4 janvier 2013

Films vus par moi(s) : janvier 2013



*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Paperman (John Kahrs, 2012) ***
Un employé de bureau essaye d'attirer avec des avions de papier l'attention d'une jeune femme croisée sur un quai de métro. Un formidable court métrage (6'30) d'animation des studios Disney avec une nouvelle technique qui fusionne dessin et image de synthèse. L'animation est extraordinaire, l'histoire simple et touchante et le noir et blanc lui donne une intemporalité qui le rapproche de "Lonesome" (Paul Fejos, 1928). YouTube

The river / Le fleuve (Jean Renoir, 1951) *
La mièvrerie de la première partie du film qui s'attarde sur le quotidien insouciant de cette famille anglaise installée sur les bords du Gange m'a tapé sur les nerfs. La voix off qui décrit l'image aussi. Puis, le drame arrive et ca devient plus solide mais c'est un peu tard. Je reconnais que la mise en scène est remarquable, le Technicolor splendide et le propos sensible mais... Et quand on est allergique à la musique traditionnelle indienne... BR Fr

The duellists / Les duellistes (Ridley Scott, 1977) ***
Le premier film de Scott survalue son modeste budget par la beauté de sa photographie (ces paysages de Dordogne !), de ses costumes et de ses compositions marquées par la peinture du XVIIIe s. Intimiste dans sa forme comme dans sa narration, il est porté par le jeu intériorisé de Keith Carradine et enfiévré d'Harvey Keitel (les motivations peu claires de la haine de son personnage sont le seul point faible du scénario). BR US

Angst / Schizophrenia (Gerald Kargl, 1983) ***
Un psychopathe juste sorti de prison commet un triple meurtre gratuit dans une maison des environs de Vienne. Plus qu'un film de serial killer, un fascinant exercice de style où la caméra et les corps actifs et inertes sont soumis à une chorégraphie qui m'a fait penser à du Pina Bausch sous acide. Avec une géniale utilisation de la voix off du tueur qui nous fait entrer dans sa psyché. L'acteur (Erwin Leder), habité par son rôle, est terrifiant. BR Fr

Thor (Kenneth Brannagh, 2011) *
Un dieu nordique en guerre interfamiliale et galactique fait des va-et-vient entre sa planète et le Nouveau-Mexique pour récupérer son marteau magique et son trône. Une adaptation de Marcel au kitsch généreusement assumé qui s'amuse à donner à ses enfantillages des accents presque shakespeariens. Ca se regarde sans déplaisir mais s'oublie aussi vite que l'éclair, comme la plupart des films de super-héros. BR FR

The Puppetoon movie (George Pal & Arnold Leibovit, 1987) **
Une compilation de 11 courts-métrages d'animation en stop motion (les "Puppetoons") produits et réalisés par George Pal dans les années 30 et 40. Leur inventivité technique et leur sens de la poésie continuent à charmer et l'omniprésence de la musique (du jazz surtout) à leur donner un vigoureux dynamisme. "Tulips shall grow" (1942), jolie métaphore sur l'invasion de la Hollande, est un mini-classique. DVD Z1 US 

Les revenants (Fabrice Gobert pour Canal+, 2012) *
Près d'un barrage en Savoie, des morts reviennent chez eux et perturbent les vies de leurs proches. Une série française ambitieuse (inspirée par le bon film homonyme de R. Campillo de 2003) qui repose sur une idée passionnante et dont les premiers épisodes promettent. Puis ça se met à tourner en rond avec une languissante monotonie et des choix scénaristiques médiocres (le serial killer). Original mais poliment chiant. DVD Z2 Fr

Going down in La La Land (Casper Andreas, 2011) *
Une entrée de plus dans le genre du film où un jeune adulte arrive à Hollywood pour y percer à l'écran et se retrouve à vendre son corps. Ici, le personnage est gay et atterrit dans l'industrie du porno et de l'escort gays. Ca mélange comédie, drame et romance et n'a pas grand intérêt si ce n'est de porter un regard sans doute assez juste sur la faune et les règles du showbizz à L.A. et de bien évoquer l'atmosphère de la ville. DVD Z2 Allem.

