20 septembre 2008

Pretty Poison (Noel Black, 1968)

Découvert grâce à une critique de DVDTimes et un article du "Cult Movies 1" de Danny Peary, un petit bijou de la fin des Sixties : Pretty Poison de Noel Black.
Le film est sorti en 1968 mais la Fox n'a pas su comment le vendre à l'époque et il s'est planté au box-office. En plus, les américains qui venaient de vivre l'assassinat de Luther King et de Robert Kennedy n'avaient pas vraiment envie d'aller revoir un film sur un couple de tueurs après Bonnie and Clyde.

Pretty Poison est l'histoire de Denis Pitt (Anthony Perkins), un ado attardé qui vient de sortir d'une institution psychiatrique où il était enfermé depuis longtemps pour avoir mis le feu à la maison de sa tante - morte dans l'incendie - qui l'avait surpris à jouer au docteur avec une voisine. Il s'installe dans une petite ville industrielle du Connecticut et a une liaison avec Sue Ann Stepanek (Tuesday Weld), une majorette de + ou - 18 ans qu'il séduit en se faisant passer pour un agent de la CIA. Mais la majorette blonde est un serial killer en puissance qui va piéger le mythomane pour assouvir ses instincts meurtriers, notamment envers sa mère (Beverly Garland, géniale)...

Le film est vraiment excellent. Anthony Perkins trouve un rôle assez proche de son Norman Bates dans Psychose (mais en un peu moins psychotique) et Tuesday Weld, une révélation, décoiffe dans son interprétation d'une all-american girl qui porte le drapeau US dans les parades de majorettes mais qui se révèle être totalement perverse, une petite garce qui n'a rien à envier aux héroïnes de Film Noir. Leur couple infernal fonctionne très bien, entre sincérité et démence. Depuis leur première rencontre dans un stand à hot-dogs jusqu'au final, on ne sait pas trop qui est le plus menteur des deux et qui sera laissé sur le carreau. Ils parlent, couchent (après leur premier rapport sexuel, elle lui balance : "Quand est-ce qu'on va enfin faire quelque chose d'excitant ?"), volent, tuent et complotent pendant toute la courte durée du film (85 minutes).

Pretty Poison n'a pas vieilli, malgré ses 40 ans, parce que le traitement des deux personnages est très culotté : ils ne sont pas expliqués, jugés ou punis. Ce sont deux jeunes adultes immatures et dangereux, un point c'est tout. La réalisation est très maîtrisée (c'était le premier film du réalisateur), sans temps mort, avec des raccourcis et des audaces de mise en scène étonnantes et une superbe photo. Le travail sur la couleur est remarquable. La vulgarité audacieuse de certaines répliques fait toujours mouche. Et le jeu de Perkins et de Weld tient mieux la comparaison que celui de Beatty et Dunaway (Bonnie and Clyde semble un film très académique par rapport à Pretty Poison). On pense aussi à Gun Crazy bien sûr.Le film a de toute évidence beaucoup influencé David Lynch - notamment dans Twin Peaks - par la structure, la photo, l'utilisation de la nature, la vision d'une adolescence troublée, l'utilisation d'un décor de petite ville industrielle (l'usine au bord du fleuve), les secrets enfouis de l'Amérique profonde et surtout la non résolution des questions posées. D'ailleurs Lynch a rendu hommage à Pretty Poison en employant quelques acteurs secondaires du film dans sa série TV.

Je n'ai pas trouvé le titre français du film : est-il seulement jamais sorti en France ?

"Boy, what a week. I met you on Monday, fell in love with you on Tuesday, Wednesday I was unfaithful, Thursday we killed a guy together. How about that for a crazy week, Sue Ann?”

2 commentaires:

  1. Sur la pochette de mon dvd il y a un titre français (sans doute belge en y réfléchissant) "les pervertis". Pas mal, d'ailleurs, mais ça ne vaut pas l'original pour le coup.
    Je viens de revoir Bonnie and Clyde et je suis d'accord avec toi : couple de tueurs pour couple de tueurs je préfère nettement celui formé par Perkins et Weld à Beatty et Dunaway, définitivement ... plus communs.

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  2. "Les Pervertis" ? Ca sonne bien Sixties cette traduction... mais ça met en avant un jugement que le film lui-même ne porte pas.

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