31 décembre 2009

Too much of a good thing...

A l'occasion de ce dernier billet de l'année 2009, voici une photo (non truquée, celle qui me l'a envoyée a bien reçu le pli) qui résumera le principe qu'il serait judicieux d'appliquer tout au long de la prochaine :

Too much of a good thing is never enough

Trop d'une bonne chose n'est jamais assez


Bonne et heureuse année 2010 à toutes et tous !

... and thanks to you Sumshee for the wonderful picture!

26 décembre 2009

Un Romain, triste et grave

"Tête d'homme, 240 ap. J.C." (Glyptothek München)

De tous les portraits romains qu'on peut voir dans la magnifique collection de la Glyptothèque de Munich, j'ai longtemps regardé celui-ci. Je ne le connaissais pas, ni d'une précédente visite, ni de sources iconographiques. Ce n'est sans doute pas le plus admirable techniquement mais je n'en ai pas vu d'autre qui soit, du moins en ce qui me concerne, d'une force émotionnelle plus grande.

En observant le visage de cet homme qui vivait donc il y a près de dix-huit siècles (selon la mention laconique du cartel), je me suis demandé ce qui avait bien pu pousser le commanditaire du portrait à immortaliser dans le marbre une expression d'aussi profonde tristesse. Est-ce un portrait que le modèle avait commandé de lui-même ? Un portrait posthume demandé dans un cadre officiel ou intime ? La commémoration d'un événement personnel ? La représentation de l'inquiétude collective en ce troisième siècle si peu serein pour l'Empire ?

En voyant ce portrait, je n'ai pas pu m'empêcher de penser au formidable La chute de l'Empire romain d'Anthony Mann, dont l'histoire aurait pu être vécue en direct par cet homme de l'Antiquité. Et je me disais qu'il aurait été à sa place dans le rôle tenu par Stephen Boyd dans le film, un rôle qui semble, lorsqu'on scrute son visage, avoir été écrit pour lui.


Aujourd'hui, le portrait est tourné vers une large fenêtre qui donne sur la cour intérieure de la Glyptothèque. L'hiver celle-ci est vide alors qu'aux beaux jours un café s'y installe. Ce Romain anonyme y regarde passer les visiteurs comme les saisons. En gardant pour lui tout le mystère de sa triste et digne expression sur son beau visage prématurément vieilli. Sa grave présence à travers les frontières et les siècles m'a vraiment touché. J'aurais presque eu envie de lui demander ce qui n'allait pas.

Affiche à l'ancienne


Quelle belle surprise de trouver à Munich, à la Sendlinger Tor, un cinéma tout droit sorti des années 50 avec une affiche peinte, comme au bon vieux temps. Je ne sais pas ce que vaut ce Zwei Ohr Küken mais l'affiche (et la salle de cinéma, avec son hall beige, son bar, ses tentures et sans aucun doute son ouvreuse) valent leur pesant de nostalgie. Le cinéma doit d'ailleurs avoir sa clientèle d'irréductibles fans, son accroche publicitaire au dessus de la porte d'entrée proclamant avec panache "Le cinéma comme autrefois dans une ambiance historique". Moi qui croyais qu'il fallait aller à Mumbai ou Bamako pour trouver ce type de réclame peinte à la main. Que nenni ! En Bavière aussi.

23 décembre 2009

Interlude

Et joyeuse fin d'année à toutes et à tous !

17 décembre 2009

Heroes of mine : Jennifer

Jennifer Jones (1919-2009)

Elle est morte aujourd'hui et je suis un peu (beaucoup) triste. Je suis loin d'être certain qu'elle ait été une bonne actrice et que sa carrière l'ait intéressée mais ce qu'elle projetait à l'écran, cette sensualité doublée d'hystérie, n'avait pas d'équivalent chez les autres. En noir et blanc ou en Technicolor, dans l'intime ou le flamboiement, on ne voyait qu'elle et que ça quand elle était en scène. Bernadette Soubirous et Emma Bovary auront à jamais son visage. So long, Jennifer...



"The song of Bernadette" (Henry King, 1943)

13 décembre 2009

Decoy (Jack Bernhard, 1946)


Des petits studios fauchés de l’âge d’or hollywoodien (le fameux « Poverty Row »), Monogram Pictures Corporation fut l’un des plus fauchés. Entre 1931 et 1952, Monogram produisit des films de série B ou Z d’environ 70 minutes qui étaient souvent projetés par deux - en « double-bill » - et en drive-in. Ces films étaient un peu l’équivalent des téléfilms policiers d’aujourd’hui : produits à la chaîne avec des acteurs de second rang et des scénarios peu regardants sur les invraisemblances. Et hautement addictifs. Ils disparurent d’ailleurs avec la concurrence et le triomphe du petit écran, dans les années 1950.

La production en série et les petits budgets n’empêchèrent pas les studios du Poverty Row de sortir régulièrement des perles noires, des films qui auraient été totalement inenvisageables dans le contexte des grands studios de l’époque. Sorti dans l’indifférence en 1946 et quasiment invisible jusqu’à sa résurrection par The American Cinematheque en 2000, l'un des titres les plus fascinants de Monogram est un film qui défie la raison : Decoy (La rapace) du tâcheron Jack Bernhard. Pour info, "Decoy" veut dire "Leurre".

Jean Gillie et Robert Armstrong complotent en prison

En 75 minutes, le scénario, adapté d’une histoire originale de Jack Rubin, présente une suite de péripéties improbables qui empruntent à la fois au mélodrame, au fantastique et, bien entendu, au film noir, dont le film pourrait être considéré comme une sorte d’archétype. Considérez plutôt.

Un homme en costume, visiblement très mal en point, quitte en titubant une station-service, est pris en auto-stop et arrive moribond à San Francisco où il entre dans un immeuble et abat une femme blonde. Elle s’affale sur un canapé et revoit les jours précédents dans un flashback. Margot Shelby a plusieurs amants dont un qui croupit en prison, dans le couloir de la mort. Il a caché dans un endroit connu de lui seul 400.000 $ que la belle aimerait bien récupérer. Comme le mode d'exécution prévu est le gaz, Margot a l’idée de séduire le médecin légiste de la prison pour le convaincre d’administrer, après la mort du condamné, une piqûre de bleu de methylène (antidote au gaz) à celui-ci afin de faire revenir le cadavre à la vie et de lui demander où est caché le magot. Le stratagème fonctionne mais des tiers s’intéressent aussi au coffre aux dollars, pour des raisons qui leur sont propres : un autre amant de Margot et un flic désabusé. En plus, évidemment, du ressuscité lui-même qui, revenu des morts, veut récupérer ses 400.000 $. Tous s'engagent dans une course au trésor où tous les coup bas sont permis alors que le médecin est terrassé par la culpabilité d'avoir trahi le serment d’Hippocrate

Trois compères en magouilles à la poursuite d'un magot enterré

Cette trame, si elle donne une idée approximative des démences du scénario, ne rend pas justice au film : Decoy s’envole dans la strastosphère de la série B par les détails outranciers qui s’accumulent sur sa courte durée et par les questions non résolues qui se posent au spectateur une fois que le film est terminé. Ces détails et ces questions donnent à Decoy son stupéfiant pouvoir de fascination, qui n’a pas manqué de frapper les spectateurs qui l’ont vu depuis sa ressortie en 2000. Le moindre des détails n’étant pas le personnage de Margot Shelby, qui est sans doute la femme fatale la plus crapuleuse et amorale de toute l’histoire du film noir, un genre qui n’en est pourtant pas avare.

Margot Shelby, donc, est celle qui raconte (en voix off) depuis son canapé d’agonie la succession d’événements qui l’ont amenée à se faire descendre par un moribond dans son appartement de San Francisco. Elle a plusieurs amants simultanément (des truands, un flic, un médecin et combien d’autres ?), elle hait la médiocrité sociale et a des envies de grandeur qu’elle pense pouvoir réaliser avec un magot déterré, elle est capable d’imaginer la logistique scientifique nécessaire à faire revenir un mort à la vie, elle sait appuyer sur le champignon de sa voiture quand il faut pour écraser un comparse envahissant et manier la gâchette pour se débarrasser d’un autre. Elle s’habille en tailleurs ajustés, porte talons hauts et chapeaux mode, et s’identifie certainement avec Rita Hayworth, avec laquelle elle a un petit air de ressemblance. Elle a une langue de vipère et se plaît à balancer au visage de ses interlocuteurs quelques mots cinglants bien choisis pour les humilier comme il faut. Et bien sûr, elle ne veut pas partager 400.000 $ avec qui que ce soit, ni ses ennemis, ni ses amants. Des grandes figures de femmes fatales du film noir, Margot Shelby est, de loin, la plus calculatrice, réussissant même à se hisser au-dessus du niveau de celles de Double Indemnity, Detour, The Killing et autres sympathiques créatures du genre.

