Le 19 mai 1962 au soir, après avoir chanté son fameux "Happy Birthday, Mr. President " à John F. Kennedy au Madison Square Garden, Marilyn Monroe se rendit à la réception organisée par le notable Arthur Krim dans son appartement new-yorkais. Elle y croisa Maria Callas, invitée elle-aussi.
De cette rencontre au sommet restent quelques photos, dont celle-ci, qui m'a toujours intrigué : quelle conversation purent bien avoir les deux superstars ce soir là pour autant rire ? Si les photos sont muettes, elles sont aussi parlantes. Je crois que la clé du mystère tient dans le troisième personnage qui figure sur le cliché, ce petit homme à moitié caché par Callas et regardant droit devant lui avec un sourire forcé, expression figée d'un certain désarroi.
Cet invité anonyme, voyant les deux femmes discuter et pensant qu'il n'aurait jamais une seconde occasion, a probablement voulu tenter sa chance. Prenant son courage à deux mains, il s'est timidement approché d'elles et leur a proposé un dîner à trois au restaurant pour le lendemain soir. La photo a capturé l'instant suivant. Une réponse en éclat de rire, sans une parole et sans un regard. Une veste monumentale. Le pauvre type en aura sans doute développé un complexe à vie envers les femmes...
En 1947, Marlon Brando fait un bout d'essai à la Warner pour le premier projet de Rebel without a Cause(La Fureur de Vivre). Le projet sera finalement mis en veilleuse pendant huit ans, jusqu'en 1955, lorsque Nicholas Ray le réalisera dans un nouveau script et avec James Dean.
Le screen-test de Brando de 1947 a refait surface il y a quelques temps et a été présenté en bonus dans le coffret DVD consacré aux trois films de Dean. C'est un document fascinant qui montre Brando, âgé de 23 ans, qui n'avait encore jamais fait de cinéma mais qui avait, comme l'indique l'ardoise, trois ans d'expérience théâtrale. Il faudra attendre trois ans encore avant qu'il fasse son premier film, The Men de Zinnemann (1950) et quatre avant la consécration d'Un Tramway nommé Désir de Kazan (1951).
Les pontes de la Warner avaient du, comme nous aujourd'hui, remarquer dans ce screen-test les hésitations dans le jeu du jeune Brando mais aussi, et surtout, sa présence physique et sa formidable beauté, qui crèvent littéralement l'écran. Ce garçon, c'est évident, ferait un jour carrière.
Le screen-test est divisé en deux parties bien distinctes : de 0'00 à 3'50, Brando joue une scène avec une partenaire et de 3'50 à 5'04 (ma partie préférée), il répond à quelques questions et fait des essais tête et silhouette en costume-cravate.
Un détail amusant : sur l'ardoise du screen-test, il est indiqué que Brando fait 5'10'' (soit 1m55) pour 170lbs (77 kg). Pas vraiment les mensurations d'un top-model, mais rassurez-vous : l'assistant(e) qui avait noté la taille devait être un peu troublé(e) ce jour-là.
Ah, Cobra Woman ! Les éditions Carlotta ont eu la bonne idée d’éditer en 2007 en coffret DVD Z2 (et à l'unité) trois films de Robert Siodmak : Les Tueurs, Phantom Lady ainsi que, choix éditorial qui a du en confondre plus d’un, Cobra Woman, un chef d’œuvre du cinéma escapiste réalisé en 1944 et starring the Queen of Technicolor herself : Maria Montez.
Parfois visible sur TCM et dans des festivals alternatifs mais introuvable jusqu’alors sauf chez les revendeurs sous le manteau, Cobra Woman a donc pu être redécouvert dans une copie admirable et réévalué en nos contrées, s’il en était besoin, à sa juste place. Celle d’un trésor en strass du cinéma hollywoodien des années 40, un festival de camp dont Pauline Kael, la célèbre critique du New Yorker, avait pu écrire un jour : « Sans égal… pas un seul moment sensé ».
