20 septembre 2008

The Plague Dogs (Martin Rosen, 1982)

The Plague Dogs ("Les Chiens de la Peste", mais le film est-il déjà sorti en France ?) de Martin Rosen est un dessin animé britannique de 1982 dont je n'avais jamais entendu parler avant un article récent laudateur sur DVDTimes. Je l'ai enfin vu (DVD Z2 UK) et je dois dire que c'est une de mes plus grandes découvertes de ces derniers mois.

Un fox terrier et un labrador s'échappent d'un laboratoire d'expérimentations scientifiques sur les animaux isolé dans les Highlands. Traumatisés par les "hommes en blanc", ils cherchent à retrouver un maître qui saurait les aimer sans torture. Perdus dans les montagnes, ils rencontrent un renard qui accepte de les aider à retourner vers la civilisation. Seulement, une rumeur se répand dans les médias et la population que les deux chiens pourraient être porteurs de la peste. Une battue s'organise et les deux chiens vont vite se rendre compte que la vie en liberté peut être encore plus cruelle que celle qu'ils avaient dans les cages du laboratoire...

Noir et déséspéré - voire déprimant. Ce sont les premières impressions qu'on a quand on découvre le film. L'histoire de ces deux chiens et de leur accolyte le renard est racontée d'une façon très réaliste et crédible, loin des anthropomorphies et mignonneries disneyiennes. Le scénario, tiré d'un livre de Richard Adams, n'essaye pas du tout d'édulcorer les épreuves auxquelles sont soumises les animaux - que ce soit dans le labo ou dans la nature - ni leurs réactions à celles-ci. Comme chez Disney, les chiens pensent et parlent (John Hurt est la voix du fox terrier, un chien qui a été lobotomisé et qui souffre d'un terrible sentiment de culpabilité à cause d'un incident que le film évoque dans un flashback) mais ils restent des chiens, qui peuvent être dangereux et féroces quand ils sont poussés à bout. Au fur et à mesure de la progression du film, on se demande comment tout cela va finir, compte-tenu du manque quasi total d'humour et de second degré du scénario. Et cela finit mal, dans une scène ouverte très poétique qui laisse un peu désemparé. Le seul film d'animation que je connaisse auxquel on peut le comparer est Le Tombeau des Lucioles.

The Plague Dogs n'a évidemment pas trouvé son public quand il est sorti en 1982 : les enfants qui l'ont vu en salles ont été choqués par la noirceur de l'histoire (quand les parents ne les sortaient pas précipitamment de la salle avant la fin du film) et à cette époque, la grande majorité des adultes n'allait pas au cinéma voir des films d'animation. Résultat : le film a été coupé et ramené de 100' à 85' et est brièvement ressorti dans une version allégée (les scènes coupées sont des moments qui ralentissent l'action et une scène beaucoup trop dérangeante pour le jeune public). C'était trop tard, le film s'est planté au box-office et a été quasiment oublié. Sauf de ses admirateurs - dont je suis maintenant - qui lui ont taillé une réputation de film-culte, totalement méritée.

L'animation "à la main" de The Plague Dogs est très bonne, avec une splendide représentation réaliste des paysages des Highlands et une caméra étonnament mobile. Les animaux sont très bien animés aussi. Seuls les quelques humains qui apparaissent à l'écran - et on ne voit la plupart d'entre eux qu'à hauteur d'animal, soit le bassin et les jambes - sont parfois un peu raides. Mais quand on regarde le film, l'animation passe au second plan : c'est surtout l'histoire bouleversante des ces animaux perdus qui frappe le spectateur.

Bref, The Plague Dogs est un film d'animation très singulier, profondément original, qui mérite d'être beaucoup plus connu. L'animation britannique est loin d'être la plus productive. Combien de grands films d'animation anglais pourrait-on citer ? De la même équipe et réalisé quatre ans avant, il y a le fameux Watership Down, sur une bande de lapins qui fuient dans la campagne (les deux films forment d'ailleurs un diptyque passionnant).

Si vous en avez l'occasion, je vous conseille donc vivement de voir The Plague Dogs, parce que c'est un film techniquement réussi, bourré d'audaces dans le scénario et auxquel il me semble impossible de rester insensible. Par contre, je ne suis pas certain qu'il soit judicieux de le voir avec vos bambins, nièces ou neveux. Vous pourriez avoir besoin de leur remonter le moral bien longtemps après le visionnage.

Le DVD Z2 UK présente les deux versions du film : la version originale est de bien moins bonne qualité que la version courte à cause d'un léger manque de netteté et d'une désagréable dominante bleue sur l'image. La version courte est excellente (image et son) et se suffit à elle-même : on ne perd pas grand chose par rapport à la version longue et c'est, dans l'état actuel des choses, celle qu'il est préférable de voir pour découvrir le film. Attention : pas des sous-titres (ni français, ni anglais). Une édition française en DVD me semble indispensable.



3 commentaires:

  1. Vu au cinéma parce que tu en as parlé ici, j'écrirai un billet plus tard mais je tenais à te remercier. Quel beau film, sombre, poignant, marquant.

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  2. J'ai vu que le film sortait en avril au cinéma, merci d'en avoir parlé, j'ai hate de le voir...

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  3. Je l'ai vu au festival de l'animation à Lille ce weekend...une grosse claque. La chanson de générique accompagne parfaitement cette histoire qui m'a rendue heureuse par la découverte et fatalement déprimée :) à découvrir absolument

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