Sucker Punch (Zack Snyder, 2011) **
Je ne sais pas vraiment ce que j'ai vu (un clip étiré sur 100' ? un jeu vidéo ? un musical dégénéré ? un caprice d'ego ?) et à aucun moment  - sauf dans l'ouverture et la toute fin, très réussies - je ne me suis investi dans l'histoire de ces quatre filles turbulentes mais l'outrance visuelle, l'avalanche de références filmiques (notamment "Showgirls") et sonores et la confusion assumée de l'ensemble m'ont finalement assez séduit. BR Fr

The queen of Versailles (Lauren Greenfield, 2012) ***
David Siegel, roi mondial de la propriété en time-share et parvenu modèle, se construit en Floride la plus grande demeure privée des USA quand la crise de 2008 frappe et efface sa fortune. Sa femme Jackie et ses huit enfants doivent revoir leur train de vie à la baisse du jour au lendemain. Un documentaire aux accents de fable et de soap-opera, à la fois drôle, vulgaire et tragique, sur les aléas du rêve américain. BR US

Triangle (Christopher Smith, 2009) **
Une balade en mer entre amis est ruinée par une tempête, un naufrage et se poursuit par la montée à bord d'un paquebot désert où une des naufragées se retrouve prise dans une série de boucles temporelles. Le scénario outrageusement alambiqué commence par intriguer, puis finit par lasser. Mais l'atmosphère à bord du vaisseau fantôme est pas mal du tout et dans un thriller fantastique, c'est ce qui compte. BR UK

Shadow of a doubt / L'ombre d'un doute (Alfred Hitchcock, 1943) ***
La naïveté et la perversité se répondent mutuellement dans cette chronique familiale baignée d'Americana où une jeune fille mürit brutalement à l'ombre d'un oncle adoré mais sociopathe. Les mouvements de caméra, comme une écriture, évoquent les émotions contrastées des personnages près desquels le Mal rode sans qu'ils s'en doutent. Teresa Wright et Joseph Cotten mènent un casting parfait (notamment la gamine). BR US

Stukas (Karl Ritter, 1941) *
Tout à la gloire des pilotes des Stukas de la Luftwaffe, un film de propagande nazi qui mêle studio, images d'archives et modèles réduits pour raconter le quotidien d'une escadrille pendant la Bataille de France en 1940. La musique et le mélodrame ne manquent pas, comme dans cette scène où un aviateur blessé entre en dépression avant de retrouver la pêche pendant un concert de Wagner à Bayreuth. DVD Z1 US

Moonrise kingdom (Wes Anderson, 2012) 0
L'histoire de ces deux gamins précoces et inadaptés (l'une dans sa famille, l'autre dans son camp scout) qui s'échappent  dans la Nature le temps d'une courte fugue est sensible mais l'insupportable chichitterie de la réalisation, autocontemplative et pleine des tics de l'auteur, écrase - et c'est rageant - tout le film de son affectation. Mais il y a la beauté des paysages maritimes de la côte Est des US : c'est au moins ça. BR Fr

Red state (Kevin Smith, 2011) ***
Un thriller qui débute comme un teenage movie pour obliquer vers des territoires plus sombres autour des sectes chrétiennes extrémistes, du port d'armes et de l'homophobie. La violence du propos est doublée de celle des images et si la toute fin est décevante (les éléments d'une autre, géniale, sont lâchés en route), l'originalité de l'ensemble reste captivante. Mention spéciale à quelques formidables numéros d'acteurs. BR UK

Skoonheid / Beauty (Oliver Hermanus, 2011) **
En Afrique du Sud, lors de mariage de sa fille un Afrikaner quadragénaire revoit le fils d'amis et en tombe fou de désir. L'homosexualité refoulée, le fossé des générations (plus le racisme en sous-texte) sont montrés avec une grande force suggestive dans ce film à l'atmosphère étouffante où l'isolement affectif fait des ravages. Introverti et peu loquace, à l'image de son personnage joué à la perfection par Deon Lotz. DVD Z2 Allem.

Les Misérables (Richard Boleslawski, 1935) 0
Il y a de tout un peu dans cette adaptation poussive : des galères aux égoûts, les grandes scènes du roman y sont mais diminuées à leur moindre intérêt par une mise en scène inexistante. March est un Valjean très correct et Laughton en Javert avait du potentiel mais l'incompétence du réalisateur les perd en ignorant le souffle épique que l'histoire nécessite. Un an plus tôt, Raymond Bernard en avait fait, lui, un chef-d'oeuvre. DVD Z1 US

Fantastic Mr. Fox (Wes Anderson, 2009) *
L'animation en stop-motion est formidable, les décors aussi et les personnages animaux ont chacun leur sympathique personnalité mais l'histoire n'a pas assez d'enjeux ni de profondeur pour maintenir l'intérêt sur la durée du film. Le phrasé très rapide et cool des dialogues qui crépitent m'a tapé sur le système. La prouesse technique est remarquable mais il aurait fallu quelque chose en plus pour que je sois emballé. BR Fr

