1 mars 2020

Films vus par moi(s): mars 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

J'accuse (Roman Polanski, 2019) ***
De 1895 à 1899, la détermination du lieutenant-colonel Picquart à faire reconnaître le scandale de la condamnation de Dreyfus. En traitant les moments clés de l'Affaire Dreyfus (mais en expédiant étrangement la réhabilitation) à travers l'enquête de Picquart, le film se suit comme un thriller, passionnant de bout en bout. La mise en scène est précise et efficace et l'interprétation sans faute, portée par un Jean Dujardin formidable. VOD

Memory Lane (Mikhaël Hers, 2010) **
Sept amis âgés de 25 ans (le casting est excellent) se retrouvent ensemble à Paris un mois d'août. La fuite inexorable du temps et les tournants de l'existence sont à l'oeuvre dans ce premier long-métrage du réalisateur qui repose entièrement sur le sentiment mélancolique. Composé pour l'essentiel de séquences des personnages qui marchent en se confiant les uns aux autres, le film a sa petite musique bien à lui qui peut toucher ou faire chier. DVD Z2 FR

Le voleur de Bagdad / Il ladro di Bagdad (Arthur Lubin, 1961) **
Un voleur redistributeur participe au défi de trouver une rose bleue pour épouser la fille du Sultan de Bagdad. Un film d'aventures très sympa destiné à un public plutôt jeune où les péripéties s'accordent à la comédie dans des décors et des couleurs criardes. Il y a un magicien, des arbres qui marchent et étranglent, une tentatrice (la sublime Edy Vessel) et Steve Reeves qui ne sait pas jouer, porte des costumes ridicules mais c'est Steve Reeves. BR DE

Masculin Féminin (Jean-Luc Godard, 1966) ***
A Paris en 1965, quelques jours dans la vie d'un jeune homme et d'une poignée d'amis. Jean-Pierre Léaud prête sa personnalité unique à ce garçon qui enquête sur les jeunes de son âge. Sur des dialogues fortement improvisés (les entretiens), le film dresse un état des 18-21 ans face aux faits politiques et sociétaux au moment de la campagne présidentielle de Gaulle/Mitterrand. C'est drôle, engagé et cruel. Et assez désabusé. BR FR

Le Navigateur: une odyssée médiévale / The Navigator: a medieval odyssey (Vincent Ward, 1988) 0
En Angleterre pendant la Peste Noire de 1348, un garçon visionnaire conduit des villageois dans un tunnel temporel. Ils arrivent à Wellington en Nouvelle-Zélande en 1988 pour dresser une croix sur une église. L'idée intrigante est mise à mal par un scénario paresseux et le jeu hurlant des acteurs. Le début, original, ne tient pas ses promesses : j'ai vite zappé jusqu'au final. "Les Visiteurs" de 1993 a du s'en inspirer, mais sur le ton de la farce. BR UK

Le Maître des Illusions / Lord of Illusions (Clive Barker, 1995) * 
A Los Angeles, un détective enquête sur un illusionniste qu'il soupçonne être un maître en magie noire. Un thriller horrifique qui enchaîne les scènes gores de violences faites aux corps dans un contexte démoniaque. Si quelques effets spéciaux sont ridicules, les maquillages sont pas mal du tout et une scène de spectacle typée Las Vegas est même excellente (dans le genre "Showgirls", sorti la même année). Pas plus que du Grand Guignol. BR UK

De bruit et de fureur (Jean-Claude Brisseau, 1988) **
Dans une cité de Bagnolet, une jeune adolescent se laisse entraîner par un copain incontrôlable. Les conditions destructrices de la vie close des cités sont dénoncées par l'absurde dans ce film qui enchaîne les images et les situations poétiquement réalistes/surréalistes sur un ton rare dans le cinéma français. La mise en garde reste efficace et le climat de menace permanent, cristallisé dans le rôle du père, un effrayant Bruno Cremer. BR FR

Le Beau Brummell / Beau Brummell (Curtis Bernhardt, 1954) **
Au tournant du 19e siècle à Londres, l'amitié tumultueuse d'un dandy flamboyant et du Prince de Galles. Les sensationnels costumes et l'Eastman Color éclatant sont deux des atouts de ce film historique MGM moins connu qu'il le mérite. Les autres sont le casting (Stewart Granger et Peter Ustinov, formidables), les dialogues qui crépitent et l'étonnante représentation de ces deux hommes obsédés de déco et de coquetterie. Un petite pépite. BR US

Phantom thread (Paul Thomas Anderson, 2017) ***
Au début des années 50, un couturier londonien maniaque vivant avec sa soeur rencontre une jeune femme qu'il fait entrer dans sa maison. Un film qui diffuse une rare violence psychologique, amplifiée par le milieu feutré dans lequel il se déroule. La splendide mise en scène et le casting (Daniel Day-Lewis dans un rôle sur mesure) s'accordent pour dresser le tableau effrayant d'une folie à trois sur laquelle planent les ombres. L'ampleur des classiques. BR DE

Confident royal / Victoria & Abdul (Stephen Frears, 2017) *
Entre 1887 et 1901, l'amitié de la reine Victoria (Judi Dench) et de son serviteur indien musulman Abdul Karim, qu'elle fait son "Munshi" (secrétaire/enseignant). Une histoire étonnante qui donne un film purement narratif dont le conflit est la question de la race et du statut et la réaction de la Cour britannique à cette intimité scandaleuse. On regarde ça par le trou de la serrure, c'est devenu la spécialité de Frears, et on oublie aussi sec. BR UK  

Sur les ailes de la danse / Swing time (George Stevens, 1936) **
Un joueur de cartes et une prof de danse se rencontrent et tombent amoureux. Après un début un peu poussif (l'humour d'il y a 80 ans a parfois mal vieilli), la musique et la danse arrivent et le film s'envole. Fred Astaire et Ginger Rogers sont drôles, d'une grâce aérienne et d'une coordination enchantée. "Let yourself go" et "Never gonna dance" font partie de leurs numéros qui provoquent un sentiment de bonheur instantané. BR UK 

Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019) ***
Dans les années 1770 en Bretagne, une jeune femme renfermée sur elle-même et la peintre venue faire son portrait sont attirées l'une par l'autre. Avec peu d'action, des dialogues écrits, des regards qui meublent le silence et un sens admirable de la composition et de la couleur, un film de femmes d'aujourd'hui sur les oppressions de celles d'hier. Les personnages ont corps et âme, portés par les interprétations des quatre actrices principales. BR FR