Jean Gillie nous regarde pour la première et la dernière fois dans Decoy

Cette garce de premier ordre (ou cette « rapace » pour reprendre la version française du titre) est jouée par une actrice dont Decoy est le seul titre de gloire. Jean Gillie (1915-1949), comédienne britannique de quelques films, était aussi à l’époque du tournage l’épouse du réalisateur Jack Bernhard. Lui ayant assuré un rôle en or dans son film – dans le générique de début, son nom apparaît d’ailleurs dans un carton indépendant « Introducing Miss Jean Gillie » - Bernhard espérait sans doute lancer sa carrière hollywoodienne en commençant par ce petit film noir dont elle est l’œil du cyclone. Cela ne devait pas être puisque Jean Gillie mourut d’une pneumonie à 33 ans, trois ans seulement après avoir tourné Decoy, et n’ayant eu le temps de ne faire qu’un autre film, The Macomber Affair de Zoltan Korda (1947). Son personnage de Margot Shelby dans Decoy est donc le rôle unique grâce auquel Jean Gillie est entrée, si ce n’est au Panthéon de l’histoire du cinéma, du moins dans l’Olympe des salopes du film noir.


Film hybride ne ressemblant à aucun autre, Decoy est tour à tour un mélodrame (l’amour douloureux du médecin pour l’héroïne), un film fantastique (la scène de la résurrection du mort n’est pas sans évoquer Frankenstein) et un film noir (la quête d’un magot caché). Le budget visiblement dérisoire avec lequel il a été produit, qui apparait dans l’utilisation récurrente des mêmes décors, du statisme de la caméra et de l’emploi d’acteurs peu connus et jouant parfois de façon approximative (mais on peut remarquer, dans le rôle du condamné à mort, un Robert Armstrong prématurément usé qui ne devait pas boire que de l’eau, treize ans après son personnage du producteur dans King Kong) est compensé par la photo qui utilise avantageusement le noir et blanc et le clair-obscur et surtout par les audaces du scénario, l’un des plus imprévisibles et sadiques du cinéma des années 40.

On n’est pas près d’oublier les cris et hurlements d’orgasme de Jean Gillie quand son personnage assiste à l'exhumation du magot ("Deeper! Deeper! Faster! Faster!") et son rire hystérique quand elle met enfin la main sur le coffret tant convoité ("It's all mine! It's all mine!"). Le sexe et la cupidité ont-ils jamais été aussi symboliquement unis que dans ce film ? Et Decoy se termine sur une des fins les plus cyniques de toute l’histoire du cinéma hollywoodien, une fin qui est un sommet de dérision et de cruauté.

Du statut d’œuvre mineure et oubliée, Decoy est passé, en l’espace de dix ans, à celui de film-culte. Et comme on le comprend : son inoubliable actrice d’un rôle, sa force camp peu commune, son outrancière insolence et ses approximations répétées font du film l’un des chefs-d’oeuvre du Poverty Row, c’est-à-dire du Paradis des films à la fois obscurs et étincelants. Si vous ne le connaissez pas, je vous conseille d'y remédier.

La tagline de l'affiche bleue vaut son pesant de vers de mirliton :
"She treats men the way they've been treating women for years!"
(Elle traite les hommes comme ils ont traité les femmes depuis des années!)


Invisible pendant des décennies, Decoy est paru en DVD dans le formidable coffret "Film Noir Classic Collection, volume 4" édité en Z1 chez Warner en 2007. Le coffret présente 10 excellents films noirs des années 40 et 50 bénéficiant tous de très bons transferts et – cerise sur le gâteau – de sous-titres français optionnels. Le coffret est disponible pour très peu cher sur les sites marchands Internet : d’un rapport qualité-prix exceptionnel, il faudrait être irresponsable pour s’en priver si on aime (et comment ne pas aimer ?) le genre incomparable du film noir.

6 décembre 2009

Krazy Karaoke : He's the greatest dancer (Sister Sledge, 1979)

Rien ne vaut une chanson à texte (mais qui reste gaie et rythmée) pour se mettre de bonne humeur le matin avant d'aller étudier, travailler, zoner ou collecter ses allocs.

Bonne chanson et bonne journée !

"He's the greatest dancer" par Sister Sledge
(Bernard Edwards, Nile Rodgers)


Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
He's the greatest dancer C'est le meilleur danseur
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
That I've ever seen Que j'ai jamais vu
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
He's the greatest dancer C'est le meilleur danseur
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !

One night in a disco Un soir dans une boîte
On the outskirts of Frisco Des alentours de Frisco (San Francisco)
I was cruising with my favourite gang Je traînais avec ma bande habituelle
The place was so boring L'endroit était tellement nase
Filled with out-of-towners touring Bourré des ploucs en goguette
I knew that it wasn't my thing Je savais que c'était pas mon truc
I really wasn't caring J'attendais que ça passe
But I felt my eyes staring Quand mes yeux ont été attirés
At a guy who stood out in the crowd Par un type qui sortait du lot
He had the kind of body Il avait le genre de corps
That would shame Adonis Qui aurait ridiculisé Adonis
And a face that would make any man cry Et une gueule à foutre la honte à tous les autres mecs

Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
He's the greatest dancer C'est le meilleur danseur
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
That I've ever seen Que j'ai jamais vu
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
He's the greatest dancer C'est le meilleur danseur
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !

The champion of dance C'est un as de la danse
His moves would put you in a trance Ses mouvements vous mettent en transe
And he never leaves the disco alone Et il est tout le temps sur la piste
Arrogance but not conceit Plein d'arrogance mais pas de mépris
As a man he's complete C'est le mec parfait
My crème de la crème Ma cream of the cream
Please take me home Vazy, ramène-moi à la maison
He wears the finest clothes Il porte les fringues les plus classe
The best designers, heaven knows Les meilleurs marques, c'est pas vrai
Ooh, from his head down to his toes Ooh, de la tête aux pieds
Halston, Gucci, Fiorucci Halston, Gucci, Fiorucci
He looks like a still Il ressemble à un top
That man is dressed to kill Ce mec est sapé à mort

Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
He's the greatest dancer C'est le meilleur danseur
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
That I've ever seen Que j'ai jamais vu
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
He's the greatest dancer C'est le meilleur danseur
Oh ! what ! wow ! Oh ! punaise ! whaou !
That I've ever seen Que j'ai jamais vu

5 décembre 2009

Heroes of mine : Steve




Steve Reeves (1926-2000)

Parce que quatre Steve Reeves valent mieux qu'un...

4 décembre 2009

Films vus par moi(s), décembre 2009


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

That man : Peter Berlin (Jim Tushinsky, 2005) **
O
utrancièrement narcissique, Peter Berlin (né en 1942) fit de sa personne hypersexualisée une icône gay des années 1970-1980. Qu'en reste-t-il ? Un distant souvenir et ce documentaire bien foutu sur son époque. DVD

The old maid / La vieille fille (Edmund Goulding, 1939) **
Un vrai film de tantes. Ce women's picture réalisé avec luxe et sans panache par le médiocre Goulding est porté par Davis et Hopkins qui ne font qu'une bouchée de leurs rôles de mères-cousines contrariées. DVD

Les plages d'Agnès (Agnès Varda, 2008) ***
Varda revisite sa vie et sa carrière, ses vivants et ses morts à sa manière si malicieuse, si poétique, si personnelle, si franche et si élégiaque à la fois. Une réussite de plus pour cette réalisatrice indispensable. DVD

Star Trek (J.J. Abrams, 2009) *
Ne connaissant pas du tout l'univers Star Trek, je n'ai pas été passionné par l'histoire anodine racontée mais les scènes d'action et les effets spéciaux m'ont bien plu. Enfin, rien de nouveau sous les planètes. DVD

The song of Bernadette / Le chant de Bernadette (Henry King, 1943) ***
Mon hommage à Jennifer Jones. J'adore ce film qui raconte avec intelligence et retenue le destin de la sainte de Lourdes. Avec des scènes inoubliables : les apparitions, la source, l'entrevue avec la religieuse. DVD

