27 août 2012

Heroes of mine : Jean


Jean Gabin a longtemps été pour moi l'acteur du cinéma de Pépé. Parce que mon grand-père qui, s'il était vraiment très loin d'être un cinéphile, était en revanche un bon Français moyen de son temps qui se réjouissait toujours d'une diffusion d'un Gabin à la télé (comme d'un Fernandel d'ailleurs). A chaque vacances que je passais chez mes grands-parents, on était donc sûr de ne pas y louper si un film de Gabin était annoncé sur le poste pour 20h30. Enfin moi pas parce que j'allais alors le plus souvent bouquiner dans ma chambre.


Bien plus tard, j'ai vu ou revu des Gabin. Beaucoup parce qu'il a longtemps et beaucoup tourné. Et petit à petit, j'ai moi aussi commencé à aimer l'acteur, l'homme et la star. La plus grande du cinéma français. Et comme avec toutes les stars, ma fidélité au personnage s'est reposée sur une fascination qui, je pense, ne se démentira pas. Gabin, c'est cette présence physique magnétique, cette façon d'être toujours dans une sorte de sous-jeu traversé d'éclairs tonitruants, cette discrète ambiguïté émotionnelle, ces rôles écrits sur mesure avec leur code et leur syntaxe, cette putain de série de chefs-d'oeuvre. Et l'intrigant effet de voir à l'écran, de ses films des années 30 à ceux des années 70, près de cinquante ans de la maturation d'un homme.


Gabin était né en 1904, mon grand-père en 1902. Ils ne se sont jamais rencontrés dans la vie mais leur vies se sont écoulées parallèlement. Je n'en ai jamais parlé avec lui, mais j'ai compris longtemps après qu'ils soient tous les deux partis pourquoi Pépé était si content de savoir qu'il allait retrouver un copain fidèle chaque fois que le nom de Jean Gabin était annoncé sur un générique.


Jean Gabin (1904-1976)

19 août 2012

Margaret (Kenneth Lonergan, 2011)



Ca faisait longtemps (à y réfléchir, depuis Melancholia) que je n’avais pas été happé par un film à ce point, alors j’ouvre un post sur Margaret, dont la production est une histoire en elle-même.

Pour faire bref, Kenneth Lonergan a tourné son film en 2005 mais des désaccords entre lui et ses producteurs et son incapacité à monter son film dans les limites de 150 minutes inscrites dans le contrat de départ ont provoqué des retards incessants, des procédures judiciaires (qui sont toujours en cours), une aide bénévole de Martin Scorsese et Thelma Shoonmaker (pour une assistance au montage, qui n’a rien donné au final) et une sortie en catimini six ans après le tournage d’une version 150 minutes dans quelques salles US en octobre 2011. Que presque personne n’a vu d’ailleurs. Margaret est donc un peu aux années 2000 ce qu’Heaven’s Gate a été aux années 1980 : une production passionnelle et un désastre financier. Jusqu’à la sortie confidentielle en combi Blu ray – DVD aux Etats-Unis (vendu par Amazon uniquement) il y a quelques semaines : sur le Blu ray, la version salles de 150 minutes et sur le DVD, la version Extended Cut de 186 minutes (c’est celle que j’ai vue).

Le film doit sortir en salles françaises le 29 août 2012 dans sa version 150 minutes. (EDIT : une news du Monde annonce que le film sort dans une seule salle à Paris et en V.F. Honteux ! Il ne faut pas voir ce film en Version Française, c'est certain.)


Margaret est un film fleuve d’une ambition démesurée et qu’on pourrait inscrire dans le genre du drame, du drame psychologique ou du mélodrame. Il est un peut tout ça et bien plus encore. C’est l’histoire de Lisa, une lycéenne new-yorkaise de 17 ans (interprétée par Anna Paquin) assez solitaire, intelligente, manipulatrice et qui a un avis sur tout qui voit sa vie bouleversée le jour où elle est directement impliquée dans un accident de bus mortel à Manhattan. Sans révéler les méandres du scénario (comme dans tout mélodrame, il faut se laisser porter sur les rapides), on peut dire que le choc traumatique de l’accident – dont elle n’est pas victime, mais témoin – révèle des aspects de sa personnalité et lui fait accomplir des actes qui ricochent sur son entourage proche (sa mère, ses camarades de classe, ses professeurs) et lointain (les personnes impliquées par l’accident).