Pehlivan (Maurice Pialat, 1964) **
Un court-métrage de 13' où Pialat porte sa caméra sur un championnat de lutte traditionnelle en Turquie agrémenté d'un spectacle de danseuses du ventre. L'association fait du tout un diptyque sur les clichés hyperboliques de la masculinité et la féminité. Les dernières images montrant la cour d'une mosquée entrent en opposition malicieuse avec ce qui a précédé et déplacent le film du statut de documentaire à celui d'essai. YouTube 

Tire encore si tu peux /  Se vei vivo spara / Django kill... If you live, shoot! (Giulio Questi, 1967) ***
Un aventurier laissé pour mort dans un guet-apens autour d'une cargaison d'or revient se venger. Un étonnant western spaghetti qui compense son budget réduit par des personnages atypiques, des images composées, un rythme dynamique et une rare audace dans l'action (qui inclut la suggestion d'un viol collectif homosexuel). Tomas Milian incarne sa figure christique avec un charisme assuré. Un film qui joue avec les codes d'un genre codé. BR FR 

Monos (Alejandro Landes, 2019) *
Dans la nature colombienne, un groupe de guerilleros adolescents garde une prisonnière américaine. Si la première moitié dont le décor est l'austérité d'un haut-plateau est plus originale que la seconde, dans la jungle, le film dans son ensemble croule sous les références (Beau Travail, Le Seigneur des Mouches, Apocalypse Now, Aguirre...) et joue trop au film d'art pour convaincre. Certains plans et tout le travail sur le son sont magnifiques. BR UK

La statue en or massif / The Oscar (Russell Rouse, 1966) ***
A Hollywood, un arriviste est prêt à tout pour réussir à l'écran. Sur une structure proche du "All about Eve" de Mankiewicz, un formidable mélotrash où le ridicule s'accorde au sublime dans une sorte d'idéal camp. Stephen Boyd est tout en menaces et ricanements dans le rôle du séducteur ambitieux (un rôle d'habitude réservé aux femmes dans ce genre de film) et l'artifice de studio contamine toute la production. Totalement névrotique. BR US 

Arrêt d'autobus / Bus stop (Joshua Logan, 1956) 0
Pendant un tournoi de rodéo à Phoenix, un cowboy puceau tombe amoureux d'une entraîneuse. Marilyn Monroe est toujours une apparition magnétique et son numéro chanté "That old black magic" est le clou du film. Mais à part ça, le scénario infantile, la mise en scène académique et la direction d'acteurs effroyable, Marilyn compris, (Joshua Logan a-t-il jamais fait un bon film ?) en font une purge inregardable aujourd'hui. Une bien pénible révision. BR FR

Sons of Denmark / Danmarks sonner (Ulaa Salim, 2019) **
En 2025 à Copenhague, alors qu'un parti nationaliste extrême va arriver au pouvoir, un jeune arabe est recruté par des immigrés activistes qui lui adjoignent un formateur. Un thriller prenant à la réalisation assurée malgré quelques grosses ficelles dans le scénario et dans la morale. Je ne sais pas trop quoi en penser sauf qu'il parle d'un sujet d'actualité brûlant et que les acteurs sont tous excellents (Zaki Youssef est vraie découverte). Compliqué. BR UK

L'homme au masque de fer / The man in the iron mask (James Whale, 1939) *
La rivalité entre le fourbe Louis XIV et Philippe, son sympathique frère jumeau soutenu par les Mousquetaires, reflétée par celle entre Fouquet et Colbert. Librement inspirée de Dumas, une adaptation dont le dynamisme manque de moyens et qui souffre du peu de charisme de Louis Hayward en double rôle. Le meilleur est Joseph Schildkraut en Fouquet efféminé et machiavélique. Ce n'est pas nul mais James Whale a fait bien mieux. BR FR

Come to Daddy (Ant Timpson, 2019) **
Dans un chalet isolé au Canada, un hipster vient voir son père qui lui en a fait la demande. Les retrouvailles ne se passent pas comme attendu. Le très bon casting (Elijah Wood est excellent), les twists en cascade et le paysage de la baie de Vancouver rehaussent le film qui pourrait n'être qu'une petite série B ou Z comico-horrifique. Et derrière le thriller, l'absurde et le gore, on peut percevoir le sujet de fond : la complexité des rapports père-fils. BR UK

Leto (Kirill Serebrennikov, 2018) 0
Dans les années 80 à Leningrad, les débuts du groupe pop/rock russe Kino. Inexplicablement porté aux nues par la critique, un film fait de tunnels anémiques rythmés de séquences de chansons mises en scène avec inventivité mais répétitives. Si le contexte historique est intéressant (des jeunes musiciens aux textes subversifs pour la Russie soviétique), l'ensemble est bien trop sage pour marquer. Bref, ça vaut pas un kopek. BR FR

The cakemaker (Ofir Raul Grazer, 2017) *
Un pâtissier dont l'amant israélien est mort dans un accident de voiture se retrouve à travailler à Jérusalem dans le salon de thé de la veuve de celui-ci. Tout en silence et en non-dits, un mélodrame qui, en ôtant volontairement le mélo du drame, pousse sa mélancolie vers la pesanteur. Tim Kalkhof en taiseux blessé et Sarah Adler en madone de tristesse sont très bien. Je me suis demandé ce qu'Almodovar aurait fait d'une histoire comme celle-là. DVD Z2 DE

Gloria Bell (Sebastian Lelio, 2018) *
A Los Angeles, une quinquagénaire divorcée et séduisante cherche à sortir de sa solitude affective. Ce remake américain du "Gloria" (2013) chilien du même réalisateur repose entièrement sur la présence et le jeu investi de Julianne Moore, qui est de tous les plans. C'est un beau portrait de femme, héritier contemporain des Women's Pictures de jadis. Mais ça ne va pas plus loin et les facilités de la B.O. sont un peu exaspérantes. Pas mal, sans plus. BR DE  

Les Chinois à Paris (Jean Yanne, 1974) ***
Arrangements et résistance à Paris sous l'Occupation de la France par les Chinois de Mao. Férocement drôle, une comédie de politique-fiction qui actualise ce qui s'était passé dans les Années 40 dans une farce visionnaire où les Français des Années 70 en prennent pour leur grade. Vu près de cinq décennies plus tard, le film reste d'actualité évidemment. Le casting de potes, comme toujours chez Jean Yanne, est un régal. Formidable. BR FR 