Avatar (James Cameron, 2009) ***
Un émerveillement visuel. J'y suis allé par curiosité, pensant découvrir une sorte de jeu vidéo. J'ai été transporté par la vision lyrique de cet univers inconnu et ému, à ma surprise, par une belle histoire d'amour. Ciné 3D

Goya's ghosts / Les fantômes de Goya (Milos Forman, 2006) 0
Skarsgard, Bardem, Portman... (sur)jouent chacun dans leur coin et Forman est incapable de lier les éléments de son film historique, qui plonge plus d'une fois dans le ridicule. Mauvais comme tout. DVD

Mad men (AMC, 2007-actuel) ***
Une série TV qui décortique la société américaine des années 1960 à travers les parcours de quelques jeunes publicitaires new-yorkais. La reconstitution d'époque est impeccable et le point de vue dévastateur. DVD

The sound of music / La mélodie du bonheur (Robert Wise, 1965) ***
L'histoire, la musique, les chansons, les interprètes, la photo et la mise en scène : comment ne pas aimer un film qui conjugue autant d'avantages avec autant de grâce ? Même revu dix fois, c'est toujours aussi bien. DVD

Decoy / La rapace (Jack Bernhard, 1946) ***
Gillie est la femme fatale définitive dans ce petit film noir fauché qui ose tous les excès, jusqu'à la résurrection des morts. Un diamant noir du genre, brut et brutal. Son statut de film-culte est amplement justifié. DVD

Watchmen (Zack Snyder, 2009) 0
Une bande de superhéros vieillissants et névrosés : une idée intrigante ruinée par trop d'emphase et de ringardise en seconde partie. Un film qui, comme le supplice du pal, commence très bien et termine très mal. DVD

Another time, another place / Je pleure mon amour (Lewis Allen, 1958) **
Un mélo sur le deuil où la maîtresse d'un mort vient s'installer chez la veuve sans lui dire qui elle est. Turner est la veuve et le jeune Connery apparaît au début, avant d'être le mort. Splendidement absurde. DVD

The big parade / La grande parade (King Vidor, 1925) ***
La première heure penche vers la comédie et fait contrepoint avec la seconde, une vision infernale de la Grande Guerre. La mise en scène de Vidor, le jeu de Gilbert et d'Adorée sont d'une belle modernité. DVD

Dr. Jekyll and Sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971) **
Une intéressante déviation du roman de Stevenson qui s'attaque au thème du transsexualisme et réserve des beaux moments de camp, volontaires ou non, comme les scènes où apparaît un acteur sosie de Sarkozy. DVD

Pursued / La vallée de la peur (Raoul Walsh, 1947) ***
Mitchum (pas un de mes acteurs préférés) est magnifique d'assurance fragile dans ce film noir psychanalytique déguisé en western. L'amour, la haine et l'Ombre s'y déchaînent sous l'œil terrible d'Anderson. DVD

1 décembre 2009

Marilyn inédite

Je suis toujours un peu ému de découvrir des images inédites de Marilyn Monroe.

Un petit film amateur inédit - très court et muet - récemment vendu à un collectionneur américain montre Marilyn fumant une clope lors d'une party anonyme entre friends. Le film doit dater de 1955, Marilyn ressemblant beaucoup sur ces images aux photos que Feingersh fit d'elle à New-York en mars de cette année-là. C'était il y a presque 55 ans et l'actrice avait 28 ans.

Ce qui me touche dans ces brèves images, ce n'est pas le fait que Marilyn y fume un joint (comme les médias aiment à le répéter en en faisant des gros titres accrocheurs et effarouchés : "Marilyn smokes pot!"). Il s'agit d'ailleurs sans doute d'une simple cigarette de confort social, Marilyn n'ayant jamais été une fumeuse, ni de tabac, ni de marijuana. Elle connaissait bien des addictions, mais pas celle-là. Et puis, on s'en fout.

Non, ce qui me touche dans ces images c'est que Marilyn Monroe, la femme américaine blanche-blonde par excellence, y partage un canapé, épaule contre épaule, avec une femme de toute évidence noire, une "black-american woman", sans inconfort aucun, totalement libre et naturelle. Dans cette Amérique du milieu des années 50, la ségrégation raciale, si elle est déjà en voie de disparition sur la côte Est, est encore bien vivante plus au Sud et surtout, elle reste une scarification sociale dans les mentalités de tous. L'humaine simplicité de Marilyn, au contraire de ce que veulent nous faire croire les commentateurs actuels, n'est pas dans son utilisation désinvolte d'un joint (scandale !) mais bien dans son contact physique assumé avec une femme de couleur.

C'est la Marilyn que j'aime, cette jeune femme aux idées non formatées et qui se jouait bien souvent des convenances en faisant ce qui lui plaisait... parce que c'était comme ça.

L'Antiquité au cinéma (Hervé Dumont, 2009)

Russell Crowe en Gladiator sur la couverture : une concession au goût du jour.
Claudette Colbert en Cleopatra eut sans doute été moins accrocheuse.


Pour celles et ceux qui aiment à la fois le cinéma et l’histoire, je ne peux que conseiller l’acquisition, promesse de nombreuses heures de lecture passionnante, du récent et magistral ouvrage de Bruno Dumont sur la représentation de L’Antiquité au cinéma.

Avec le sérieux qui est le sien (son livre sur Frank Borzage, entre autres, reste un modèle du genre), l’historien du cinéma, Directeur de la Cinémathèque Suisse de 1996 à 2008, passe en revue plus d’un siècle de films dont l’action se situe de la Préhistoire à l’aube du Moyen-Age, principalement en Occident.

En 690 pages denses et splendidement illustrées de photos et d’affiches de films, Dumont a compilé une encyclopédie qui, si elle n’est pas exhaustive (comment recenser tous les films jamais réalisés liés au sujet ?), reste une somme impressionnante : la quatrième de couverture du livre annonce 2.200 films cités et commentés, produits entre 1896 et 2008.


Sous-titré « Vérités, légendes et manipulations », L’Antiquité au cinéma prend soin, pour la plupart des films qu’il cite, de raconter brièvement son histoire puis de donner quelques informations sur sa réalisation et sur les vérités ou les libertés qu’il prend avec les faits historiques aujourd’hui acceptés par les historiens. Certains films - généralement obscurs et de moindre importance - sont juste mentionnés, d’autres au contraire sont étudiés dans un luxe de détails qui montre les recherches exigeantes que le livre a de toute évidence demandées (Dumont dit avoir commencé le travail de documentation il y a trente ans). Quelques téléfilms, séries TV, opéras ou pièces de théâtre complètent ce panorama très complet sur le sujet.

Des courtes notices, fort utiles, parsèment les pages afin de nous remettre en mémoire les périodes, les événements ou les personnages historiques et de replacer les films dans le contexte historique des époques qu’ils couvrent. L’iconographie très riche, en noir et blanc et couleur (les reproductions sont splendides), permet de retrouver certaines images bien connues et surtout de découvrir d’innombrables raretés.

Le livre est composé chronologiquement, en sept sections reprenant l’ordre des époques historiques étudiées :

- La Préhistoire (21 pages)
- Les Hébreux (70 pages)
- L’Egypte des Pharaons (24 pages)
- Mésopotamie et Asie mineure (38 pages)
- La Grèce : la Grèce mythologique, le cycle de Troie, la Grèce historique (126 pages)
- Rome : Monarchie et République, Empire, Antiquité tardive (366 pages), c'est le gros morceau
- Royaumes mythiques imaginaires (17 pages)

+ Préface de Jean Tulard (1 page), Introduction (16 pages), Remerciements, Bibliographie sélective, Index des films et des thématiques.

Atia of the Julii dans Rome (HBO, 2005-2007)

L’Antiquité au cinéma n’est bien sûr pas le genre de livre qu’on lit de la première à la dernière page (encore que j’en connais qui…) mais qu’on prend plaisir à consulter régulièrement, en voyageant d’un siècle à l’autre selon ses intérêts et son humeur. C'est en revanche le premier livre francophone sérieux et complet sur le sujet, ce qui n'est pas rien. Et ce qui est certain, c’est qu’il donne sacrément envie de reprendre un bain de péplum. C'est un ouvrage magistral, assurément. Et une super idée de cadeau de Noël pour un(e) cinéphile.

