2 mars 2015

Films vus par moi(s) : mars 2015


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Adieu au langage (Jean-Luc Godard, 2014) *** ou 0 ?
Un couple et un chien (celui de Godard) aux abords du lac Léman, des gros plans de végétation, des images d'archives et de films en N&B, des citations d'auteurs, des bruits de pets... Ce poème existentiel en 3D (il y a de géniales idées de son utilisation) nous fait passer, au sens propre, dans une autre dimension et est à la fois énigmatiquement astucieux et insane. Godard se permet et se fout de tout, sauf de l'essentiel : la nature et la culture. BR 3D Fr

Passe ton bac d'abord (Maurice Pialat, 1979) **
Le quotidien d'un groupe de gars et de filles de Terminale dans la banlieue ouvrière de Lens. Leur rencontres au café du coin, réunions de fumette et histoires de cul s'enchaînent, ponctués par une fête de mariage et les repas avec les parents. Pialat montre la juste réalité d'une classe d'âge sans attente du lendemain. Le casting est impeccable, le naturel aussi et les fringues "Fruit of the Loom" et "UCLA" totalement d'époque. DVD Z2 Fr  

Foxcatcher (Bennett Miller, 2014) ***
Un milliardaire névrosé prend le contrôle d'un lutteur médaillé olympique. L'affaire Du Pont de 1987-88 sous l'angle de la possessivité et d'un transfert dans le désir homosexuel. L'émotion tenue à distance et la claustrophobie de la mise en scène donnent au film un ton funèbre qui peut rebuter mais qui est totalement justifié. Si Steve Carell est dans la performance, Channing Tatum crève l'écran dans un rôle tout en puissance taiseuse et triste. BR US

Mommy (Xavier Dolan, 2014) ***
Premier film que je vois de ce jeune réalisateur adulé ou haï. J'y allais à reculons et j'ai été emporté immédiatement par l'énergie électrique de l'histoire, la maîtrise de la mise en scène et le jeu des acteurs qui donnent tout. Les quelques moments de respiration, solaires, tranchent avec la douleur étouffante qu'on ressent face aux épisodes successifs de la course contre le mur de cette mère et de son fils instables. Impressionnant. BR Fr

The band wagon / Tous en scène ! (Vincente Minnelli, 1953) **
Ce backstage musical m'a paru, revu longtemps après l'avoir découvert, un peu décevant, la faute sans doute à de trop longs passages non musicaux, à une majorité de chansons peu mémorables et à un casting d'acteurs et d'actrices très bons mais physiquement peu attirants (quant à Cyd Charisse, je l'ai toujours trouvée nulle). Restent un excellent scénario, le Technicolor et deux super séquences : "That's entertainment!" et "Louisiana hayride". BR US 

Aloïs Nebel (Tomas Lunak, 2011) **
En 1989, le chef de gare d'une station isolée de Tchécoslovaquie sombre dans la misère alors que son pays s'apprête à investir Vaclav Havel. Ce film d'animation en rotoscopie uniformément triste dans son histoire (le naufrage d'un homme) et ses images (la nuit, la neige, la pluie) réussit pourtant à donner vie à son personnage principal et à créer un magnifique univers visuel en N&B. Les scènes à la gare de Prague sont très émouvantes. BR Fr

As above, so below / Catacombes (John Erick Dowdle, 2014) 0
Une jeune universitaire en alchimie (sic) et ses accompagnants descendus dans les entrailles de Paris y font face à leurs complexes de culpabilité respectifs. Et tombent sur des os, des hiéroglypes, Nicolas Flamel, un trésor, une porte de l'Enfer et des spectres. Avoir eu l'autorisation exceptionnelle de tourner une fiction dans le décor sans pareil des Catacombes de Paris et avoir accouché d'un film aussi médiocre, c'est juste pas possible ! BR Allem

