1 novembre 2013

Films vus pas moi(s) : novembre 2013


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Napoléon (Abel Gance, 1927) ***
Voir et redécouvrir à Londres le Napoléon d'Abel Gance dans sa dernière version restaurée par Kevin Brownlow avec l'accompagnement musical de Carl Davis dirigeant en personne le Philharmonia Orchestra au Royal Festival Hall restera l'une des plus fortes expériences de ma vie cinéphile. 5h30 d'émotion et d'émerveillement devant ce spectacle total dont le souffle visionnaire et dynamique emporte tout sur son passage. Ciné Concert 

Les risques du métier (André Cayatte, 1967) *
Un film de l'ex-avocat Cayatte, c'est à dire une histoire à faire réfléchir et une mise en scène absente. Ici, l'enquête sur un instituteur de village (Jacques Brel, piètre acteur) accusé d'attouchements sur ses élèves. Le thème est bien sur toujours d'actualité mais comme la démonstration est lourde. Et les gamines qui répondent à toutes les questions par "Oui, Monsieur", "Non, Monsieur" sont d'un monde disparu. Démodé, oui c'est ça. BR Fr 

House of wax / L'homme au masque de cire (André de Toth, 1953) ***
Un film formidablement attrayant grâce à son histoire macabre, ses décors inquiétants (les rues embrumées, le dioramas de cire), ses couleurs de livre illustré et son utilisation de la 3D qui explore la profondeur de champ de façon magistrale et sans trop de show off. La scène de l'incendie dans le musée de cire reste un grand moment du cinéma d'atmosphère et Vincent Price compose son sculpteur fou avec sa classe habituelle. BR 3D Allem. 

Downton Abbey, saison 4 (Julian Fellowes, 2013) ***
Je suivrais sans fin les histoires croisées des maîtres et des servants de Downton en 1922, rien que pour les acteurs, tous aussi impeccables les uns que les autres. Dans cette saison, il y a bien quelques faiblesses (notamment les interminables conséquences d'un viol) mais les rebonds mélodramatiques qui amusent et émeuvent font qu'on en veut encore et encore et encore… Le télé british a de beaux jours devant elle. BR UK

Cruising / La chasse (William Friedkin, 1980) *
La plongée en apnée d'un flic hétéro taciturne dans la scène nocturne SM gay de Manhattan à la recherche d'un tueur. La splendide photo des clubs et des parcs la nuit esthétise le voyeurisme glauque et tente d'édulcorer le propos subtilement réactionnaire. Al Pacino semble perdu (ce qui bénéficie à son personnage) dans un rôle complexe. Un film qui dégage, pour de multiples raisons, un pernicieux sentiment de malaise. DVD Z1 US   

3 days of the condor / Les trois jours du condor (Sydney Pollack, 1975) *
Un bon (au sens de représentation, pas de qualité) exemple du cinéma du complot qui fleurit à d'Hollywood dans les Seventies. Le spectateur est artificiellement gardé dans la confusion jusqu'à la toute fin et suit la course de Robert Redford (pas terrible) dans New York avec un intérêt qui s'émousse au fil du film. Faye Dunaway est bien mais dans un rôle purement décoratif. Un thriller de son temps plus intéressant que réussi. BR Fr

Bel Ami (Declan Donnellan & Nick Omerod, 2012) 0
Des actrices (Thurman, Scott Thomas, Ricci) en costume qui évoluent dans des décors comme des period rooms et aucun souffle qui ne circule entre les scènes de dialogues qui condensent l'histoire de l'arriviste Georges Duroy montant les échelons et ses maîtresses. Une adaptation fade et figée du roman de Maupassant où Robert Pattinson essaye d'échapper à son rôle de vampire de "Twilight" en en incarnant un autre. BR Fr