Quand passent les cigognes / Letiat jouravli / The cranes are flying (Mikhaïl Kalatozov, 1958) ***
A Moscou pendant la Grande Guerre Patriotique, une jeune femme attend son fiancé parti au front. Expressionniste dans sa construction visuelle et l'exposition de ses sentiments, ce mélodrame du dégel soviétique, Palme d'Or 1958, fait se succéder les morceaux de bravoure de mise en scène. L'effet de démonstration est tempéré par la noble universalité du propos, incarné de façon inoubliable sur le beau visage de Tatiana Samoïlova. BR FR  

L'Argent (Robert Bresson, 1983) ***
Escroqué avec trois faux billets, un jeune ouvrier se retrouve pris dans un engrenage de délit et de crime. Emporté dans une dynamique destructive par sa propre rage et la duplicité des autres, l'antihéros de Bresson passe de la lumière à l'obscur en une trajectoire implacable que la mise en scène austère et précise élève au niveau de la parabole. Le jeu et la diction vidés d'affect des acteurs atteignent un point d'abstraction magnifique. BR FR

Docteur Cyclope / Dr. Cyclops (Ernest B. Schoedsack, 1940) *
A moitié aveugle et totalement fou, un savant miniaturise des scientifiques venus lui rendre visite en Amazonie. Avec ses trucages pleins de charme (back projection et mobilier surdimensionné), son docteur binoclard (Albert Dekker, inquiétant à souhait) et son Technicolor clinquant, ce film d'aventures fantastiques aurait pu être une merveille si le scénario avait été à la hauteur. Mais l'ennui pointe derrière la réussite technique, quel dommage. BR US  

Viy (Konstantin Yershov & Georgy Kropachyov, 1967) ***
Pendant trois nuits, un séminariste doit veiller une jeune morte, qui est une sorcière. Ce film fantastique soviétique est un chef-d'oeuvre d'atmosphère qui fait surgir la magie de ce qu'est un conte folklorique. Les couleurs profondes, les décors baroques et le jeu appuyé des acteurs créent un spectacle fascinant qui culmine dans un angoissant final, véritable cauchemar mis en images. Un film culte en Russie, on comprend pourquoi. BR US 

1 février 2020

Films vus par moi(s): février 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Sibyl (Justine Triet, 2019) *
Une psychanalyste accepte de prendre en charge une patiente au-delà de ses obligations professionnelles. Virginie Efira et Adèle Exarchopoulos jouent la manipulation mutuelle dans ce thriller psychologique au scénario à la complexité forcée du sens et de la structure. Si le sujet de base est intéressant, le portrait de cette analyste paumée part dans trop de directions pour convaincre. Et au bout, on ne sait pas trop ce que le film a voulu dire. BR FR

Prospect (Zeek Earl & Chris Caldwell, 2018) 0
Un père et sa fille astronautes vont sur une planète à la recherche de quelque chose. La planète est couverte d'une forêt dense très belle et superbement photographiée. C'est tout. Le reste est d'un ennui terrible (ils marchent en scaphandre dans la forêt), les péripéties rares et l'objet de leur quête sans aucun intérêt. J'en ai vu 40', la suite en accéléré. Le film entier semble être une démo pour une prospection de job visant Hollywood. BR DE

Judy (Rupert Goold, 2019) 0
L'onstage et le backstage du dernier tour de chant de Judy Garland à Londres en 1968/1969. Renée Zellweger est très bien dans un rôle évidemment taillé pour l'Oscar qu'elle a eu. Le reste n'a pas grand intérêt, ni au niveau de la dramaturgie linéairement monotone (on regarde la souffrance ininterrompue d'une Judy au bout d'elle-même) ni au niveau de la mise en scène, d'une affligeante platitude. Un biopic fabriqué sur formule. BR UK

Sully (Clint Eastwood, 2016) **
L'enquête officielle pour faute professionnelle qui suivit l'amerrissage dans l'Hudson par son pilote d'un Airbus en perdition en janvier 2009. Derrière la reconstitution factuelle qui évite avec soin l'outrance dramatique et le pathos, une ode au courage individuel et au civisme collectif par Eastwood l'Américain. La discrétion du scénario et de la mise en scène en renforcent la dignité, à l'image du jeu posé de Tom Hanks et Aaron Eckhart. Netflix

Bait (Mark Jenkin, 2019) *
Dans un village de pêcheurs de Cornouailles, la cohabitation compliquée des autochtones et des touristes. Un très bon sujet (l'irruption du tourisme de masse dans l'équilibre d'une communauté) est malmené par le choix du réalisateur d'avoir tourné son film en 16mm granuleux postsynchronisé. L'artifice produit des images picturales belles mais trop démonstratives. Le fil de l'histoire aussi est artificiellement alambiqué. Au final, on s'ennuie. BR UK

En chair et en os / Carne tremula (Pedro Almodovar, 1997) ***
A Madrid, un jeune homme sorti de prison déstabilise deux couples. Une fois passée la première séquence plutôt drôle d'accouchement dans un bus, le drame prend la relève dans cette adaptation de Ruth Rendell. Film de personnages pétris de culpabilité et de rancoeur, la brillante construction du récit leur donne la place d'évoluer dans des directions inattendues. Le casting est excellent, mené par Liberto Rabal, prodige d'un seul film. BR FR

Greta, la tortionnaire / Ilsa, ultimes perversions / Le pénitencier des femmes perverses / Greta, Haus ohne Männer / Ilsa, the mad butcher (Jess Franco, 1977) **
Dans un pays totalitaire d'Amérique Centrale, la directrice sadique d'une prison pour femmes sexuellement déviantes abuse de ses prisonnières. Les multiples titres de ce pur produit d'Exploitation vont droit au but : outrance et titillation en sont les deux mamelles. A ce propos, la formidable Dyanne Thorne reprend son personnage d'Ilsa, virago grimaçante de menace et de luxure. Moi j'aime ça, mais je comprends que vous ne compreniez pas. BR DE 

The dead don't die (Jim Jarmusch, 2019) **
Dans une petite ville américaine, les morts sortent de leur tombes. Le dérèglement géophysique de la planète est la raison du chaos, traité sur le mode ironique de la comédie nihiliste truffée de pop culture. On peut y voir une fable sur l'Humanité condamnée, une charge anti-Trump, une farce entre potes (le casting est sympathique) ou un hybride des trois. Ca ne révolutionne pas le film de zombies mais on ne s'ennuie pas une seconde. BR DE 