A lonely place to die / Poursuite mortelle (Julian Gibley, 2011) **
Un thriller d'aventures assez prenant sur des alpinistes dans les Highlands qui trouvent une gamine croate sequestrée et sont poursuivis par ses ravisseurs. Les paysages naturels d'Ecosse sont splendides, les acteurs bons et les scènes de suspense bien conduites (pour ce genre de film très codifié). Il y a bien des clichés et des comportements improbables mais l'ensemble maintient une belle tension et c'est l'essentiel. BR UK

Hans Westmar (Franz Wenzler, 1933) **
A Berlin en 1929, un étudiant s'enrôle dans la S.A. pour lutter contre les étrangers, les juifs et les communistes qui veulent mettre la main sur la ville. L'histoire fortement réécrite du jeune martyr nazi Horst Wessel offre au cinéma du Troisième Reich le sujet d'un de ses premiers films de propagande enragée, dont il est un véritable archétype. Un document passionnant sur le cinéma comme outil politique. DVD Z1 US

A l'heure de pointe



30 décembre 2012

Der Hamburger Helot

A la Kunsthalle de Hambourg, une statue académique des années 1890 qui m'était inconnue, habituellement remisée aux réserves, est en ce moment exposée à l'occasion d'une intéressante présentation thématique des collections de sculpture.


"Der Helot" (L'Hilote) de Wilhelm Kumm, daté de 1891, représente un esclave agricole grec des environs de Sparte.

Derrière le sujet antiquisant, c'est le jeune modèle anonyme qui a posé pour le sculpteur que le visiteur ne peut s'empêcher de voir. Son beau visage pensif aux traits intemporels (il pourrait être d'hier, d'aujourd'hui ou de demain) donne à la statue une fascinante présence. Compte-tenu du nombre de photos qui en sont prises par les visiteurs, on comprend qu'il ne laisse personne de marbre. Jugez-en vous même par ces images que j'ai capturées de lui après avoir passé pas mal de temps, moi aussi, à le regarder.


Et pour rester à la Hamburger Kunsthalle, je ne peux résister à inclure ci-dessous ce plan rapproché d'un des mes tableaux préférés, l'admirable "Voyageur contemplant une mer de nuages" de Caspar David Friedrich (1817) que je n'avais vu jusqu'à aujourd'hui que par reproduction interposée. L'original mérite le voyage comme dirait un guide populaire. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant tout à l'heure que l'habit du voyageur des montagnes, que j'avais toujours cru de flanelle ou de coton noir, est en réalité de velours vert. L'oeuvre en est encore plus classe.


2 décembre 2012

Films vus par moi(s) : décembre 2012


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Life of Pi / L'odyssée de Pi (Ang Lee, 2012) ***
Il faudra que je le revoie parce que l'agencement et la signification de la dernière partie du film par rapport à ce qui a précédé m'en a fait sortir. Pour le reste, ce conte métaphorique aux péripéties et aux images inoubliables (l'utilisation de la 3D fixe la barre très haut) m'a enchanté, ému et rappelé la magie des possibles qu'offre le cinéma. Comme cela fait du bien de voir quelque chose de différent, vraiment. Ciné 3D

Johnny Guitar / Johny Guitare (Nicholas Ray, 1954) ***
Une première partie en intérieur, une seconde en plein-air, des couleurs éclatantes (vert, noir, blanc, rouge, jaune), un personnage féminin qui en harcèle un autre, une horde de villageois en costume de deuil et une partition lyrique : "Johnny Guitar" est un mélo-western qui ne ressemble à aucun autre. Joan Crawford y est magnétique, Mercedes McCambridge infernale et Sterling Hayden stoïque comme un roc. BR US

Pierrot le Fou (Jean-Luc Godard, 1965) ***
L'exaltante inventitité créative du film, sa beauté plastique, son insolent dynamitage des genres cinématographiques (auxquels il rend par ailleurs hommage), son humour, sa poésie tragique et ses tentations politiques forment l'essence du meilleur Godard. Le charme et l'énergie vitale d'Anna Karina et de Jean-Paul Belmondo font le reste. Un film qui a su capter sur le vif l'esprit des Sixties. BR Fr

Breaking bad / saison 4 (Vince Gilligan, 2011) ***
Le manque d'enjeu et d'action du début de cette saison m'avaient refroidi : j'avais laissé tomber au bout de 4 épisodes. Des mois plus tard, j'ai tenté la suite et petit à petit, la sauce a repris. Les derniers épisodes comptent parmi ce que j'ai pu voir de plus tendu, de mieux écrit, joué et réalisé à la télé. Avec un final qui vous tire le tapis sous les pieds et son travelling démoniaque sur un banal pot de muguet. DVD Z1 

