3 juillet 2026

Films vus par moi(s): juillet 2026


**** chef-d'oeuvre / *** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Crack-up (Irving Reis, 1946) **
Un conservateur d'un musée de New York enquête sur une affaire de destruction de tableaux de maîtres. Un thriller intrigant dans le milieu peu convoqué au cinéma de l'histoire de l'art qui mêle conservation et crime organisé, stress post-traumatique et collectionnisme dans une ambiance de film noir des Forties. Pat O'Brien, Herbert Marshall, Claire Trevor et le scénario méandreux surclassent le petit budget de cette très honorable série B. La scène avec l'Angélus de Millet et un tableau de Dali est révélatrice de la réception de l'art moderne dans le cinéma hollywoodien. BR US Warner Archive.

A year in a field (Christopher Morris, 2023) *
Près de Land's End en Cornouailles, un menhir de cinq mille ans debout dans un champ regarde passer l'Histoire et les saisons. Les magnifiques vues de la pierre dressée dans la nature et de la faune qui l'entoure font de ce documentaire un plaisir visuel de chaque instant. Mais le commentaire dit par le réalisateur autour de la responsabilité de l'Homme dans le changement climatique réoriente le film vers un manifeste environnemental qui s'accroche aux images de façon peu harmonieuse : deux bon sujets en un, c'est un de trop. Alors pour les images. BR US Spectacular Optical

Le Soleil blanc du désert / Beloïe solnsté poustyni / White Sun of the desert (Vladimir Motyl, 1970) ****
Perdu dans le désert du Turkménistan pendant la Guerre Civile russe, un soldat de l'Armée Rouge sauve un local. Ensemble, ils accompagnent neuf femmes voilées égarées enfuies d'un harem et pourchassées par leur maître féroce. Un des films les plus révérés des russes, cet ostern - western de l'Est - hybride dans le décor somptueux des sables de l'aventure, de la propagande coloniale, un regard inhabituel sur le genre - hommes vs. femmes - et de l'idéologie - athéisme vs. Islam. Superbement composées, beaucoup d'images sont inoubliables. BR US Deaf Crocodile

La femme la plus riche du monde (Thierry Klifa, 2025) ***
Adaptation libre de l'affaire Banier-Bettencourt du point de vue des quatre principaux protagonistes : la milliardaire Liliane Bettencourt (Isabelle Huppert), sa fille Françoise Bettencourt-Meyers, le photographe Jean-Marie Banier et le majordome Pascal Bonnefoy. Il en résulte une tragi-comédie portée par ses dialogues enlevés et ses interprètes impeccables, notamment Laurent Lafitte en pirate flamboyant et haïssable du coeur et des sous, un milliard d'Euros quand même. Le ton est original, comme du Balzac et du Mauriac mâtinés de Boulevard. Assez fascinant. BR FR Blaq Out

L'Odyssée / The Odyssey (Christopher Nolan, 2026) ***
Revenu à Ithaque, Ulysse se remémore la prise de Troie et son odyssée en terres et mers inconnues. Ayant en dégoût le cinéma pompeux de Nolan à part un des Batman et Dunkerque, c'était pas donné. Or, malgré le début poussif et les séquences ratées du Cyclope et des Géants, la sortie du Cheval et Circé m'ont emporté jusqu'à la prouesse du massacre des Prétendants. Avec un casting dominé par Anne Hathaway et l'habillage sonore, véritable star du film. À texte immortel, une oeuvre épique qui trouve le ton juste et réhabilite la Mythologie tant nécessaire aujourd'hui. Cinéma

Résurrection / Kuángye Shídài (Bi Gan, 2025) 0
Un mourant se rêve en jeune homme traversant cinq époques du XXe siècle... et du cinéma. Engoué par ses critiques pâmées quasi unanimes et son Prix du Jury à Cannes 2025, l'atterrissage est rude. Il y a longtemps que je n'avais pas vu un tel paillasson à festivals, assommant exercice formel boursouflé sur 2h40 qui s'admire en citations visuelles sur la puissance de l'imaginaire et du feu cinéma, dont la disparition du public à la fin est la belle idée. Tout m'a fait chier en fait dans cet écoeurant bootleg chinois. Et avec une valise Louis Vuitton qui réussit à se placer. BR FR Potemkine