Ca c’est pour l’histoire mais la façon dont le film la traite va bien au-delà puisque Lonergan conçoit l’ensemble comme une plongée dans la vie émotive de Lisa – et de son imaginaire d’adolescente – qui lui fait vivre le trauma qu’elle traverse comme s’il s’agissait d’un livret fictionnel, de théâtre ou plutôt d’opéra dont elle serait l’héroïne. La musique a d’ailleurs une part essentielle dans le film, que ce soit dans la BO (formidable) de Nico Mulhy ou les nombreux extraits de musique classique (notamment Les Quatres Derniers Lieder de Strauss) jusqu’au final au Metropolitan Opera où Renée Fleming chante Les Contes d’Hoffmann. Cette imbrication entre le fantasme et la réalité est évoquée par le titre du film qui n’est pas celui de son personnage principal, Lisa, mais Margaret (la clé de ce décalage des noms nous est donnée à un moment).

Le montage du film (qui a tellement causé de problèmes à la production) alterne les scènes très réalistes (l’accident de bus du début est l’une des scènes émotionnellement les plus fortes que j’ai vues à l’écran depuis un bon bout de temps) notamment les confrontations entre Lisa et sa mère aux longs passages contemplatifs, notamment sur des vues au ralenti des rues surpeuplées de Manhattan sur lesquelles plane l’ombre du 11 Septembre. Chacun des plans à sa raison d’être – c’est pour cela que l’obligation de respecter une durée imposée à tant pesé au réalisateur – et ce panachage de différents styles dans un même film peut irriter certains. A noter aussi, le travail étonnant sur la bande son où régulièrement, les dialogues de personnages complètement extérieurs à l’histoire (des figurants) prennent le dessus, dans une même scène, sur les dialogues des personnages principaux. Si on prend le film dans son ensemble comme un exercice - c’est bien plus que ça, évidemment – de type littéraire ou musical, on se dit qu’on a là un chef-d’œuvre ou tout au moins un film important au sens classique.


Anna Paquin est époustouflante dans un rôle difficile – qui lui aurait valu sans doute une nomination aux Oscars si le film était sorti normalement – qui lui impose d’être à l’image pendant presque toutes les scènes du film. Un des intérêts du film est aussi dans le fait que son héroïne, Lisa, soit un personnage absolument « non aimable » et pour lequel le spectateur ne peut ressentir que très peu d’empathie (ce qui bouscule en profondeur les codes du mélodrame). Et pourtant, on est emporté par son histoire parce que l’écriture fait exister les personnages de façon admirable.

Parmi les autres acteurs, j’ai aussi été époustouflé par la performance de J. Smith-Cameron, que je ne connaissais pas, (c’est la femme du réalisateur) dans le rôle de la mère de Lisa. Il y a aussi Matt Damon et Matthew Broderick (deux profs de Lisa), Mark Ruffalo, Jean Reno et pas mal d’autres têtes connues qui font une apparition ici et là.


Margaret fait donc partie, en plus des genres que je mentionne au début, de celui de ce que les anglo-saxons appellent le « coming of age movie » (le film de passage entre le monde de l’adolescence et de l’âge adulte). Dans ce genre-là, il est tout en haut du panier, sa complexité structurelle et métaphorique appellent à la discussion à peine la vision terminée, ce qui est toujours bon signe. Lisa est un des personnages les plus intéressants – à défaut d’être l’un des plus aimables - qu’on ait pu voir sur un écran depuis longtemps. Pour moi, le film est un chef-d’œuvre et Kenneth Lonergan confirme qu’après son excellent You can count on me / Tu peux compter sur moi (2000), il est en effet un réalisateur qui compte.

Je vais bientôt regarder la version 150 minutes (sur le Blu ray) qui paraît-il, peut sembler comme un tout autre film. Mais j’attends pour cela que la force émotionnelle et intellectuelle de ma découverte récente du film se soit un peu estompée.

Vous avez compris que je vous incite vivement à aller voir Margaret quand il sort en salles (mais pas en VF et de toutes façons une sortie décente du film en France semble maintenant compromise) ou plus tard par tout autre moyen. Vous l’aimerez ou vous ne l’aimerez pas (et chaque point de vue se défend) mais il ne vous laissera pas indifférent. Parce que c'est un film différent. En ce qui me concerne, c’est un des grands films contemporains.