Le film est en effet l’un des véritables films-cultes de l’histoire du cinéma et une expérience de cinéphilie dont je mets au défi quiconque de perdre le souvenir une fois effectuée. Un film qu’il faudrait voir, comme l’a un jour fait Jack Smith, le cinéaste underground US des années 60, dans les conditions idéales d’une salle fanatisée aux flamboyances de Miss Montez et d’un scénario dément. Considérez plutôt :
La veille du mariage de la belle et douce Tollea (Maria Montez) et du séduisant Ramu (John Hall), la promise est enlevée par un aveugle-muet (Lon Chaney Jr) et emportée comme un paquet sur la mystérieuse Cobra Island. Elle y rencontre sa bonne grand-mère (Mary Nash), la reine de l’île, qui l’a faite enlever pour la placer sur le trône de la grande-prêtresse du Cobra, un titre usurpé par la sœur jumelle de Tollea, la méchante Naja (Maria Montez). Celle-ci martyrise les habitants de l’île avec son amant, le grand-prêtre Martok. Ramu se lance à la recherche de sa fiancée, accompagné d’un boy (Sabu) et d’un chimpanzé Koko malicieux. Tout le monde se retrouve lors d’une scène de sacrifice au Roi Cobra avant que Tollea n’affronte directement Naja pour la possession du Bijou Cobra, le symbole absolu du pouvoir de la grande-prêtresse…
Tout cela n’a aucune espèce d’importance de toutes façons, le film n’ayant été produit – comme tant d’autres dans ces années-là - que pour distraire les américains des soucis de la guerre qui ravageait alors le globe. De l’exotisme, des comédiens physiquement avantagés et du Technicolor : la recette avait déjà été testée avec succès deux ans auparavant par Universal : Maria Montez et John Hall s’étaient une première fois accouplés – au moins au figuré – pour Arabian Nights (1942). Devant le triomphe du film, ils allaient remettre ça cinq fois avec White Savage (1943), Ali Baba and the Forty Thieves (1944), Cobra Woman (1944), Gypsy Wildcat (1944) et Sudan (1945). Une exemplaire série de six films aux titres accrocheurs qui pourrait servir de définition au terme de « Escapist Film » (« film d’évasion », mais rien à voir avec Steve McQueen), un genre de production dont les deux seules raisons d’être sont de faire décompresser les spectateurs en temps de crise et de remplir les caisses de la production.
Des six films Universal du couple Hall-Montez, Cobra Woman est le plus iconique et celui qui a le mieux tenu le coup après six décennies. Aucunement destiné à se faire une place au soleil des histoires du cinéma ou à s’imprimer durablement dans la mémoire du spectateur (ce type de film est le fast-food cinématographique de l’époque), Cobra Woman a pourtant, contre toute attente, réussi les deux prouesses. L’outrance de son scénario, de ses décors et costumes, de ses dialogues et la présence inaltérable de Maria Montez et, dans une moindre mesure, de Sabu, lui ont assuré dès sa sortie l’adoration de certains spectateurs pour lesquels il représentait l’Alpha et l’Omega du Camp Movie, bien avant que le terme lui-même n’existe.
Car Cobra Woman est un véritable catalogue de Camp (un terme indéfinissable qui implique toutefois le triomphe du style sur la substance et le sens aigu du second degré et de l’exagération théâtrale). Entièrement tourné dans les studios Universal à Hollywood, le film use et abuse de faux lagons, de fausses jungles et de décors peints (« matte-paintings ») qui posent la première truelle du kitsch qui le cimente. Cette artificialité est amplifiée par le Technicolor (« Technicolor consultant : Natalie Kalmus », ceux qui savent ce que cela implique comprendront) qui fait flamboyer les jaunes, les bleus et les rouges et toutes les autres couleurs de l’arc-en-ciel, notamment les verts pour la jungle et les ocres pour les scènes nocturnes.