Les habitants (Raymond Depardon, 2016) *
De Calais à Nice, de Morlaix à Villeneuve Saint Georges, Depardon invite une quinzaine de couples de passants à poursuivre leur conversation de rue dans une caravane avec une caméra. La Vraie France qui se dessine est celle de gens qui s'inquiètent de leurs budgets, qui se sont séparés, qui cherchent à tirer leur coup... Bref, des anonymes à la fois touchants et sans intérêt dont l'exotisme provincial a exalté les critiques germanopratins. BR FR

Les carrefours de la ville / City streets (Rouben Mamoulian, 1931) ***
Entré dans la pègre, un jeune forain voit sa fiancée convoitée par son boss. Un excellent film de gangsters Pre-Code à la mise en scène inventive (les nombreux actes de violence sont tous évoqués hors-cadre), aux éclairages expressionnistes et dont le couple formé par Gary Cooper et Sylvia Sidney est l'un de plus physiquement séduisants du cinéma hollywoodien. D'après Hammett, une pépite matricielle des premières années du parlant. BR FR

Le dossier noir (André Cayatte, 1955) **
Un jeune juge (Jean-Marc Bory) nommé en province met à jour une affaire criminelle enterrée et déstabilise les notables de la ville. Derrière l'enquête, c'est l'état dégradé de la Justice de l'après-guerre et les compromissions de la mentalité bourgeoise qui sont les vrais thèmes de ce film de scénario et d'acteurs aux dialogues acérés. Noël Roquevert et Bernard Blier étincellent. Du cinéma de papa d'accord mais papa n'avait pas toujours tort. BR FR   

Les enfants loups, Ame et Yuki / Ookami kodomo no Ame to Yuki / Wolf children (Mamoru Hosoda, 2012) *
Une jeune veuve élève à la campagne ses deux enfants dont le père était un homme-loup. Un film d'animation japonais dont l'histoire d'altérité part d'un bon sentiment mais qui se prend les pieds dans une surexploitation de l'émotion avec des larmes (y a-t-il un animé où les personnages pleurent autant ?) et de la musique mélancolique à gogo. L'animation est splendide et la courte scène de zoophilie au début est vraiment très surprenante. BR UK 

Notre héros / Lazybones (Frank Borzage, 1925) ***
Dans l'Amérique rurale des années 1910, un bon à rien recueille et élève une petite fille abandonnée. Un mélodrame doux-amer où les liens du sang et du coeur au fil des années qui passent tiraillent les personnages. La mise en scène et la direction d'acteurs (Buck Jones est épatant) de Borzage sont d'une simplicité limpide et l'humanité qui se dégage a superbement résisté au temps. Un beau film muet sur un improbable héros du quotidien. DVD Z1 US

Propriété privée / Private property (Leslie Stevens, 1960) *
Deux vagabonds s'imposent chez une femme désoeuvrée dont le mari est en déplacement. Un thriller à petit budget qui a pour lui l'irradiation du soleil de Los Angeles et la thématique de la frustration sexuelle dont le traitement est assez direct pour l'époque. Corey Allen et Warren Oates sont très bien mais Kate Manx (qui se suicidera peu après) est très mauvaise. Un film maladroit mais intéressant dans le contexte du cinéma du tournant des 60s. BR US

Le dernier sou (André Cayatte, 1943/1946) *
La complice d'un escroc s'éprend d'une de leurs victimes, un chômeur. Le dernier film produit par la Continental est sorti en salles après la Libération et tombé aux oubliettes. Il manque quelque chose dans le scénario et la mise en scène pour tenir l'intérêt et Gilbert Gil est bien peu charismatique. Mais l'histoire de la réalisation du film est intéressante, Noël Roquevert est magnétique et Ginette Leclerc savait faire la gueule comme personne. BR FR

Une grande fille / Dylda / Beanpole (Kantemir Balagov, 2019) 0
En 1945 à Leningrad, deux jeunes femmes liées par un drame tentent de se reconstruire. Un sujet fort et deux formidables actrices sont engloutis par le narcissisme de la mise en scène maniérée, à l'image du filtrage coloré de la lumière et des dialogues en chuchotis de gravité. Une scène d'une rare puissance émotionnelle au début restera gravée dans ma mémoire. Pour le reste, heureusement que les télécommandes ont des fast forward. BR FR

3 janvier 2020

Films vus par moi(s): janvier 2020


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Michelangelo Infinito (Emanuele Imbucci, 2017) **
Basé sur la Vie de Michel-Ange de Vasari et la biographie autorisée de 1553, un panorama de l'oeuvre du titan de la Renaissance. Avec un accès inédit aux chefs-d'oeuvre de Michel-Ange filmés sous tous leurs angles en HD, ce documentaire de long métrage coproduit par le Vatican panache les vues larges et de détail et les recréations costumées. C'est magnifique mais les monologues dits par un acteur médiocre plombent le niveau. Dommage. BR IT

Aquaman (James Wan, 2018) 0
Dans les profondeurs de l'océan, le fils (un Jason Momoa sans aucun charisme) d'un humain et de la Reine de l'Atlantide affronte un usurpateur. Je n'ai vu que 30' de ce qui m'a semblé un navet hideux avec son déluge bleuté de CGI et très con avec son scénario demeuré. Même en essayant d'y voir du spectacle à pop corn, de la Fantasy pour les gosses, de la démo pour 3D (je ne l'ai essayé qu'en 2D), j'ai lâché, désespéré. Abyssal de nullité. BR NE

Les deux Papes / The two Popes (Fernando Meirelles, 2019) **
En 2012, la rencontre entre Benoît XVI et le cardinal argentin Bergoglio qui allait devenir le Pape François l'année suivante suite à la démission du premier. Les conversations entre le conservateur et le libéral à Gandolfo et au Vatican sont imaginées dans un film de dialogue et d'acteurs (Anthony Hopkins et Jonathan Pryce, formidables) qui déroule le tapis rouge à François. Comme regarder par le trou de la serrure de la Chapelle Sixtine. Netflix 

