Ray Harryhausen vient de mourir à 92 ans. Ses créatures en stop-motion ont bercé toute ma vie de cinéphile, provoquant la terreur dans mes jeunes années et me faisant tomber sous leur magie poétique à chaque revision d'un des films auxquels il a contribué. Dans la liste des dix films que je chéris le plus, il y a sans doute une place pour "Jason et les Argonautes" (Don Chaffey, 1963), vu et revu sans jamais en épuiser les sensations d'émerveillement. Revoir le géant Talos bouger pour la première fois sur son socle ou les squelettes attaquer Jason en plongée réveille ces terreurs magiques à chaque fois. Saloperies de CGI !
8 mai 2013
5 mai 2013
3 mai 2013
1 mai 2013
Films vus par moi(s) : mai 2013
*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais
L'homme de Rio (Philippe de Broca, 1964) **
Après une excellente première partie à Paris et Rio, le film s'essouffle à Brasilia (mais les vues de la ville en construction rattrapent largement) pour s'effondrer dans sa dernière partie, anodine et bâclée. Le tout se regarde quand même avec plaisir, pour le fun et l'énergie des aventures, le charisme de Belmondo et le bonheur de revoir Françoise Dorléac (même si son personnage m'agace). Du cinéma cool à la Française. BR Fr
Baraka (Ron Fricke, 1992) **
Les splendeurs de la Nature, la spiritualité des nations et des tribus, les affres de la civilisation consumériste et conquérante, la gloire et la chute des Empires, la permanence cosmique... c'est à une fresque New Age au propos assez simpliste que nous convie ce film philosophico-documentaire. Mais que les images de ses séquences sont magnifiques, surtout après leur récente restauration ! Très beau à défaut d'être très profond. BR UK
Les galettes de Pont-Aven (Joël Séria, 1975) ***
Porté sur le cul, un VRP-peintre du dimanche en crise de la quarantaine se pose dans le Finistère et croise quelques personnages excentriques. Jean-Pierre Marielle est inoubliable dans cette comédie truculente où souffle un vent libertaire très Seventies et où le machisme prend du plomb dans l'aile. Il y est pourtant éclipsé par Bernard Fresson, égrillard comme pas deux. Et ce numéro hilarant de Dominique Lavanant en pute bigoudenne ! Télé
The Iron Lady / La Dame de Fer (Phillida Lloyd, 2011) 0
Meryl Streep, parfaitement grimmée, est excellente (mais on s'y est habitué et on s'en lasse) et la carrière de Margaret Thatcher n'est pas commune mais ce biopic fait de flashbacks autour d'une vieille femme sombrant dans l'Alzheimer se regarde avec un ennui pesant qui s'installe et ne se dissipe pas. La faute sans doute à l'artifice trop évident de la construction, coincée entre le document et le drame intimiste. BR Fr
Son of fury / Le chevalier de la vengeance (John Cromwell, 1942) **
Un film d'aventures typique de l'Age d'Or hollywoodien, où l'efficacité Fox s'exprime à chaque instant : histoire (un noble anglais cherche à récupérer son titre et sa propriété raflées par son oncle) alerte, réalisation assurée et décors superbes (Bristol, Londres, une île du Pacifique). Le casting, lui, est de rêve : Tyrone Power, George Sanders, Gene Tierney, Frances Farmer, John Carradine, Roddy McDowall, Elsa Lanchester. DVD Z1 US
Prince of foxes / Echec à Borgia (Henry King, 1949) **
Tyrone Power trahit Orson Welles (magnétique en Cesar Borgia) dans le décor spectaculaire de la citadelle de San Marino. Un très bon film en costumes Renaissance (une période peu traitée à l'écran) sur un homme face aux intrigues et à sa conscience. Les meilleures scènes sont au milieu, quand le personnage du vieux Duc permet à Henry King de déployer son touchant humanisme. Le style Années 40 des peintures m'a amusé. DVD Z1 US
Django unchained (Quentin Tarantino, 2012) 0
L'infantilisme des clins d'oeil au spectateur et la complaisance à l'humour autosatisfait des scènes de violence extrême affublées d'illustrations musicales décalées sont la marque de Tarantino dira-t-on. Depuis quelque temps, ce vieux petit con a le génie pour bousiller de ses effets attendus des scénarios et des castings passionnants. C'est encore le cas ici, où une histoire solide est ruinée par les maniérismes boutonneux. Rageant ! BR Fr