Cobra Woman, ainsi que les cinq autres films précités, ont d’ailleurs donné à Maria Montez le titre officiel qu’aucune autre actrice d'Hollywood n’a réussi à lui ravir depuis : celui de Queen of Technicolor. On pourrait y ajouter un autre titre, plus disputé celui-là, mais sur lequel elle aura toujours un droit de préemption : celui de Queen of Camp. Oui, Maria Montez (1912-1951) s’est fait une place de choix dans le Panthéon des déesses secondaires de l’âge d’or hollywoodien. Née en République Dominicaine (d’où un autre de ses surnoms : « Le Cyclone des Caraïbes ») mais d’origine espagnole, la jeune femme fit une première carrière à Hollywood où son plaisant physique et son accent hispanique prononcé lui assurèrent les rôles exotiques qui firent sa gloire, dont, bien sûr celui de Cobra Woman. Si son couple à l’écran avec John Hall (1915-1979) fut le plus célèbre de la Seconde Guerre Mondiale, elle fut Mme Jean-Pierre Aumont à la ville et la mère de Tina Aumont. Elle fit la seconde partie de sa carrière en Europe où elle avait suivi son mari. Actrice au talent très limité mais à la présence indéniable, elle traversait ses films avec une assurance admirable, sûre à la fois de son apparence (n’a-t-elle pas dit un jour : « Quand je vois ma beauté, je crie de joie ! ») et de son talent (Robert Siodmak confia avec un certain humour que « c’était une parfaite actrice de composition : quand elle jouait le rôle d’une reine dans un film, il fallait qu’on la traite comme une reine sur le plateau ; quand c’était le rôle d’une esclave, elle voulait qu’on la traite en esclave »). Sa carrière fut coupée court par un sale coup du destin : le 7 septembre 1951 à Paris, elle prit un bain trop chaud, fit un malaise cardiaque et se noya dans sa baignoire à l’âge de 39 ans. Elle est enterrée au cimetière du Montparnasse où je suis l'un des rares à aller de temps en temps déposer quelques fleurs sur sa tombe discrète.
Maria Africa Antonia Gracia Vidal de Santo Silas (1912-1951), plus connue sous le nom de Maria Montez
Cobra Woman est unique dans la série des six films Hall-Montez en ce sens que l’actrice y interprète deux rôles : celui de la gentille Tollea et de sa sœur jumelle, la cruelle Naja. Deux Maria Montez pour le prix d’une ! Vous comprendrez que le film est celui qui déchaîne le plus l’enthousiasme des fans de la belle. Et on en a pour son argent ! Les dialogues de Cobra Woman sont comme une compilation de phrases-cultes. Déclamés par Miss Montez avec son accent hispanique à couper au couteau, ces moments sont attendus avec ferveur par les adorateurs du film puis répétés à l’envi. Je vous en transcris quelques perles en les écrivant comme elle les prononce (et en roulant des « r ») :
- Tollea à sa reine de grand-mère qui lui révèle qu’elle est la sœur jumelle de Naja : « Dis idea is de produk of your decaying brain ! » (« Cette idée est le produit de votre cerveau en décomposition ! »). Elle aurait pu dire la même chose au scénariste du film...
- Naja au grand-prêtre Martok en parlant des autochtones à sacrifier au Dieu Cobra : « More must die ! » (« D’autres doivent mourir ! »). Entre parenthèses, c’est une phrase que je me répète souvent pour me calmer quand mes employés me tapent sur les nerfs…
- Naja après presque chacune de ses sentences à ses sujets : « I am your queen ! I af spoken ! » (« Je suis votre reine ! J’ai parlé ! »)
- Naja, les yeux levés au ciel, lançant son immortel : « King Cobrah ! »
Et le meilleur et plus illustre échange de tous, lors de la confrontation finale entre Tollea et sa sœur Naja au sujet de la possession du Bijou Cobra. - Tollea : « Gif me dat cobrah djool ! » (« Donne-moi le Bijou Cobra ! ») - Naja : « De cobrah djool belongs to de i priestess ! » (« Le Bijou Cobra appartient à la grande-prêtresse !”). Il paraît que dans les années 40, cette échange dit « du cobra djool » était un signe de reconnaissance imparable entre certains messieurs comme çà…
« Gif me dat cobrah djool ! »
Sabu et John Hall sont aussi gratifiés de dialogues croquignolets (ainsi que de rapports ambigus qui renforcent encore la confusion de l’histoire) auxquels n’échappent que deux personnages : Lon Chaney Jr, puisqu'il joue un muet, et le chimpanzé.
