22 avril 2016

Dance A Go Go


Juliet Prowse et Sal Mineo déchaînés dans l'excellent Who killed Teddy Bear? (Joseph Cates, 1965). Ils travaillent tous les deux dans un nightclub et là, ils mettent un disque sur le pick-up et s'éclatent une fois que les derniers clients sont partis.

Les scènes de danse dans les films des Sixties sont imbattables. Intimiste et sacrément sexy, celle-ci, qui arrive à la fin du film, est l'une de mes préférées du genre. Les mouvements et les pas de Juliet Prowse sont fascinants (j'aime particulièrement ses jeux de bras). Elle était danseuse professionnelle, ceci explique cela. La classe incarnée. Sal Mineo, lui, est plus empoté - son personnage dans le film n'est pas un modèle d'équilibre mental -  mais ses sursauts orgasmiques sont vraiment étonnants pour un film américain de 1965. Quant au morceau pop-rock "It could have been me", c'est pitch perfect!

Et pour le plaisir, ci-desssous encore une séquence, celle-ci au début du film, où les clients du club se trémoussent sur une autre super chanson pop : "Born to be bad" (j'adore la fille au sweater à bandes et le couple black). On remarque qu'à la fin de la séquence, Juliet Prowse lance un autre disque qui n'est autre que le "It could have been me" précité.

Malheureusement, les morceaux musicaux de "Who killed Teddy Bear?" (écrits par Bob Gaudio et Al Kasha, dont la formidable chanson du générique) ne semblent jamais avoir été édités et sont, à ce jour, aussi introuvables sur album que sur internet.

Je ne sais pas vous, mais moi, les scènes de danse Sixties comme ça, je ne m'en lasse pas.


16 avril 2016

Heroes of mine : Jimmy

Entre 1983 et 1997, Marilyn Monroe est revenue dans les clubs et cabarets américains par la grâce troublante et le travail acharné de son plus génial "impersonator" : Jimmy James. Un jeune type du Texas qui avait envie de voir du pays et de se dépasser. Il est allé loin et est entré dans la légende des transformistes et de la communauté monroéenne. Jimmy James a décidé de se séparer de son personnage de Marilyn en 1997 : l'âge et les kilos l'emportant, il a sagement évité le risque de la caricature. Mais il continue à ce jour ses apparitions avec d'autres idoles. Bravo l'artiste !









8 avril 2016

Heroes of mine : John


Les visages de John Gavin.

Acteur.
Ambassadeur.
Constance Towers.

Les octogénaires d'aujourd'hui ont été les trentenaires d'hier.
John Gavin, né le 8 avril 1931.










A time to love and a time to die
Imitation of life
Psycho
Spartacus
Midnight lace
Tammy tell me true

3 avril 2016

Films vus par moi(s) : avril 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Au coeur de l'océan / In the heart of the sea (Ron Howard, 2015) 0
L'histoire du fait divers baleinier dont s'est inspiré Herman Melville pour écrire "Moby Dick". Comme d'habitude chez Ron Howard, c'est réalisé de façon linéaire et mécanique, sans vision autre que celle d'illustrer. D'une aventure puissamment symbolique, il reste donc une suite d'images (abusant des CGI) à laquelle il manque l'étincelle qui lui donnerait vie. Un film industriel qu'on regarde sans aucune implication physique ni émotionnelle. BR Fr  

Le corps et le fouet / La frusta e il corpo (Mario Bava, 1963) **
Dans un manoir néo-gothique de bord de mer, une famille est hantée par le spectre d'un fils sadique désiré par sa belle-soeur masochiste. D'une histoire risible, Bava tire un film plastiquement splendide aux décors hammériens et tout en ombres contrastées Technicolor. Les thèmes de la nécrophilie et du désir déviant sont traités de façon opératique, portés par Christopher Lee, Daliah Lavi et une bande son d'un lyrisme échevelé. Baroque à mort. BR US 