Birdman (Alejandro Gonzalez Inarritu, 2014) *
Un acteur (Michael Keaton, très bon) célèbre pour avoir joué jadis un super-héros à Hollywood tente de se refaire une carrière au théâtre à New York. Le bon sujet et le scénario bien écrit (il y a du Mankiewicz et du Almodovar dans ce backstage là), qui panachent comédie et drame, sont presque annihilés par l'effet gratuit et distrayant d'avoir voulu donner au film entier l'apparence d'un long plan-séquence. Un procédé d'un maniérisme rédhibitoire. BR US  

Gilda (Charles Vidor, 1946) ***
L'ambiguité des rapports entre l'ex, le mari et la femme, tout en sous-entendus de passions et de menaces, est le moteur principal d'une histoire parfois incompréhensible (et peu importe). On ne peut que regarder fasciné la perfection hollywoodienne de la construction du film avec sa mise en scène, sa lumière, son glamour et ses géniaux à côtés (les trois séquences musicales !). Rita Hayworth et sa chevelure frisent le divin. BR Allem   

Lifeforce (Tobe Hooper, 1985) *
Des vampires de l'espace ramenés à Londres pompent l'énergie vitale des humains en laissant derrière eux des momies desséchées. Un film de SF pur Eighties dont le début promet (les scènes dans le vaisseau alien) mais dont la suite s'effiloche dans les bavardages jusqu'à la fin tonitruante. Tout ado mâle hétéro qui l'a vu à l'époque ne pourra jamais oublier Mathilda May (la vampire), qui circule à poil dans toutes ses scènes. Idiot mais fun. BR UK

La femme de l'aviateur (Eric Rohmer, 1981) **
Un jeune homme (Philippe Marlaud, trop tôt disparu), accompagné d'une lycéenne (Anne-Laure Meury, au charme irrésistible) rencontrée par hasard, suit l'ex de sa copine (Marie Rivière) dans Paris. La trame est le prétexte à un bavardage rohmérien juste et drôle sur les fausses certitudes et les angoisses futiles que la jalousie amoureuse provoque. Quelques longueurs n'empêchent pas une fraîcheur de tous les instants. BR Fr

The blue lamp / La lampe bleue (Basil Deaden, 1950) *
Quelques jours de la vie du commissariat d'un quartier populaire londonien, quand un policier près de la retraite se fait tuer par une petite racaille. Ce panégyrique au personnel de police, en grande partie tourné en extérieurs (avec les cicatrices du Blitz), eut un grand succès en son temps. Aujourd'hui, c'est surtout un témoin de la naissance du réalisme britannique et de l'émergence de Dirk Bogarde. La fille (Peggy Evans) est insupportable. DVD Z2 UK

The Dyatlov Pass incident (Renny Harlin, 2013) 0
Un found footage de cinq jeunes apprentis documentaristes américains qui partent tourner dans l'Oural sur le site d'un fait divers inexpliqué (réel) de 1959 : la mort mystérieuse de neufs randonneurs russes dans la montagne. J'ai en vu la première moitié et la seconde en fast forward. Scénario et personnages stupides, acteurs plus que médiocres, réalisation en roue libre. Il y a de la neige, un tunnel temporel, des méchants humanoïdes. Débile. BR UK

Kiss me Kate / Embrasse-moi, chérie (George Sidney, 1953) ***
La version en 3D restaurée est un miracle et porte ce musical MGM, l'un des meilleurs, au sommet du genre. Tout est parfait : l'épatant scénario en miroir, les chorégraphies d'Hermes Pan (où débute Bob Fosse), l'hallucinant dynamisme de la mise en scène, les décors, costumes et couleurs, le casting (Howard Keel, Kathryn Grayson, Ann Miller, Tommy Rall...), l'humour et bien sûr, toutes ces chansons atomiques de Cole Porter. Incomparable. BR 3D US