La pièce maîtresse de Cobra Woman est une longue scène d’une dizaine de minutes qui, à elle-seule, assure au film son immortalité : la fameuse séquence de la Danse du Cobra. Dans une caverne remplie de fidèles apeurés, la méchante Naja décide de sacrifier 200 ( !) malheureuses indigènes au Dieu Cobra en les faisant précipiter dans le volcan de l’île, toujours en éruption. Vêtue de son costume d’apparat et accompagnée de ses vestales, Naja se lance dans une danse de séduction du Cobra - de plastique - avant de désigner du doigt de façon tout à fait aléatoire et toujours en dansant les victimes sacrificielles qui sont emportées sur le champ à leur funeste sort. La séquence est un monument d’hystérie et de sadisme complètement inattendu dans ce film par ailleurs fort familial, amplifié par le jeu outrancier de Maria Montez et de ses costumes dignes d’une parade de drag-queens. La chorégraphie plus qu’approximative de Maria Montez, qui n’était pas meilleure danseuse qu’actrice, ne peut que provoquer l’hilarité : on sent bien que le réalisateur Robert Siodmak s’est lâché dans la mise en scène de la séquence de la foule menacée mais a laissé Maria Montez faire ce qu’elle voulait dans sa danse parce qu’il n’y avait de toutes façons rien d’autre à faire. Cette séquence est à mon avis, à la première vision comme à la révision, l’un des plus étranges et délirants moments que le cinéma hollywoodien ait jamais produit, toutes époques confondues. Cris, contorsions, grimaces, tambours, gongs, fumées et jeux de torches : rien que pour cette scène invraisemblable, Cobra Woman mérite d’être découvert. Jack Smith raconte qu’il avait vu le film à la fin des années 40 (dans une annonce lointaine de la grande-messe du Rocky Horror Picture Show) dans une salle au public surchauffé et qu’au moment de la scène de la Danse du Cobra, les spectateurs faisaient dans le cinéma les mêmes mouvements de bras que les fidèles de la grande-prêtresse (les bras levés en cou de cobra) et se mettaient à hurler et à courir partout, comme les victimes dans le film, quand Maria Montez grimaçant désignait de son doigt pointé, face à l’écran, le public assis dans la salle.
Je pourrais continuer longtemps sur Cobra Woman : les invraisemblances répétées des pièces du scénario qui ne semblent pas s’emboîter, le personnage épuisé de la vieille reine, le cabotinage habituel de Sabu et le jeu monolithique de John Hall, les scènes reprises d’autres films, de King-Kong à Tarzan et sa Compagne en passant par les sérials des années 30, les images récurrentes du volcan en feu (les exégètes du film ont souvent fait remarquer que Cobra Woman était sans doute le seul film de l'histoire dans lequel l’apothéose n'était pas l’éruption d’un volcan... mais son extinction !), le racisme diffus qui sous-tend le script, les codes du cinéma escapiste hollywoodien, l’embarquement dans cette aventure du réalisateur Robert Siodmak (qui a d'abord renié ce film qu’on lui avait imposé avant de préférer en rire) et du scénariste Richard Brooks (qui allait par la suite faire une belle carrière de réalisateur)… mais je préfère m’arrêter ici : vous aurez compris que Cobra Woman est un plaisir coupable dont je ne pourrai jamais me lasser.
Alors pour la démence du scénario, pour le Technicolor Kalmus des années 40 et pour le souvenir estompé de Maria Montez qui criait de joie en voyant sa beauté, tentez Cobra Woman, ce film « sans égal… sans un moment sensé ». Et puis la France est à ce jour le seul pays au monde qui ait sorti Cobra Woman en DVD : l’ignorer serait un péché. King Cobra !
L'excellent DVD de Cobra Woman édité chez Carlotta :
Trouble in mind / Wanda's café (Alan Rudolph, 1985) 0 Kristofferson, Bujold, Carradine et même Divine ont échoué à me faire accrocher à cette sorte de variation/parodie Eighties du Film noir Forties. Ni rythme, ni charmeet un accompagnement jazzy. Soporifique et vain. DVD
I vampiri / Les vampires (Riccardo Freda & Mario Bava, 1956) ** Les décors barocco-gothiques, le magnifique noir et blanc et la belle Canale qui vieillit à vue d'œil font de ce premier film fantastique de l'Italie d'après-guerre un petite perle qui en annonce bien d'autres du genre. DVD