Caligula et Messaline / Caligola e Messalina (Anthony Pass/Bruno Mattei & Jean-Jacques Renon, 1981) *
Vers l'an 40 à Rome, la jeune Messaline s'attire Caligula pour se rapprocher de Claude, l'oncle de celui-ci. Fait à la va-vite sur le succès du Caligula (1979) de Guccione, un exemple d'exploitation impure, hybride de dialogues en studio, de scènes érotiques et de pompages éhontés d'autres films à budget comme La Colosse de Rhodes (1961) de Leone et La Bête (1975) de Borowczyk. Tout cela est assez cheap et ennuyeux malgré quelques plans intéressants, les provocations cringe - le nain, la brute... - et l'étrange beauté de Betty Roland en impératrice salope. BR US Severin Films   

Le Colosse de Hong Kong / Goliathon / The Mighty Peking Man (Ho Meng-Hua, 1977) ***
Un entrepreneur envoie un aventurier en Inde ramener un singe gigantesque qu'il veut exhiber à Hong Kong. La version Shaw Brothers du King Kong (1976) de Guillermin est un spectacle épatant qui évoque involontairement les origines populaires et bricolées du cinéma : back projections, monstre en costume, Tarzane blonde dénudée, maquettes dévastées et absurdité. En gardant un point de vue innocent ou ironique, on ne peut qu'apprécier l'enthousiasmant premier degré de ce film aux images, à l'action et aux Chinois sans cesse dynamiques. BR UK 88 Films

Letty Lynton (Clarence Brown, 1932) **
Ayant quitté son amant et Montevideo, une héritière s'éprend d'un riche new-yorkais sur le paquebot du retour mais doit affronter le chantage de son ex, jaloux. Invisible pendant quatre-vingt-dix ans pour des questions juridiques, le premier triomphe de Joan Crawford en star revient au jour et c'est un événement cinéphile. Le film lui-même est plutôt bien, pour les conflits moraux de l'héroïne, le visage sublimé de Crawford et ses costumes extravagants par Adrian. Et comme on passe de la comédie romantique au drame et au mélo, on en a pour son argent et son plaisir. BR US Warner Archive 

Confessions II (Torso, 2026) *
J'étais au parc de Sceaux le 29 août 1987 pour Madonna, le souvenir écrase celui de ses autres concerts que j'ai pu voir après. Quarante ans plus tard, je ne la regarde plus que de loin et intéressé par ses métamorphoses et combats plus que par sa musique. Apprenant qu'un nouvel album sortait, j'ai trouvé sur YouTube "The Film" de celui-ci, une vidéo de 13'55'' qui enfile à la suite des samples de 8 titres avant 3'23'' de générique final. C'est pro, dynamique et sexy mais trop en tout, comme du déjà-vu sous amphé. Reste Madonna, bientôt 68 ans et toutes ses dents. YouTube

2 commentaires:

  1. Je garde un très bon souvenir du film de Bruno Mattéi et je m'aperçois de ma coquille d'origine au moment où je l'ai découvert il y a six ans : Anthony Passalia EST Bruno Mattéi puisque c'est un de ses pseudos. Je l'avais vu sur un DVD en 4/3. Et j'en ai gardé un souvenir visuel étonnant et quasi raffiné.

    J'ai vu il y a quelques temps à Métaluna puis Gibert qu'il était ressorti avec l'autre film "Les aventures de Néron" en Scope toujours et surtout 16/9 aux éditions Montparnasse. Comme quoi, et je trouve cela assez beau dans un tel marché vidéo de niche, il y a de la demande. J'aurais même craqué pour du 4K.

    Vu une seule fois mais j'avais trouvé cela sympathique "Le colosse de Hong Kong", sans doute parce que c'est effectivement très bon enfant, très cinéma bis pompant allégrement sur le classique de 1933 tout en gardant une certaine saveur exotique du fait du dépaysement assuré.

    Cela m'intrigue "La femme la plus riche du monde", car j'ai aussi vu le film se faire défoncer à cause de son casting et de sa photo (or je pourrais adorer les deux).

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    1. C'est des pseudos en effet, ça arrive assez souvent dans le cinéma bis et surtout italien. Je ne connais pas le Néron mais j'ai pris "Caligula, la véritable histoire" pour voir la différence avec le Guccione.

      La femme la plus riche du monde est pas mal du tout, j'imagine bien des critiques geindre sur le fait de raconter à l'écran des problèmes de riches...

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