The thief of Bagdad / Le voleur de Bagdad (Douglas Fairbanks & Raoul Walsh, 1924) ***
Les immenses décors Art Déco arabisants, l'énergie bondissante et le charisme de Douglas Fairbanks, les multiples trucages, les péripéties dignes d'un serial pulp, Anna Mae Wong en servante traîtresse... concourent à avoir préservé intact, après neuf décennies, le pouvoir d'émerveillement de ce formidable film d'aventures muet, l'un des classiques du genre. La restauration de 2012 est magnifique. BR US
Procès de Jeanne d'Arc (Robert Bresson, 1962) ***
L'admirable économie et assurance de la mise en scène de Bresson répond à la stupéfiante économie et assurance des réponses que fit Jeanne à ses juges, dites au mot près par Florence Delay (l'une des inoubliables actrices bressoniennes, quel visage, quel phrasé !) d'après les minutes authentiques du procès. Un des rares films où l'on perçoit, et c'est bouleversant, que - pour paraphraser Baudelaire - une âme voltige. DVD Z2 Fr
Jagten / La chasse (Thomas Vinterberg, 2012) ***
Quand une gamine de 5 ans accuse faussement son maître de lui avoir "montré son zizi, dur comme une trique", le village (presque) entier se ligue contre l'accusé qui voit son univers s'effondrer. Mads Mikkelsen, excellent, fait passer toutes sortes d'émotions dans un rôle difficile et la réalisation est nette et sèche comme il faut. Il n'y a que l'incompétence criante de la directrice et du psychologue de l'école qui marquent un faux pas. BR Fr
50/50 (Jonathan Levine, 2011) ***
Pas facile de faire un film sur un jeune homme de 27 ans auquel est diagnostiqué un cancer sans tomber dans le pathos. Mais ici, grâce au jeu toujours juste de Joseph Gordon-Levitt, les touches d'humour et les sentiments sincères, ça fonctionne même si les situations sont édulcorées. Une bromance touchante, inspirée par l'histoire du scénariste, qui montre que le genre de la comédie douce-amère US est en pleine forme. BR Fr
The dirty dozen / Les douze salopards (Robert Aldrich, 1967) **
Ca commence bien avec le dressage des douze criminels choisis pour tuer des officier nazis dans un manoir et se termine dans un suspense prenant avec l'attaque elle-même mais la trop longue séquence du milieu (le test que Lee Marvin leur fait faire) plombe l'ensemble : le film aurait gagné à être resserré. Mais il est difficile de résister au casting formidable et inédit de ces douze gueules de durs à cuire, dont Clint Walker. BR US
Varsovie quand même (Yannick Bellon, 1954) 0
Ce court-métrage de 17' sur la destruction et la reconstruction de Varsovie, composé d'images d'archives très impressionnantes, est précipité dans le ridicule par un texte grandiloquent et mirliton (d'un certain Henri Magnan) dit par Maria Casarès sur un ton de tragédie échevelé. Du genre (parlant des bénévoles de la reconstruction) : "Ils sont de leurs deux mains, les maçons du lendemain !" Faut l'entendre pour le croire. DVD Z2 Fr
Divorzio all'italiana / Divorce à l'italienne (Pietro Germi, 1961) *
Un petit noble sicilien imagine un moyen de se débarrasser de sa femme pour roucouler avec sa jeune cousine. Une comédie cynique sur la tradition de l'honneur italienne qui ne décolle vraiment que dans la dernière demi-heure, le début s'attardant trop sur l'exaspération et le stratagème de l'époux (Mastroianni, qui force un peu trop la composition). Mais la charge contre les institutions a du faire son effet en son temps. DVD Z2 FR
Les yeux de sa mère (Thierry Klifa, 2011) 0
Un écrivaillon mal dans sa peau s'immisce dans la vie privée d'une présentatrice du 20h (Catherine Deneuve) et de sa fille pour écrire un livre à ragots. Cet ersatz éhonté des mélos féminins d'Almodovar échoue à transmettre la moindre émotion sincère : tout cela sonne faux, les citations sont balourdes au possible et les acteurs (à part le jeune Jean-Baptiste Lafarge) visiblement peu impliqués. N'est pas Pedro qui veut. DVD Z2 Fr