Hervé Dumont, après ce livre consacré à L'Antiquité au cinéma, poursuit maintenant son projet titanesque avec trois ouvrages à l'écriture (les très longues recherches documentaires ayant d'abord été menées conjointement pour l'ensemble du cycle) : l'un consacré au Moyen-Age et à la Renaissance, le deuxième à l'Absolutisme et le troisième au XIXe siècle. Voilà qui nous promet de formidables lectures sur l'histoire au cinéma, donc sur le Cinéma tout court.

L'Antiquité au cinéma.
Coédition Nouveau Monde (Paris), Cinémathèque Suisse (Lausanne). Octobre 2009.
49 € (prix de vitrine) ce qui est très acceptable pour la somme indispensable que le livre représente. Et on peut le trouver à moins sur le Net.

Hervé Dumont (n. 1943) entre les deux derniers volumes
de son invraisemblable "Histoire du cinéma suisse"

28 novembre 2009

Julianne Glamour


Julianne Moore n'a pas sa pareille pour porter dans les films le costume de l'upper-middle class des Fifties ou des Sixties. Cette photo (dont je n'arrive pas à retrouver le nom du photographe), montre qu'elle est aussi parfaite en créature des Forties. Le glamour n'a donc pas tout-à-fait disparu... retranché qu'il s'est dans l'univers morbide et glacé des magazines de mode.

23 novembre 2009

My Best of : Films-catastrophe

A l'occasion de la sortie universelle et de ma délectation individuelle pour 2012, voici dans l’ordre alphabétique une liste subjective de mes 10 (et quelques) films-catastrophe préférés. Si le film-catastrophe est par définition un film de distraction (« entertainment movie » ou « popcorn movie »), quelques-uns de ses chefs-d’oeuvre, comme on le voit ci-dessous, repoussent ce qualificatif jusqu’à son opposé extrême (« depression movie ») et peuvent vous foutre le bourdon pour des jours. Moi, j’aime les uns comme les autres…


The day after tomorrow / Le jour d’après (Roland Emmerich, 2004)
Le changement climatique y plonge la Terre (et New-York) dans un chaos indescriptible mais très cinématographique. Le message écologique donne au film un petit supplément de responsabilité qui n’est pas commun dans les films-catastrophe hollywoodiens mais ce n’est bien sûr pas pour ça qu’on a vu le film : c’est pour le savoir-faire d’Emmerich dans la composition de scènes de désastres naturels, qui reste inégalé (sauf par lui-même dans 2012). De la banquise qui se fissure au gel subit de la planète, en passant par le raz-de-marée sur Manhattan, les tableaux grandioses se succèdent avec enthousiasme. Et si les clichés scénaristiques sur la famille, les élus et les damnés abondent, c’est dans la nature-même du genre. On regrettera quand même quelques loups en CGI vraiment trop voyants, mais c'est chipoter.


The day the Earth caught fire / Le jour où la Terre prit feu (Val Guest, 1961)
Un excellent film britannique en noir et blanc avec un scénario assez original : à la suite d’une série d’explosions nucléaires, la Terre se rapproche du Soleil, chauffe et menace de se consumer. Avec une économie de moyens qui bénéficie au réalisateur, obligé de se concentrer sur le drame humain vécu par quelques personnages (notamment un journaliste qui couvre la catastrophe pour un journal londonien), le film possède une tournure documentaire qui continue à impressionner aujourd’hui. Les vues des rues et des parcs de Londres, devenus fournaises, se vidant peu à peu de la population font – paradoxalement - froid dans le dos. Une grande réussite du film-catastrophe (sur le mode sérieux), malheureusement trop méconnu, et qui rappelle évidemment les inquiétudes des années 1960 concernant la prolifération nucléaire.



A night to remember / Atlantique, latitude 41 (Roy Ward Baker, 1958) &
Titanic (James Cameron, 1997)
Film de tous les superlatifs, Titanic de Cameron, malgré ses nombreux défauts et mièvreries, reste un exaltant moment de cinéma-catastrophe (et d’effets spéciaux) dès lors que le paquebot approche de l’iceberg. Mais c’est A night to remember, que Cameron a pillé sans scrupule, qui demeure le meilleur film jamais réalisé sur le Titanic. Tourné dans un noir et blanc qui lui assure son aspect documentaire et écrit avec l’assistance de Walter Lord, l’historien spécialiste de la tragédie, ce film britannique raconte sans négliger aucun détail l’avant, le pendant et l’après du naufrage. Baker met en scène avec beaucoup de subtilité le drame individuel et collectif des passagers tout en offrant des images saisissantes et élégiaques de l’intérieur du navire qui coule. C’est l’un de mes films préférés, tous genres confondus.


The Poseidon adventure / L'Aventure du Poséidon (Ronald Neame, 1972) &
Poseidon (Wolfgang Petersen, 2006)
L’aventure du Poséidon a donné au film-catastrophe ses lettres de noblesse en 1972 (après Airport, qui était plus un mélodrame) et reste encore, près que quarante ans plus tard, l’un des meilleurs. Le suspense de l’histoire, les effets spéciaux mécaniques, les décors saisissants du paquebot retourné et les acteurs chevronnés qui réussissent à apporter une émouvante épaisseur à leurs personnages stéréotypés permettent au film d’atteindre un équilibre entre frisson et émotion que le genre semble aujourd’hui avoir perdu. Enfant, l’affiche du film a longtemps orné un mur de ma chambre : c’est aussi peut-être pour cela qu’il me tient particulièrement à cœur. En 2006, le remake de Petersen, sans égaler l’original, a privilégié l’action pure et a rempli sa mission avec panache, malgré les critiques assassines qui l’ont accueilli.


On the beach / Le dernier rivage (Stanley Kramer, 1959)
Comme d’habitude chez Kramer, le meilleur côtoie le pire dans ce film d’un rare pessimisme où quelques personnages attendent l’arrivée d’un nuage radioactif mortel sur l’Australie. Le meilleur, c’est la science du cadre large et du noir et blanc. Le pire, c’est la lourdeur démonstrative et de jeu de certains acteurs (Astaire, Perkins). Mais le sentiment désespéré qui imprègne tout le film reste impressionnant après un-demi siècle et certains moments sont de splendides moments de mise en scène : la marche d’Ava Gardner sur le quai devant les marins, l’arrivée du sous-marin dans le port presque désert de San Francisco, la recherche de l’émetteur du signal morse, le dernier profil d'Ava Gardner (à mon avis, elle n'a jamais été plus belle que dans ce film), les toutes dernières images. Et l’utilisation du magnifique "Waltzing Matilda" comme illustration musicale provoque, à chacun de ses passages, un réel pincement au cœur.


San Francisco (W.S. Van Dyke, 1936)
Seule la dernière demi-heure appartient proprement au genre du film-catastrophe, mais quelle demi-heure ! Le tremblement de terre et l’incendie de San Francisco (1906) sont reconstitués de façon très spectaculaire sur les immenses plateaux de la MGM et exaltés par une formidable science du montage, évidemment influencée par le cinéma soviétique. Les trois premiers quarts du film mêlent mélodrame, musical et opéra (quel panachage !) mais contiennent une tension palpable due au fait que le spectateur qui découvre le film attend les premières secousses sans savoir quand elles vont arriver. Certains détestent l’outrance lyrico-mystique de la dernière séquence mais je trouve pour ma part qu’elle obéit bien à la loi du film-catastrophe et de l’époque et qu’elle conclut parfaitement ce film étonnamment hybride, l’une des premières grandes réussites du genre.


Testament / Le dernier testament (Lynne Littman, 1984)
Ce film est sans doute le plus sombre et déprimant jamais réalisé dans ce sous-genre du film-catastrophe : le film d’extinction. C’est ce qui doit expliquer la négligence avec lequel il est traité dans les papiers sur le sujet et l’oubli public dans lequel il est tombé. Réalisé par une femme (c’est important : le ton a une sensibilité toute féminine), il raconte sans aucun recours aux effets spéciaux les conséquences d’une attaque nucléaire distante sur une famille d’une banlieue bourgeoise californienne. Le père, parti travailler en ville le matin, est sans doute mort le premier. A la suite des retombées radioactives, ses enfants puis sa femme (bouleversante Jane Alexander) s’éteignent les uns après les autres, dans leur décor quotidien inchangé. Un film désespéré et inoubliable qui choisit d’analyser la désintégration psychologique et physique d’une famille confrontée à sa disparition certaine.