Le fils du Sheik / The son of the Sheik (George Fitzmaurice, 1926) *
Dans le désert algérien, le fils d'un Sheik est trompé par des escrocs avec l'aide d'une jeune femme, qu'il enlève. Le dernier film de Rudolph Valentino est mis en scène avec une banalité qui l'empêche d'accéder à ce qu'il aurait pu être. Cette bluette d'aventures arabisantes contient pourtant des idées et une scène assez choquante : l'avant et l'après d'un viol. Le latin lover du cinéma muet est égal à lui-même dans le double rôle du fils et de son Sheik. BR US

Jeanne (Bruno Dumont, 2019) ***
Deux ans après l'inoubliable "Jeannette", Dumont s'attèle à la seconde partie du parcours spirituel de Jeanne d'Arc. Toujours incarnée par la petite Lise Leplat Prudhomme (maintenant âgée de 10 ans), la jeune sainte affronte avec aplomb ses accusateurs dans des séquences d'une simplicité et d'une beauté saisissantes. La musique de Christophe, qui apparaît dans une sublime scène de chant, fait s'envoler le tout. Génialement inspiré. DVD Z2 FR

The Laundromat : L'Affaire des Panama Papers (Steven Soderbergh, 2019) **
L'Offshore pour les Nuls. En simplifiant à l'extrême les révélations scandaleuses des Panama Papers, le film aborde le sujet sur le ton de la satire et le rythme soutenu typique de son auteur. Antonia Banderas, Meryl Streep, Jeffrey Wright, Sharon Stone... apparaissent plus ou moins brièvement et ajoutent du fun. Si la conclusion est balourde, le propos est honorable. Du divertissement d'actualité qui à la fois amuse et enrage. Netflix

Conséquences / Posledice (Darko Stante, 2018) **
Envoyé dans un centre pour délinquants, un jeune Slovène fréquente un groupe de durs et est attiré par son chef. Les codes de la meute et les attitudes de virilité démonstrative forment le socle de ce film assez désespéré sur le tabou et le risque social de l'homosexualité dans l'Est. La dénonciation prend le corps et le visage du novice Matej Zemljic, parfait dans un rôle entre frustration et fragilité. Il doit y avoir beaucoup de vécu là-dedans. DVD Z2 UK

63 Up (Michael Apted, 2019) ***
En 1963, quatorze enfants britanniques de 7 ans commençaient à parler de leurs vies, de leurs espoirs et de leurs craintes devant les caméras de Granada TV. Ils ont continué tous les 7 ans. En 2019, la plupart ont atteint 63 ans... Le 9e épisode de la série documentaire Up présente ces enfants qui entrent dans le 3e âge. Aucun autre film n'est allé aussi près de ce que c'est qu'être un Humain : chaque vie qui passe est la plus grande des histoires. BR UK

Ma vie avec John F. Donovan / The death and life of John F. Donovan (Xavier Dolan, 2018) **
Un acteur raconte à une journaliste la correspondance qu'il avait engagée, enfant, avec la star d'une série TV, gay dans le placard. Le film le plus classiquement réalisé de Dolan touche aux effets destructeurs de la dissimulation, à la responsabilité des mères et au rôle des idoles dans la construction d'une identité. C'est parfois empesé, souvent touchant, jamais mièvre. Kit Harington est très bon en vedette qui plonge dans l'abîme. BR FR

Don't f**k with cats (Mark Lewis, 2019) **
Entre 2010 et 2012, la traque d'un bourreau de chatons devenu tueur. Le fait divers à sensation du "Dépeceur de Montréal" présenté du point de vue des deux nerds qui ont débusqué l'affaire sur Internet et des flics de l'enquête. Le profil du jeune criminel est étonnant mais c'est l'usage des ressources du web dans la réalité et dans le documentaire qui tient en haleine pendant les 3h du film. Les dernières secondes sont incroyablement putassières. Netflix

Midsommar (Ari Lester, 2019) ***
Quatre jeunes américains partent en Suède faire un séjour anthropologique dans une communauté isolée au moment du solstice d'été. L'histoire est sans grande surprise pour qui a vu "The Wicker Man" de 1973 mais l'originalité du cadre ensoleillé, l'assurance de la mise en scène et l'interprétation de Florence Pugh sont fascinants. Et derrière l'horreur se cache un intéressant regard sur l'esprit du paganisme. Pas mal du tout. BR UK 

7 décembre 2019

Fims vus par moi(s): décembre 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Finis Terrae (Jean Epstein, 1929) **
Sur l'île finistérienne de Bannec, un jeune goémonier se blesse au couteau, la plaie s'infecte, ses compagnons prennent soin de lui. Entre fiction et documentaire, un film d'extérieurs et d'acteurs non professionnels qui repose sur la beauté rude du paysage et des hommes. On peut trouver des thèmes symboliques dans le récit mais c'est la poésie des images qui s'impose. L'accompagnement musical contemporain de Roch Havet est éprouvant. BR FR

First man : le premier homme sur la Lune / First man (Damien Chazelle, 2018) ***
L'histoire de la première mission sur la Lune à travers l'aventure individuelle de Neil Armstrong. Un sentiment de tragédie existentielle traverse le film qui panache le grandiose et l'intime autour du portrait d'un homme marqué par le deuil et le dépassement de soi. Les effets spéciaux et le travail du son plongent le spectateur dans la dynamique effrayante des modules lancés vers la Lune et Ryan Gosling est admirable de profondeur retenue. BR UK  

Triple écho / The triple echo (Michael Apted, 1972) **
Pendant la Seconde Guerre Mondiale dans la campagne anglaise, une fermière (Glenda Jackson) accueille un déserteur (Brian Deacon) qu'elle travestit en le faisant passer pour sa soeur. Un sergent macho (Oliver Reed) est attiré par la femme étrange. Sur un sujet propice à l'outrance, un drame intimiste porté par le jeu des acteurs, entre retenue et hyperbole. La tension sexuelle genrée (hétéro, homo, intersexuelle) est à couper au couteau. BR UK   

Montparnasse (Mikhaël Hers, 2009) **
Un soir à Montparnasse, des individus se retrouvent. Trois rencontres (deux soeurs, un homme et son gendre, deux connaissances) en trois histoires indépendantes forment la trame de ce moyen métrage (1h) où les dits et les non-dits dessinent des fêlures cicatrisables ou pas. Entièrement centrée sur les discussions de ses personnages, l'écriture donne à ceux-ci une réalité et une profondeur rares. Un film sur quelques gens qui sont nous tous. DVD Z2 FR