Holy motors (Leos Carax, 2012) *
Je mets * pour la séquence qui permet de voir l'intérieur et la terrasse désertés de La Samaritaine (et pour des raisons de souvenirs personnels, pas scénaristiques) et pour la chanson de Manset à la fin. Autrement, un film sans queue ni tête, qu'on dit truffé de références et d'auto-reférences (ça, on s'en fout) et qui oblitère son propos universel sur la condition humaine par sa poétique de bazar. Son triomphe critique est consternant. BR Fr
The goose woman / Déchéance (Clarence Brown, 1925) **
Un mélodrame muet sur une souillon témoin d'un meurtre près de sa bicoque. Il y a de belles idées de mise en scène et d'intéressantes atmosphères mais c'est Louise Dresser, dans le rôle de cette cantatrice déchue gardienne d'oies, qui fascine : sa présence et l'intensité de son jeu donnent corps à son improbable personnage qui retrouve la dignité. Jack Pickford et Constance Bennett sont très bons eux aussi. DVD Z1 US
Cloud Atlas (Lana et Andy Wachowski & Tom Tykwer, 2012) ***
Pendant que je le voyais, j'ai trouvé ce film plutôt ridicule dans son ambition démesurée et l'artifice de ses choix scénaristiques et de son casting multi-grimé. Je n'y ai pas non plus compris grand chose. Et puis à la fin de ses 2h45, j'ai été touché par l'humanité sincère du propos et les histoires de ses personnages liés dans le temps et l'espace. Une fresque maladroite sans doute, mais dont le coeur est au bon endroit. Je le reverrai. BR Allemagne
Veruschka (Paul Morrissey & Bernd Böhm, 2005) *
Morrissey ne s'est pas cassé pour réaliser ce documentaire lambda sur Vera von Lehndorff (née en 1939), plus connue sous le nom de Veruschka, l'un des top-models iconiques des Sixties et Seventies. Si la vie et la carrière de cette femme, de son enfance prussienne aristocrate à ses étonnantes expériences artistiques sur la peinture corporelle, mérite qu'on s'y arrête, ce film n'est que l'ébauche de celui qu'il aurait pu être. DVD Z2 Allemagne
Smouldering fires / La femme de quarante ans (Clarence Brown, 1924) ***
Une chef d'entreprise à succès d'une quarantaine d'années tombe amoureuse d'un de ses employés de vingt ans plus jeune. Une comédie de moeurs muette doublée d'une étude sociale et psychologique sur un sujet assez audacieux, portée par le jeu nuancé de Pauline Frederick et Malcolm McGregor. La réalisation est d'une belle simplicité, sachant aller à l'essentiel tout en scrutant l'âme des intéressants personnages. DVD Z1 US
Les infidèles (Collectif, 2012) **
Un film à sketches où Jean Dujardin et Gilles Lellouche incarnent des quadragénaires toujours prêts à tirer un coup. Les épisodes sont globalement de très bonne tenue et la comédie graveleuse est teintée de gravité dans un panachage assez intéressant. Accusé de misogynie, le film ne l'est pas du tout : au contraire, les mecs s'en prennent plein la tête. Avec notamment un retournement final qui a du faire grincer bien des dents. BR Fr
Easy rider (Dennis Hopper, 1969) ***
Le Zeitgeist de la toute fin des Sixties, marqué par la désillusion (cf. l'énigmatique "We blew it!" répété par le personnage joué par Peter Fonda) est formidablement exprimé dans ce road movie en Choppers dont le triomphe changea le cinéma américain. L'histoire minimaliste est le pretexte à une série de scènes de rencontres amusantes ou tragiques mais toujours significatives. Des acteurs à la B.O, tout est d'époque. BR Fr
BearCity (Doug Langway, 2010) **
L'été 2010 à Manhattan : un jeune aspirant acteur secrètement attiré par les Bears découvre leur univers (et l'amour) en entrant en co-location chez un couple d'entre eux. Une comédie romantique à tout petit budget mais d'une sympathique sincérité sur une communauté mature et poilue rarement représentée dans le cinéma gay. Si les clichés abondent, l'investissement enthousiaste de toute l'équipe du film est évidente. DVD Z2 Fr