The towering inferno / La tour infernale (John Guillermin, 1974)
Avec L’Aventure du Poséidon, le second pilier historique du genre. Je me rappelle l’avoir vu sur très grand écran au cinéma, lors d’une ressortie d’été, et d’avoir physiquement ressenti des vagues de chaleur ! C’est à mon avis (malgré mon attachement pour le Poséidon), le modèle insurpassable du film-catastrophe pré-CGI, avec son scénario codifié et efficace, son casting royal, ses décors rutilants puis ravagés et ses effets spéciaux à la fois artisanaux et démesurés. Personne ayant vu le film n’a pu oublier la scène des amants pris au piège des flammes, de l’ascenseur extérieur ou du sauvetage en nacelle entre les deux tours. Je crois même me souvenir que le film avait provoqué à sa sortie l’introduction de modifications dans les règles de sécurité sur les bâtiments de grande hauteur. Son titre lui-même est entré dans la mémoire collective et le prononcer réussit toujours à provoquer un délicieux petit frisson.


United 93 (Paul Greengrass, 2006)
Je classe ce film dans le genre du film-catastrophe même si il y est bien trop à l’étroit. L’éprouvant réalisme du film, dû à l’intelligence du scénario, à la justesse des acteurs et à la maîtrise de la réalisation, dépasse de loin les normes du genre auquel il est pourtant rattaché par de nombreux points : microcosme en péril, univers clos, tension croissante. Le film s’arrête au moment précis de l’impact au sol de l’avion détourné, nous laissant avec nos images mentales des images réelles et obsédantes du 11 septembre. Un film cathartique et passionnel qui est aussi une expérience sensorielle insupportable pour beaucoup. Si United 93 est bien du cinéma, les terribles images du 11 septembre ne sont-elles pas les images définitives (au moins jusqu’à aujourd’hui) du plus grand film-catastrophe qu’on puisse imaginer ?



When the wind blows (Jimmy Murakami, 1986)
J’ai récemment découvert ce bouleversant long-métrage d’animation britannique qu’on peut rapprocher de Testament, cité plus haut. Ici aussi, des anonymes subissent les effets des retombées d’une attaque nucléaire. C’est un couple de petits retraités dans la campagne anglaise. Ils se préparent à des moments difficiles en suivant à la lettre les instructions que leur donne la BBC. Puis l’électricité est coupée, l’isolement devient total, ils tombent malades et meurent. La transition progressive entre la combativité au début, leur incompréhension au milieu et leur résignation à la fin rythme les trois sections du film. La catastrophe, lointaine, est seulement suggérée, mais ses effets sur ces deux charmants petits vieux lui donne une résonance universelle. Un film qui commence avec pas mal d'humour pour finir dans une infinie tristesse.



When worlds collide / Le choc des mondes (Rudolph Maté, 1951) &
2012 (Roland Emmerich, 2009)
Produit par le génial George Pal, Le choc des mondes m’impressionna dans mon enfance quand je l’ai découvert à la télé, au point d'aller parfois scruter le ciel d’été pour essayer d'apercevoir Bellus et Zira s’approchant de la Terre. Sa naïveté me fait aujourd’hui sourire mais j’ai gardé une grande tendresse pour lui. Son remake inavoué, le superlatif 2012 d’Emmerich (encore lui) pousse le film-catastrophe vers des outrances jamais vues jusqu'ici. Les effets spéciaux digitaux actuels permettent tous les excès, péché mignon du réalisateur. De la Californie détachée qui plonge en cinq minutes dans le Pacifique à l’Himalaya balayé par un tsunami, tout est désormais possible et montré, pour notre plus grand plaisir. Peu importe l’idiotie de l’ensemble, on s’accroche au fauteuil pendant 2h40... et on en redemande. Les américains ont inventé un nouveau qualificatif spécialement pour le film : « Disaster Porn ». De la sensation pure sans aucune émotion : on est loin du Poséidon et c’est assez bien vu.

11 novembre 2009

7 novembre 2009

Krazy Karaoke : L'Arche de Noé (Sheila... et Cie, 1977)

Rien ne vaut une chanson à texte (mais qui reste gaie et rythmée) pour se mettre de bonne humeur le matin avant d'aller étudier, travailler, zoner ou collecter ses allocs.

Bonne chanson et bonne journée !

"L'Arche de Noé" par Sheila... et Cie
(S. Jurgens, B. Zambrini / adapt : C. Carrère, J. Schmitt)



C’est incroyable !
Chaque fois que nous partons en vacances
On prend toujours trop d’affaires
Mais cette fois ci pas question !
Même si mes enfants me disent

Les animaux n’ont pas de chemise
Pas de robe, pas de valise
Ils nous ont vus faire nos bagages
Ils voudraient être du voyage
Qu’est-ce qu’on fait ?

On va décider

La chouette et ses lunettes quel regard elle a
On la prend dis Maman ?
Le lièvre aux grandes oreilles gambade déjà
On le prend dis Maman ?
Le canari qui s’est blessé on ne peut pas le laisser
Prend le si tu veux
On le prend dis Maman ?
Il guérira mieux

Et ton petit chien Framboise frétille déjà
On le prend dis Maman ?
L’agneau plein de bouclettes qui dort près de toi
Prend le prend le Maman
Et sur la route on va penser c’est l’Arche de Noé !
Enfin ça ira
La plus belle c’est Maman !
On se serrera

On trouve toujours de la place pour ceux qu’on aime
Et si en chemin tombe la pluie
Ce sera comme au Déluge aussi

Le chat et la souris blanche qui ne se quittent pas
On les prend dis Maman ?
Et le canard sauvage qui le nourrira ?
On le prend dis Maman ?
Et sur la route on va penser c’est l’Arche de Noé !
Enfin ça ira
La plus belle c’est Maman !
On se serrera

La la la la la la la la la la la la
La plus belle c’est Maman !
La la la la la la la la la la la la
La plus belle c’est Maman !
Et sur la route on va penser c’est l’Arche de Noé !
Enfin ça ira
La plus belle c’est maman !
Va chercher ton Papa

La la la la la la la la la la la la
La plus belle c’est Maman !

6 novembre 2009

Photostories : Some like it cool (1958)

Cette rare photographie de plateau de Some like it hot donne une petite idée de l'ambiance qui pouvait parfois régner sur le tournage du chef-d'œuvre de Billy Wilder.

Nous sommes en 1958 et l'équipe du film s'attaque à la scène qui en deviendra la plus commentée : celle de la séduction sur le bateau d'emprunt. Tony Curtis a passé les décennies qui ont suivi le tournage à raconter les innombrables reprises que la scène nécessita, les dizaines cuisses de poulet qu'il dut ingurgiter et le calvaire qu'était d'embrasser Marilyn Monroe ("Kissing Marilyn was like kissing Hitler"). Dans son récent livre "The making of Some like it hot", il revient sur sa déclaration, niant l'avoir jamais dite et révèle en outre une longue liaison avec la star et peut-être, la paternité de l'enfant qu'elle portait lors du tournage. Ces révélations tardives sont de toute évidence le fruit de l'imagination débridée d'un vieux fanfaron un peu gâteux et prêtent plutôt à sourire qu'à s'étonner.


Dans la photo, Tony est à l'arrière-plan, assis bien droit sur le canapé. Il semble perdu dans ses pensées, lunettes à la main, en train de respirer un bon coup : "Keep cool, Tony, breathe!". Marilyn, elle, est raide allongée sur le pouf, les yeux clos, la bouche entrouverte et les mains sur les seins. En pleine crise d'hyperventilation. Il viennent de passer une demi-journée à tourner la scène du baiser mais rien ne va. Les pleurs succèdent aux nerfs et il faut continuer, encore et encore. Une pause et hop, on repart jusqu'à la prochaine interruption accordée par le réalisateur. En regardant bien la photo, vous remarquerez d'ailleurs Billy, de dos, dans l'angle au fond de la pièce, comme au piquet puni. Mais c'est surtout le technicien à droite qui m'impressionne. Clope au bec, il traverse l'image de droite à gauche, en me regardant d'un air mauvais, prêt à me foutre son poing gauche fermé sur la gueule parce que j'aime tellement Some like it hot, ce film que j'ai vu je ne sais combien de fois alors que pour lui aussi, il est un vrai cauchemar.