I love you, man (John Hamburg, 2009) *** Une new-comedy US pleine de charme sur l'amitié nouvelle de deux trentenaires californiens. C'est vraiment très drôle et d'une étonnante justesse. Les acteurs (Rudd, Segel), habitués du genre, sont parfaits. DVD
Revolutionary Road / Les noces rebelles (Sam Mendes, 2008) *** Par la magie du cinéma (et de l'interprétation de Winslet), une banale histoire de frustrations comme il s'en cache derrière toutes les portes prend l'ampleur d'une tragédie classique. Perçant et bouleversant. DVD
Cybèle ou les dimanches de Ville d'Avray (Serge Bourguignon, 1962) ** Improbable Oscar 62 du meilleur film étranger, cette histoire d'amitié amoureuse entre un trentenaire perturbé et une gamine de 12 ans ferait sans doute tiquer s'il était encore diffusé. Vraiment anticonventionnel. DVD
Grey gardens (Michael Sucsy, 2009) ** Barrymore et Lange sont exceptionnelles dans ce film qui restitue l'histoire des deux excentriques parentes de Jackie O et du documentaire-culte homonyme que les Maysles Brothers leur ont consacré en 1975. DVD
For all mankind (Al Reinert, 1989) ** En tissant ensemble les archives image et son des missions Apollo, le réalisateur offre une ode merveilleuse et universelle aux premiers pas de l'Homme sur la Lune. Un conte poétique plus qu'un documentaire. DVD
Borderline (Kenneth Macpherson, 1930) ** Un couple noir (Robeson & Mme) affole un couple blanc dans un hôtel suisse tenu par des lesbiennes. Un film muet d'avant-garde où race, sexualité et psychanalyse font un manifeste progressiste détonant. DVD
The strange one (Jack Garfein, 1957) ** Jeux cruels dans un collège militaire par des débutants de l'Actors Studio menés par Gazzara, excellent. Le scénario (SM, homosexualité) condamna le film à des coupes mortelles. Restauré, c'est une vraie révélation. DVD
The Harvey girls (George Sidney, 1946)** Le Technicolor, l'affrontement Garland/Lansbury et plusieurs séquences musicales splendidement mises en scène (comme d'habitude) par Sidney m'ont conquis alors que ça s'annonçait un peu mou du genou. DVD
Souvenirs perdus (Christian-Jaque, 1950)0 La Nouvelle Vague a réglé son sort à ce type de film et ici, à juste titre. Quatre sketches dont un seul surnage (avec Périer et Delair), produits d’un cinéma antédiluvien, sont comme un catalogue d’effets surannés. DVD Torchwood, Series 1 (BBC, 2006...)* Cette série de SF sur une cellule secrète qui traque des aliens a l'exotisme d'être britannique, de se passer à Cardiff et d'avoir des personnages non héroïsés mais l'écriture est pauvre. Il paraît que la suite est meilleure. DVD Le premier jour du reste de ta vie (Rémi Bezançon, 2008) 0 J’ai vu les vingt premières minutes puis le reste en 32x. Pas un seul cliché, pas un seul, n’est évité dans cette chronique d’une artificialité écœurante. Aussi racoleur que sa triste tagline « Cette famille, c’est la vôtre ». DVD
The hill / La colline des hommes perdus (Sidney Lumet, 1965) * Cinq militaires en camp disciplinaire subissent tortures physiques et mentales d'un petit chef sadique. Un brûlot antimilitariste bien joué et bien filmé mais trop stéréotypé (sauf la fin) pour m'emballer vraiment. DVD
Red-headed woman (Jack Conway, 1932) *** Le Code Hays a été activé en 1934 à cause de films comme celui-là. Harlow, incontrôlable, utilise le sexe pour gravir l’échelle sociale et se fout du reste. Le script de Loos est un régal d’incorrection subversive. DVD The wrestler (Darren Aronofsky, 2008) ** Mickey Rourke fusionne avec son personnage de catcheur au bout du rouleau dans ce film d'un classicisme auquel je ne m'attendais pas. La comparaison avec La Passion du Christ de Gibson serait fructueuse. DVD
Le fantôme d’Henri Langlois (Jacques Richard, 2004) *** Un documentaire-fleuve de 3h30 qui ressuscite Langlois, sa personnalité tonitruante et son grand œuvre : la Cinémathèque Française et le Musée du Cinéma. Une tragi-comédie de proportions épiques, foisonnante. DVD
A l'occasion de l'anniversaire de la mort de Marilyn (5 août 1962), je publie ce billet avec la courte interview de Bert Stern, reprise d'un article que j'avais écrit en 2006 au moment de l'exposition "Marilyn Monroe, la dernière séance" au Musée Maillol à Paris. C'était pour le journal du fan-club français de Marilyn Monroe.