3 août 2012

Films vus par moi(s) : août 2012


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Madagascar 3 : Europe's most wanted / Madagascar 3 : Bons baisers d'Europe (Eric Darnell, Tom McGrath & Conrad Vernon, 2012) 0
Je lui aurais bien mis * pour l'excellence de la technique d'animation CGI mais l'indigence du scénario qui accumule sans queue, tête ni répit péripéties et vannes a eu raison de ma patience. Le film bondit partout pour aller nulle part : du délire pour mon voisin de siège, du foutage de gueule pour moi. Ce n'est pas parce qu'ils peuvent tout faire qu'il faut gober n'importe quoi. Ciné plein-air 

Le prénom (Matthieu Delaporte & Alexandre de La Patellière, 2012) **
Une soirée parisienne entre amis quadragénaires, bobos et juifs. Un invité annonce à table qu'il va appeler son fils à naître Adolphe et c'est la crise de nerfs générale. Cette adaptation d'une comédie de boulevard à succès ne fait pas dans la dentelle et n'est que du théâtre filmé mais Bruel, Berling, Benguigui et les autres assurent leurs répliques sur un rythme vraiment amusant. Ciné plein-air

Uncle David (David Hoyle, 2010) **
Pas pour tout le monde. Un film art-house british tourné en vidéo sans un sou mais subversif en diable sur la relation incestueuse et perverse entre un homo sur le retour (l'ex drag queen David Hoyle) et son infantile neveu (l'acteur porno Ashley Ryder) dans un mobile home sur la côte du Kent. Ce que le film veut dire est assez obscur mais l'audace peu commune du projet est à saluer. DVD Z2 UK

Hasta la vista (Geoffrey Enthoven, 2011) **
Bien sûr une histoire comme celle-là est démagogique et prévisible (trois jeunes flamands : un tétraplégique, un aveugle et un cancéreux) partent vers l'Espagne pour perdre leur virginité dans un bordel, mais le portrait sans compassion des compères, l'humour et l'humanité sincère qui imprègnent ce road-movie "différent" lui donnent une surprenante profondeur. Attachant. BR Fr

Remorques (Jean Grémillon, 1941) ***
Sur fond de Brest d'avant-guerre, Jean Gabin, capitaine de remorqueur, délaisse sa femme Madeleine Renaud et tombe sous le charme de la mystérieuse Michèle Morgan. La douleur triste du film, ses scènes de tempêtes en mer et ses magnifiques travellings lui donnent une charge poétique bouleversante qui culmine dans l'extraordinaire prière aux agonisants finale. DVD Z1 US 

La vérité sur Bébé Donge (Henri Decoin, 1952) **
Danielle Darrieux, splendide, passe de l'ingénue à l'ange de la Mort dans ce drame sur une jeune femme qui perd ses illusions et sa joie de vivre après avoir épousé un industriel provincial (Jean Gabin dans un rôle en retrait) qui la délaisse. Une adaptation étonnamment sombre de Simenon sur les ravages des concessions bourgeoises dont les choix d'austérité rebutèrent le public. DVD Z2 Fr

Margaret (Kenneth Lonergan, 2007-2011) ***
Une new-yorkaise de 17 ans (Anna Paquin, impressionnante), impliquée dans un accident de bus, réagit de façon complexe au trauma qu'elle a traversé. Un film fleuve d'une ambition monumentale qui dresse le portrait d'une adolescente confuse et manipulatrice tout en parlant des thèmes les plus universels. L'écriture, la réalisation et le casting en font un chef-d'oeuvre. DVD Z1 US (vu dans la version Extended Cut de 186 minutes) 

Los sin nombre / La secte sans nom (Jaume Balaguero, 1999) 0
La secte en question tente d'extraire d'enfants kidnappés (on suit la douleur d'une mère pour l'émotion facile) "la synthèse du Mal" afin d'atteindre un niveau de conscience supérieure. Ca sonne imbécile, c'est encore plus con que ça. Le médiocre réalisateur, lui, tente d'instaurer un climat malsain à base de gros plans, d'inserts gores fugitifs et de bruitages attendus. Mauvais comme tout. BR Fr 