J. Edgar (Clint Eastwood, 2011) ***
L'ennuyeuse première demi-heure passée, le film décolle quand il se met à suggérer le portrait intime de J.E. Hoover, le directeur controversé du FBI, à travers une affaire célèbre (l'enlèvement Lindbergh) mais surtout dans ses relations fusionnelles avec sa mère, sa secrétaire et son collaborateur-compagnon d'une vie, Clide Tolson. Si la forme est terriblement académique, le propos est inédit et passionnant. BR Fr

Les adieux à la Reine (Benoît Jacquot, 2012) **
Je me suis un peu ennuyé. On voudrait en voir plus sur la Cour qui se délite à Versailles entre le 14 et le 17 juillet 1789 mais le point de vue unique à partir de la lectrice de Marie-Antoinette empêche d'ouvrir le cadre. C'est un parti-pris, respecté à la lettre. On n'a donc qu'une vision partielle du cataclysme. Les acteurs sont tout juste OK, la photographie magnifique et un plan-séquence dans un couloir du château magistral. BR Fr

Le petit Prince a dit (Christine Pascal, 1992) **
La sensibilité de Christine Pascale imprègne ce film triste mais pas larmoyant sur les liens d'une petite fille de dix ans condamnée par une tumeur au cerveau avec ses deux parents séparés. Richard Berry et Anémone sont parfaits et la jeune Marie Kleiber bouleversante. Les paysages verdoyants de la Suisse apportent une note élégiaque avec laquelle la mort s'approche en douceur, trop peut-être. DVD Z2 Fr

Rosemary's baby (Roman Polanski, 1968) ***
La paranoïa qui contaminera le cinéma des Seventies et les blockbusters sataniques du genre "The exorcist" trouvent une de leurs origines dans ce thriller psychologique inaltérable à la réalisation qui fait tous les bons choix et au casting étincelant (Mia Farrow, Ruth Gordon, Sidney Blackmer et, en retrait, John Cassavetes). Quelle composition des plans et utilisation de la couleur ! Quel humour pervers ! BR US

The taking of Pelham One Two Three / Les pirates du métro (Joseph Sargent, 1974) ***
Quatre types déguisés en beaufs immobilisent dans un tunnel une rame du métro de Manhattan pour obtenir une rançon. Ce sujet, simple comme tout, a pourtant donné un des thriilers les plus excitants des 70's. Il faut dire qu'il y a Robert Shaw et Martin Balsam en pirates et Walter Matthau en chef de la sécurité. Il y a aussi un melting pot d'otages, de l'humour et des dialogues bourrés de mots à quatre lettres. BR US

The night of the hunter / La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955) ***
L'amour du cinéma, du théâtre, de la peinture, de la littérature illumine chaque scène de ce chef-d'oeuvre qui convoque les grandes obsessions américaines (argent, sexe, religion, violence) dans un conte noir et expressionniste aux innombrables références mais à l'atmosphère incomparable. Un des plus beaux films sur l'enfance, qui réveille chez chaque spectateur des sentiments profondément enfouis. BR US

De rouille et d'os (Jacques Audiard, 2012) *
A l'image de son titre qui prend la pose, ce "mélo trash" comme le définit Audiard a trop de préciosités formelles et d'impasses scénaristiques pour ne pas être soupçonné de roublardise. Les acteurs sont uniformément excellents pour des personnages uniformément monolithiques. La photographie est intéressante, nettement inspirée par la photo contemporaine. Je me suis demandé ce que von Trier en aurait fait. BR Fr

Damsels in distress (Whit Stillman, 2011) **
La lenteur de la mise en place, le jeu désincarné des jeunes actrices, l'artificialité des dialogues et l'évident petit budget commencent par inquiéter et puis soudain, le charme opère et la seconde partie du film sert de révélateur à la première. Une subtile tendresse se dégage alors pour ces personnages qui se cherchent eux-mêmes. Un ton original pour un film de campus vraiment atypique. BR US

Vesyolyye rebyata / Les joyeux garçons (Grigori Alexandrov, 1934) ***
Cette première comédie musicale soviétique, farce burlesque sur un berger pris par erreur pour un chef d'orchestre, fait preuve d'une imagination absurde débridée typique de son temps. Les animaux de la ferme qui ravagent la soirée bourgeoise et les chansons populaires sur la scène du Bolchoï font une amusante propagande. Le premier plan-séquence musical et le long travelling sur une plage sont exceptionnels. DVD Z2 Fr

Klute (Alan J. Pakula, 1971) **
Le rapprochement affectif de la call-girl (Jane Fonda) et du détective (Donald Sutherland) est autrement plus intéressant que leur banale enquête dans un New York dont la poisse obscure imprègne tout. Le rythme lent, les longs temps de pause et l'abondance des dialogues (formidables séquences de Fonda chez la psy) font du film un archétype du cinéma de son époque, le début des 70's. DVD Z1 US