L’exposition Marilyn Monroe, la Dernière Séance qui a lieu dans la grande salle du Musée Maillol à Paris du 29 juin au 30 octobre 2006 fut une première à double sens : c’était la première exposition jamais consacrée à Marilyn Monroe en France et, comme l'a dit Bert Stern lui-même, c’était aussi le premier séjour parisien de Marilyn Monroe. Mais ça a surtout été, pour les visiteurs qui ont eu l’occasion de voir l’exposition, une très belle rencontre avec 59 photographies de Marilyn qui ont depuis longtemps fait le tour du monde mais qui n’avaient jamais été présentées ensemble, dans leur intégralité.
Les 59 photographies de l’exposition sont la sélection originale que Bert Stern a réalisée en 1982, au moment où il publiait chez l’éditeur allemand Schirmer/Mosel son livre monumental « Bert Stern - Marilyn Monroe - The Complete Last Sitting ». Bert Stern avait alors choisi 59 photographies sur les 2.571 clichés qu’il avait pris de Marilyn lors des deux séances photo qu’il avait faites avec elle pour le magazine Vogue en juin 1962. Cette sélection ne représentait pas pour Bert Stern une sorte de « best of » mais voulait plutôt évoquer l’émotion magique de ces deux prises de vues. Toutes les photographies montrées au Musée Maillol sont des tirages originaux (certains de 1962, d’autres de 1982, quelques autres plus récents). Elles sont même plus car chacune est le tout premier numéro de chacun des tirages originaux. C’est ainsi que chaque photographie est numérotée au 1/25, 1/36 ou 1/50 (selon que le tirage original soit de 25, 36 ou 50 exemplaires), titré « Marilyn » et signé de la main de Bert Stern, le tout au crayon noir. L’ensemble appartient aujourd’hui à la prestigieuse collection de Michaela et Leon Constantiner, un couple de collectionneurs partageant leur résidence - et leur collection - entre New York et Tel Aviv. Leon Constantiner (né en 1959) a acquis les 59 photographies à une vente aux enchères chez Sotheby’s New York au milieu des années 1990. Cet ensemble unique de photographies de Marilyn Monroe par Bert Stern a alors rejoint le reste de sa collection, qui comprend entre autres beaucoup d’autres photographies vintage de Marilyn. Une grande partie de la collection Marilyn Monroe des Constantiner a été présentée au Tel Aviv Museum of Art en 2004 et au Brooklyn Museum of Art en 2005. Mais seul le Musée Maillol a le privilège d’exposer l’intégralité de la série originale des 59 photographies choisies par Bert Stern en 1982. Actualisation : La collection Constantiner a été vendue par ses propriétaires depuis 2006.
Un petit rappel sur cette fameuse « Dernière Séance » qui sont en réalité deux séances distinctes.
Nous sommes au début juin 1962 : Marilyn vient d’avoir 36 ans et d’être licenciée par la Fox. Le tournage de Something’s Got to Give de Cukor s’est arrêté de façon calamiteuse. Marilyn n’a plus de travail et tue le temps entre la décoration de sa nouvelle maison de Brentwood et ses séances quotidiennes de psychanalyse chez le Dr Greenson. Bert Stern est un photographe de 32 ans (il est né en 1929) qui s’est spécialisé dans les portraits de célébrités. Il vient d’aller faire des photos d’Elizabeth Taylor à Rome sur le tournage de Cléopâtre. Travaillant en free-lance pour Vogue, il propose au magazine de faire une série de photos de Marilyn. Ayant obtenu le feu vert du magazine, il appelle l’agent de Marilyn à Los Angeles qui lui donne quelques heures plus tard la réponse de la star : c’est d’accord. Bert Stern, stupéfait par la rapidité de la réponse, prend l’avion pour Los Angeles, réserve une suite à l’hôtel Bel-Air de Hollywood et donne rendez-vous par téléphone à Marilyn.
Le jour convenu, Marilyn arrive à 19h00 avec cinq heures de retard, seule et apparemment enthousiasmée à l’idée de faire la prise de vues. Bert Stern a apporté quelques foulards colorés transparents et quelques colliers en guise d’accessoires. Il avait dit à Marilyn qu’il souhaitait faire des portraits mais Marilyn comprend qu’il a autre chose en tête en voyant les foulards. Elle le met à l’aise en lui posant directement la question « Vous voulez faire des nus ? ». Lui : « Vous accepteriez ? ». Elle : « Pourquoi pas ? ». Lui : « Mais vous ne serez pas maquillée ». Elle (en riant) : « Ah, vous voulez du créatif ! »… La séance durera 12 heures, de 19h00 à 7h00 du matin. Le champagne et le bordeaux contribuent à la détente de l’atmosphère et Marilyn se prête dans la bonne humeur au jeu des portraits et des nus (mais avec les foulards). Les photos sont réalisées en couleur et en noir et blanc avec deux appareils photo : un Rolleiflex 6x6 et un Nikon 24x36. Bert Stern sait sur le champ que cette séance de photos avec Marilyn va changer à jamais sa vie et sa carrière.