Jaws / Les dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) ***
A part quelques envolées symphoniques un peu lourdes dans la musique de Williams (je ne parle évidemment pas du thème du requin, génial), le chef-d'oeuvre de Spielberg reste le mètre-étalon du blockbuster populaire et intelligent, souvent drôle et tout le temps inquiétant dans ses scènes d'action et dans ses pauses, inoubliables. Un des vrais films-choc du cinéma. BR US

La petite prairie aux bouleaux (Marceline Loridan-Ivens, 2003) **
Un film sans aucun doute cathartique pour sa réalisatrice, survivante d'Auschwitz, sur une juive sexagénaire (Anouk Aimée) qui part seule à Birkenau sur les lieux de sa captivité. Les maladresses évidentes montrent la difficulté de traiter ce sujet - intraitable - par la fiction mais la sincérité est de chaque instant. Avoir tourné sur place à Birkenau donne au film sa puissance. DVD Z2 Fr   

The informant! (Steven Soderbergh, 2009) **
L'histoire (vraie) d'un cadre d'une entreprise agro-alimentaire US qui se prit pour un James Bond industriel en entraînant des agents du FBI dans sa mythomanie. Ca se passe dans les 90's mais c'est filmé comme un thriller pop 70's pour évoquer - avec beaucoup d'humour - le délire du type, interprété par un Matt Damon très en forme et qui peut jouer les beaufs comme personne. DVD Z2 Fr

Deep end (Jerzy Skolimowski, 1970) **
A Londres, un garçon de quinze ans embauché dans un établissement de bains décrépit s'éprend d'une collègue délurée. Typique du nouveau cinéma indépendant européen de la fin des Sixties, ce conte à la fois drôle et cruel fait la part belle aux expérimentations sur le dynamisme des angles de prises de vues et la couleur. C'est un étrange mélange de kitchen sink et de poésie pop. BR Fr

American pie (Paul Weitz & Chris Weitz, 1999) 0
Ce triomphe du box-office de la fin des 90's a t-il quelque mérite et cache t-il de bonnes surprises ? Non. Ce n'est pas le thème lui-même qui pêche (quatre potes de high school qui font le pari de perdre leur pucelage avant la fin des classes est un vrai sujet de comédie potache) mais c'est la nullité de l'écriture, du rythme, des gags et de la résolution qui aterre. Bref, rien à en tirer. BR Fr

Gentlemen prefer blondes / Les hommes préfèrent les blondes (Howard Hawks, 1953) ***

Tout en le connaissant par coeur, je prends toujours le même plaisir à revoir cette comédie à l'irrésistible fraîcheur et au Technicolor fulgurant (l'image du Blu-ray est époustouflante). Marilyn Monroe et Jane Russell, omniprésentes à l'écran, forment l'une des plus sympathiques paires de copines du cinéma et semblent s'amuser à nous faire rire. Ce film est de l'insouciance en barre. BR Fr

Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) **
Réalisé juste avant le déferlement CGI, ce film de science-fiction martien (qui m'avait forte impression à sa sortie), s'est couvert d'une patine fin des 80's qui lui donne un sacré charme. Schwarzenegger et Stone jouent comme des pieds, mais ça apporte un côté BD très amusant. Et il y a tant de scènes mémorables. Il manque juste un petit quelque chose pour l'élever au sommet. BR Fr

1 août 2012

Passages : Gore Vidal

Gore Vidal est mort hier, mardi 31 juillet 2012, à 86 ans, dans sa maison de Hollywood Hills.


Ecrivain, scénariste, chroniqueur, amis des célébrités, démocrate, gay et activiste, il avait tant de cordes à son arc qu'on ne savait pas très bien ce qu'il faisait, finalement. Un peu comme Truman Capote, qu'il aimait autant qu'il détestait. Mais il a beaucoup écrit, remarquablement bien, notamment un livre que j'adore "Myra Breckinridge" (1968), sur un transexuel ambitieux qui dynamite le mythe du mâle américain.


A propos de flèches, il n'en était pas avare, comme cette réponse à une question d'interview :
Journaliste : "Quels sont pour vous les mots les plus tristes de la langue anglaise ?"
Vidal : "Il y en a trois : Joyce. Carol. Oates."
Je vénère J.C. Oates mais le trait d'esprit est irrésistible.