Mud (Jeff Nichols, 2012) *
2h15 pour raconter une histoire aussi languissante, non. Je me suis ennuyé du début à la fin malgré les compositions bien cadrées de l'ample horizon du Mississippi, l'excellente performance de Matthew McConaughey et des deux adolescents et mon amour pour le genre du "coming of age movie". La faute à la lourdeur répétitive de l'écriture, au symbolisme et références empesés et, le pire, à l'académisme de la réalisation. BR Fr

Le joli mai (Chris Marker & Pierre Lhomme, 1962) **
L'intérêt et l'émotion de voir des parisiens de 1962 parler en N&B de leurs vies, de leurs colères et de leurs bonheurs, du mauvais temps, des grèves et de l'Algérie portent ce film document. On se rend compte, à 50 ans de distance, que les choses ont tellement et si peu changé. Son éclat et sa réalisation sont cependant moindres que ceux du formidable  "Chronique d'un été" (Rouch & Morin, 1961), au propos très proche. DVD Z2 Fr

Quatermass and the pit / Les monstres de l'espace (Roy Ward Baker, 1967) *
En son temps, ce film de science-fiction britannique a du faire son effet, le thème d'une descendance martienne et maléfique de l'Humanité était alors inédit. Vu aujourd'hui, les modèles en plastique et les effets spéciaux ont pris un coup de vieux et le scénario manque de solidité. Mais les idées sont toujours là, le travail sur la couleur intéressant et la séquence (et l'apparition) finale a su garder toute sa force expressive. BR UK

Before midnight (Richard Linklater, 2013) **
Le romantisme de "Before sunrise" et la vitalité de "Before sunset" font place dans ce 3e opus de la trilogie de Linklater à une amertume un peu fabriquée. Autant les promenades bavardes à deux des 2 premiers me touchaient, autant ici les scènes liées aux amis et aux enfants m'ont fait décrocher. La fin maladroite et le jeu inégal de Julie Delpy m'ont aussi gêné. Le tiers faible d'un projet que je continue néanmoins à adorer. BR Fr

Lady Paname (Henri Jeanson, 1950) **
Après une formidable première moitié qui semble développer les scènes de music-hall de "Quai des Orfèvres" et exploite au mieux l'abattage éhonté de Suzy Delair, ce backstage parigot perd de ses étincelles et termine banalement en comédie sentimentale. Mais on prend du plaisir à voir les acteurs faire leur numéro : Jouvet, Souplex, Marken... sur des dialogues qui crépitent de savoir-faire. Pour le début, qui promettait plus que le tout. DVD Z2 Fr

Avec le sourire (Maurice Tourneur, 1936) **
Un arriviste sans scrupule et sa compagne écrasent sur leur chemin vers le haut ceux qui servent leurs desseins. Une comédie bien ancrée dans son temps qui utilise à merveille la personnalité, la bagou (et le sourire) de Maurice Chevalier pour raconter son histoire d'une cynique amoralité. Une mise en scène plus inventive aurait propulsé le film au sommet. Le numéro de Chevalier "Le chapeau de Zozo" est resté dans les annales. DVD Z2 Fr

L'inconnu du lac (Alain Guiraudie, 2013) ***
Avec trois fois rien qui disent l'essentiel (un lac, une plage, un bois, quelques hommes, quelques voitures, le soleil, le vent et l'ombre), un film entre Eros et Thanatos qui questionne et chorégraphie les prises de risque du désir gay. On ne sait quoi admirer le plus du scénario implacable, de la précision de la mise en scène, de l'excellence des acteurs ou de la lumière, qui irradie l'écran jusqu'à l'abîme insondable de la dernière scène. DVD Z2 Fr 

Los amantes passajeros / Les amants passagers (Pedro Almodovar, 2013) *
Un Almodovar mineur, en sorte d'épure camp de sa première période, d'où une seule splendide idée de mise en scène jaillit : celle du crash entendu depuis les halls déserts de l'aéroport. Le reste est terriblement théâtral (café-théâtral même), bavard et gratuitement coloré. Si le casting est formidable et si on rit pas mal de l'outrance bon enfant, il ne reste au final pas grand chose de plus que le goût d'un exercice assez vain. BR Fr