Pet Sematary / Simetierre (Mary Lambert, 1989) ***
Stephen King a adapté lui-même son inquiétant roman pour ce film qui atteint des sommets de morbidité et fonctionne parfaitement, dans le genre, vingt-cinq ans après sa sortie. Le fantastique du vieux cimetière indien qui ramène les morts à la vie (animaux, enfants et adultes), jette un regard sensible sur le travail du deuil. La direction artistique et la réalisation sont excellentes. BR US

The impostor / L'imposteur (Julien Duvivier, 1943) *
Gabin retrouvait Duvivier à Hollywood avec ce drame sur fond de Forces Françaises Libres au Congo qui fait partie de l'effort de guerre du cinéma US. Le tout artificiel (matte paintings, back projections et jungle de studio à gogo) a son charme et Gabin, blond-cendré ondulant, s'essaye à l'anglais sans conviction. Un film curieux et intéressant quand on le replace dans son contexte historique. DVD Z2 Fr

W.E. (Madonna, 2011) *
L'histoire de Wallis Simpson et d'Edouard VIII entre 1930 et 1970 aurait suffi, pourquoi s'être encombré de celle d'un couple new-yorkais des années 1990 en narration parallèle ? Le tout est très beau, très fabriqué et sans presqu'aucune émotion alors qu'il y avait de quoi faire un grand film d'amour. C'est l'obsession de contrôle de Madonna qui est en cause : à repousser l'affectif, elle ne créé qu'une froide machinerie. BR Fr

2 novembre 2012

Films vus par moi(s) : novembre 2012


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Dressed to kill / Pulsions (Brian de Palma, 1980) *
Comme souvent avec de Palma, ce sont quelques séquences individuelles, formidablement dirigées (ici par exemple, la scène du musée et celle du métro), qui transcendent un ensemble par ailleurs cousu de grosses ficelles et de fausses pistes malhonnêtes. Découvrir le film à sa sortie avait été un choc, le revoir a été assez décevant, à cause de son agaçante roublardise. BR Fr

The trouble with Harry / Mais qui a tué Harry ? (Alfred Hitchcock, 1954) *
Bien sûr les couleurs du Vermont d'automne sont époustouflantes, les dialogues malins et coquins, la mise en scène millimétrée et le scénario déconstruit avec brio les codes du thriller mais j'ai toujours été insensible à ce film parce que son humour noir et absurde m'ennuie sur la durée. Un film passionnant, c'est vrai, dans le contexte de la filmographie d'Hitchcock, mais pas isolément. BR US

The girlfriend experience (Steven Soderbergh, 2009) 0
Un Soderbergh très mineur sur le quotidien d'une jeune escort girl de luxe new-yorkaise. Ses client sont inquiets de l'impact de la crise financière sur leurs affaires, elle essaye d'améliorer la visibilité de son site web, un journaliste veut écrire un article sur elle, sa vie avec son petit copain bat de l'aile... Une ex-star du porno joue l'escort, ça parle surtout d'argent et se laisse voir sans plus d'intérêt. BR UK

The Egyptian / L'Egyptien (Michael Curtiz, 1954) **
Un péplum méconnu, ambitieux et intrigant presqu'entièrement dénué d'action, aux décors (construits ou en matte), à la réalisation et à la photographie splendides, au casting périlleux (Purdom fade mais bon, Darvi nulle jusqu'à l'amusement, Ustinov qui prend la main sur toutes ses scènes...) et au contexte historique alambiqué (mi Période Amarnienne, mi Période Maccarthyste). BR Fr

Mad Men, saison 5 (AMC, 2012) ***
Plus sourde et retenue que les précédentes, la saison 5 de "Mad Men" fait la part belle à ses personnages qui s'enfoncent dans l'isolement psychologique et affectif au rythme de la société qui change. L'écriture et la réalisation sont toujours aussi brillantes et la façon unique qu'a Megan (Jessica Paré, une révélation) de bouger dans l'espace n'a pas cessé de me fasciner du début à la fin. BR US

Merci pour le chocolat (Claude Chabrol, 2000) **
Par petites touches amusantes qui deviennent inquiétantes, le personnage joué par Isabelle Huppert (qui d'autre ?) révèle des fêlures abyssales. Ce que le film veut dire est obscur mais c'est un bel exercice de style - et en psychologie - qui fait de Lausanne et de l'onctuosité du chocolat un terrain de névroses subtiles. Moins puissant que "La cérémonie" mais coulé dans le même moule. DVD Z2 Fr