Gore Vidal (1925-2012)

2 juillet 2012

Films vus par moi(s) : juillet 2012


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

Lorna Doone (Maurice Tourneur, 1922) *
D'un mélo victorien 
désuet à succès, Tourneur réalise un mélo muet désuet sur une histoire d'amour rurale entre une colombe de l'aristocratie britannique enlevée par des hors-la-loi et d'un jeune paysan courageux. La Californie passe pour le Devon du XVIIe siècle et le sirop est sans surprise mais certains plans, avec leur lumière typique de Tourneur père, sont splendides. DVD Z1 US

Making the Boys
(Crayton Robey, 2010) **
En 1968, la pièce "The boys in the band" de Mart Crowley, sur la soirée d'anniversaire d'un gay trentenaire avec ses amis à Manhattan, fut un tournant majeur dans la représentation des gays. Cet intéressant documentaire, centré sur l'auteur, raconte sa production, son adaptation au cinéma par Friedkin en 1970, les controverses qu'ils engendrèrent et le destin de ses acteurs. DVD Z1 US

Katyn
(Andrzej Wajda, 2007) *
En avril et mai 1940, l'URSS exécuta plus de 20.000 polonais (officiers, intellectuels, ingénieurs) dans la forêt de Katyn et accusa l'Allemagne du crime. Autour de cette complexe affaire, Wajda fait un film documenté mais dont le scénario perd le spectateur par ses différents points de vue et allers-retours temporels. Du cinéma historique narratif qui est surtout un acte d'exorcisme. BR UK

Nuit et brouillard
(Alain Resnais, 1955) ***
En 30 minutes sur lesquelles le temps n'a pas eu de prise, Resnais, aidé par le texte inoubliable de Jean Cayrol dit par Michel Bouquet et l'entêtante musique de Hanns Eisler, évoquait il y a presque soixante ans l'horreur impensable des camps d'extermination nazis. Depuis, on a vu bien d'autres images mais les forces conjuguées de ce documentaire continuent à estomaquer. DVD Z2 Fr

Zazie dans le métro (Louis Malle, 1960) ***
Le formidable travail sur la couleur (William Klein a été consultant), la promenade dans le Paris de 1959 et les joyeux gros mots dits par l'espiègle Catherine Demongeot dans le rôle de Zazie m'ont fait adorer ce film qui réussit à sa façon à transcrire en images l'esprit anarchique et absurde du roman de Queneau. La scène finale dans le restaurant est un peu longue mais bon... BR US

Contracorriente (Javier Fuentes-Leon, 2009) 0

Dans un village maritime du Pérou, un pêcheur dont la femme va accoucher vit une histoire d'amour secrète avec un séduisant citadin. Un twist énorme, qui prétend à la poésie (romantique et fantastique), précipite le film dans un ridicule dont il ne se relève pas. Ce qui aurait pu faire un court-métrage correct est délayé dans une bouillie imbuvable qui pleurniche à tout va. BR Fr

Gow, the headhunter / Cannibal Island (Captain E.A. Salisbury, 1931) **
Schoedsack et Cooper (les futurs réalisateurs de "King Kong") furent en 1920-1923 les cameramen de ce documentaire sur les indigènes de Polynésie et Mélanésie sur lequel fut ajouté en 1931 un commentaire d'une rare condescendance (du genre "l'homme blanc vs. les créatures") qui le fit plonger dans l'Exploitation. Les images sont aussi belles que le texte est outrancier. BR US


Les petits mouchoirs (Guillaume Canet, 2010) 0

J'ai vite regardé en accéléré cet interminable film-à-la-mode sur une dizaine de trentenaires (et un quadra) qui vont passer l'été au Cap-Ferret pendant qu'un de leurs copains est cloué à l'hôpital. Les grands secrets et les petites mesquineries font surface tandis que le film s'enfonce dans les lieux communs. C'est du sous-Sautet pour bobos 2010. Insupportable. DVD Z2 Fr

Ice age : continental drift / L'âge de glace 4 : la dérive des continents (Steve Martino & Mike Thurmeier, 2012) *
L'animation est vraiment chouette (la séquence de la rupture des plaques est spectaculaire), les décors aussi et le rythme est trépidant mais quel dommage que le scénario soit d'une telle indigence. Pour les enfants, le spectacle assurera le succès mais les adultes, le film vu, l'oublieront aussitôt car il n'est rien de plus qu'une succession de scènes. Ciné 3D