Star Wars : Le réveil de la Force / Star Wars: The Force awakens (J.J. Abrams, 2015) *
* pour le plaisir de revoir Carrie Fisher en Leia de 60 ans (la voix marquée par les excès), furtivement Mark Hamill en Luke de 65 ans, tous les deux sans doute contents d'être là (Harrison Ford, je m'en fous) et le mignon petit robot sphérique. Autrement, ce remake pour la jeune génération de La Guerre des Etoiles de 1977 n'a ni charme, ni conflit et une actrice exécrable (Daisy Ridley) en fade héroïne. Un pur produit de consommation. BR Belg

Happy people: A year in the Taiga / Happy people - Ein Jahr in der Taiga (Dimtry Vasyukov & Werner Herzog, 2010) **
A partir d'un documentaire russe de 4h, Herzog a monté et commenté 90' sur les quatre saisons de quelques trappeurs et de leurs chiens d'un village au bord de l'Einisseï, au milieu de la Sibérie. Son commentaire en anglais, à l'accent d'un inimitable lyrisme, transforme le quotidien de ces hommes sages en une aventure millénaire soumise au dictats de la Nature. Un film simple, lumineux et universel qui nous remet à notre juste place. BR Allem

La légende de Beowulf / Beowulf (Robert Zemeckis, 2007) **
Le poème épique anglo-saxon du guerrier qui combat un monstre humain, sa mère et un dragon inspire ce film en Motion Capture CGI, un choix déroutant (les personnages ont des yeux inexpressifs, comme aveugles) typique de Zemeckis. Pour le reste, c'est de l'Héroïc Fantasy assez réussie avec ce qu'il faut de violence, de feu et de nudité (Beowulf - Ray Winstone - aime se mettre pudiquement à poil et la mère - Angelina Jolie - aussi). BR Fr

Bambi (Walt Disney / David Hand, 1942) ***
Revoir Bambi a confirmé que son histoire et sa construction savent marquer à jamais l'enfant qu'on a été. Tout l'essentiel d'une vie y est dit en 1h10, sans fioriture ni solennité. La grâce des biches et des cerfs est merveilleuse et les séquences dynamiques de la seconde partie (le duel, les chiens, l'incendie...) comme l'introduction panoramique sur la forêt, sont parmi ce que Disney a fait de mieux. C'est le plus simplement naturel de ses films. BR Fr

Nouveau souffle / Atmen / Breathing (Karl Markovics, 2011) *
Un garçon asocial de 19 ans incarcéré dans un centre pénitentiaire fait un stage dans une morgue de Vienne et amorce sa réinsertion. Si les conditions du stage sont peu communes, le chemin vers la lumière de ce jeune homme troublé (Thomas Schubert, très bien) est jalonné de clichés que la réalisation austère mais précise (Autriche oblige) travaille un peu trop à maquiller. Au final, un film calculé où l'émotion est tenue à distance artificiellement. BR UK

Love (Gaspar Noé, 2015) *
Vue à travers une succession de flashbacks, la relation toxique entre un américain à Paris et sa compagne. L'Amour du titre, et c'est le problème du film, n'est en aucun moment sensible entre les deux personnages que seul le Sexe semble animer. La mise en scène et l'utilisation de la 3D sont remarquables - d'où * - mais après un début intrigant, la répétition s'installe avec l'ennui. Long, vain et prétentieux (ces autocitations de Noé !). BR 3D Fr

A la poursuite de demain / Tomorrowland (Brad Bird, 2015) 0
Je ne peux pas en dire grand chose, ayant laissé tomber au bout d'1h (sur 2h10). Un gamin des Fifties et une ado contemporaine accèdent à une ville du futur qui ressemble à un parc d'attraction Disney. C'est un film Disney justement, plein d'allers-retours entre hier, aujourd'hui et demain, de voltiges dans les airs, de tours dans le ciel et d'yeux écarquillés. Il y a George Clooney qui cachetonne et le tout n'est pas pour moi, mais alors pas du tout. BR UK