Anna Karenina / Anna Karénine (Joe Wright, 2012) 0
Une version apoulée du roman de Tolstoï où la mise en scène qui s'autocontemple en s'extasiant de ses effets (fusion cinéma et théâtre, un peu à la sauce de l'exécrable "Moulin Rouge" de Luhrmann) oblitère toute la force émotionnelle de l'histoire. Le réalisateur a du croire qu'il avait une idée de génie : c'est raté. Une seule séquence fonctionne, celle du bal où les deux amants se font remarquer. Soit pas grand chose. BR Fr
Game of thrones, Saison 1 (HBO, 2011) *
La production (une sorte d'hybride de "Lord of the Rings" et "Rome") est plutôt réussie mais cette série de Fantasy n'arrive à aucun moment à dépasser (ou sublimer) son fil narratif pour atteindre à l'universalité du Mythe. Elle brode sur la banalité de son histoire, strictement rien de plus. J'étais curieux des raisons de son succès, j'ai voulu voir et j'ai laissé tomber à la fin du 4e épisode, avec l'impression d'avoir tout vu. BR Fr
21 Jump Street (Pil Lord & Christopher Miller, 2012) **
Une comédie potache (inspirée de la série télé de la fin des 80's) très sympa et avec des moments vraiment drôles sur deux jeunes flics infiltrés dans une high-school pour démanteler un trafic de drogue. Le tandem Jonah Hill-Channing Tatum focntionne à merveille dans l'absurde et l'autodérision. Le genre de film de pure distraction qu'on oublie vite mais qui se savoure avec plaisir sur le moment, faut pas chercher plus loin. BR UK
Downton Abbey, A journey to the Highlands - Christmas Special 2012 (Julian Fellowes, 2012) ***
Les Crawley quittent Downton, invités par des cousins dans leur propriété écossaise tandis qu'une partie du personnel reste au château. Un épisode serein et peu mouvementé (jusqu'à la scène finale) qui offre le plaisir de retrouver les personnages dans un environnement différent. Cette série dont je ne me lasse pas mérite son succès international : elle panache toutes les qualités (écriture, photo, réalisation et casting). BR UK
Zivot i smrt porno bande / The life and death of a porno gang (Mladen Djordjevic, 2009) *
Placé sous les auspices de "Pink Flamingos" et du "Rocky Horror", ce film serbe sur une troupe de théâtre X qui part en tournée pour les ploucs de la campagne et se retrouve à filmer du snuff commence (très bien) avec des accents de comédie subversive qu'il perd en route pour virer au nihilisme le plus convenu : c'est dommage. La violence extrême de certaines scènes le réserve uniquement aux âmes bien accrochées. Décidemment, ces Serbes. BR US
Cosmopolis (David Cronenberg, 2012) ***
Les ravages humains de la haute finance, le renouveau de la lutte des classes, la perte des répères d'une société en mutation et la détresse de tous ses partis... : ça et bien d'autres choses sont dites en métaphores dans ce film très littéraire (et bavard) sur la dérive nocturne en limousine d'un jeune empereur du Capitalisme (Robert Pattinson, excellent). Notre époque brillamment cristalisée par Cronenberg au sommet de ses moyens. BR Fr
21 avril 2013
Broadway is not just for gays anymore
Le joyeux numéro de Neil Patrick Harris aux Tony Awards 2011 (les Oscars du théâtre US). "Whao, you can smell the testosterone in the room can't you?" Ca serait pas mal de l'imposer en musical d'ouverture à chaque cortège des antis, non ?
5 avril 2013
Heroes of mine : Roger
Roger Ebert (1942-2013)
Roger Ebert. Ses critiques de films pour le Chicago Sun-Times, même si on n'était pas d'accord avec elles (ce qui pouvait arriver mais finalement assez rarement) étaient toujours claires, sensibles, argumentées et splendidement écrites. Son angle d'approche était depuis le début - enfin depuis sa critique de "Persona" de Bergman en 1967 - celle de l'implication émotionnelle, la plus légitime quand on y pense. En 1975, il avait eu le Prix Pulitzer de la Critique, le premier du genre. Quelques années avant, en 1969, il avait écrit le scénario du délirant "Beyond the Valley of the Dolls" de Russ Meyer.