J'ai découvert cette photo sur l'excellent blog Crazy for You qui déniche pour vous des images rares et des informations toujours intéressantes sur Marilyn, Madonna et quelques autres passions de sa sympathique rédactrice.

4 novembre 2009

Les dimanches de Ville d'Avray (Serge Bourguignon, 1962)


En 1963, un obscur film français remporta à la surprise générale l’Oscar du Meilleur Film Etranger. Et depuis près d’un demi-siècle, prononcez devant n’importe quel américain sincèrement cinéphile à l'occasion d'une conversation sur le cinéma les trois mots « Sundays - and - Cybele » et vous verrez sans doute son visage s’illuminer et un léger sourire s’y esquisser. L’américain aura compris qu’il a en face de lui un fin connaisseur des films qui ont fait, de tous temps, la réputation du cinéma français à l’international, ce mélange bien identifiable d’intimisme et de provocation, de tendresse et d’audace et que le vrai dialogue peut commencer. Sundays and Cybele est un mythe aux USA, un souvenir presque effacé en France.

Car Sundays and Cybele, qui a comme titre original le lugubre mais évocateur Les Dimanches de Ville d’Avray, est un film qui a depuis bien longtemps disparu du radar des cinéphiles français eux-mêmes. Il est passé, il y a quelque temps déjà, mais bien discrètement, sur Canal+ et à La Cinémathèque Française. Il ne passera sans doute jamais plus sur les chaînes hertziennes et restera condamné (mais est-ce une condamnation ou une bénédiction ?) à flotter dans les limbes du cinéma. Je l’ai découvert il y a peu, à l’occasion de sa sortie dans une édition DVD allemande et l’ayant regardé sans aucun à priori ni attente, je dois dire que la surprise a été très bonne.

En 1962, Pierre, trentenaire, est un vétéran amnésique d’une guerre non nommée en Extrême-Orient (Vietnam ?), ancien pilote qui avait tué par accident, en s’écrasant avec son avion, une petite fille asiatique dans un village isolé. Il vit maintenant à Ville d’Avray avec son amie, une infirmière qui s’était occupée de lui à son retour d’Asie. De passage à la gare SNCF, il croise le regard d’une petite fille de 12 ans qui est conduite par son père dans un pensionnat catholique. Il décide de les suivre et remarque que le père maltraite l’enfant à laquelle il n’est apparemment pas très attaché et dont il souhaite se débarrasser au plus vite. Les pleurs de la fillette bouleversent Pierre qui revient plusieurs fois devant le portail du pensionnat en espérant la revoir. Il la revoit, réussit à attirer son attention et à gagner sa confiance à travers les grilles et, par un pieux mensonge, à se faire passer pour son père aux yeux des bonnes sœurs. Il obtient d’elles de venir chercher la fillette, Françoise (qui préfère se faire appeler Cybèle), chaque dimanche et de passer avec elle la journée hors de l’établissement, au parc, à la fête foraine, dans les rues de Ville d’Avray. Pierre et Cybèle se lient l’un à l’autre d’un attachement dont l’ambiguïté n’est pas sans poser problème à l’amie de Pierre, à ses quelques amis et bientôt, à l’entourage et au voisinage tout entier. Alors que Noël approche, la police s'en mêle et le scandale éclate…


De cette trame sulfureuse, adaptée d’un roman éponyme de Bernard Echassériaux, le réalisateur Serge Bourguignon (né en 1928), dont ce film est le principal titre de gloire, a tiré un long-métrage atmosphérique qui ne ressemble à rien de connu (à ma connaissance) à l’époque où il a été réalisé. Bénéficiant d’un scénario qui fait la part belle à l’évocation plutôt qu’à la démonstration, d’une splendide photographie en noir et blanc d’Henri Decae, d’un beau score relativement discret de Maurice Jarre, de l'utilisation de vieilles chansons françaises ("Aux marches du palais"), du format Cinémascope et de la présence d’acteurs tout en retenue, Les Dimanches de Ville d’Avray évite avec panache les pièges du sensationnalisme et du moralisme.

Cela n’empêche cependant pas le film de continuer à étonner et à déranger, près de cinquante ans après sa réalisation. Parce que c’est bien de pédophilie dont le film parle, sans, évidemment, jamais en prononcer le mot ni en montrer la chose. Il touche le sujet de très loin tout en l'évoquant de très près. Les deux personnages principaux, Pierre et Cybèle, sont chacun à leur façon, deux exclus qui se trouvent sans s’être cherchés. Pierre, psychologiquement et émotionnellement instable (depuis son accident oriental ?), a régressé au stade de l’adolescence, des pulsions difficilement contrôlables et de l’inconfort social. Cybèle ("si belle" ?), petite fille précoce qui est toujours plongée dans les livres et a ses opinions définitives sur tous les sujets, a été sevrée d’amour parental trop tôt (sa mère est morte, son père l'a abandonnée) et a compensé son statut d’orpheline solitaire en ayant développé des capacités intellectuelles et une indépendance peu communes à son âge. Lorsque leurs trajectoires se croisent, Pierre et Cybèle se reconnaissent l’un en l’autre, dans leur détresse affective et leur isolement social. Leur grande différence d’âge - il a 35 ans, elle en a 12 - ne leur pose aucun problème car elle n’a pour eux aucune implication. Pour les tiers (et pour le spectateur), c’est évidement une toute autre histoire…

Pierre (Hardy Krüger) et Madeleine (Nicole Courcel)

Autour de Pierre et de Cybèle gravitent quelques personnages bien écrits, dont deux notamment sont remarquables. D’abord, l’amie de Pierre, Madeleine (formidable Nicole Courcel, comme toujours), qui essaye de comprendre avec toute la tendresse et l’amour qu’elle a pour Pierre son attachement à la petite fille et qui le regarde petit à petit s’éloigner d’elle. Ensuite Carlos (excellent Daniel Ivernel, comme toujours), l’ami et le confident de Pierre, un sculpteur qui lui aussi, essaye d’accepter l’étrange relation qui s’est tisée entre son ami et la gamine. Madeleine et Carlos, le moment venu, défendront Pierre contre la rumeur et les attaques, au risque de leur propre réputation. Tout le talent du scénario (par Pierre Bourguignon et Antoine Tudal) est de placer le spectateur dans la position de Madeleine et de Carlos et non pas dans celle de Cybèle et de Pierre, ce qui aurait considérablement nui au film en manipulant l’émotion de façon trop extrême. La distance nécessaire pour ne pas faire sombrer le film dans le racolage mélodramatique vient de ce point de vue extérieur à celui des deux personnages principaux du film. La naissance et l’évolution de la relation entre l’adulte et de la fillette nous sont présentées sans jugement social ou moral : comme Madeleine et Carlos, nous devons regarder et tenter de comprendre avant d’accepter de reconnaître notre incapacité à le faire.


Cybèle (Patricia Gozzi)

Dans le rôle difficile de Pierre, Hardy Krüger semble parfois assez mal à l’aise, ou plutôt maladroit, mais cela renforce pour le meilleur les failles et les tensions du personnage qu’il interprète. Cybèle, quant à elle, est jouée par la jeune Patricia Gozzi. Au début du film, le ton sentencieux avec lequel elle s’exprime et l’artificialité de certains de ses propos m’ont gêné et ont failli me faire sortir de l’histoire plus d’une fois. C'est son personnage. Au fur et à mesure de la progression du film, elle s’adoucit et devient plus naturelle : dans les dernières scènes du film, l'actrice joue la petite fille de 12 ans qu’elle a toujours été malgré les apparences de sa maturité intellectuelle. La relation d’amitié amoureuse qui lie les deux personnages est crédible et touchante, les deux acteurs réussissant à faire passer l’émotion et la détresse que leur situation individuelle et commune implique.

Les Dimanches de Ville d’Avray fait la part belle aux scènes intimistes et silencieuses, comme les promenades au bord des étangs de Ville d’Avray, dans le froid des dimanches d’hiver. Ou comme les scènes entre Pierre et Madeleine chez eux, dans la proximité de leurs corps et l'éloignement de leurs âmes. L’une des plus belles scènes du film est la rencontre de Pierre et de Cybèle avec un groupe d’enfants dans le parc du bord de l’eau. Sans effet démonstratif mais tout en nuance, Bourguignon nous y montre que Cybèle appartient au monde de l’enfance et que Pierre en est sorti depuis longtemps, et que malgré leur proximité affective, leurs univers sont irrémédiablement disjoints.