M (Joseph Losey, 1951) *
Ce remake américain du classique de Fritz Lang transpose l'histoire d'une chasse au tueur d'enfants de l'Allemagne de Weimar au Los Angeles de 1950. Si les décors urbains, la photographie et la mise en scène aux superbes cadrages sont exceptionnels, le film est plombé par le jeu désespérément surjoué de la plupart de ses acteurs (les enfants, eux, sont très naturels). Un bon film blessé par sa direction d'acteurs défaillante. BR Fr

Le fils de Saul / Saul fia (Laszlo Nemes, 2015) ***
En 1944, le membre d'un Sonderkommando de Birkenau tente d'enterrer dignement un jeune garçon gazé. La caméra qui suit en plans séquences le personnage (Geza Röhrig, dans une performance intense) en maintenant hors focus tout ce qui se passe autour de lui (mais qui capture les sons effroyables), évoque avec une force ténanisante l'enfer du processus d'extermination. L'expérience est éprouvante mais le film est essentiel. BR Fr 

Azul y no tan rosa / My straight son (Miguel Ferrari, 2012) 0
Hésitant entre comédie et drame, ce film vénézuélien qui descend d'Almodovar rate son sujet en s'éparpillant dans les clichés. A Caracas, un photographe (gay) reçoit son fils adolescent (hétéro) qui vit avec sa mère à Madrid. Ils apprennent à se connaître. On a droit à tout : la copine trans, la scène d'opéra (ridicule), l'agression homophobe, les engueulades, les embrassades et le tango... Le jeune acteur, lui, est très bien. BR UK

Made in France (Nicolas Boukhrief, 2015) ***
A Paris, un journaliste infiltre une petite cellule djihadiste en formation et se retrouve impliqué dans un projet d'attentat. Le choix d'une structure et d'un rythme de thriller (réussi) évite les écueils du film à thèse mais les événements de janvier et novembre 2015 lui donnent une puissante résonance. Malgré des situations un peu précipitées et le jeu approximatif de certains acteurs, son sujet brûlant surclasse son statut de film de genre. BR Fr

All things must pass (Colin Hanks, 2015) **
De 1960 à 2009, le triomphe et la chute de Tower Records, la chaîne de magasins de disques au logo rouge et jaune. Ce documentaire dresse le panorama connu de l'industrie du disque du 33 tours à Internet à travers l'histoire d'une enseigne qui en fut la vitrine. Avec d'intéressantes (et émouvantes) images d'archives et interviews du fondateur Ross Salomon, d'employés et clients (dont Elton John et Bruce Springsteen). La nostalgie. BR US

1 mars 2016

Films vus pas moi(s) : mars 2016


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Phoenix (Christian Petzold, 2014) **
A l'été 1945, une juive revenue d'Auschwitz défigurée se fait refaire le visage et retrouve son mari qui la prend pour une étrangère et lui demande de jouer le rôle de sa femme qu'il croit morte (pour capter un héritage). L'état de confusion de l'Allemagne dans l'immédiat après-guerre et les voies de la reconstruction sont le thème de ce mélodrame intimiste et glacial, histoire d'amour fou et de trahison, porté par Nina Hoss et Ronald Zerhfeld. BR Allem  

La maison du Diable / The haunting (Robert Wise, 1963) **
Ce classique du film de maison hantée, qui a eu une longue postérité, prend l'alibi du fantastique pour dresser le portrait psychologique d'une femme (Julie Harris) qui sombre dans sa névrose. Le décor surchargé du manoir néo-gothique, l'astucieuse utilisation du bruit et les angles de la caméra créent une atmosphère particulière et menaçante alors que rien de spectaculaire n'arrive. Claire Bloom est formidable en médium lesbienne. BR Fr