Tous ses livres (dont la série "Great Movies") étaient passionnants, l'amour du cinéma éclatait à chaque page. Ses émissions télé de critiques de films ont formé deux générations de cinéphiles américains et d'ailleurs. Ses fameux "Thumbs Up!", gimmick agaçant mais mémorable, polluaient les jaquettes de bien des DVD US mais étaient aussi la garantie que le film n'était pas sans intérêt. Son site web et son blog étaient dignes d'être consultés quotidiennement, il y avait toujours un chouette article à lire le matin en buvant son café. Son film préféré était "Gates of Heaven" (1978), le documentaire d'Errol Morris sur un cimetière d'animaux de compagnie et son réalisateur Werner Herzog.
En septembre 2011, il avait publié son autobiographie, "Life Itself", un bouquin magnifique où il reconnaissait que le cinéma c'était aussi la vie. Il a lutté des années contre le cancer et n'avait pas peur de montrer son visage défiguré dans les médias et de parler de son combat, ça aussi c'était la vie. Il vient de mourir à 70 ans. Son dernier post sur son blog, il y a deux jours, se terminait sur ces mots : "I'll see you at the movies". Roger Ebert était un type bien, généreux, on le sentait sans le connaître. Il me manque déjà.
Il y a quelques années, j'avais écrit un post sur lui. Je viens de le relire et je resigne.
1 avril 2013
Films vus par moi(s) : avril 2013
The Warriors / Les guerriers de la nuit (Walter Hill, 1979) 0
La photo nocturne et la composition de certains plans sont magnifiques. Pour le reste, l'inanité abyssale du scénario et des dialogues, le manque total de charisme et le jeu exécrable de tous les acteurs, l'échec de la tentative de transmettre la moindre tension et le ridicule de ces gangs censés être terribles et prenant leur métro de banlieue font de ce film un navet irrécupérable. Une pub dans le métro affiche "Bring your brains". BR UK
Amour (Michael Haneke, 2012) ***
L'investissement physique et le jeu intrépide d'Emanuelle Riva et de Jean-Louis Trintignant dégagent une puissance rare et ce sujet universel (la résistance de l'amour dans un couple face à la maladie) n'a jamais été traité au cinéma avec autant de rigueur clairvoyante. Deux scènes oniriques subliment le propos (le pigeon, la fin) et Isabelle Huppert apporte l'émotion nécessaire par ailleurs contenue. Un film dur à aimer et pourtant. BR Fr
Ich will doch nur, dass ihr mich liebt / Je veux seulement que vous m'aimiez (Rainer Werner Fassbinder, 1976) ***
Un jeune couple s'installe à Munich et est pris au piège du crédit. Autour d'un sujet encore plus d'actualité aujourd'hui qu'hier (le surendettement), un film d'une touchante tristesse sur les ravages de la compensation des manques affectifs. La mise en scène, brillante, joue avec les flashbacks et coince le personnage du garçon dans des cadres irrespirables. Un excellent Fassbinder, justement révélé après trois décennies d'oubli. BR Fr
La règle du jeu (Jean Renoir, 1939) ***
L'impeccable mécanique de l'intrigue, l'inventive élégance de la mise en scène et le brio des dialogues dits par un ensemble magistral d'acteurs ravissent un peu plus à chaque vision. Référentielle et visionnaire tout à la fois, cette comédie tragique cristallise l'atmosphère de son temps en annonçant la fin d'un monde. La séquence de la soirée théâtrale a-t-elle jamais été surpassée dans la force tranquille de son propos ? BR US
56 up (Michael Apted, 2012) ***
Tous les sept ans depuis 1964, Apted filme dix personnes, les mêmes, parlant de leur vie dans leur environnement. C'était des enfants de 7 ans lors du premier film, ils en ont 56 dans celui-ci. La famille, le travail, les espoirs, les joies, les regrets et les marques de l'âge : ce documentaire-feuilleton unique en son genre donne à voir la vie qui passe et aurait pu s'appeler "La condition humaine". Le propos est universel et donc, remuant. DVD Z2 UK
Les Kaïra (Franck Gastambide, 2012) **