Staircase / L'escalier (Stanley Donen, 1969) 0
Le quotidien amer d'un vieux couple de coiffeurs gays (Rex Harrisson et Richard Burton dans des compositions outrées) théâtralement basé sur leurs joutes verbales humiliantes et désabusées. Je me suis demandé à chaque instant à quel public ce film dépressif et déprimant pouvait bien s'adresser à l'époque de sa sortie. Les scènes outrancières avec la vieille mère alitée (Cathleen Nesbitt) en sont le meilleur. Une curiosité vraiment peu aimable. DVD Z1 US

Finding Vivian Maier / A la recherche de Vivian Maier (John Maloof & Charlie Siskel, 2014) ***
Un essai de portrait de l'énigmatique nounou-photographe dont le jeune John Maloof a acquis par hasard des dizaines de miliers de négatifs aux enchères en 2007. La découverte posthume de l'oeuvre géniale de Vivian Maier (1926-2009) a été un événement retentissant : ce film lève un coin du voile sur la vie, la personnalité et le travail de cette femme farouchement secrète et fêlée. Et de sa résurrection. Un documentaire passionnant. DVD Z2 Fr

La maschera del demonio / Le masque du démon (Mario Bava, 1960) ***
Une sorcière exécutée au 17e s. revient après deux siècles pour se venger sur les descendants de son bourreau. L'histoire passe au second plan, éclipsée par une utilisation superbement atmosphérique (dès la première inoubliable séquence) du décor, de la lumière et des mouvements sinueux de caméra. L'étrange minois de Barbara Steele ajoute à la fascination visuelle de l'ensemble. Un chef-d'oeuvre baroque d'horror gothique. BR UK

6 commentaires:

  1. Bonsoir Tom,

    Au sujet de Staircase, les deux acteurs disaient qu'ils avaient détesté leurs rôles respectifs. C'était aussi une représentation de l'époque jusqu'au milieu des années 80 où les homosexuels étaient décrits comme malades et/ou malheureux.

    Je ne suis pas particulièrement fan de ces deux acteurs en plus.

    Le film est toujours inédit chez nous (en salles et en DVD/Blu-ray). De ce point de vue, c'est clair : une vraie curiosité (mais un mauvais film).

    @+

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    1. Oui, Straicase est intéressant en tant que document et c'est tout. C'est amusant aussi de penser qu'il est sorti en salles aux USA deux mois après les émeutes de Stonewall (bad timing) et qu'il précède d'un an The Boys in the Band de Friedkin qui n'en est finalement pas très éloigné dans l'esprit.

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  2. Bonsoir Tom,

    Pas encore vu Mommy, mais j'ai adoré son film Laurence Anyway avec un sujet original trop rare sur grand écran, le formidable Melvil Poupaud. Là aussi choix du cadre en 1.33, musique des 80's et surtout interprétation prodigieuse. C'est mon film préféré du cinéaste (je n'ai pas vu Tom à la Ferme)

    J'aime bcp La Femme de l'aviateur mais je lui préfère l'Amour l'après-midi, L'ami de mon amie et surtout Le Genou de Claire ainsi que Ma Nuit chez Maud (mes deux préférés).

    Il n'y a vraiment qu'un seul Rohmer que je déteste : La collectionneuse.




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    1. Ma Nuit chez Maud est un souvenir inoubliable, je ne l'ai pas revu.

      Tom à la Ferme m'a un peu refroidi donc je vais voir les autres Dolan à doses espacées.

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  3. A propos de "The Staircase", non seulement Burton et Harrisson détestaient leurs rôles, mais ils étaient très embarrassés de jouer des homosexuels (certaines interviews de Burton lors du tournage sont sidérantes d'homophobie larvée). Entièrement d'accord avec Tom : un film déplaisant.

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    1. Etrange de se lancer dans un film dont on déteste le rôle et qu'on est embarrassé de jouer. Burton et Harrisson s'étaient-ils retrouvés piégés par un contrat ou étaient-ils masos?

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