Cadet d'eau douce / Steamboat Bill, Jr. (Charles F. Reisner & Buster Keaton, 1928) ***
L'humour, la tendresse et l'exploit physique fusionnent splendidement (comme toujours chez Buster Keaton) dans ce chef-d'oeuvre du Slapstick où un étudiant lunaire de Boston vient voir son père, patron en difficulté d'un bateau sur le Mississippi. Le comique de situation et les gags visuels s'enchaînent sans répit, certains d'une rare subtilité, et la séquence justement célèbre de la tempête reste un sommet de prises de risques. BR US

L'étranger au Paradis / Kismet (Vincente Minnelli, 1955) *
Le kitsch bariolé et assumé des décors et costumes arabisants (l'action de passe à Bagdad) et le jeu très camp d'Howard Keel (le poète devenu émir) et de Dolores Gray (la femme du vizir) valent le coup d'oeil. Trois ou quatre séquences chantées et dansées aussi mais globalement ce musical MGM assez bavard souffre de chansons peu mémorables et d'une caméra paresseuse. Et Vic Damone est transparent en calife jeune premier. BR US 

San Francisco 1985 / Test (Chris Mason Johnson, 2013) ***
Un jeune danseur gay intègre une troupe contemporaine (il y a de très belles chorégraphies) alors que le VIH se propage à San Francisco. La peur généralisée et la vie qui semble entrer en hibernation sont admirablement évoquées dans ce film intimiste où l'ombre plane sur la sensualité des corps. Le débutant Scott Marlowe transmet l'inquiétude de son personnage avec justesse et sensibilité. Un excellent film sur les débuts du Sida. DVD Z2 Fr

Seul sur Mars / The Martian (Ridley Scott, 2015) *
Un astronaute laissé pour mort sur Mars réussit à survivre seul en attendant un hypothétique sauvetage. La production est parfaite (splendides paysages martiens), Matt Damon aussi et le sujet accrocheur mais les 2h20 sont trop longues pour un récit linéaire où les surprises sont rares. Les tubes disco que le naufragé écoute sont un choix sympathique mais semblent là pour structurer artificiellement l'ensemble. Et ce bras tendu aux Chinois... BR Allem

C'étaient des hommes / The men (Fred Zinnemann, 1950) ***
La difficile réintégration sociale et affective d'un vétéran paraplégique soigné dans un centre de rééducation. Sans artifice mélodramatique, ce film qui s'approche du documentaire montre le quotidien des GIs en fauteuil roulant et les frustrations générées par le handicap en appelant le public de l'après-guerre à la compassion. Marlon Brando, dans son premier rôle au cinéma, crève l'écran. Avec Teresa Wright, une partenaire de choix. BR US

Imitation game / The imitation game (Morten Tyldum, 2014) **
Un biopic académique aux images léchées, aux flashbacks insistants et parsemé de courtes scènes de guerre (air, mer, Blitz) en CGI malvenues qui dresse le tragique portrait du jeune mathématicien britannique Alan Turing au moment de son décryptage du code nazi Enigma. Le type de film calibré pour les Oscars mais ici l'histoire est intéressante et Benedict Cumberbatch et Keira Knightley réussissent à faire passer une certaine émotion. BR Allem

Wolf Hall (Peter Kosminsky, 2015 / BBC2) ***
L'ascension de Thomas Cromwell près de Henry VIII pendant son mariage avec Anne Boleyn est racontée sans esbrouffe et avec une rare tension psychologique dans cette formidable mais exigeante série de 6h construite sur les conversations pleines de menaces entre les personnages. Les acteurs sont excellents (dont Mark Rylance, en conseiller impénétrable) et la production magnifique (costumes inspirés d'Holbein, intérieurs à la bougie...). BR UK

Rendez-vous de juillet (Jacques Becker, 1949) **
La première partie, qui serpente autour d'un groupe de vingtenaires parisiens de 1948 en rupture de génération, est une merveille de justesse et de dynamisme, portée par un jeune casting épatant (Daniel Gélin, Maurice Ronet, Nicole Courcel, Brigitte Auber...). La seconde, concentrée sur deux couples, est plus convenue. Mais la vitalité qui se dégage de l'ensemble est splendide, comme dans cette scène de jazz dance où la jeunesse irradie. DVD Z2 Fr  

