythme effréné et des dialogues drôles et caustiques. La fin est superbe. DVD Z2 FR

La La Land (Damien Chazelle, 2016) 0
A L.A., les amours contrariées de deux aspirants au show-business. Ecrasé sous ses références aux classiques du genre, un Musical post moderne où tout est faux et fabriqué et où la roublardise pointe dès la première séquence. L'ennui s'installe ensuite, jusqu'à la très belle dernière scène. Les chansons sont bonnes, Ryan Gosling et Emma Stone aussi mais la mise en scène retient toute émotion et dynamisme, le comble pour un Musical. BR DE