The phantom of the Opera / Le fantôme de l'Opéra (Rupert Julian, 1925) ***
Sans doute la meilleure adaptation filmée du roman, cette version muette est un régal de chaque instant, que ce soit  par le travail sur les ombres et lumières, la splendeur des décors, l'impressionnant dynamisme de la narration. Lon Chaney est un fantôme génialement psychotique aux apparitions inoubliables (l'arrachage du masque, la Mort Rouge sur l'escalier...). Du Grand-Guignol du haut-vol. BR UK 

Downton Abbey - Series 3 (Julian Fellowes, Carnival Films, 2012) ***
Quel bonheur de retrouver les protagonistes familiers de ce formidable feuilleton dans lequel on ne sait pas quoi le plus admirer, de l'écriture, du casting ou de la réalisation. Trois petites réserves sur l'histoire forcée de la prison, de l'homosexualité d'un personnage et sur la fin un poil faiblarde. Le coup de théâtre terrassant dans l'épisode 5 est un sommet de la télé contemporaine. BR UK

Le quai bes brumes (Marcel Carné, 1938) **
Je n'avais jamais vu ce classique dont l'histoire semble comme une chanson de Fréhel. La langueur désespérée et le sentiment de tragique qui en émane, les décors, la réalisation et les numéros des acteurs sont splendides (à part la diction pleurnicharde de Morgan, irritante comme souvent) et sa signification historique est évidente mais il y a quelque chose qui m'a toutefois tenu à distance. BR Fr

From Russia with love / Bon baisers de Russie (Terence Young, 1964) **
Les décors d'Istanbul, le charme rieur de Daniela Bianchi et surtout la présence de la formidable Lotte Lenya dans le rôle la fourbe Rosa Klebb (elle est d'ailleurs trop rare à l'écran, ici comme ailleurs) sont les atouts majeurs de cet épisode qui est sans doute le James Bond où le genre "espionnage" est le plus archétypique. Je m'y ennuie un peu et préfère de loin "Dr No" et "Goldfinger". BR Fr

Picnic at Hanging Rock / Pique-nique à Hanging Rock (Peter Weir, 1975) ***
Je pourrais regarder en boucle la longue séquence de l'ascension du rocher, l'une des plus sensuelle et inquiétante de l'histoire du cinéma et encore plus ce plan inoubliable où les trois jeunes filles disparaissent dans la faille. La seconde partie ne maintient pas cette magie mais l'atmosphère unique de ce film inclassable, aux multiples interprétations métaphoriques, me transporte à chaque fois. BR UK (Director's cut)

Paradise Lost 3 : Purgatory (Joe Berlinger & Bruce Sinofsky, 2011) ***
Après "Paradise Lost" (1996) et "Paradise Lost 2 : Revelations" (2000), la troisième entrée de l'extraordinaire feuilleton documentaire sur trois ados condamnés - à tort - en 1994 par la justice de l'Arkansas (l'un à mort, les deux autres à la prison à vie) pour les meurtres de trois jeunes garçons est une plongée vertigineuse dans l'Amérique profonde et le système judiciaire US. Aucune fiction ne peut atteindre cette intensité. DVD Z1 US 

Magic Mike (Steven Soderbergh, 2012) **
Un backstage très classique, dans la forme comme dans le fond, à ceci près qu'il se déroule dans un petit club de male strippers de Tampa. Tous les codes du genre y sont : le pro qui prend le novice sous son aile, les risques de l'argent facile, la figure rédemptrice... Si on est loin du cynisme de "Showgirls", le film est bien foutu et Channing Tatum est devenu un bon acteur. BR US  

22 octobre 2012

Hercules Relaxed


Steve Reeves. Entre deux prises.

2 octobre 2012

Films vus par moi(s) : octobre 2012


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Project X / Projet X (Nima Nourizadeh, 2012) **
Je ne sais pas si les scénaristes ont voulu dire ou dénoncer quelque chose du comportement social souvent irresponsable de certains ados actuels mais ce film sur une fête d'anniversaire Facebook qui tourne à l'émeute, derrière sa façade potache, est une émanation vraiment intéressante de son époque. Je m'attendais au pire, j'ai été heureusement surpris. BR Fr

The cabin in the woods / La cabane dans les bois (Drew Goddard, 2012) **
Un film d'horreur postmoderne truffé de références qui se plaît à multiplier ses interprétations (à la fois une réflexion sur le ciné d'horreur, la télé-réalité, Jung, Lovecraft, les peurs primales...) et qui se regarde avec intérêt parce que les idées et visuels sont astucieux et le rythme soutenu. Même si le propos se perd dans une indescriptible confusion, ça reste fun et malin. BR Fr 