Hunger Games - La Révolte : Partie 2 / The Hunger Games: Mockingjay - Part 2 (Francis Lawrence, 2015) **
Le sombre épisode final de la trilogie/tétralogie repose, comme les précédents, sur la présence et le visage formidablement charismatiques de Jennifer Lawrence. Mais le spectacle est là aussi et pour un produit blockbuster de cette trempe, le fond qui ose la réflexion - bien menée - sur les notions de démagogie/propagande/totalitarisme est une vraie surprise. Le cycle The Hunger Games est un intelligent divertissement ***. BR Fr

L'année du Dragon / Year of the Dragon (Michael Cimino, 1985) ***
Un flic raciste muté à Chinatown essaye de nettoyer le quartier de sa mafia. Malgré la faiblesse du jeu de l'actrice principale et la fin expédiée, cette odyssée dans les bas-fonds chinois de Manhattan est un splendide morceau de cinéma où l'exotisme, la violence, la mélancolie, la couleur et la musique tissent une sorte de drame opératique. Mickey Rourke est à son meilleur en justicier idéaliste et John Lone magnétique en élégant jeune parrain. BR Fr

La vague / Bølgen / The wave (Roar Uthaug, 2015) ***
Dans un fjord de Norvège, un pan de montagne s'effondre et provoque une immense vague destructrice. Ce très bon film catastrophe norvégien exploite intelligement les conventions du genre, présente une famille crédible et des réactions individuelles et collectives sensées face au drame. Le suspense est bien construit, les FX réussis et le décor naturel du fjord magnifique. En face, les disaster porns décérébrés US n'ont qu'à bien se tenir. BR Allem

Toute première fois (Noémie Saglio & Maxime Govare, 2015) 0
Un trentenaire prêt à épouser son compagnon tombe amoureux d'une suédoise. L'idée intéressante du coming out inversé est massacrée par un scénario de beauf, semé de situations et de répliques - involontairement ? et alors c'est pire - homophobes et une mise en scène inexistante. Pio Marmaï est autant gâché que le reste de l'équipe qui patauge dans cette comédie même pas drôle. J'ai fast forwadé au bout de 12 minutes. Lamentable. BR Fr

Un témoin dans la ville (Edouard Molinaro, 1959) *
Le rythme, les rues et le métro de Paris de la fin des Fifties et de bons acteurs font qu'on ne s'ennuie pas devant ce Film Noir sur la traque nocturne d'un assassin (Lino Ventura). Seulement, le scénario étant tout entier dans la surface, le film n'a aucune profondeur (à part le conflit bourgeoisie vs. prolétariat). La compagnie Radio Taxi, née en 1956, semble en être l'honneur et le sujet. Apparition de 2s de Jean Ferrat montant dans un métro. BR Fr   

The secret life of Marilyn Monroe (Laurie Collyer, 2015) *
Ce téléfilm de 3h part d'une séance de psychothérapie pour raconter les épisodes connus de la vie privée et professionnelle de Marilyn tout en insistant sur ses rapports complexes avec sa mère Gladys (Susan Sarandon). Kelli Gardner est convaincante tout en ayant tendance à garder la bouche entrouverte et à quelques minauderies. Avec Emily Watson, excellente. Un biopic correct qui respecte son cahier des charges. DVD Z1 US

Au coeur de la nuit / Dead of night (Charles Crichton, Alberto Calvacanti, Basil Dearden & Robert Hamer, 1945) **
Débarquant à une réception dans un manoir anglais, un homme écoute les cinq histoires surnaturelles des invités et ressent un sentiment de déjà vu. Le corbillard, le miroir et le ventriloque sont trois récits mémorables (les deux autres sont un peu plus faibles) de ce film fantastique et psychanalytique à sketchs dont la structure temporelle circulaire, inédite à l'époque, est formidablement construite. Elle aura une longue postérité au ciné et à la télé. BR UK  