Un chapeau de paille d'Italie (René Clair, 1927) ***

La fluidité du scénario adapté de la pièce de Labiche avec ses enchaînements de péripéties, le rythme de la réalisation et l'énergie des acteurs font de cette comédie de situation muette un classique durable. L'impression (voulue) de voir un film fait dans les années 1910 - par le travail sur les décors et costumes - lui apporte une dose de malice supplémentaire. DVD Z1 US

We need to talk about Kevin (Lynne Ramsay, 2011) ***

Une mère revoit en flashbacks le rapport difficile qu'elle a eu avec son fils psychotique depuis sa petite enfance jusqu'à l'irréparable qu'il vient de commettre. Le tension psychologique et la dureté émotionnelle de ce film en font une expérience brutale. Tilda Swinton est époustouflante et la réalisation d'une assurance sans faille. Le genre de film qui secoue sans lâcher. BR UK 

Immortals / Les Immortels
(Tarsem Singh, 2011) 0
Un désastre. La lutte de Thésée, des Dieux et des Titans avec des acteurs ridicules (sauf Henry Cavill en Thésée, un bogosse qui devrait aller loin) pris au piège de décors démesurés en CGI et d'un scénario au bavardage assommant rythmé par des éclairs de violence fabriquée. Ca n'a même pas le charme du kitsch, c'est pompeux et ringard. Et le pire c'est que ça se prend au sérieux. BR UK

We were here
(David Weissman, 2011) ***
A partir de cinq témoignages bouleversants, un documentaire sur l'impact de l'arrivée et de la propagation du Sida dans la communauté gay de San Francisco à partir de 1981. Les images d'archives expriment la stupeur et le désarroi avant que la réponse collective s'engage. Cela semble une page d'histoire lointaine, ça ne l'est pas. La nouvelle génération devrait voir ce film. DVD Z2 UK   

The Lady
(Luc Besson, 2011) **
Au niveau cinématographique, c'est d'un académisme sans intérêt (enfin presque : la scène où elle traverse la haie de soldats est bien fichue) mais en tant que sujet, c'est une histoire forte qui ne peut laisser insensible. Michelle Yeoh est parfaite dans le rôle d'Aung San Suu Kyi, David Thelwis aussi dans celui de son mari. Le cinéma, c'est aussi parfois juste ça : une histoire. BR UK

Revolution
(Hugh Hudson, 1985-2009) *
Echec mémorable, c'est l'archétype du "grand film malade". En voulant raconter de façon intimiste et réaliste (du point de vue d'un père et de son fils) la Guerre d'Indépendance américaine, Hudson se perd dans un script flasque avec des acteurs affublés d'accents embarrassants (et la voix off du Director's Cut de 2009 chuchotant des fadaises). Mais les images sont magnifiques. BR UK

Les cousins (Claude Chabrol, 1959) 0
OK, "Les cousins" a sans doute été un jalon vers la Nouvelle Vague (et encore), mais le personnage hystérique joué par Brialy, l'artificialité des scènes d'ensemble (notamment la scène de la party étudiante) et des situations font que ce film démodé n'est plus, aujourd'hui, supportable. J'ai d'ailleurs fast-fowardé la seconde moitié. Il reste Gérard Blain, excellent comme toujours. BR US
  
The best years of our lives / Les plus belles années de notre vie (William Wyler, 1946) ***
Malgré des longueurs au milieu avec les déboires sentimentaux des personnages, ce film, par la modernité du jeu de ses formidables acteurs, la rigueur de sa réalisation et la clairvoyance de son scénario sur la difficile réinsertion familiale et sociale de trois soldats US en 1945, évite le piège du mélodrame et impose son message. Remarquable de lucidité et de dignité. DVD Z1 US

2 juin 2012

Films vus par moi(s) : juin 2012


*** excellent / ** bon / * moyen / 0 mauvais

The grey / Le territoire des loups (Joe Carnahan, 2012) **
En Alaska, sept hommes rescapés d'un crash aérien se retrouvent pourchassés par une meute de (très) gros loups. Porté par la présence assurée de Liam Neeson, un survival énergique bien ficelé mais dont l'ambition symbolique et métaphysique (l'Homme face à sa mort) pète plus haut que son cul. C'est quand même, dans le genre, un bon cru. BR Fr