Trois potes losers de Melun qui se sont mis en tête de faire du porno s'embarquent dans une série de galères. Une comédie sympathique à la vulgarité rigolarde et au coeur tendre qui ne brille ni par le jeu de ses acteurs ni par l'inventivité de sa mise en scène mais dont le regard moqueur sur les codes des cités fait preuve d'une drôle d'audace. C'est du lourd, du très lourd, mais on rit souvent et les buts sont atteints. BR Fr
The impossible (Juan Antonio Bayona, 2012) ***
Il fallait des acteurs formidables pour que cette histoire (vraie) d'une famille de cinq séparée par le tsunami de 2004 ne sombre dans le pathos. Le réalisateur les a trouvés (Naomi Watts, Ewan McGregor et surtout le jeune Tom Holland) et malgré le piano, on regarde gorge nouée le Destin briser puis réunir les personnages. La scène du tsunami et les corps martyrisés sont stupéfiants de réalisme. Du cinéma d'émotion très physique. BR Fr
Tol'able David / David l'Endurant (Henry King, 1921) **
Richard Barthelmess est inoubliable dans le rôle d'un adolescent qui devient un homme en mettant hors d'état de nuire trois crapules venues semer la violence dans son village de Virginie. L'acteur de 26 ans avait dix ans de plus que son personnage mais son jeu moderne et nuancé l'emporte haut la main. Un beau mélodrame muet, variation sur David et Goliath, dans un cadre pastoral comme un extrait d'Americana. DVD Z1 US
Les Misérables (Tom Hooper, 2012) *
La transposition cinéma de ce formidable musical opératique échoue à cause de mauvais choix de réalisation, notamment l'insupportable abus de gros plans des visages des acteurs-chanteurs. L'émotion, étrangement tenue à distance, s'impose dans quelques scènes (les meilleures) : "I dreamed a dream" de Fantine, la mort d'Eponine, "Empty chairs" de Marius et le final. La réussite, c'est que ce film ne ressemble à aucun autre. BR US
Sands of the Kalahari / Les sables du Kalahari (Cy Endfield, 1965) *
Les rescapés d'un accident d'avion sont piégés dans le désert africain et organisent leur survie sous les yeux d'une colonie de babouins. Un film d'aventures psychologique typique de son époque qui pâtit d'un rythme un peu trop lent et d'un manque de péripéties mais les images utilisent à merveille la dure splendeur du paysage de rochers et de sable. Avec un excellent casting : Stuart Whitman, Susannah York, Stanley Baker. BR US
Killer Joe (William Friedkin, 2011) ***
Une comédie noire outrancière, pleine de scènes over the top dans la veulerie, le cynisme et la violence qui dynamite la préparation et les conséquences d'un meurtre au sein d'une famille white trash du Texas. Une scène de prière fait soupçonner que le film est un pamphlet sur la schizophrénie religieuse américaine. Le casting est parfait (Matthew McConaughey en tête) et quel pied de revoir Gina Gershon ! BR UK
Fort Dobbs / Sur la piste des Comanches (Gordon Dougals, 1958) **
Premier des trois westerns de Douglas avec Clint Walker, qui interprète ici un cowboy taciturne qui conduit une veuve (Virginia Mayo au naturel) et son jeune fils vers un fort en territoire Comanche. Les péripéties sont minimales (fuite à cheval, tir aux indiens) mais la photo en N&B est magnifique et l'impressionnant physique de Walker est un spectacle à lui seul. Du bon western de série avec un personnage central intrigant. DVD Z1 US
A propos de Nice (Jean Vogo, 1930) ** & La natation par Jean Taris (Jean Vigo, 1931) 0
Deux courts métrages : le premier promène la caméra (avec des mouvements et un montage souvent acrobatiques) sur la Promenade des Anglais et autour du Carnaval. La critique sociale n'est pas subtile (les bourgeois au soleil, les misérables au ruisseau) mais comment oublier les images des filles qui dansent sur un char, d'une sublime vitalité ? Le second film, une leçon de natation par un champion, est sans intérêt. DVD Z2 Fr
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