De retour à New York, Bert Stern montre les clichés qui enthousiasment la rédaction de Vogue. Mais en 1962, des nus ne sont pas publiables dans un magazine de mode. Vogue demande alors au photographe d’organiser une seconde séance avec Marilyn, habillée cette fois. Rendez-vous est à nouveau pris avec l’actrice (toujours au Bel-Air, mais dans un bungalow) : une équipe de Vogue – coiffeur, maquilleur, habilleur – accompagne Bert Stern. Cette seconde séance est presque exclusivement consacrée au noir et blanc et les clichés sont très différents de la première séance : il s’agit vraiment d’une série de photos de mode avec des robes et accessoires amenés de New York par l’équipe de Vogue. Mais c’est Marilyn Monroe qui est le mannequin et cela fait toute la différence. Après six heures de travail, les films sont en boîte et l’équipe de Vogue quitte les lieux. Bert Stern se permet alors de demander à Marilyn si elle accepte de refaire une nouvelle série de nus, tout de suite. Elle répond « oui », retire son maquillage et se glisse dans les draps. C’est au cours de cette seconde partie de la « seconde séance » que sont réalisées les célèbres photographies de Marilyn nue sur le lit blanc. Pour lesquelles Stern ressort aussi ses films couleur. Au petit jour, Marilyn s’endort, Stern prend un dernier cliché de son modèle endormi et quitte la pièce. Il ne reverra plus Marilyn puisqu’elle meurt dans la nuit du 4 au 5 août 1962, cinq semaines après leur rencontre.
Lors des deux séances, Marilyn avait demandé à Stern de lui montrer les clichés avant toute publication : elle était un peu inquiète de la cicatrice qui barrait son abdomen (trace d’une opération récente de la vésicule biliaire) et souhaitait conserver son droit à l’image. Stern lui avait répondu qu’il pourrait retoucher la cicatrice au laboratoire mais il lui avait aussi fait parvenir une sélection d’ektachromes de chaque série pour contrôle. Marilyn avait barré certains d’entre eux d’une croix au marqueur rouge et griffé d’autres avec une aiguille. Ces clichés « censurés » par Marilyn elle-même seront vus pour la première fois par le grand public en 1982 dans le livre de Bert Stern publié chez Schirmel/Mosel. L’exposition en présente deux, dont l’émouvante « Crucifixion », un chef-d’œuvre à part entière... qui pose toutefois des questions sur l'éthique du photographe, Bert Stern ayant décidé en 1982 de finalement montrer les photos censurées par Marilyn elle-même. Devait-il, pouvait-il le faire ?
L’article sur Marilyn illustré des photographies de Bert Stern devait sortir dans l’édition de Vogue daté de la deuxième semaine d’août 1962. Après la mort de l’actrice, la rédaction du magazine hésita puis décida de publier l’article de huit pages tel quel, avec un court préambule. Seules des photographies en noir et blanc furent choisies parmi les photos de mode et un portrait, celui où Marilyn éclate de rire en gros plan avec un collier de strass, le bras droit levé dans un geste rétrospectif d’adieu.
L’exposition du Musée Maillol nous offre le bonheur de revoir une Marilyn Monroe qui ne nous est pas inconnue (toutes les photographies présentées sont célèbres depuis 1982) mais qui devait l’être pour ceux qui ont pu voir ces clichés en 1962. L’ombre de la disparition de la jeune femme plane évidemment sur chaque photo mais le miracle de Marilyn opère immédiatement sur les visiteurs : radieuse ou marquée, espiègle ou absente, concentrée ou ivre, l’image de Marilyn Monroe continue de prendre possession de l’espace qu’elle investit avec une force et une intemporalité stupéfiante. Une jeune femme qui visitait l’exposition m’a dit qu’elle avait du se retenir pour ne pas pleurer tant l’émotion était intense et inattendue. C’est le plus bel hommage qu’on puisse rendre à Marilyn Monroe et à Bert Stern, qui ont créé à eux deux en juin 1962 une formidable œuvre d’art qui méritait bien enfin les honneurs d’un musée français.