Une partie de campagne (Jean Renoir, 1936) ***
La puissance sensuelle de ce moyen métrage, ode au désir et à la puissance vitale de la Nature, n'a pas d'égale. La composition des images, l'hommage impressionniste, les comédiens et les raccourcis atteignent la perfection, miraculeusement surhaussée par la musique de Kosma. Mon film préféré de tout le cinéma français, malgré la concurrence. DVD Z2 Fr

Clash of the Titans / Le choc des Titans (Louis Leterrier, 2010) 0
Un scénario bavard et poussif, un acteur principal (Sam Worthington en Persée) sans aucun charisme et une réalisation tape à l'oeil incompétente plagiée sur Peter Jackson : ce lointain remake est une purge qui met toute la gomme pour la séquence finale du réveil du Kraken, qui aurait pu être mille fois mieux. Un ratage mais je n'en attendais pas plus. DVD Z2 Fr

Bridesmaids / Mes meilleures amies (Paul Feig, 2011) ***
Une production Apatow, donc une comédie à la fois scatologique et romantique, souvent hilarante et juste, sur l'amitié à l'épreuve des engagements. Ici, une trentenaire seule et cynique face au proche mariage de sa meilleure amie. La recette est irrésistible. Une scène d'anthologie : l'effet d'une intoxication alimentaire collective dans une boutique de robes de mariée. BR Fr

Michael (Markus Schleinzer, 2011) ***
Par petites touches dénuées de sensationnalisme mais froides et cliniques comme dans un Haneke (dont le réalisateur a été un collaborateur), le quotidien banal et terrible d'un pédophile trentenaire et du garçon de dix ans qu'il tient enfermé dans la cave de son pavillon de banlieue. Un film dérangeant qui rappelle que le cinéma autrichien est un genre à lui seul. BR UK

Man from Earth (Richard Schenkman, 2007) **
Une demi-douzaine d'amis professeurs se retrouvent pour le départ d'un autre, qui leur annonce qu'il est un homme de 14.000 ans sur lequel le Temps n'a pas prise. Sur cette idée très originale, le film est un dialogue à plusieurs voix sur les grands questionnements de l'Humanité. Le look téléfilm et les acteurs médiocres n'empêchent pas d'écouter avec intérêt ce qui est dit. DVD Z2 UK

West Side Story (Robert Wise, 1961) ***
Cinquante ans après sa sortie, West Side Story réussit à rester novateur, pas tant par l'histoire inspirée de Roméo et Juliette mais par les exceptionnelles chorégraphies de Jerome Robbins, la musique indémodable de Leonard Bernstein et l'utilisation de la couleur et de la Super-Panavision. Les racailles semblent bien inoffensives mais le film est un spectacle total. BR Fr

Cabeza de Vaca (Nicolas Echevarria, 1990) ***
Entre 1528 et 1536, un conquistador naufragé en Floride traverse le continent américain tout en se découvrant un pouvoir chamanique auprès des tribus indiennes qu'il croise. D'après une histoire vraie, une immersion mi-rêve mi-documentaire dans un autre espace-temps, rarement capturé au cinéma. Un film fascinant, totalement original. DVD Z2 Fr

No man of her own / Chaînes du destin (Mitchell Leisen, 1950) **
Une fille-mère se retrouve avec l'identité d'une morte dont elle rencontre la riche belle-famille qui l'accueille à bras ouverts avant qu'un maître-chanteur n'apparaisse. Un mélo noir comme l'époque en a produit à la chaîne. Les acteurs sont bons (Stanwyck l'est, évidemment) et la Paramount a du savoir-faire : ça se regarde donc avec plaisir. DVD Z1 US

Roman Polanski: wanted and desired (Marina Zenovich, 2008) **
Le documentaire qui a relancé, plus de trente ans après les faits, les démêlés de Polanski avec la justice américaine et les médias internationaux. Le détournement de mineure de 1977 et le zoo judiciaire qui a suivi sont racontés par des images d'archives et des témoignages contemporains. Comme un Polanski, mais là c'est pour de vrai. DVD Z2 Fr

Patton (Franklin J. Schaffner, 1970) **
Moins film de guerre qu'étude de personnalité, ce film (un peu trop long) au 7 oscars réussit à être à la fois une fresque épique et un portrait intimiste. George C. Scott incarne - formidablement - le Général Patton comme un homme de la Renaissance, érudit, mystique et imprévisible, qui se réalise dans l'action de la Seconde Guerre Mondiale. BR Fr