La relation pédophile évoquée dans Les Dimanches de Ville d’Avray n’est pas de nature sexuelle (aucune relation sexuelle n’est jamais suggérée entre Pierre et Cybèle) mais affective. Cela en diminue-t-il la condamnation morale qu’en fait la société par l’entremise du spectateur ? De façon très habile, le film nous laisse en face de nos propres interrogations, comme s’interrogent Madeleine et Carlos. Les deux personnages principaux ne brisent aucun tabou mais entrouvrent la porte sur des questions essentielles d’ordre moral et social. Il ne fait pas de doute que Pierre soit un prédateur (son stratagème d'approche de Cybèle le prouve irréfutablement) et pourtant la condamnation, par la sensibilité de l'écriture du scénario, n'est pas formelle. Drôle de position pour le spectateur... L’étonnement que le film dût provoquer dans les années 60 a fait place, cinquante ans plus tard, à une chape de plomb qui me semble destinée à ne pas s’alléger de sitôt pour des raisons qu'on imagine bien. Et on imagine mal, on n’imagine même pas du tout Les Dimanches de Ville d’Avray passer aujourd’hui à la télévision à une heure de grande écoute : le scandale qui en résulterait forcément en dirait long sur l’évolution de la pensée collective sur un sujet aussi délicat que celui évoqué par le film en l’espace d’un demi-siècle (son triomphe aux Oscars 1963 laisse d’ailleurs songeur…).

Je ne dévoilerai pas ici la fin de l’histoire, qui m’a semblé le seul point un peu faiblard du film (avec aussi quelques petits à-coups dans le rythme). Sachez toutefois qu’il ne s’agit pas d'un conte de fées et « qu’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » n’en est pas l’épilogue. Je dirai simplement que le film terminé, j’ai fortement pensé à un autre film du patrimoine français classique, avec lequel il a plus d’un point commun : Jeux interdits (1952) de René Clément. Les deux films pourraient faire l’objet d’un très intéressant « double-bill ».

Beau et sensible, audacieux et dérangeant, Les Dimanches de Ville d’Avray est un film aussi triste que son triste titre. Il montre qu’en ce début des années 60, entre le cinéma de qualité classique et les productions de la Nouvelle Vague, quelques réalisateurs circulaient sur une troisième voie. Serge Bourguignon en fit partie : son film est à la fois classique et nouveau, un peu dans la forme, beaucoup dans le fond. Si Les Dimanches de Ville d’Avray a accédé depuis longtemps au statut de film-culte aux États-Unis et au Japon, il est injustement oublié en son pays d’origine. C’est à mon avis un des films importants de l’époque, qui n’en est pas avare. Si vous en avez l’occasion, n’hésitez donc pas à le découvrir. Vous serez peut-être émus, peut-être dérangés, mais sans aucun doute surpris. Un film vraiment à part.


Le DVD Z2 des Dimanches de Ville d'Avray est sorti en Allemagne sous le titre Sonntage mit Sybill. Il est d’excellente qualité : très belle image N&B anamorphique, très bon son mono d’origine (français) avec option de doublages anglais, allemand, italien, espagnol. Sous-titres amovibles en de nombreuses langues.

1 novembre 2009

Films vus par moi(s), novembre 2009


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

The killing / L'ultime razzia (Stanley Kubrick, 1956) ***
Un scénario tiré au cordeau sans un temps mort, une réalisation se jouant de la chronologie, des acteurs parfaits et un suspense prenant : le premier chef-d'œuvre de Kubrick est l'une des plus pures pépites du film noir. DVD

Slumdog millionaire (Danny Boyle, 2008) **
Le choix crispant de la caméra penchée et de la photo dorée n'empêche pas de s'attacher à l'histoire dickensienne de ce gamin des bidonvilles. Un mélodrame énergique taillé sur mesure pour le succès international. DVD

Mamma mia! (Phillida Lloyd, 2008) ***
Les irrésistibles tubes d'Abba s'enfilent comme des perles, interprétés par des acteurs qui s'en donnent à cœur joie, dans ce musical solaire au charme fou. Un divertissement populaire qui remplit son contrat. DVD

Don't mess with the Zohan / Rien que pour vos cheveux (Dennis Dugan, 2008) *
En toile de fond de cette comédie totalement débile, le conflit israelo-palestinien et un salon de coiffure new-yorkais. Les gags s'enchaînent, parfois gonflés, souvent crevés. Sandler est extraverti comme jamais. DVD

My summer of love (Pawel Pawlikowski, 2004) ***
Press et Blunt crèvent l'écran dans cette histoire d'amitié amoureuse entre deux adolescentes dans un village du Yorkshire. Sensuel, touchant et cruel, le film irradie d'une photographie splendide de l'été anglais. DVD

Das weisse Band / Le ruban blanc (Michael Haneke, 2009) ***
Un chef-d'oeuvre au propos ciblé (l'Allemagne) où l'humiliation, la frustration et la violence font réfléchir, de façon plus universelle, sur la naissance des monstres. A forme magistrale, fond vertigineux. Ciné

The clan of the cave bear / Le clan de la caverne des ours (Michael Chapman, 1985) *
Le scénariste à oublié de raconter son histoire, le langage en monosyllabes est agaçant et que dire de Hannah en cro-magnonne blonde ?
Restent les beaux paysages de Colombie Britannique. DVD

Brüno (Larry Charles, 2009) 0
"Borat", très drôle, avait pour lui l'avantage de la nouveauté. Baron Cohen remet ça et se ramasse avec son personnage de folle autrichienne plongée dans l'Amérique profonde. C'est fabriqué, réchauffé et nul. DVD

The mark of Zorro / Le signe de Zorro (Rouben Mamoulian, 1940) ***
Power incarne avec panache et humour un Don Diego/Zorro qui s'amuse à brouiller les pistes de sa propre identité. Le splendide noir et blanc, la Californie d'opérette et le savoir-faire de Mamoulian font le reste. DVD

Satan in high heels (Jerald Intrator, 1961) *
Un film d'exploitation assez ennuyeux qui se prend pour un mélo et un film noir. Mais la description d'un nightclub du début des 60's,
la patronne lesbienne et les soutiens-gorge bien remplis valent le coup d'œil. DVD

2012 (Roland Emmerich, 2009) ***
Cataclysmes monstrueux, humour et sirop se mêlent dans ce pop-corn movie qui emprunte à tous les films-catastrophe passés et les dépasse. C'est du pur Emmerich : outrancier, abruti mais tellement fun. Ciné

The fantasy film worlds of George Pal
(Arnold Leibovit, 1985) **
Un documentaire de 90' sur la carrière de G. Pal (1908-1980), un cinéaste-producteur dont les films ont émerveillé mon enfance. Des Puppetoons au Dr. Lao, cela donne envie de tout revoir, pour le charme et la poésie. DVD

The four horsemen of the Apocalypse / Les quatre cavaliers de l'Apocalypse (Rex Ingram, 1921) **
Du statisme à l'acte I, des tableaux épiques à l'acte II et Valentino, charismatique, devenu superstar du jour au lendemain. Un triomphe à l'époque, ce film ambitieux reste fascinant malgré un rythme
inégal. Ciné

The lost world / Le monde perdu (Stuart Orme, 2001) *
Adaptation BBC assez fidèle de Conan Doyle, aux images qui semblent sorties d'un livre illustré. Des savants, des dinosaures, des indiens, des hominidés : un spectacle familial sympathique, mais sans plus. DVD

Born yesterday / Comment l'esprit vient aux femmes (George Cukor, 1950) *
Les suraigus de Holiday et surtout les cris de Crawford m'ont percé les oreilles et gâché le film, un peu trop théâtral. C'est dommage parce que le scénario est futé et que la trop rare Holiday a une présence unique. DVD

Angels & demons / Anges & démons (Ron Howard, 2009) ***
Après le fiasco du "Da Vinci Code", Howard se rattrape avec ce thriller haletant. Les fastes et les mystères du Vatican (spectaculairement recréé en décors et CGI) n'ont jamais été aussi délirants ni distrayants. DVD

Vertige
(Abel Ferry, 2009) *
Les facilités du scénario minent ce survival français qui bénéficie des superbes paysages des montagnes croates. Si la première moitié du film est assez réussie, la seconde obéit à tous les poncifs du genre. DVD