Live and let die / Vivre et laisser mourir (Guy Hamilton, 1973) *
Après l'excellente séquence pré-générique, c'est vraiment poussif jusqu'au dernier tiers et l'excitante poursuite en hors-bord. Le suave Roger Moore ne m'a jamais convaincu en James Bond (ni ici, dans sa première incarnation de l'espion, ni ensuite) et Jane Seymour est une bien fade Bond Girl. Mais quelques scènes sont très chouettes, dont le vaudou et les alligators. BR Fr

L'affaire Dominici (Claude-Bernard Aubert, 1973) *
L'avocat de Gaston Dominici prend le spectateur à parti en conclusion de ce film qui se veut factuel mais qui est (selon les avis autorisés) subjectif et orienté à décharge. La réalisation est sans aucun intérêt mais Gabin et le reste du casting incarnent avec brio les membres de cette énigmatique famille de paysans empêtrée dans l'affaire du meurtre des Drummond. DVD Z2 Fr

Thunderball / Opération Tonnerre (Terence Young, 1965) *
Le 4e James Bond n'est pas à la hauteur des 3 premiers : l'histoire se traîne, sans véritable enjeu, et le décor des Bahamas est banal. Claudine Auger est une Bond Girl idéale, le générique et le combat sous-marin épatants mais cela ne suffit pas à en faire un grand épisode. C'est surtout l'ambiance mid-Sixties qui fait le charme du film, ainsi que Sean Connery, évidemment. BR Fr

Snow White and the huntsman / Blanche-Neige et le chasseur (Rupert Sanders, 2012) **
La noirceur originale du conte de Grimm est préservée dans cette adaptation à la formidable direction artistique (les décors sont superbes) et au dynamisme de film d'aventures. Mais Kristin Stewart n'a pas le charisme nécessaire et le dernier tiers avec l'attaque du château semble déjà vu. C'est quand même du très bon spectacle et une intéressante exploitation de l'histoire. BR Fr

Take shelter (Jeff Nichols, 2011) **
La perte de repères et les inquiétudes de la société américaine actuelle sont en toile de fond de ce drame métaphorique sur la plongée d'un homme dans la psychose. Michael Shannon et Jessica Chastain rendent crédible et bouleversant leur couple de l'Ohio dont l'amour est mis à l'épreuve de la tempête. Quelques longueurs pouvaient être évitées. BR Fr

Windjammer : the voyage of the Chistian Radich (Louis de Rochemont III & Bill Coleran, 1958) ***
Un chef-d'œuvre du Cinerama, travelogue sur le voyage d'un Trois-Mâts Ecole norvégien entre Oslo et Portsmouth en passant par Madère, Porto Rico, Trinidad et New-York. Les cadets apprennent le travail d'équipe à bord et découvrent les coutumes locales en escale. De l'aventure en mer, de l'exotisme et des images spectaculaires, portées par une partition lyrique. BR US (avec une superbe restauration en format Smilebox)

Un singe en hiver (Henri Verneuil, 1962) ***
Le vieux Gabin et le jeune Belmondo se donnent la réplique (pour l'unique fois) dans ce magnifique film sur le temps qui blesse. Au-delà du jeu des acteurs et des dialogues ciselés d'Audiard, de l'hiver N&B sur la côte normande en Cinemascope et de l'humour subtilement grave, c'est la tendresse pour les personnages qui lui donne sa mélancolie intemporelle. DVD Z2 Fr

Clash of the Titans / Le choc des Titans (Desmond Davis, 1981) **
Un divertissement mythologique vieille école, plein de créatures en stop-motion par Ray Harryhausen et d'acteurs britanniques en dieux de l'Olympe. Il y a de l'action (le clou étant le combat dans l'antre de Méduse), de l'humour et des surimpressions criantes. Il y a aussi l'obscène et distrayante sensualité des lèvres et des tétons d'Harry Hamlin en Persée. BR Fr

Antoine et Antoinette (Jacques Becker, 1947) ***
L'enthousiasmante fraîcheur de la première moitié du film, consacrée à la vie quotidienne, dans ses détails les plus anodins, d'un jeune couple de travailleurs dans le Paris de l'après-guerre, se dilue un peu dans la seconde, avec la péripétie du billet de loterie perdu mais le charme de Claire Mafféi, l'animation du quartier et la grâce de la mise en scène emportent tout. BR Fr

Chronicle (Josh Trank, 2012) ***
Trois copains de high school investis par accident du pouvoir de télékinésie et de voler les emploient pour s'amuser. Puis l'un en fait des usages plus sombres. Un des meilleurs films de "teenage angst" que j'ai vus, cette sorte de "Carrie" des années 2010 est spectaculaire et superbement réalisé. Avec une profondeur et une intelligence peu communes dans le genre. BR Fr