Bert Stern était à Paris pour les vernissages de l’exposition. J’ai pu le rencontrer le mercredi 28 juin 2006 au Musée Maillol, lors du vernissage presse où je me suis faufilé, et lui poser quelques questions auxquels il a bien voulu répondre (l'entretien a eu lieu en anglais, c'est moi qui traduis) :
Bert Stern répondant aux questions de l'auteur de ce blog (2006)
Q : Aviez-vous rencontré Marilyn Monroe avant votre première séance photo avec elle ? Stern : Une seule fois au début des années 50 à un cocktail mais elle était entourée d’une cour d’hommes et je n’avais pas pu l’aborder et de toutes façons je ne crois pas que j’aurais osé.
Q : Quelle a été votre première impression quand vous avez vu Marilyn entrer dans la chambre du Bel-Air ? Stern : Je l’ai trouvée très belle. On m’avait dit qu’elle était marquée mais j’ai vu entrer une très belle femme. D’ailleurs je lui ai tout de suite dit, sans réfléchir. Elle a ri. Je crois que ça lui a fait plaisir.
Q : Vous n’étiez pas un débutant mais vous étiez un jeune photographe. Vous n’étiez pas trop nerveux de vous retrouver en tête à tête avec Marilyn Monroe ? Stern : Si bien sûr ! C’est aussi pour ça que j’avais commandé du champagne. Je ne tiens pas l’alcool mais je savais qu’un ou deux verres me détendraient. C’est elle qui a presque tout bu et je peux vous dire qu’elle tenait bien le coup !
Q : Vous aviez photographié Liz Taylor à Rome quelques semaines avant Marilyn. Vous avez senti une grande différence dans votre rapport de photographe par rapport aux deux actrices ? Stern : C’était complètement différent. Avec Liz Taylor, ça a été très professionnel. Elle avait des assistants, elle m’a demandé ce que je voulais faire et a suivi mes directives. Ca a duré environ cinq heures en comptant la préparation et elle est partie après m’avoir remercié. Avec Marilyn, j’ai tout de suite senti qu’il allait se passer quelque chose que je ne contrôlerai pas. C’était très physique, très libre. J’ai été un peu débordé par la vitalité qu’elle dégageait. C’est pour ça que j’ai pris tellement de photos, je n’arrêtais pas. Elle bougeait et elle inventait tout le temps. Je n’ai jamais retrouvé cela dans toute ma carrière.
Q : C’est votre appareil photo ou c’est vous que Marilyn voulait séduire ? Stern : Les deux sans doute ! Je ne sais pas si mes appareils photos ont été sensibles (je crois qui si parce qu’il y a quand même des photos pas mal, non ?) mais je peux vous dire que moi, je l’ai été. Et puis en plus, j’ai toujours eu un faible pour les blondes.
Q : Avez-vous ressenti les problèmes personnels que Marilyn traversait dans les mêmes semaines ? Stern : Non. Je savais bien sûr comme tout le monde qu’elle traversait des moments difficiles mais pendant les séances photos, je n’ai rien senti de tel. Elle avait vraiment l’air contente d’être là. De temps en temps, elle semblait un peu ailleurs, un peu dans le vague, puis ça repartait. On le voit bien sur les photos je crois.
Q : En y repensant, au moment où vous la photographiez, auriez-vous pu imaginer la place que Marilyn Monroe allait prendre dans notre mémoire collective ? Stern : Non, pas du tout. Comment aurais-je pu ? Par contre, j’ai tout de suite compris que c’était quelqu’un de spécial parce qu’elle était très différente dans son comportement des autres actrices que j’avais photographiées jusque là.
Autoportrait au miroir de Bert Stern avec Marilyn
Actualisation : J'avais été très enthousiasmé par ma rencontre avec Bert Stern au Musée Maillol en 2006. Depuis, mon enthousiasme s'est dissipé, Stern s'étant révélé un personnage beaucoup plus ambigu dans son lien avec Marilyn Monroe, qui me semble maintenant beaucoup plus de l'ordre du marketing que de l'affectif. Sa reprise pitoyable de sa prise du vues de Marilyn en 1962 avec Lindsay Lohan en 2008 n'a fait qu'enfoncer le clou. Bref...