The Judy Garland Christmas Show (CBS, 1963) ***
50 minutes en compagnie de Judy, de ses trois enfants (Liza, Lorna & Joe) et de quelques guests qui célèbrent Noël à l'américaine et en chansons. Chaleureux et émouvant, mais que Judy est triste derrière les rires. DVD

Chéri (Pierre Billon, 1950) *
Les acteurs (Desailly, Chantal, Marken) tentent de donner vie à leurs personnages étouffés par la réalisation théâtrale, anémique et abusant du flashback. DeBray écrase tout le monde par son jeu et sa présence. DVD

Timeline (Richard Donner, 2003) 0
Des archéologues américains se retrouvent en 1357 en Dordogne (filmé au Canada), en pleine Guerre de Cent Ans. Ça facilite les choses pour la langue. Un film poussif mal écrit et mal joué : de l'action à bailler. DVD

Musée haut, musée bas (Jean-Michel Ribes, 2007) 0
Ça court, ça crie, c'est plein d'acteurs connus qui y vont de leur numéro aux répliques attendues, c'est exaspérant. De sa pièce sans doute médiocre, Ribes a tiré un film nul et condescendant. Et même pas drôle. DVD

Oliver! (Carol Reed, 1963) ***
J'avais longtemps négligé ce musical sur Oliver Twist dont les chansons, les chorégraphies et la mise en scène appartiennent à ce que le genre a fait de mieux. Un grand classique anglais aux 5 Oscars mérités. DVD

Spencer's Mountain (Delmer Daves, 1963) **
Les paysages du Grand Teton (Wyoming), magnifiés par la caméra lyrique de Daves, volent la vedette à Fonda, O'Hara et MacArthur dans ce beau film familial archétypique, tranche d'Americana dans toute sa splendeur. DVD

Baccara (Yves Mirande, 1935) ***
La société
des années 30 toute entière en prend pour son grade dans cette comédie grinçante et tendre aux personnages d'une rare ambiguïté identitaire et morale. Berry étincelle dans un rôle à contre-emploi. DVD

31 octobre 2009

Max et les fantômes


Ce soir, à la Salle Pleyel, l'allemand Max Raabe et son Palast Orchester faisaient la seule escale en France de leur tournée mondiale Heute Nacht oder nie ("Ce soir ou jamais"). Ça faisait un bail que je l'attendais, celle-là ! Depuis quelques temps déjà, les affiches promotionnelles avaient fait leur apparition sur les murs du métro parisien mais dans la salle ce soir, toutes les rangées n'étaient pas pleines, les français ne semblant pas assez connaître ce performer unique en son genre. Les fans et connaisseurs, eux, étaient au rendez-vous ainsi que beaucoup d'expatriés allemands et quelques amoureux des années vingt à quarante.

Max Raabe (il est né en 1962) s'est spécialisé depuis une vingtaine d'années dans la reprise des standards des années 1920-1940 allemands et internationaux. Avec sa voix de baryton, dont il sait jouer avec humour pour le plus grand plaisir des auditeurs, et le support des ses douze formidables musiciens (onze hommes, une femme), il réussit à restituer l'essence de la chanson populaire de l'entre-deux-guerres, dans ses rythmes et mélodies si particulières, son apparente insouciance de paroles et son charme suranné. La fusion d'une technique vocale parfaite et d'une connaissance intime de la chanson d'époque (il respecte à la lettre leurs arrangements d'orchestre originaux), ainsi que l'utilisation toute en nuance d'un second degré toujours juste - et vraiment drôle - permet à Max Raabe et son orchestre de ne pas tomber dans le piège du kitsch, le risque le plus évident de ce genre de spectacle. Camp, oui, peut-être, mais pas kitsch...

Max Raabe et ses musiciens du Palast Orchester

Bei mir bist Du schön, Singin' in the rain, Du bist meine Greta Garbo, Who's afraid of the big bad wolf ?, Just one of those things, Mein kleiner grüner Kaktus, Cheek to cheek, J'attendrai, Dein ist mein ganze Herz, Over my shoulder, Dream a little dream of me, La mer... : tous ces grands classiques revivaient tout à l'heure dans leur habits d'origine, avec un peu de nostalgie (comme Max Raabe le dit lui-même, ces airs possèdent une intemporalité qui leur permet d'échapper à l'effusion nostalgique), beaucoup de tendresse et surtout une suprême élégance. Rumba, fox-trot, jazz hot, valse... sont revenus sur le devant de la scène (qu'ils ont par ailleurs quitté depuis bien longtemps) et nous ont rappelé combien les grands compositeurs de chansons de la première moitié du XXe siècle avaient le génie de la mélodie et de la grâce. Et combien la musique populaire permet, mieux que tout autre art, de ressusciter l'ambiance et l'identité des temps révolus.

Dans un des nombreux moments inspirés de la mise en scène du concert, sur les premières et élégiaques mesures de Dream a little of me, un petit dirigeable argenté d'environ 2 mètres de long et gonflé à l'hélium est sorti des coulisses, s'est doucement promené sur scène puis à travers la salle au-dessus de la tête des spectateurs avant de s'envoler vers les cintres du théâtre. Ses petits phares éclairaient le public qui, dans la pénombre, retenait son souffle : une belle métaphore sur la légèreté des chansons et le fragile équilibre de leur époque. C'était d'un effet splendide.

Ce soir, l'impeccable Max Raabe a pas mal parlé en français aux spectateurs de la Salle Pleyel, pour présenter les chansons qu'il interprétait, en traduire quelques mots (et là, on se rend compte de l'humour de leurs paroles : "Tu es ma Greta Garbo, Tu es aussi blonde, tu es aussi belle... mais tu es moins riche") et faire quelques blagues pince-sans-rire. Son accent allemand et son phrasé si particulier ont beaucoup amusé la salle lors de ces adresses au public. Petite entorse à son programme, il a aussi évidemment interprété sa célèbre version berlinoise de Sex Bomb de Tom Jones, un cover irrésistible. Je suis ressorti du concert avec le sourire aux lèvres et l'envie compulsive de me repasser un film d'Astaire et Rogers, d'écouter Hollander, Lehar, Berlin ou Porter et bien sûr, l'excellent double CD de Heute Nacht oder nie que Max Raabe et son orchestre ont enregistré live lors de leur passage triomphal au Carnegie Hall de New York en novembre 2007.


Dans le public de ce soir, quelques uns - et surtout quelques-unes - s'étaient spécialement habillés pour l'occasion en look d'époque (on aurait presque dit un flash-mob). Les chansons que Max Raabe interprète sont pour l'essentiel des tubes des années 1920, 1930 et 1940. Or, bizarrement, la plupart de ces formidables amoureux de la belle tenue qui étaient à Pleyel avaient choisi le style des années 40 (et non pas des années 20 ou 30). Je me suis demandé pendant l'entracte, alors que je me baladais au bar, pourquoi je ne voyais pas de robe charleston mais plutôt les vestes épaulées, les bibis, les voilettes et les bas-couture des Forties.

The Forties look

Et alors, j'ai compris à quel point un concert de Max Raabe permettait, sans doute de façon inconsciente, d'exorciser le temps d'un moment le tabou culturel qui continue à peser sur cette époque crépusculaire (et pour les allemands encore bien plus que pour les autres) qui fait que la mode des années 40, contrairement à celle des autres époques du XXe siècle, ne pourra jamais revenir en force dans le prêt-à-porter grand public. Ces fascinantes tenues évoquent irrésistiblement la mise de celles et ceux qui pouvaient se permettre, dans ces années de retour à la barbarie, de succomber aux sirènes de la mode. Certainement pas la majorité des hommes et des femmes, trop occupés à échapper aux privations et aux dangers quotidiens, mais plutôt ceux et celles qui, à Berlin ou ailleurs, dansaient sur le volcan en s'affichant à leurs risques et périls avec les terribles et temporaires maîtres du monde. Tout à l'heure, imperturbable en frac, Max Raabe chantait Ich küsse Ihre Hand, Madame sur la scène de Pleyel. Deux fauteuils à côté de moi, une femme d'une quarantaine d'années écoutait, droite et subjuguée, la voix ensorceleuse qui montait vers le premier balcon. Un beau chignon blond-cendré 1940 , une robe de soie vert pâle aux plissés parfaits, un petit sac à main et des souliers en crocodile marron : elle avait choisi sa tenue avec la science d'une historienne. Pendant quelques instants, je l'ai regardée de profil et j'ai eu l'étrange impression de partager ma rangée avec Frau Goebbels. Sacré Max !