100 days before the command / Sto dney do prikaza (Hussein Erkenov, 1991) **
A la fin de l'URSS, le quotidien de quelques jeunes soldats d'une caserne. Interdit en Russie depuis sa sortie, un court (65') film de toute évidence inspiré par Tarkovski dont il reprend le rythme et le symbolisme. La dureté du service militaire et des rapports humains russes sont dénoncés par des séquences élégiaques qui orientent l'ensemble vers le film d'art et d'essai. L'homoérotisme ambiant n'a pas du aider la réception à l'époque. DVD Z1 US

Apollo 11 (Todd Douglas Miller, 2019) ***
Du jour de leur départ à celui de leur retour sur Terre, les étapes du voyage d'Armstrong, Collins et Aldrin sur la Lune en juillet 1969. Un formidable documentaire fait d'extraordinaires images de la NASA retrouvées récemment qui tient en haleine du début à la fin. La grandeur de l'exploit triomphe et les vues lunaires sont incroyables mais ce sont peut-être les Américains de 1969 qui m'ont le plus touché. On est avec eux, souffle coupé. BR DE

Gwendoline (Just Jaeckin, 1984) **
Une jeune femme, son amie et un baroudeur traversent la jungle pour arriver au Royaume féminin de Yik-Yak gouverné par une reine cruelle. D'après une BD fétichiste, un pastiche d'aventures à la Barbarella qui n'en n'a pas les moyens mais qui compense par un casting étonnant (Tawny Kitaen et Brent Huff, sexys mais incapables), Zabou et Bernadette Lafont et des décors et costumes imaginatifs. C'est fun, très camp et totalement décérébré. BR UK

Sexy beast (Jonathan Glazer, 2000) **
En retraite avec sa compagne en Espagne, un ex-malfrat doit reprendre du service malgré lui. Une comédie, un thriller, un drame des nerfs et une romance : un film étonnant dont le scénario et les images réservent leur lot d'originalité et de surprise. Le thème du passé auquel on n'échappe est l'occasion d'une performance en nuance par Ray Winstone en retraité bousculé et en tour de force par Ben Kingsley en psychopathe prolixe. BR UK

Tout sur ma mère / Todo sobre mi madre (Pedro Almodovar, 1999) ***
Une femme (Cecilia Roth) dont le fils a été tué dans un accident part prévenir son père à Barcelone et y fait des rencontres déterminantes. Mon Almodovar préféré (avec "Douleur et gloire" de 2019), un film qui réussit un miracle d'équilibre entre drame et mélodrame, comédie et profondeur, originalité et cinéphilie. Chaque scène est inoubliable, toutes portées par un casting exceptionnellement accordé. Un condensé d'humanité. BR FR 

Désordre (Olivier Assayas, 1986) *
Suite à un cambriolage qui a mal tourné, l'amitié des membres d'un petit groupe de rock amateur se délite. Terriblement daté avec son éprouvante musique de synthé et ses néons dans la nuit, le premier film d'Assayas n'a pas résisté au temps. Le jeu approximatif de son casting de jeunes premiers (Wadeck Stanczak en tête) n'aide pas. Mais certains plans sont superbes et le découpage original annonce les chefs-d'oeuvre à venir du réalisateur. BR UK

Week-end à Zuydcoote (Henri Verneuil, 1964) **
En juin 1940 près de Dunkerque, un soldat français attend avec des milliers d'autres une évacuation vers l'Angleterre quand les Allemands approchent. Le quotidien fait d'attente, de conversations, de rencontres et de raids aériens donne à ce film existentialiste une atmosphère et une dynamique peu habituelles dans le genre du film de guerre. Jean-Paul Belmondo est formidable dans le rôle d'un type sympathique pris au piège d'une plage. BR FR

Liens d'amour et de sang / Beatrice Cenci (Lucio Fulci, 1969) **
En 1599 à Rome, Beatrice Cenci et ses deux frères font tuer leur père abusif (Georges Wilson) et sont exécutés avec leur mère. L'Italie de la Renaissance sert de décor à ce drame historique et familial d'une noirceur totale où règnent la violence et la corruption. Quelques scènes de torture montrent le goût du gore qui deviendra la signature de Fulci mais on est loin d'un film d'exploitation. Le casting est très bon, comme la reconstitution de l'époque. BR UK

1 novembre 2019

Films vus par moi(s): novembre 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Ad Astra (James Gray, 2019) **
Un astronaute est envoyé par la Nasa près de Neptune chercher son père astronaute lui aussi et disparu en mission vingt ans plus tôt. Contemplatif et existentiel, un film sur la toxicité de certains liens familiaux qui repose entièrement sur les épaules de Brad Pitt et les grandioses images de l'espace intersidéral. Dommage que la voix off de Pitt, sentencieuse et monocorde (quelle plaie cette mode) impose sa propre importance. Avion

Stockholm (Robert Budreau, 2018) **
En août 1973 à Stockholm, un américain un peu frappé et très excentrique prend en otage trois employés d'une banque, qui vont se prendre d'empathie pour lui. Un film purement narratif qui raconte avec des libertés le fait divers tragi-comique qui a défini le Syndrome de Stockholm en psychiatrie. Ethan Hawke est très bon en malfaiteur séduisant et Noomi Rapace en victime tourneboulée. Une sorte de farce absurde sur un incident surréaliste. Avion

Parasite / Gisaengchung (Bong Joon Ho, 2019) ***
Les quatre membres d'une famille déclassée de Séoul réussissent à sa faire embaucher comme employés par un riche couple de la ville. Commençant en comédie (la partie que j'ai préférée) et finissant en drame, ce pamphlet sociologique autour de la lutte des classes distille les surprises de son scénario en enchaînant des situations de plus en plus stressantes pour les personnages et le public. La mise en scène et les acteurs sont parfaits. Avion

Le Roi Lion / The Lion King (Jon Favreau, 2019) ***
Le fils du roi des lions subit la jalousie de son oncle, qu'il devra affronter. Le remake en CGI du classique animé Disney de 1994 est une réussite totale par son histoire redoutablement efficace, la caractérisation des personnages, le lyrisme de la mise en scène et bien sûr, l'incroyable prouesse des images digitales qui donnent vie avec splendeur aux animaux et aux paysages. Après Le Livre de la Jungle, un autre chef-d'oeuvre par Jon Favreau. Avion 