Crimes of passion / Les jours et les nuits de China Blue (Ken Russell, 1984) **
Le jeu et les dialogues fiévreux et extravertis de Kathleen Turner (dans le rôle d'une graphiste frigide le jour qui se transforme en pute la nuit) et d'Anthony Perkins (dans celui d'un révérend obsédé par elle, le péché et le sexe) sont à eux seuls une bonne raison de voir le film. L'étude sur la frustration sexuelle est ce qu'elle est : overt the top, du pur Russell. Un déballage de fantasmes et de tirs contre le puritanisme américain. DVD Z2 UK 

Hellzapoppin' (H.C. Potter, 1941) **
Le burlesque absurde de cette comédie musicale loufoque a pas mal vieilli mais certains gags restent hilarants, notamment dans la dernière partie, et l'insolente liberté en n'importe quoi de l'écriture et des effets visuels en fait un moment unique du cinéma hollywoodien de l'Age d'Or. Martha Raye surjoue comme jamais (c'est son job) et son numéro "Watch the birdie" est d'un dynamisme contagieux. Délirant et sympa comme tout. DVD Z2 UK 

Gravity (Alfonso Cuaron, 2013) ***
Un chef-d'oeuvre. Sous ses habits de survival dans l'espace, un spectacle total, visuellement inédit (l'utilisation de la 3D est extraordinaire) qui révèle peu à peu sa véritable identité : un conte existentiel sur le deuil et la résilience qui atteint des profondeurs bouleversantes. Il y a longtemps que je n'avais pas été remué (au sans propre et figuré) comme ça par un film. Le cinéma au sommet, dans ce qu'il a de meilleur et d'essentiel. Ciné 3D

Nightbreed / Cabal (Clive Barker, 1990) **
La découverte d'une communauté de monstres humains vivant cachée sous un cimetière abandonné provoque son implosion. Le scénario défaillant (peu aidé, il est vrai, par un remontage studio qui ajoute à la confusion) n'empêche pas le film de conserver un intérêt certain, grâce à sa galerie de créatures, à ses décors morbido-gothiques et à sa vision d'ensemble réellement originale. Bancal mais néanmoins fascinant. DVD Z1 US 

The hunt for Red October / A la poursuite d'Octobre Rouge (John McTiernan, 1990) *
D'après Tom Clancy, un (le ?) dernier film de propagande pro-US de la Guerre Froide, sur un sous-marin soviétique traqué dans l'Atlantique à la fois par les américains et les russes. Avec son action plutôt limitée, ses dialogues à rallonge et une scène invraisemblable de traversée d'un canyon abyssal, c'est une déception. En revanche, en tant que document sur la rhétorique hollywoodienne, c'est plutôt intéressant. DVD Z2 UK

Blancanieves (Pablo Berger, 2012) ***
Cette Blanche-Neige transposée dans l'Andalousie des années 1920 avec son château, sa marâtre, ses nains et sa pomme est un formidable hommage à l'art narratif et visuel du cinéma muet, magnifié par une photo N&B splendide, le flamenco, la corrida et la beauté de sa jeune actrice (Macarena Garcia, une révélation). L'auteur a transmuté avec succès le conte germanique en un autre où souffle l'âme hispanique. BR Fr

5 commentaires:

  1. salut Tom,

    je suis déçu par ton appréciation d'Octobre Rouge!
    McTiernan est pour moi le dernier des grands réalisateurs "de studio" hollywoodiens et ce film est un de ses chefs d'oeuvre. Oui oui.
    N'as-tu pas été soufflé par la scène d'ouverture? Outre ce savoir-faire spectaculaire, certes distillé ici avec parcimonie, je trouve épatant la façon dont sont filmés les dialogues, la fluidité de la caméra à l'intérieur du sous-marin. Avec ses moyens évidemment plus limités que ceux de Cuaron, McTiernan fait aussi fort que le réalisateur de Gravity en ce qui concerne l'immersion du spectateur dans un espace donné.
    Evidemment, il n'y a pas beaucoup d'action et il y a de quoi être déçu si tu t'attends à un film dans la veine de Piège de cristal (autre chef d'oeuvre de McTiernan) mais il y a aussi de quoi être scié par une dramaturgie basée sur le pari sur la bonne foi de celui qui doit être notre ennemi. L'attention au comportement de l'adversaire, la capacité d'analyse, la rigueur logique, la qualité des intuitions, en résumé l'intelligence des personnages de McTiernan sont ce qui leur permettent ou non de gagner et franchement, l'intelligence est trop rare dans le cinéma à gros budget hollywoodien pour que je tienne cette qualité propre aux films du créateur de John McLane pour négligeable. D'autant qu'il sait rendre ça jubilatoire. Le coup d'Ivan le fou, quand même c'est scotchant non? Dans Octobre Rouge, il est bien aidé par une formidable distribution -Sean Connery évidemment- mais aussi ce qu'on peut rêver de mieux niveaux seconds couteaux du cinéma américain des années 80: Scott Glenn, Sam Neil, James Earl Jones...
    Sur le fond, je retrouve dans Octobre Rouge un humanisme proche de celui de John Ford (La charge héroïque) et Jean Renoir (La grande illusion) tout à fait atypique dans le cinéma hollywoodien des années 80. Ces soldats d'armée adverses qui, grâce à la foi et à l'intelligence des individus, se retrouvent à combattre côte à côte 20000 lieues sous les mers, je trouve ça véritablement magnifique.

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    1. Salut Christophe,
      Je ne te suis pas sur celui-là. Franchement, McTiernan a fait quelques bons films de genre (Predator, Die Hard OK) mais pas de chefs-d'oeuvre, enfin! C'est vrai, la partie d'échecs psychologique et stratégique à laquelle se livrent les personnages d'Octobre Rouge est prenante et très bien construite et l'utilisation de l'espace clos bien maîtrisée mais je suis rapidement sorti du film à cause de l'artifice (ingénieux par son procédé mais qui a foutu en l'air le reste du film) du passage du russe à l'anglais et surtout par l'inadmissible scène du canyon sous-marin (les invraisemblances grossières de la situation m'ont fait penser à un épisode des Thunderbirds). Et Sean Connery en officier soviétique, ca ne me l'a pas fait non plus. Bref, oui il y a un beau film humaniste dans Octobre Rouge mais en tant que spectateur, j'en ai été éjecté par des choix de réalisation et d'action trop artificielles.
      Ford et Renoir, tu y vas un peu fort même si je vois la lointaine parenté.

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  2. Les Jours et les Nuits de China Blue est pour moi un chef-d’œuvre. Une œuvre électrique (au sens propre du terme avec tous ces néons bleus et rouges), un son 80's et une esthétique de la même époque revendiquée (et qui je trouve n'a pas trop vieillie) avec deux interprètes absolument géniaux, dont un Anthony Perkins fabuleusement excentrique (la scène du gode est incroyable).

    Et puis dans le fond, avec la crispation que connaît actuellement ce thème et les commentaires, articles, polémistes qui déballent actuellement leur linge sale et attaquent en règle les personnes prostitué(e)s, en attendant la future loi, ce film est justement une ode à la liberté de disposer de son corps (l'architecte incarnée par Kathleen Turner le fait de son propre chef)

    Ken Russell nous manque !

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  3. Petite correction: Kathleen Turner joue Joanna qui est styliste et non architecte. Mais mon propos reste le même (et celui de Russell aussi).
    ;- )

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  4. Gravity a été une expérience absolument magique. J'ai été comme toi complètement remué dans tous les sens du terme.
    Vraiment le cinéma dans ce qu'il a de plus majestueux !

    Paradise hunter

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