Broadway (Paul Fejos, 1929) *
Un backstage routinier des débuts du parlant avec un jeune premier, des chorus girls et un crime. Les scènes de dialogue sont figées et plutôt mal jouées (sauf Evelyn Brent, toujours excellente) mais tout s'anime dans le décor géant du cabaret "Paradise", au superbe design Twenties qu'une caméra placée sur une grue explore en virevoltant. Pour ces séquences seulement... BR US (en bonus du BR "Lonesome" chez Criterion)

Wake in fright / Outback (Ted Kotcheff, 1971) *** 
Au fin fond de l'outback australien, la descente aux enfers d'un jeune instituteur en congés qui se perd dans le jeu, la bière et la fréquentation risquée des rednecks. Un film sur la corruption qui culmine dans une éprouvante séquence de chasse nocturne au kangourou. Implacable et nihiliste comme seul le cinéma des Seventies pouvait l'être. BR Australie

Mandingo (Richard Fleischer, 1975) ***
Le politiquement correct n'a pas cours dans ce film sur les rapports entre maîtres blancs et esclaves noirs d'une plantation décrépite du Sud. Le commerce, la violence et le sexe tissent les liens entre les personnages qui vivent (et meurent) la fin d'un monde. Fleischer osa le réalisme et fut taxé d'exploitation : sa carrière ne s'en remit pas. 40 ans après, le film (d)étonne toujours. BR US

Cloclo (Florent-Emilio Siri, 2012) 0
Un biopic terriblement académique qui essaye de raconter le maximum en 2h20 et empile les événements marquants sans émotion ni dynamisme. Jérémie Renier est excellent (son mimétisme avec Claude François est troublant) mais le film manque d'une vision de cinéaste. Tout est lisse et convenu et même les séquences musicales sont décevantes. BR Fr

Dr. No / James Bond contre Dr No (Terence Young, 1962) ***
Le prototype des films de James Bond n'a pas encore de chanson de générique ni de gadget et son histoire est bien tranquille par rapport à celles qui viendront par la suite mais le magnétisme érotique qu'y dégagent Sean Connery et d'Ursula Andress n'a jamais été égalé. Et le style Sixties du décor, des accessoires, des costumes et de la couleur est à tomber. BR Fr

The invisible man / L'homme invisible (James Whale, 1933) ***
Court et concis comme tous les Horror films Universal des Thirties, un thriller qui parvient à mélanger suspense, cruauté et humour en un parfait équilibre. La voix de Claude Rains donne corps et caractère au personnage imaginé par Wells, aidée par de formidables trucages qui gardent toute leur force de suggestion. Et puis, il y a Una O'Connor, égale à elle-même en aubergiste hystérique. BR UK

Prometheus (Ridley Scott, 2012) *
Allez, je mets * pour la magnifique direction artistique (et la 3D sobrement efficace) mais j'ai failli mettre 0 pour l'indescriptible confusion, pour ne pas dire bêtise, de l'écriture qui ne donne pas vie aux personnages, leur fait faire des actions risibles et réussit à rendre le film ennuyeux en dépit de tous les atouts qu'il avait à priori. Comment Scott a-t-il pu laisser passer ça ? BR 3D Fr 

La folie des grandeurs (Gérard Oury, 1971) 0
Je me faisais une joie de revoir ce film qui a marqué mon enfance mais les grimaces, gesticulations et cris de Louis de Funès ont eu raison de ma patience au bout de 30'. Je ne connais pas de comique dont le jeu ait aussi mal vieilli : son succès monstre, rétrospectivement, est atterrant. Dommage parce que la production est plutôt réussie et la musique épatante. BR Fr

This is Cinerama (Robert L. Bendick, 1952) **
Kitsch en diable et outrageusement superlatif, un travelogue qui stupéfia l'Amérique en 1952 par son emploi du format géant et du son stéréo. Vaincu par sa complexité technique et l'arrivée du Cinemascope en 1953, le Cinerama mourut jeune, laissant quelques titres fascinants, comme ce tout premier film du genre. Le célèbre séquence des Cypress Gardens est excellente. BR US (avec une superbe restauration en format Smilebox)

Sleeping Beauty / La Belle au bois dormant (Walt Disney / Clyde Geronimi, 1959) ***
Le merveilleux design du film, qui doit autant aux tapisseries médiévales qu'au style Fifties, ne manque jamais de m'enchanter à chaque fois que je le revois. Et toutes ces scènes inoubliables, de la parade du début au combat avec le dragon en passant par la rencontre dans la forêt et bien sûr, les apparitions des fées et de la géniale Maléfique. Un de mes Disney préférés. BR US