Godzilla : Roi des Monstres / Godzilla: King of the Monsters (Michael Dougherty, 2019) **
Godzilla se réveille encore, cette fois avec sa suite de Monstres prêts à en découdre dans des combats titanesques. Un hybride vieille école de film de monstres et de film catastrophe où tout est hypertrophié par les possibilités des effets spéciaux dernier cri. C'est con comme pas permis (quand on y pense) mais on n'y pense pas et on se laisse porter par le bruit et la fureur. Et j'adore Vera Farmiga, qui mettrait de la profondeur dans une semelle. Avion

Once upon a time... in Hollywood (Quentin Tarantino, 2019) *
En 1969 à Los Angeles, un acteur sur le déclin (Leonardo DiCaprio) et sa doublure (Brad Pitt) traversent des jours monotones. Construit autour des Manson Murders, un gros budget roublard qui panache le malicieux et le minable dans un n-ième film révisionniste typique de son réalisateur. L'artifice est vite pesant mais quelques scènes sont superbes (l'actrice précoce, le ranch de la Tribu, les deux dernières minutes) et Pitt formidable. Avion

Crawl (Alexandre Aja, 2019) **
Lors d'un hurricane en Floride, une jeune femme et son père sont pris au piège de leur maison inondée où sont entrés des alligators. Un très bon thriller Human vs. Animal dont les décors et la mise en scène créent une tension soutenue qui exploite les codes du survival avec une belle efficacité. Les méchants alligators sont vraiment effrayants et leurs dents et écailles en CGI sont plus vraies que nature. Crade et croquant, mouillé et gluant. Avion

Dumbo (Tim Burton, 2019) 0
Ce remake live & CGI du merveilleux dessin animé de 1941 est un échec sans appel. En recentrant l'histoire sur les humains (dont deux gamins terriblement ennuyeux et un méchant capitaliste stéréotypé) au lieu de l'éléphanteau volant et en hypertrophiant les décors de parc d'attraction et la musique devenue rance de Danny Elfman, toute la magie et l'émotion ont disparu. On se retrouve avec un produit d'usine. Burton est foutu. BR UK

And soon the darkness (Robert Fuest, 1970) **
Un été, deux jeunes anglaises viennent se balader à vélo en France. Quand l'une disparaît, l'autre cherche du secours. Un étonnant thriller qui se passe entièrement sur et autour d'une route rurale déserte au milieu des champs. Pamela Franklin y rencontre une poignée de Français bizarres ou demeurés, dont Jean Carmet en figuration. Pas encore un slasher mais en ayant déjà certains éléments, un film à l'atmosphère atypique, noire et solaire. BR UK

Upgrade (Leigh Wannell, 2018) **
Suite à une agression, un quadriplégique se voit proposer l'implant d'une puce électronique qui l'aide à retrouver sa mobilité. Un bon film de SF sur la menace transhumaine qui panache un peu de 2001, Blade Runner, Terminator, Ex Machina... Malgré un milieu qui joue trop la carte de l'action au détriment du sujet et un méchant raté, le scénario noir et les trouvailles visuelles tiennent en haleine jusqu'au final glaçant. Pas mal du tout. BR DE

Hercule contre les vampires / Ercole al centro della Terra / Hercules in the Haunted World (Mario Bava, 1961) **
Hercule (Reg Park, qui réussit à donner de l'humanité au héros culturiste) descend dans le monde des ombres chercher la Pomme d'Or des Hespérides. Le film est un sommet de kitsch et de camp qui tient par son acteur principal et surtout par les délirants éclairages colorés choisis par Bava pour ses décors souterrains. Entre Pop et Psychédélique, c'est une orgie visuelle sans équivalent dans le Peplum. Avec Christopher Lee. BR US

Bunny Lake a disparu / Bunny Lake is missing (Otto Preminger, 1965) **
La fille d'une jeune américaine (Carol Lynley) juste arrivée à Londres chez son frère disparait de son école. L'inspecteur (Laurence Olivier) chargé de l'enquête doute de l'existence de l'enfant. Difficile d'évoquer la psychose au cinéma et dans les 60s, ça ils ont essayé. Ce thriller psychologique est prenant jusqu'à l'a révélation de l'énigme, lourdement traité. Mais le thème est audacieux pour 1965, la mise en scène brillante et le casting formidable. BR UK

Paranoïa / Unsane (Steven Soderbergh, 2018) *
Une jeune femme (Claire Foy) harcelée par un stalker se retrouve internée dans l'hôpital psychiatrique où celui-ci travaille. Un thriller psychologique sans doute inspiré par #MeToo qui dénonce aussi le système médical américain dans un atmosphère de cauchemar éveillé. Rien de bien nouveau sauf le fait que le film ait été entièrement tourné avec un iPhone. L'expérimentation technique et artistique est intéressante malgré ses limites. BR DE 

La Cage aux Folles (Edouard Molinaro, 1978) **
Un couple homo propriétaire d'un cabaret de travestis à Saint Trop' reçoit les futurs beaux-parents réactionnaires de l'un d'eux. Cette fois, j'ai vraiment ri de l'absurdité outrancière du scénario et du jeu over the top de tous, emportés par la tornade Albin/Zaza de Michel Serrault. Le temps a bonifié cette comédie (pourtant platement mise en scène) en faisant apparaître son activisme subtil (pour l'époque) par la caricature. Et revoir Rémi Laurent... BR UK

La favorite / The favorite (Yorgos Lanthimos, 2018) **
Au début du 18e siècle en Angleterre, une arriviste conquiert la place de la favorite de la reine Anne. Porté par un trio d'actrices formidables (Emma Stone, Rachel Weisz et Olivia Colman), un film historique aux attitudes et aux dialogues contemporains qui peut se lire comme une satire politique et féministe méchamment drôle. La forme, de l'éclairage au choix de l'objectif grand angle, est d'une originalité certaine mais un peu trop démonstrative. BR FR

Un couteau dans le coeur (Yann Gonzalez, 2018) *
Un réalisatrice de films pornos gays voit ses acteurs se faire assassiner les uns après les autres. Avec un scénario plus construit, un pastiche de giallo qui aurait pu faire des étincelles par son ton et son look outrageusement queers. Absurde et décalé jusqu'au surréalisme camp (il faut voir Vanessa Paradis en cinéaste lesbienne) et plein d'idées et d'images marrantes, il lui manque pourtant quelque chose pour se hisser plus haut que son cul. BR FR