Shame (Steve McQueen, 2011) *
Michael Fassbender se donne à fond, âme et corps, dans le rôle d'un sex-addict qui vit et travaille à New York dans un état de solitude affective totale. Sa performance est impressionnante mais le film, une fois vu, parait manquer de signification. L'histoire avec sa soeur (Carey Mulligan) tente l'émotion sans trop convaincre. Ambitieux mais moins profond qu'il voudrait. BR Fr

John Carter (Andrew Stanton, 2012) ***
L'échec historique de ce film en salles est injustifié : dans le genre de l'heroic fantasy (dont le roman  d'E.R. Burroughs en 1912 est un titre fondateur), on est dans le haut du panier. Le héros passe de la Terre à Mars, rencontre des créatures, combat des monstres et s'éprend d'une princesse. Il y a un goût de déjà-vu bien sûr, mais c'est du cinéma de distraction épatant. BR US 3D

Damages, saison 2 (FX, 2009) ***
Encore plus labyrinthique que la première saison, celle-ci, centrée autour d'une multinationale qui empoisonne des villages de West Virginia, continue à donner à Glenn Close, en avocate new-yorkaise venimeuse, un rôle en or. Même si les ficelles sont un peu grosses, on en redemande parce que ça fait du bien d'être la victime de manipulations aussi outrancières. DVD Z2 Fr

Let me in / Laisse-moi entrer (Matt Reeves, 2010) **
Un bon remake US du film suédois "Lat de rätte komma in / Morse" (Tomas Alfredson, 2008) qui souffre quand même de la comparaison avec son excellent modèle dont l'atmosphère glaciale, la douleur et l'aspect inédit de l'histoire - un garçon solitaire de douze ans se prend d'amitié pour sa voisine du même âge, un vampire - étaient plus marquants. DVD Z2 UK

The mist (Frank Darabont, 2007) ***
Un retour bienvenu à la SF pure des Fifties autour d'un brouillard plein de monstres lovecraftiens qui coinçe dans un supermarket les habitants d'une petite ville. D'après une nouvelle de Stephen King, le film est étonnamment noir et désespéré. Et si les clichés abondent, ça marche, comme avec le personnage de la fondamentaliste chrétienne exaltée. DVD Z1 US

19 mai 2012

Marilyn : Exposition "Seule" chez Renoma

A Paris, chez Renoma (le styliste qui a habillé les pop stars des Seventies, des Stones à Warhol), une exposition originale - vraiment - est consacrée à Marilyn Monroe : "Seule". Sur les trois niveaux du show-room, photos, objets et installations dressent un portrait créatif de l'icône morte il y a cinquante ans cette année.

Dans la boutique elle-même sont présentées, parmi et au milieu des vêtements très rock du styliste, des tirages de photos de Bernard of Hollywood, le photographe qui suivit la carrière de Marilyn depuis ses débuts de modèle au milieu des années 40 jusqu'à son triomphe de superstar une décennie plus tard. C'est la première fois qu'une aussi importante série de photos de Bernard est montrée en France, prêtée par sa fille, Susan Bernard.


A l'étage, le photographe Yury Toroptsov présente une sélection de tirages de grands et petits formats de son beau projet "Marilyn and I", exposé avec succès au Bon Marché l'hiver dernier. Des admirateurs célèbres ou anonymes posent chez eux ou sur leur lieu de travail, à coté d'une robe d'été vichy bleu ayant appartenu à Marilyn. La petite robe originale ayant servi de support au projet fait aussi partie de l'exposition, relique des années Fifties pendue sur un cintre dans une vitrine de verre.


A sous-sol, une création artistique très réussie, sur une idée de Maurice Renoma, évoque Marilyn Monroe, la femme et la star, autour de plusieurs installations composées de photos, d'affiches, d'enregistrements sonores, de néons, de livres, de coupures de presse, de mobilier et de sculptures. Ce portrait subjectif, original et franchement émouvant, de la vie terrestre et de la postérité universelle de Marilyn, est un formidable hommage à la plus vivante des blondes disparues.


Pour les fans de Marilyn et pour les amateurs de photographie et d'art contemporain, "Seule" est une exposition à plusieurs facettes à ne pas manquer.

"Seule", exposition du 11 mai au 25 juillet 2012
chez Renoma / Komplex Store - 118 rue de Longchamp 75116 Paris