Je la connaissais bien / Io la conoscevo bene / I knew her well (Antonio Pietrangeli, 1965) ***
A Rome, quelques jours et nuits d'une jeune femme (Stefania Sandrelli, magnifique) qui essaye de percer dans le cinéma. Si la forme est archétypique du cinéma italien des Sixties (narration fragmentée, scope en N&B, musique pop italienne...), le fond est vraiment original, qui présente les humiliations répétées subies par l'anti-héroïne sans offrir aucune prise à sa psychologie. Un film d'une cruauté déchirante sous un masque de légèreté. BR US

Enemy (Denis Villeneuve, 2013) 0
Du sous-Cronenberg. A Toronto, un prof de fac taciturne découvre qu'il a un sosie parfait et le rencontre. Tout le film entretient artificiellement, du début à la fin, un mystère et un symbolisme à la truelle (avec miroirs et araignées) noyés dans une photo jaunasse. Il semble dire que les mères et la peur de l'engagement sont toxiques. Du cinéma roublard et affecté avec toutefois une mention pour Jake Gyllenhall, très bon comme à son habitude. BR Fr

14 février 2016

Heroes of mine : Pascale


Cet après-midi, j'entre dans la galerie Les Filles du Calvaire pour voir l'exposition "Smith" et la galeriste me dit que la projection du film va commencer en me tendant un casque. Quel film ? Une vidéo d'art de 59 minutes, je n'étais pas très chaud mais rien ne m'obligeait à rester jusqu'au bout, je me suis donc assis...


J'ai vite été intrigué puis pris par le film, titré "Spectrographies", autour de rencontres entre des vifs et des fantômes dans des paysages de neige, la nuit parisienne et des espaces indistincts. Et soudain, Pascale Ogier est apparue sur l'écran, dansant sur la chanson "Les tarots" d'Elli et Jacno dans la séquence de la première fête des "Nuits de la pleine lune" de Rohmer. J'ai senti quelque chose qui remontait de très loin et j'ai compris que le film allait frapper bien et fort.


Un peu plus tard, Jacques Derrida converse avec Pascale Ogier (dans un extrait de "The science of ghosts" de Ken McMullen, 1983) en lui expliquant que le cinéma est l'art des fantômes. Puis il lui demande si elle, elle croit aux fantômes. Elle hésite et lui répond avec assurance : "Maintenant, oui, absolument".


Pascale Ogier est morte brutalement la veille de ses 26 ans, le 25 octobre 1984, quelques semaines après avoir reçu le prix d'interprétation féminine à Venise pour son rôle de Louise dans "Les Nuits de la pleine lune". J'avais vu le film de Rohmer à sa sortie et, comme toute ma génération je crois, j'étais tombé amoureux de cette jeune actrice maigre et éthérée aux grands yeux bleus clairs, à la coiffure bouffante et à la voix à la tonalité si douce. L'annonce de sa mort brutale, inadmissible, nous avait comme coupé l'herbe sous les pieds et mis en colère. Renaud avait même écrit une chanson rageuse à sa mémoire : "P'tite conne".


La vidéo "Spectrographies" m'a bouleversé. Le délicat spectre de Pascale Ogier qui danse à l'écran et répond face caméra au philosophe qu'elle croit aux fantômes, m'a rappelé que moi aussi j'y crois, absolument, quand je regarde un film.


Pascale Ogier (1958-1984)

7 février 2016

Only Chanel

Coco Chanel interviewée dans son appartement de la rue Cambon en 1969.

A 86 ans, elle donne son avis sur les inconnus qui la saluent dans la rue, les femmes en pantalon, le prestige disparu de la France, les clientes américaines, les genoux, la grande sottise, les dîners parisiens, l'Homme dans la Lune, la télévision... Et ça décoiffe. Le style Chanel, inimitable, n'était pas que dans les tailleurs.