The horseman (Steven Kastrissios, 2008) *
Un père fou de douleur recherche des types impliqués dans un film porno au cours duquel sa fille est morte. Un revenge movie australien dont la brutalité viscérale des scènes de bagarre et de torture pourrait être un mètre-étalon. Il y a des maladresses grossières (les flashbacks solaires et la rencontre avec la fugueuse) et Peter Marshall est un piètre acteur mais un cogneur hors-pair et c'est l'essentiel. Un film qui n'ayant rien à dire préfère saigner et crier. BR DE  

6 octobre 2019

Films vus par moi(s): octobre 2019


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Le défunt récalcitrant / Here comes Mr. Jordan (Alexander Hall, 1941) **
Un boxeur saxophoniste tué dans un accident d'avion se réincarne dans le corps d'un autre, puis d'un autre. Une comédie fantastique comme les Forties les aimaient à base d'identités échangées, d'invisibilité et d'amours improbables. Le scénario ingénieux peut se lire comme une fable existentielle, platonicienne, christique ou bouddhiste avec l'humour et l'émotion indispensables. Avec Robert Montgomery et Claude Rains. BR UK

Le voyage de la peur / The hitch-hiker (Ida Lupino, 1953) ***
Deux amis partis pêcher sont pris en otage dans leur voiture par un serial killer. Ida Lupino (l'actrice et réalisatrice) a écrit et mis en scène ce huis-clos sec et nerveux, sans à côté ni temps mort, qui panache road movie et film noir autour d'une métaphore sur le Destin. Edmond O'Brien et Frank Lovejoy sont excellents, comme William Talman en psychotique inexpliqué. Le tout fait penser à un cauchemar, ce que le petit budget renforce. Formidable. BR US

Voyage dans la Préhistoire / Journey to the beginning of Time / Cesta do praveku (Karel Zeman, 1955) **
Quatre garçons remontent en barque le fleuve du Temps du Quaternaire au Paléozoïque et en découvrent les paysages et les animaux. Un classique tchèque du film pour enfants entre aventures et docu-fiction qui mêle avec réussite et beaucoup de charme prises de vues réelles, stop motion et animation. Le rythme mollasson l'empêche d'atteindre l'excellence mais j'imagine que l'avoir vu entre 7 et 10 ans laisse des souvenirs impérissables. BR UK

Blanche comme neige (Anne Fontaine, 2018) 0
Une jeune femme (Lou de Laâge, assez passe-partout) ayant réchappé à un assassinat se retrouve dans une maison des Alpes où elle se lie à sept hommes. La transposition du conte (surtout celui de Blanche Neige) dans un contexte contemporain est un exercice périlleux comme le rappelle ce film sans intérêt. L'ennui arrive vite et ni les paysages ni Isabelle Huppert en marâtre n'y font. Je crois que je n'aime pas le cinéma d'Anne Fontaine. BR FR 

Joker (Todd Phillips, 2019) ***
A Gotham City, le basculement d'Arthur Fleck dans la folie et sa création du personnage du Joker. Je ne connais pas l'univers Batman et tant mieux : ce film d'une force anxiogène stupéfiante, porté entièrement par la prestation d'une intensité effrayante de Joaquin Phoenix (qui est de tous les plans) est d'abord une plongée dans la psychose individuelle et collective comme le cinéma n'en avait encore jamais produit. Quel choc, quel constat, quel film ! Ciné

Border / Gräns (Ali Abbasi, 2018) ***
Une douanière suédoise au physique néandertalien et dotée d'un odorat animal rencontre un semblable qui la révèle à elle-même. Cet hybride de fantastique, de romance et de thriller glauque applique avec audace la mythologie nordique au thème universel de l'altérité physique, sociale et sexuelle. Ses deux personnages sont des créations formidables mises en valeur par un scénario et une mise en scène sans cesse surprenants. BR FR   

Le plein de super (Alain Cavalier, 1976) ***
Quatre types proches de la trentaine convoient une Chevrolet de Lille à Nice. Un road-movie d'un dynamisme et d'une fraîcheur étonnants, porté par la liberté du ton et quatre acteurs charismatiques qui ont activement participé au scénario. Les enjeux de la masculinité sont au coeur du sujet, qui navigue avec brio entre humour potache et drame existentiel. On pense aux Valseuses, sorti deux ans plus tôt. C'est du même niveau : excellent. BR FR

Les démons de la liberté / Brute force (Jules Dassin, 1947) **
Les détenus d'une cellule partagée préparent leur évasion. Un film de prison qui se démarque par le réalisme de certaines séquences, l'onirisme d'autres et le style nerveux du scénario et de la mise en scène. Burt Lancaster, dans son deuxième film, a une présence rare et Hume Cronyn excelle en sous-directeur sadique fan de Wagner et de Michel-Ange. Avec d'intéressants caméos en flashbacks d'Ella Raines, Yvonne de Carlo et Ann Blyth. BR UK

Brooklyn village / Little men (Ira Sachs, 2016) **
Deux copains ados subissent la tension entre leurs parents née d'une histoire de loyer. L'impact sur les enfants des décisions des adultes forme la trame de ce film intimiste qui s'attache à ses quelques personnages avec sensibilité. Tout n'est pas dit mais suggéré (la ségrégation sociale et raciale, l'éveil du désir, la gentrification...) et ponctué de belles séquences des garçons arpentant les rues de Brooklyn en vélo et en skate. Lumineux. BR ES

L'ombre du passé / I could go on singing (Ronald Neame, 1963) **
Ayant laissé son compagnon et leur fils pour sa carrière, une chanteuse américaine les retrouve des années après à Londres lors d'une tournée. Un drame parental assez convenu mais dont l'immense intérêt est Judy Garland (son dernier film) qui joue et semble revivre des émotions et des situations proches de sa réalité. C'est très émouvant. Elle chante quatre morceaux dont "By Myself", une extraordinaire séquence. Avec Dirk Bogarde. DVD Z1 US

Le Golem / Der Golem, wie er in die Welt kam (Paul Wegener, 1920) ***
Dans un ghetto juif d'Europe centrale au 16e siècle, un rabbin anime un homme d'argile pour qu'il protège son Peuple, mais la statue s'emballe. Ce film fantastique allemand qui a défini un genre (le film de créatures, on pense évidemment à Frankenstein) a des images mémorables, notamment les superbes décors expressionnistes et la puissante silhouette du Golem. Un classique du cinéma muet au rythme soutenu et au pictorialisme fascinant. BR DE (restauration admirable de Murnau Stiftung)